Quelle quantitรฉ dโeau utiliser pour le baptรชme ? De quelle maniรจre lโeau doit-elle passer sur le corps ?
Autrement dit : Peut-on baptiser par aspersion ou par effusion dโeau comme cโest le cas dโun grand nombre dโรglises de tendances thรฉologiques par ailleurs trรจs diverses ? Ou doit-on obligatoirement baptiser par immersion dans un bain dโeau, comme cโest la pratique des baptistes et de certaines รglises orientales, pour avoir un baptรชme administrรฉ en bonne et due forme ?
La Confession de foi de Westminster รฉnonce assez bien la position rรฉformรฉe sur ce point : ยซ Il n’est pas nรฉcessaire de plonger la personne dans l’eau ; mais le baptรชme est droitement administrรฉ par versement ou aspersion d’eau sur elle ยป (ยง 28.3).
I. Les Trois arguments avancรฉs par les dรฉfenseurs de l’immersion seule
Ceux qui considรจrent que le seul mode biblique du baptรชme est lโimmersion (et qui parfois considรจrent comme invalide tout baptรชme, mรชme dโadulte, par aspersion ou effusion et qui exigent donc un nouveau baptรชme dans ce cas-lร aussi !) avancent trois types dโarguments : lโargument lexicographique, lโargument des circonstances des baptรชmes bibliques et lโargument quโon pourrait qualifier ยซ des autres allusions aux baptรชmes. ยป
1. Lโargument lexicographique : baptรญzล signifierait ยซ immerger ยป
Il y a dโabord lโargument lexicographique, ร savoir que le verbe grec ฮฒฮฑฯฯแฝทฮถฯ baptรญzล signifierait tout simplement immerger. Si cโest lร le sens du mot, alors tout autre mode nโest pas un baptรชme ร proprement parler, puisque le mot baptรชme signifierait immersion.
Cet argument est assez faibleย : non seulement en dehors du Nouveau Testament mais aussi dans le Nouveau Testament lui-mรชme, le verbe ฮฒฮฑฯฯแฝทฮถฯ et son substantif ฮฒแฝฑฯฯฮนฯฮผฮฑ bรกptisma ne peuvent admettre dans tous les cas le sens dโimmerger et dโimmersion.
Prenons Hรฉbreux 9,10 qui รฉvoque les aliments, les boissons et les diffรฉrents ยซ baptรชmes ยป imposรฉes par la loi mosaรฏque. Il est lร fait rรฉfรฉrence aux ordonnances lรฉvitiques concernant les ablutions rituelles (et cโest dโailleurs ce mot ยซ ablutions ยป que la plupart des traductions choisissent pour traduire le mot ฮฒแฝฑฯฯฮนฯฮผฮฑ dans ce passage). Le rite lรฉvitique ordonnait des ablutions, des lavements. Rien ne permet de penser quโil รฉtait question dโimmersion dans un bain dans ces passages. Cela indique bien que le mot baptรชme, ici, veut simplement direย lavement.
Regardons aussi Marc 7,4 : ยซ et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent quโaprรจs sโรชtre baptisรฉs. Ils ont encore beaucoup dโautres observances traditionnelles, comme le baptรชme des coupes, des cruches et des vases dโairain ยป. Il y a lร un verset oรน le verbe ฮฒฮฑฯฯแฝทฮถฯ signifie ici purification (comme le traduisent la plupart des versions), et oรน le mot ฮฒแฝฑฯฯฮนฯฮผฮฑ dรฉsigne lโaction de purifier ou de laver la vaisselle.
Les pharisiens se purifiaient-ils et purifiaient-ils leur vaisselle par immersion ? Cโรฉtait peut-รชtre le cas pour la petite vaisselle (les coupes et les cruches), mais beaucoup moins pour la vaisselle plus massive (les vases dโairain). Il est plus probable quโils se contentaient de baptiser (c’est-ร -dire de laver) cette vaisselle en versant de lโeau dessus (et dedans) pour la frotter ensuite, sans toutefois lโimmerger.
Notons dโailleurs quโune variante textuelle (et transmise par le textus receptus) indique quโils baptisaient mรชme ยซ les lits ยป. Clairement, baptiser un lit ne peut pas signifier lโimmerger, ce ne serait pas trรจs pratique (et cela mรชme si la plupart des lits ressemblaient ร des nattes que lโon pouvait rouler) !
