Vingt-huit septembre 1549 : martyre d’Anne Audebert à Orléans
28 septembre 2021

Ayant acquis récemment un livre de Théodore Monod sur les martyrs protestants1, je vous proposerai, selon le calendrier correspondant à leur martyre, des extraits de leurs histoires. Théodore Monod reprend le célèbre martyrologe de Crespin selon l’édition dite “de Toulouse”2. Monod republie ces textes au nombre de 52 par volume, un par dimanche de l’année, dans un but d’édification : il désire qu’ils puissent être utilisés par les Églises et les familles pour instruction et souvenir. J’ai modernisé l’orthographe des extraits quand c’était nécessaire.

On dit que le Phœnix vie en mort va reprendre ;
Si qu’un même bûcher est sa vie et sa mort,
Bourreaux, brûlez les saints : vain sera votre effort.
Ceux-là que vous brûlez renaissent de leur cendre.

Poème préfaçant les extraits du martyrologe.

Anne Audebert, veuve de Pierre Genest, apothicaire d’Orléans, étant en chemin pour venir dans l’Église de Genève, fut arrêtée et faite prisonnière à Château-Renard, avec Étienne Peloquin, témoin de Jésus-Christ, avec lesquels furent pris quelques autres qui, par crainte des hommes, ne confessèrent point le doctrine de l’Évangile. Du lieu de Château-Renard, elle fut menée à Paris, où elle reçut la sentence de mort, d’être brûlée vive dans la ville d’Orléans, en laquelle étant arrivée le samedi vingt-huitième de septembre, qu’on dit veille de saint Michel, fut immédiatement exécutée à deux heure après midi.

Au sortir de la prison, pour la mener au lieu du supplice, qui se dit le Martroy, alors qu’on la liait d’une corde à la façon accoutumée, elle dit : « Mon Dieu, la belle ceinture que mon époux me donne ! par un samedi je fus fiancée pour mes premières noces, mais en ces secondes noces, je serai mariée ce samedi à mon époux Jésus-Christ. » Quand elle vit le tombereau à boue3, elle demanda d’un cœur joyeux : « est-ce ici qu’il me faut monter ? » Et en disant cela elle monta courageusement et jusques à la fin persévérant avec constance et vertu admirable ; de sorte que tous ceux qui la regardaient en étaient grandement étonnés, et les fidèles fortifiés, la voyant de telle force endurer la mort, qui fût en cet an mil cinq cent quarante-neuf.

Un des symboles des Églises réformées en France, figurant au dos du martyrologe de Théodore Monod pour les éditions La Cause.

Illustration en couverture : artiste inconnu, La pendaison de Guy de Brès et de Pérégrin de la Grange, gravure.

  1. MONOD Théodore (junior), Le livre des martyrs, Édition La Cause, 1930. Les extraits dont je me suis servi pour cet article sont tirés des pages 232 à 233.[]
  2. Édition reproduisant elle-même celle de 1619, accompagnée des notes de Matthieu Lelièvre et précédée d’une introduction par Daniel Benoît, en trois volumes (respectivement de 1885, 1887 et 1889).[]
  3. Le tombereau à boue était une sorte de charrette contenant de la boue sur laquelle on transportait les condamnés.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants.

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