Martin Luther et la validité du pédobaptême
7 janvier 2022

La façon dont le Réformateur allemand et son collègue Mélanchthon répondent aux anabaptistes est intéressante. De manière singulière, ils ne concèdent pas à ceux-ci que les enfants ne puissent croire. Peter Leithart, que nous avons traduit à ce sujet, explique en effet qu’il ne faut pas intellectualiser la foi et que nous parlons aux nourrissons non pas parce qu’ils comprennent, mais afin qu’ils comprennent. Ce n’est toutefois pas cet aspect de la théologie de Luther que j’aimerais relever, mais plutôt cet extrait du Grand catéchisme où Luther explique que le baptême ne tire pas sa validité de la foi de celui qui le reçoit, mais du commandement de Dieu. La foi, explique-t-il, ne fait pas le baptême mais le reçoit :

De plus, nous ajoutons que le plus important à nos yeux, ce n’est pas que celui que nous baptisons possède ou non la foi ; car le Baptême ne dépend pas de notre foi, mais de la Parole et du commandement de Dieu. Cette opinion scandalisera peut-être quelques-uns, mais elle résulte naturellement de ce que nous venons de voir, le Baptême n’étant pas autre chose que de l’eau unie à la Parole de Dieu. Si donc la Parole est jointe à l’eau, le Baptême est réel, quand même la foi n’y est pas ; car la foi ne fait pas le Baptême, mais elle le reçoit.

Martin Luther, Grand Catéchisme, Traduit et annoté par Frédéric Guillaume Horning (1809-1882).

Cela ne revient pas à dire que la foi n’est rien : c’est par elle seule que nous recevons les bénéfices scellés dans le baptême. Il n’en était pas autrement de la circoncision : sans la foi, elle ne servait de rien mais en tant que sceau des promesses divines reçue par la foi, elle avait une grande valeur. Un Israélite qui restait incrédule aux promesses de Dieu n’était pas incirconcis pour autant, mais il était circoncis pour son jugement et à sa perte. De même, celui qui prend la Cène d’un cœur mauvais ne prend pas un vulgaire repas mais boit un jugement contre lui-même. L’incrédulité, donc, ne détruit pas la validité d’un sacrement mais appelle le jugement. Lorsqu’il s’agit de sacrements qui ont valeur de promesses, c’est donc la façon dont nous répondrons aux promesses qu’ils scellent qui détermine, non pas leur validité, mais le bénéfice que nous en aurons.


Illustration en couverture : Lucas Cranach l’Ancien et Lucas Cranach le Jeune, Baptême, 1547-1548.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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Le baptême ne peut être administré que par un pasteur ou quelqu’un qui en a une commission. Dès le seizième siècle, le baptême administré par celui qui n’a aucune vocation ni commission est considéré comme nul. Dans le contexte d’alors, cela signifiait que l’on acceptait les baptêmes faits par des prêtres catholiques, mais qu’on rejetait ceux qui étaient faits par des moines, des proposants [élèves pasteurs] ou simples particuliers. Détail amusant : la plupart des gens au début du dix-septième siècle arrivaient jusqu’à la vieillesse sans autre baptême que celui qui était fait par les sages-femmes, considéré comme nul, ce qui a posé un problème particulier au synode de la Rochelle 1607. Par ailleurs, il ne suffit pas d’être docteur: c’est bien le statut de pasteur qui permet d’administrer les sacrements, et celui-là seul.

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