On imagine plus aisรฉment un rite de purification dโun lit considรฉrรฉ comme rituellement impur (cf. Lรฉvitique 15 pour une raison biblique pour laquelle un lit pouvait รชtre impur) par aspersion ou par effusion. Lโimmersion paraรฎt hautement improbable dans ce cas.
Et puis il y a les juifs dont Jรฉsus parle ici, et qui se baptisent avant de mangerโฆ De quoi sโagit-il ? Il sโagit certainement de la mรชme pratique dont sโรฉtonne le pharisien en Luc 11,38 : ยซ Le pharisien vit avec รฉtonnement que Jรฉsus ne sโรฉtait pas baptisรฉ avant le repas ยป.
Doit-on trouver dans ces deux passages des immersions ? Il nโest certes pas absolument impossible que les pharisiens, lorsquโils revenaient de la place publique, immergeaient leur corps tout entier dans lโeau, mais cela est tout de mรชme assez improbable. Il semble plutรดt quโil est fait allusion dans ces deux textes seulement de la question du lavement des mains, comme on peut le penser en rapprochant ces passages de Mt 15,2 : ยซ Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? Car ils ne se lavent pas les mains, quand ils prennent leurs repas ยป.
Certains rรฉpliqueront quโil fallait peut-รชtre se laver les mains par immersionโฆ Rien toutefois ne semble lโindiquer dans le contexte des ablutions juives. Certainement, ils plongeaient les mains dans une bassine sโils en avaient une. Mais qui dira quโils ne purifiaient pas leurs mains aussi en les passant sous le jet dโune fontaine ?
En fait, peu importe comment les pharisiens baptisaient (c’est-ร -dire lavaient) leurs mains, dans une bassine ou sous le jet dโune fontaine, car le mot baptiser ne dรฉsigne pas une maniรจre de faire โ par immersion ou par effusion โ mais ce qui est opรฉrรฉ par-lร : un lavement et une purification !
Le sens du mot baptรชme est dรจs lors lavement, purification. Le mot baptรชme ne dรฉsigne donc pas lโimmersion seulement car ces rites juifs dโaspersion et dโeffusion sont appelรฉs dans les รcritures mรชmes des baptรชmes. Baptiser veut donc dire laver, purifier et rien de plus. Ce mot peut donc รชtre employรฉ aussi bien pour dรฉsigner une purification qui se fait par immersion, que par aspersion ou par effusion. Nous ne pouvons donc dรฉduire du terme lui-mรชme que le mode du baptรชme est nรฉcessairement lโimmersion. Le premier argument immersioniste est donc invalide.
2. Lโargument des circonstances des baptรชmes bibliques
Tournons-nous donc maintenant vers le deuxiรจme argument : lโargument des circonstances des baptรชmes dans les rรฉcits du Nouveau Testament.
Le premier texte รฉnoncรฉ est Jean 3,23 : ยซ Jean aussi baptisait ร Enon, prรจs de Salim, parce quโil y avait lร beaucoup dโeau ; et on y venait pour รชtre baptisรฉ. ยป
Ce texte, bien sรปr, ne dit pas que Jean baptisait par immersion, mais les immersionistes demandent : pourquoi est-il prรฉcisรฉ que Jean baptisait ร un endroit ยซ oรน il y avait beaucoup dโeau ยป si ce nโest pour indiquer quโil baptisait par immersion ? Deux observations ร ce sujet sont utiles pour rรฉpondre ร cette question.
Premiรจrement, on peut trรจs bien comprendre que Jean avait besoin de beaucoup dโeau pour baptiser de grandes foules mรชme sโil baptisait par aspersion. Le choix dโune riviรจre รฉtait en effet un choix judicieux qui permettait ร la fois dโaccueillir une grande foule (pas comme dans une maison) et en mรชme temps dโavoir autant dโeau ร disposition que nรฉcessaire. Lโimmersion est une hypothรจse intรฉressante dans ce cas prรฉcis, avec un degrรฉ de probabilitรฉ ร premiรจre vue assez fort, mais il y a dโautres hypothรจses possibles. Et mรชme si Jean baptisait par immersion, cela ne signifierait pas que tous ont รฉtรฉ baptisรฉs ainsi, puisque le mot baptรชme dรฉsigne lโaction de laver ou de purifier et non un mode prรฉcis. On peut donc imaginer que Jean ait baptisรฉ les foules par immersion et quโen mรชme temps Paul lโait รฉtรฉ par aspersion.
