L’immersion seulement ?
12 février 2022

Quelle quantité d’eau utiliser pour le baptême ? De quelle manière l’eau doit-elle passer sur le corps ?

Autrement dit : Peut-on baptiser par aspersion ou par effusion d’eau comme c’est le cas d’un grand nombre d’Églises de tendances théologiques par ailleurs très diverses ? Ou doit-on obligatoirement baptiser par immersion dans un bain d’eau, comme c’est la pratique des baptistes et de certaines Églises orientales, pour avoir un baptême administré en bonne et due forme ?

La Confession de foi de Westminster énonce assez bien la position réformée sur ce point : « Il n’est pas nécessaire de plonger la personne dans l’eau ; mais le baptême est droitement administré par versement ou aspersion d’eau sur elle » (§ 28.3).

I. Les Trois arguments avancés par les défenseurs de l’immersion seule

Ceux qui considèrent que le seul mode biblique du baptême est l’immersion (et qui parfois considèrent comme invalide tout baptême, même d’adulte, par aspersion ou effusion et qui exigent donc un nouveau baptême dans ce cas-là aussi !) avancent trois types d’arguments : l’argument lexicographique, l’argument des circonstances des baptêmes bibliques et l’argument qu’on pourrait qualifier « des autres allusions aux baptêmes. »

1. L’argument lexicographique : baptízō signifierait « immerger »

Il y a d’abord l’argument lexicographique, à savoir que le verbe grec βαπτίζω baptízō signifierait tout simplement immerger. Si c’est là le sens du mot, alors tout autre mode n’est pas un baptême à proprement parler, puisque le mot baptême signifierait immersion.

Cet argument est assez faible : non seulement en dehors du Nouveau Testament mais aussi dans le Nouveau Testament lui-même, le verbe βαπτίζω et son substantif βάπτισμα báptisma ne peuvent admettre dans tous les cas le sens d’immerger et d’immersion.

Prenons Hébreux 9,10 qui évoque les aliments, les boissons et les différents « baptêmes » imposées par la loi mosaïque. Il est là fait référence aux ordonnances lévitiques concernant les ablutions rituelles (et c’est d’ailleurs ce mot « ablutions » que la plupart des traductions choisissent pour traduire le mot βάπτισμα dans ce passage). Le rite lévitique ordonnait des ablutions, des lavements. Rien ne permet de penser qu’il était question d’immersion dans un bain dans ces passages. Cela indique bien que le mot baptême, ici, veut simplement dire lavement.

Regardons aussi Marc 7,4 : « et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu’après s’être baptisés. Ils ont encore beaucoup d’autres observances traditionnelles, comme le baptême des coupes, des cruches et des vases d’airain ». Il y a là un verset où le verbe βαπτίζω signifie ici purification (comme le traduisent la plupart des versions), et où le mot βάπτισμα désigne l’action de purifier ou de laver la vaisselle.

Les pharisiens se purifiaient-ils et purifiaient-ils leur vaisselle par immersion ? C’était peut-être le cas pour la petite vaisselle (les coupes et les cruches), mais beaucoup moins pour la vaisselle plus massive (les vases d’airain). Il est plus probable qu’ils se contentaient de baptiser (c’est-à-dire de laver) cette vaisselle en versant de l’eau dessus (et dedans) pour la frotter ensuite, sans toutefois l’immerger.

Notons d’ailleurs qu’une variante textuelle (et transmise par le textus receptus) indique qu’ils baptisaient même « les lits ». Clairement, baptiser un lit ne peut pas signifier l’immerger, ce ne serait pas très pratique (et cela même si la plupart des lits ressemblaient à des nattes que l’on pouvait rouler) !

On imagine plus aisément un rite de purification d’un lit considéré comme rituellement impur (cf. Lévitique 15 pour une raison biblique pour laquelle un lit pouvait être impur) par aspersion ou par effusion. L’immersion paraît hautement improbable dans ce cas.

Et puis il y a les juifs dont Jésus parle ici, et qui se baptisent avant de manger…  De quoi s’agit-il ? Il s’agit certainement de la même pratique dont s’étonne le pharisien en Luc 11,38 : « Le pharisien vit avec étonnement que Jésus ne s’était pas baptisé avant le repas ».

