CALVIN, Jean, Commentaires sur le livre des Pseaumes, Tome 2, Paris : Ch. Meyrueis et Compagnie, 1859, pp. 372-3.
1 Toutes nations louez le Seigneur, tous peuples cรฉlรฉbrez-leย ;
(Psaume 117, traduction de Calvin)
2 Car sa misรฉricorde est confermรฉe1 sur nous, et la vรฉritรฉ du Seigneur demeure รฉternellement. Louez le Seigneur.
Toutes nations. Parce que le Saint-Esprit, par la bouche du prophรจte, exhorte toutes les nations ร chanter la misรฉricorde et vรฉritรฉ de Dieu, cโest ร bon droit que saint Paul en lโรpรฎtre aux Romains (15.11) recueille de cette prophรฉtie que la vocation des gentils a รฉtรฉ prรฉdite. Car combien que les incrรฉdules ne soient pas sans sentir la misรฉricorde de Dieu, toutefois parce quโils ne lโaperรงoivent point, et aussi que sa vรฉritรฉ leur est inconnue, comment se disposeraient-ils pour le louerย ? De ce fait, ce serait en vain que le prophรจte parlerait aux nations profanes, sinon quโelles dussent รชtre recueillies en une mรชme unitรฉ de foi avec Abraham.
Et il ne faut point que les moqueurs sโefforcent de rรฉfuter la raison de saint Paul par leurs cavillations. Je confesse bien que le Saint-Esprit exhorte ailleurs tant les montagnes que les fleuves, les arbres, les pluies, vents, et les tonnerres ร rรฉsonner les louanges de Dieuย ; toutes crรฉatures, mรชme en se taisant crient quโil est leur Crรฉateur. Mais il est autrement louรฉ par les hommes qui sont garnis dโintelligence, comme aussi la cause quโil en rend le montre, soit parce que sa vรฉritรฉ et sa misรฉricorde leur en donne matiรจre.
Or, le prophรจte nโentend pas que Dieu doit รชtre louรฉ partout des gentils, parce que la connaissance de celui-ci sera enclose en un petit endroit du pays de Judรฉe ; mais dโautant quโelle sera rรฉpandue par tout le monde. En premier lieu donc, il commande que Dieu soit louรฉ, ร cause que sa bontรฉ est multipliรฉe ou confermรฉe (car le verbe hรฉbreu signifie lโun et lโautre), puis aprรจs, parce que sa vรฉritรฉ demeure ferme รฉternellement. Ceux donc qui avec une stupiditรฉ brutale laissent couler la bontรฉ de Dieu, qui ayant les oreilles sourdes rejettent sa doctrine cรฉleste, comment seraient-ils prรฉparรฉs ร chanter les louanges de Dieu ? Or, la vรฉritรฉ de Dieu en ce passage, se rapporte proprement au tรฉmoignage de sa grรขce. Il pourra bien รชtre vรฉritable, en menaรงant tout le monde de le ruiner ; mais pour cette cause a-t-il mis la clรฉmence de Dieu en premier lieu, afin que la foi contenant un tรฉmoignage de sa bรฉnรฉvolence paternelle, recrรฉe les รขmes des bons.
Il est bien vrai que sa puissance et sa justice ne mรฉritent pas moins de louange : mais dโautant que les hommes ne seront jamais affectionnรฉs ร louer Dieu, sinon quโils y soient allรฉchรฉs par un goรปt de sa bontรฉ, ce nโest pas sans propos que le prophรจte a choisi la misรฉricorde et la foi, lesquelles seules ouvrent la bouche aux muets. Or il nโest pas dit que la vรฉritรฉ soit รฉternelle, comme si la misรฉricorde aprรจs avoir รฉtรฉ en vigueur sโรฉvanouissait incontinent (car par cette mรชme raison, elle serait petite au regard de la misรฉricorde, laquelle est dite รชtre abondante) ; mais le sens est, que la misรฉricorde de Dieu sur nous est si abondante, quโelle dรฉcoule dโun cours continuel, parce quโelle est conjointe avec sa vรฉritรฉ รฉternelle.
Au reste, si nous disons que la misรฉricorde est confermรฉe, toute la difficultรฉ sera รดtรฉe ; parce que tant la misรฉricorde que la vรฉritรฉ seront ornรฉes dโun mรชme titre de constance et de fermetรฉ.
- Multipliรฉe.[↩]




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