Si lโon prend Actes 8,38 : ยซ Philippe et lโeunuque descendirent tous deux dans lโeau, et Philippe baptisa lโeunuque ยป qui รฉvoque une sortie des eaux aprรจs le baptรชme, ou Matthieu 3,16 : ยซ Dรจs que Jรฉsus eut รฉtรฉ baptisรฉ, il sortit de lโeau ยป, ou encore Marc 1,9-10 : ยซ En ce temps-lร , Jรฉsus vint de Nazareth en Galilรฉe, et il fut baptisรฉ par Jean dans le Jourdain. Au moment oรน il sortait de lโeau, il vit les cieux sโouvrir, et lโEsprit descendre sur lui comme une colombe ยป, on pourra aussi noter que lโentrรฉe et la sortie des eaux ne dรฉsignent pas dans ces textes le baptรชme lui-mรชme, mais ce qui vient avant et aprรจs les baptรชmes en question. Entrer et sortir de lโeau ne sont pas le baptรชme lui-mรชme, mais les circonstances qui entourent le baptรชme. Dโailleurs, dans le cas de Philippe, il est aussi dit quโil est descendu et sorti des eaux, mais bien sรปr, il nโa pas รฉtรฉ baptisรฉ ce jour-lร ! Cela montre bien que ces indications (gรฉographiques) ne dรฉsignent pas le baptรชme.
Dans tous ces textes, il est possible ร chaque fois que le baptรชme lโait รฉtรฉ par immersion. Ce nโest toutefois pas sรปr : lโaspersion ou lโeffusion sont tout autant possibles, le candidat au baptรชme se tenant debout ou mรชme assis dans une riviรจre avant que le baptiseur lโasperge dโeau ou lui en verse sur la tรชte.
Et mรชme si lโon pouvait prouver que tous ces baptรชmes lโont รฉtรฉ par immersion (ce quโil est impossible de prouver avec les รฉlรฉments que nous avons bibliquement), รงa nโindiquerait pas que tous les baptรชmes doivent obligatoirement se conformer ร ce modรจle.
Remarquons au passage que lโeunuque se fait baptiser aprรจs que Philippe lui a expliquรฉ le sens dโun chant du serviteur, celui que lโon retrouve en รs 52,13-53,12 et notez quโil a certainement lu avec lui le verset 15 du chapitre 52 : ยซ Mon serviteur aspergera (ืึทืึผึถื yazzeh, utilisรฉ dans le sens de purifier) beaucoup de nations ยป. Et lโeunuque รฉthiopien, en croyant au nom de Jรฉsus et en se faisant baptiser, est le premier ร vivre lโaccomplissement de cette promesse de cette aspersion, de cette purification des nations. Nโest-il dรจs lors pas normal de penser que le mode choisi par Philippe pour le baptรชme ait pu รชtre ici celui de lโaspersion ?
Deuxiรจmement, le nom du lieu-dit dโEnon oรน Jean baptisait signifie littรฉralement ยซ sources ยป. Dans ce contexte, la mention de lโabondance dโeau, ici, peut trรจs bien dรฉsigner โ et cโest mรชme lโinterprรฉtation la plus probable me semble-t-il โ lโavantage que Jean trouvait ร ce lieu par rapport ร tous les endroits oรน il nโy avait pas de sources. Il y avait beaucoup de sources dโeau, ce qui est trรจs utile quand des foules viennent ร vous pour quelques raisons que ce soit โ que ce soit ou non pour se faire baptiser ! Avoir accรจs ร de nombreux points dโeau est vital dans le cas de grands rassemblements, surtout lorsque ceux-ci ont lieu dans des terres arides. Et donc on peut trรจs bien comprendre ici cette mention comme une ellipse : ยซ Jean aussi baptisait ร Enon, prรจs de Salim, parce quโil y avait lร beaucoup de sources dโeau โ ce qui est bien pratique pour abreuver les gorges assoiffรฉes de foules importantes ยป.