Doit-on trouver dans ces deux passages des immersions ? Il n’est certes pas absolument impossible que les pharisiens, lorsqu’ils revenaient de la place publique, immergeaient leur corps tout entier dans l’eau, mais cela est tout de même assez improbable. Il semble plutôt qu’il est fait allusion dans ces deux textes seulement de la question du lavement des mains, comme on peut le penser en rapprochant ces passages de Mt 15,2 : « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? Car ils ne se lavent pas les mains, quand ils prennent leurs repas ».

Certains répliqueront qu’il fallait peut-être se laver les mains par immersion… Rien toutefois ne semble l’indiquer dans le contexte des ablutions juives. Certainement, ils plongeaient les mains dans une bassine s’ils en avaient une. Mais qui dira qu’ils ne purifiaient pas leurs mains aussi en les passant sous le jet d’une fontaine ?

En fait, peu importe comment les pharisiens baptisaient (c’est-à-dire lavaient) leurs mains, dans une bassine ou sous le jet d’une fontaine, car le mot baptiser ne désigne pas une manière de faire – par immersion ou par effusion – mais ce qui est opéré par-là : un lavement et une purification !

Le sens du mot baptême est dès lors lavement, purification. Le mot baptême ne désigne donc pas l’immersion seulement car ces rites juifs d’aspersion et d’effusion sont appelés dans les Écritures mêmes des baptêmes. Baptiser veut donc dire laver, purifier et rien de plus. Ce mot peut donc être employé aussi bien pour désigner une purification qui se fait par immersion, que par aspersion ou par effusion. Nous ne pouvons donc déduire du terme lui-même que le mode du baptême est nécessairement l’immersion. Le premier argument immersioniste est donc invalide.

2. L’argument des circonstances des baptêmes bibliques

Tournons-nous donc maintenant vers le deuxième argument : l’argument des circonstances des baptêmes dans les récits du Nouveau Testament.

Le premier texte énoncé est Jean 3,23 : « Jean aussi baptisait à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau ; et on y venait pour être baptisé. »

Ce texte, bien sûr, ne dit pas que Jean baptisait par immersion, mais les immersionistes demandent : pourquoi est-il précisé que Jean baptisait à un endroit « où il y avait beaucoup d’eau » si ce n’est pour indiquer qu’il baptisait par immersion ? Deux observations à ce sujet sont utiles pour répondre à cette question.

Premièrement, on peut très bien comprendre que Jean avait besoin de beaucoup d’eau pour baptiser de grandes foules même s’il baptisait par aspersion. Le choix d’une rivière était en effet un choix judicieux qui permettait à la fois d’accueillir une grande foule (pas comme dans une maison) et en même temps d’avoir autant d’eau à disposition que nécessaire. L’immersion est une hypothèse intéressante dans ce cas précis, avec un degré de probabilité à première vue assez fort, mais il y a d’autres hypothèses possibles. Et même si Jean baptisait par immersion, cela ne signifierait pas que tous ont été baptisés ainsi, puisque le mot baptême désigne l’action de laver ou de purifier et non un mode précis. On peut donc imaginer que Jean ait baptisé les foules par immersion et qu’en même temps Paul l’ait été par aspersion.

Si l’on prend Actes 8,38 : « Philippe et l’eunuque descendirent tous deux dans l’eau, et Philippe baptisa l’eunuque » qui évoque une sortie des eaux après le baptême, ou Matthieu 3,16 : « Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau », ou encore Marc 1,9-10 : « En ce temps-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Au moment où il sortait de l’eau, il vit les cieux s’ouvrir, et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe », on pourra aussi noter que l’entrée et la sortie des eaux ne désignent pas dans ces textes le baptême lui-même, mais ce qui vient avant et après les baptêmes en question. Entrer et sortir de l’eau ne sont pas le baptême lui-même, mais les circonstances qui entourent le baptême. D’ailleurs, dans le cas de Philippe, il est aussi dit qu’il est descendu et sorti des eaux, mais bien sûr, il n’a pas été baptisé ce jour-là ! Cela montre bien que ces indications (géographiques) ne désignent pas le baptême.

Dans tous ces textes, il est possible à chaque fois que le baptême l’ait été par immersion. Ce n’est toutefois pas sûr : l’aspersion ou l’effusion sont tout autant possibles, le candidat au baptême se tenant debout ou même assis dans une rivière avant que le baptiseur l’asperge d’eau ou lui en verse sur la tête.