Et puis il y a les autres rรฉcits rapportant des baptรชmes dans lesquels lโimmersion est hautement improbable. Outre le baptรชme des 3 000 aux jours de la Pentecรดte dont on peut tout de mรชme douter, pour le moins, quโil ait รฉtรฉ pratiquement possible de les immerger, on peut indiquer quโil est รฉgalement trรจs peu probable que les baptรชmes qui ont lieu dans des maisons โ celui de Saul chez Ananias (Ac 9,11), celui de la maison de Corneille (Ac 10,25) et celui de la maison du geรดlier de Philippe (Ac 16,32) โ que ces baptรชmes aient รฉtรฉ par immersion, puisque la baignoire nโรฉtait vraiment pas trรจs courante ร cette รฉpoque… Autant dโรฉlรฉments montrant quโil est impossible sur le principe de plaider pour un baptรชme par immersion seulement ร partir des exemples du Nouveau Testament. Il nโest en fait mรชme pas sรปr quโun seul de ces baptรชmes lโait effectivement รฉtรฉ par immersion.
3. Lโargument des autres allusions au baptรชme
Il nous faut donc maintenant nous tourner vers lโargument des possibles allusions au baptรชme dans le Nouveau Testament qui sโharmoniseraient mieux avec un baptรชme par immersion que par aspersion ou par effusion.
Il y a dโabord Romains 6,4 dans lequel les immersionistes croient trouver une allusion au mode du baptรชme, puisquโil est รฉcrit : ยซ Nous avons donc รฉtรฉ ensevelis avec lui par le baptรชme en sa mort ยป. Colossiens 2,12 est un texte parallรจle qui peut รฉgalement รชtre invoquรฉ dans la discussion et qui รฉvoque le fait que nous avons รฉtรฉ ยซ ensevelis avec Christ par le baptรชme ยป. Puisque le baptรชme symbolise lโensevelissement dans sa mort, les immersionnistes en concluent quโil convient donc que le mode du baptรชme se conforme extรฉrieurement, dans son mode, ร lโensevelissement โ et cela indiquerait donc lโimmersion.
Il faut toutefois noter que, dans ce passage, il nโest pas question dโensevelissement seulement mais bien de notre union ร Christ non seulement dans son ensevelissement (ce que lโimmersion pourrait ร la rigueur figurer, et encore : Jรฉsus nโa en fait pas รฉtรฉ enseveli sous terre mais derriรจre une pierre, ce qui limite tout de mรชme grandement la portรฉe du symbolisme !), mais aussi dans sa vie, dans sa mort et dans sa rรฉsurrection dans un contexte oรน il est question de la sanctification.
Or le symbolisme de lโimmersion ne figure dโaucune maniรจre notre union ร lui dans sa vie, dans sa crucifixion ou mรชme dans sa rรฉsurrection, puisque seule lโรฉmersion (le fait de sortir de lโeau) pourrait figurer cela, mais rappelez-vous quโen toute rigueur, baptiser pour un immersionniste signifier immerger et non pas รฉmergerย ! Donc lโimmersion elle-mรชme ne signifie pas la rรฉsurrection non plusโฆ Et que dire du fait que Paul, au v. 5 dรฉsigne le baptรชme en sa mort dont il est question depuis le v. 3, comme le fait de ยซ devenir une seule plante avec lui ยปย ? Il est lร question de lโunion spirituelle ร Christ, du baptรชme dans lโEsprit. Le baptรชme opรฉrรฉ par lโEsprit nous fait devenir une seule plante avec lui. Et si nous appliquons le raisonnement immersionisteย ร cette clause ? Comme le baptรชme est appelรฉ ensevelissement dans sa mort, lโimmersioniste veut que le symbolisme du baptรชme retranscrive extรฉrieurement cet ensevelissement. Faisons-nous de mรชme avec la clause sur le fait de ยซ devenir une seule plante avec lui ยปย ? ร quoi le rituel du baptรชme devrait-il bien ressembler pour se conformer extรฉrieurement ร cette partie du sens du baptรชme, de telle sorte que le symbolisme du baptรชme retranscrive le fait de devenir une seule plante avec luiย ?
Si lโon veut rรฉsumer en une seule phrase tout ce dรฉveloppement, on pourra dire quโil y a quelque chose de parfaitement arbitraire de sรฉlectionner un รฉlรฉment de toute la richesse de ce qui est signifiรฉ par le baptรชme (dans ce cas prรฉcis lโensevelissement) pour y trouver une indication de la nรฉcessitรฉ de lโimmersion.
II. Le symbolisme de lโeffusion et de lโaspersion
Non seulement les textes allรฉguรฉs ne convainquent pas de la nรฉcessitรฉ de lโimmersion, mais en plus un ensemble dโautres textes semblent plutรดt favoriser lโaspersion ou lโeffusion. Le mode par lequel il convient que nous soyons baptisรฉs dโeau correspond, ou devrait en effet au mieux correspondre, au mode par lequel nous sommes baptisรฉs dโEsprit, puisque le baptรชme dโeau est un emblรจme du baptรชme du Saint-Esprit. Il est donc bon que lโapplication de lโeau sur le corps de lโhomme figure le mieux possible lโลuvre intรฉrieure de lโEsprit qui est dรฉpeinte et promise au baptรชme.
1. Les verbes qui dรฉcrivent le baptรชme de lโEsprit (ยซ survenir sur ยป, ยซ rรฉpandre ยป, ยซ descendre sur ยป) favorisent lโeffusion
Comment le baptรชme du Saint-Esprit est-il donc dรฉcrit dans les รcritures ? Cโest le livre des Actes qui nous est le plus utile sur cette question. Celui-ci nous dรฉcrit en effet ร de multiples reprises le baptรชme spirituel dans les diffรฉrentes occurrences de la Pentecรดte. Jรฉsus dรฉsigne ce baptรชme de lโEsprit comme le fait que celui-ci ยซ surviendra sur vous ยป (Ac 1,8). Pierre explique que le phรฉnomรจne de la Pentecรดte, cโest lโEsprit que Jรฉsus ยซ rรฉpand ยป (Ac 2,33). Rรฉpandre lโEsprit, cโest pour Jรฉsus accomplir la promesse donnรฉe par le prophรจte Joรซl : ยซ Dans les derniers jours, dit Dieu, je rรฉpandrai de mon Esprit sur toute chair ยป (Ac 2,17). Et le don de lโEsprit ร la maison de Corneille suscite lโรฉtonnement : ยซ Tous les fidรจles circoncis qui รฉtaient venus avec Pierre furent รฉtonnรฉs de ce que le don du Saint Esprit รฉtait aussi rรฉpandu sur les paรฏens. ยป (Ac 10,45) Pierre rapporte dโailleurs cet รฉpisode comme le fait que lโEsprit est ยซ descendu ยป sur eux (Ac 11,15).
Quโa-t-on donc lร pour dรฉsigner le baptรชme de lโEsprit ? Le fait que celui-ci est survenu, a รฉtรฉ rรฉpandu, est descendu. Le mode du baptรชme de lโEsprit est donc lโeffusion. LโEsprit est dรฉversรฉ sur ceux qui sont baptisรฉs dans lโEsprit. Il y a tous ces verbes ยซ liquides ยป qui sont lร et qui indiquent une effusion de lโEsprit. Nโest-il dรจs lors pas ยซ normal ยป que le baptรชme dโeau, qui renvoie au baptรชme de lโEsprit, soit lui-mรชme administrรฉ de la mรชme maniรจre que lโEsprit a รฉtรฉ donnรฉe, ร savoir par effusion ?
2. Les arguments qui favorisent lโaspersion
Arrivรฉs ร ce stade, (i) si lโon reprend Actes 8,36-39, le baptรชme de lโeunuque รฉthiopien, ร la lumiรจre dโรsaรฏe 52,15 (ยซ il aspergera beaucoup de peuple ยป), et (ii) que lโon considรจre รฉgalement quโรzรฉchiel 36,25 (ยซ Je vous aspergerai dโune eau pure ยป) sert de prรฉambule ร la promesse du v. 26 (ยซ Je mettrai en vous un Esprit nouveau ยป) et surtout du v. 27 (ยซ Je mettrai mon Esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois ยป), il semble alors que la pratique de lโaspersion pour baptiser soit รฉgalement fondรฉe.
Cela permet dโailleurs de raccrocher le thรจme du baptรชme de lโEsprit au sacrifice de Jรฉsus ร la croix, avec un texte comme : ยซ approchons-nous avec un cลur sincรจre, dans la plรฉnitude de la foi, les cลurs purifiรฉs d’une mauvaise conscience par aspersion [แฟฅฮตฯฮฑฮฝฯฮนฯฮผแฝณฮฝฮฟฮน rherantismรฉnoi], et le corps lavรฉ d’une eau pure. ยป (Hรฉ 10,22). Il y a aussi : ยซ Vous vous รชtes approchรฉs de Jรฉsus, qui est le mรฉdiateur d’une alliance nouvelle, et du sang de lโaspersion porteur dโun meilleur message que celui d’Abel ยป (Hรฉ 12,24), et encore : ยซ conduits ร la saintetรฉ par l’Esprit pour lโobรฉissance et lโaspersion du sang de Jรฉsus-Christ ยป (1 P 1,2). Ces textes ajoutent au symbolisme de lโaspersion : lโaspersion ne renvoie pas seulement ร lโEsprit rรฉpandu sur nous mais aussi au sang de Jรฉsus rรฉpandu sur nous.
Et puisque le baptรชme est lโemblรจme de lโลuvre de lโEsprit ร lโintรฉrieur de lโhomme, celui aussi de la purification des pรฉchรฉs opรฉrรฉe par le Christ, il semble donc que le mode le plus appropriรฉ au baptรชme est lโaspersion ou lโeffusion et non lโimmersion. Lโaspersion et lโeffusion โ et non lโimmersion โ sont ainsi donc les modes les plus appropriรฉs du baptรชme. C’est lร notre conclusion, et celle du catรฉchisme : ยซ Il n’est pas nรฉcessaire de plonger la personne dans l’eau ; mais le baptรชme est droitement administrรฉ par versement ou aspersion d’eau sur elle. ยป
Illustration : mosaรฏque du baptistรจre (orthodoxe) de Nรฉon, Ve siรจcle (Ravenne).



Bonjour
merci pour ces explications.
Pour une interprรฉtation, disons … plus nuancรฉe, puis-je suggรฉrer l’article consacrรฉ au baptรชme dans le Grand Dictionnaire de la Bible (Excelsis. 2017) ?
L’auteur rรฉpond aux objections prรฉsentรฉes ici et aborde le sujet au regard de la tradition :
Le N.T ne comporte pas de description absolument sans รฉquivoque du mode de baptรชme. Le tรฉmoignage historiquement le plus proche de lโรฉpoque nรฉotestamentaire est-ce ;lui de la Didachรฉ (qui date de la 1รจre partie du IIรจme s. ou peut-รชtre mรชme de la fin du Ier s.) : ยซ Pour ce qui est du baptรชme, (โฆ) baptisez [immergez] au nom du Pรจre et du Fils et du Saint Esprit dans de lโeau vive [courante]. Sโil nโy a pas dโeau vive, quโon baptise une autre eau [stagnante] ; (โฆ) Si tu nโas ni de lโune ni de lโautre, verse de lโeau sur la tรชte trois fois, au nom du Pรจre et du Fils et du Saint Esprit ยป (VII, 1-3).
Ce texte favorise nettement lโimmersion complรจte du baptisรฉ dans lโeau. Pour autant que les donnรฉes du N.T peuvent รชtre interprรฉtรฉs avec une certaine assurance de certitude, on peut dire quโelles favorisent รฉgalement le mode par immersion. Ainsi, Jean ยซ baptisait ร Enon, non loin de Salim, oรน les eaux sont abondantes ยป (Jn 3.22).
Les usages mรฉtaphoriques eux-mรชmes suggรจrent plutรดt lโimmersion (ou la ยซ submersion ยป) ; en tout cas, ils ne disent rien en faveur de lโaspersion ou de lโinfusion. Il est possible que les lustrations juives du temps de Jรฉsus aient constituรฉ en submersion totale du corps dans lโeau. Cependant attention ! malgrรฉ son importance, le seul mode ne peut annuler โ ou รฉtablir โ la validitรฉ du rite. Il est prรฉfรฉrable de mettre lโaccent sur la signification de ce rite comme incorporation au Christ par lโEsprit.
La derniรจre phrase me semble fondamentale quant ร ce ยซย dรฉbatย ยป.
Bonne journรฉe
Bonjour,
La Didachรฉ n’aborde pas le mode du baptรชme, puisqu’il est erronรฉ de prรฉtendre que baptiser signifie immerger ici comme les crochets l’indiquent. Que dit donc la Didachรฉ ? Elle s’intรฉresse non pas au mode du baptรชme mais au caractรจre de l’eau : eau vive, eau froide, eau chaude, eau courante. Ainsi, le propos de la Didachรฉ n’est pas ยซย si vous ne pouvez immerger, versez de l’eauย ยป mais ยซย si vous n’avez pas d’eau vive, baptisez dans l’eau stagnante, froide de prรฉfรฉrence, chaude sinon. Si tu n’as ni un point d’eau vive ni d’eau stagnante, verse de l’eau couranteย ยป.
Le mode du baptรชme n’intervient donc pas dans ce texte qui peut trรจs bien รชtre lu comme une affusion simple ou affusion + semi immersion ou aspersion. En effet, il convient tout ร fait de dire ยซย si tu peux faire l’affusion dans l’eau vive, fais-le, sinon dans de l’eau stagnante, sinon avec de l’eau courante.ย ยป
Je ne pense donc pas que l’article de ce dictionnaire soit exact au sujet de la Didachรฉ qui, comme les occurences bibliques de baptรชme, ne permet pas de trancher en faveur d’un mode particulier. La seule remarque relevant du mode du baptรชme qu’il contient, c’est le fait que l’eau doive รชtre appliquรฉe 3 fois, ce que seule certaines รฉglises orientales font mais aucune รฉglise ยซย immersionnisteย ยป protestante ร ma connaissance. Ainsi, la seule remarque concernant le mode du baptรชme que l’on trouve dans la Didachรฉ ne correspond pas ร la pratique des รฉglises pratiquant couramment l’immersion. Je remarque que ces รฉglises se soucient aussi peu de savoir si le baptรชme a lieu dans l’eau vive, stagnante, courante, froide ou chaude.
Le mode du baptรชme n’est en effet pas une question de l’ordre de la validitรฉ, il est toujours utile de le rappeler.
Pour une รฉtude plus complรจte du sens du mot Baptizรด, voir les 5 tomes de J.W. Dale :
1) Classic Baptism (370 pages sur Baptizรด dans le grec ancien) ;
2) Johannic Baptism (456 pages sur l’usage de Baptizรด en rรฉfรฉrence au baptรชme johannique) ;
3) Judaic Baptism (412 pages sur l’usage de Baptizรด en rรฉfรฉrence aux baptรชmes de prosรฉlytes juifs, notons que des enfants รฉtaient baptisรฉs ร ces occasions) ;
4) Christic Baptism (Baptizรด dans le Nouveau Testament)
5) Patristic Baptism (Baptizรด chez les Pรจres de l’Eglise, les volumes 4 et 5 sont rรฉunis en un seul de 634 pages, institulรฉ Christic and Patristic Baptism)
On trouve ces cinq volumes en ligne.
Bonne journรฉe.
Bonjour Romuald,
Merci pour ce commentaire. Je connais bien les dictionnaires bibliques Excelsis (j’ai รฉcris quelques articles dans deux d’entre eux) et je regrette que celui-ci fasse l’erreur de confondre le sens du mot ยซย baptiserย ยป avec son รฉtymologie. Oui, le mot ยซย baptiserย ยป vient d’une racine qui renvoie originellement ร l’idรฉe de ยซย plongerย ยป quelque chose dans un liquide, mais non, le mot ยซย baptiserย ยป ne signifie pas uniquement cela : c’est une erreur lexicographique de dรฉbutant (je ne dis pas que l’auteur de l’article est un dรฉbutant, je dis que malgrรฉ le crรฉdit de l’auteur de cet article, il commet ici une erreur qu’il ne devrait pas commettre). La premiรจre partie de mon article vise prรฉcisรฉment ร indiquer que ce prรฉjugรฉ que le mot ยซย baptiserย ยป contient en lui-mรชme l’idรฉe de submersion et que le mode du baptรชme est imposรฉ par la forme mรชme du mot est une thรจse qui ne tient pas face ร l’usage mรชme que le Nouveau Testament lui-mรชme fait de ce mot.
Quant ร la question de savoir ce qui est nuancรฉ et ce qui ne l’est pas, je pense que ce sont ceux qui estiment que le baptรชme ne peut se faire que sur un seul mode (gรฉnรฉralement l’immersion) qui en manquent singuliรจrement. Ceux qui, comme l’auteur de l’article que vous citez, ou comme moi-mรชme, ne lient pas la validitรฉ du baptรชme ร son mode font preuve de suffisamment de nuances, au contraire de ceux qui exigent le re-baptรชme de ceux qui ont รฉtรฉ baptisรฉs autrement que par immersion. Dans la pratique, ce sont les immersionistes qui manquent de nuances (mรชme si tous les immersionistes n’en manquent heureusement pas).
Pierre-Sovann