Et même si l’on pouvait prouver que tous ces baptêmes l’ont été par immersion (ce qu’il est impossible de prouver avec les éléments que nous avons bibliquement), ça n’indiquerait pas que tous les baptêmes doivent obligatoirement se conformer à ce modèle.

Remarquons au passage que l’eunuque se fait baptiser après que Philippe lui a expliqué le sens d’un chant du serviteur, celui que l’on retrouve en És 52,13-53,12 et notez qu’il a certainement lu avec lui le verset 15 du chapitre 52 : « Mon serviteur aspergera (יַזֶּה yazzeh, utilisé dans le sens de purifier) beaucoup de nations ». Et l’eunuque éthiopien, en croyant au nom de Jésus et en se faisant baptiser, est le premier à vivre l’accomplissement de cette promesse de cette aspersion, de cette purification des nations. N’est-il dès lors pas normal de penser que le mode choisi par Philippe pour le baptême ait pu être ici celui de l’aspersion ?

Deuxièmement, le nom du lieu-dit d’Enon où Jean baptisait signifie littéralement « sources ». Dans ce contexte, la mention de l’abondance d’eau, ici, peut très bien désigner – et c’est même l’interprétation la plus probable me semble-t-il – l’avantage que Jean trouvait à ce lieu par rapport à tous les endroits où il n’y avait pas de sources. Il y avait beaucoup de sources d’eau, ce qui est très utile quand des foules viennent à vous pour quelques raisons que ce soit – que ce soit ou non pour se faire baptiser ! Avoir accès à de nombreux points d’eau est vital dans le cas de grands rassemblements, surtout lorsque ceux-ci ont lieu dans des terres arides. Et donc on peut très bien comprendre ici cette mention comme une ellipse : « Jean aussi baptisait à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup de sources d’eau – ce qui est bien pratique pour abreuver les gorges assoiffées de foules importantes ».

Et puis il y a les autres récits rapportant des baptêmes dans lesquels l’immersion est hautement improbable. Outre le baptême des 3 000 aux jours de la Pentecôte dont on peut tout de même douter, pour le moins, qu’il ait été pratiquement possible de les immerger, on peut indiquer qu’il est également très peu probable que les baptêmes qui ont lieu dans des maisons – celui de Saul chez Ananias (Ac 9,11), celui de la maison de Corneille (Ac 10,25) et celui de la maison du geôlier de Philippe (Ac 16,32) – que ces baptêmes aient été par immersion, puisque la baignoire n’était vraiment pas très courante à cette époque… Autant d’éléments montrant qu’il est impossible sur le principe de plaider pour un baptême par immersion seulement à partir des exemples du Nouveau Testament. Il n’est en fait même pas sûr qu’un seul de ces baptêmes l’ait effectivement été par immersion.

3. L’argument des autres allusions au baptême

Il nous faut donc maintenant nous tourner vers l’argument des possibles allusions au baptême dans le Nouveau Testament qui s’harmoniseraient mieux avec un baptême par immersion que par aspersion ou par effusion.

Il y a d’abord Romains 6,4 dans lequel les immersionistes croient trouver une allusion au mode du baptême, puisqu’il est écrit : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort ». Colossiens 2,12 est un texte parallèle qui peut également être invoqué dans la discussion et qui évoque le fait que nous avons été « ensevelis avec Christ par le baptême ». Puisque le baptême symbolise l’ensevelissement dans sa mort, les immersionnistes en concluent qu’il convient donc que le mode du baptême se conforme extérieurement, dans son mode, à l’ensevelissement – et cela indiquerait donc l’immersion.

Il faut toutefois noter que, dans ce passage, il n’est pas question d’ensevelissement seulement mais bien de notre union à Christ non seulement dans son ensevelissement (ce que l’immersion pourrait à la rigueur figurer, et encore : Jésus n’a en fait pas été enseveli sous terre mais derrière une pierre, ce qui limite tout de même grandement la portée du symbolisme !), mais aussi dans sa vie, dans sa mort et dans sa résurrection dans un contexte où il est question de la sanctification.

Or le symbolisme de l’immersion ne figure d’aucune manière notre union à lui dans sa vie, dans sa crucifixion ou même dans sa résurrection, puisque seule l’émersion (le fait de sortir de l’eau) pourrait figurer cela, mais rappelez-vous qu’en toute rigueur, baptiser pour un immersionniste signifier immerger et non pas émerger ! Donc l’immersion elle-même ne signifie pas la résurrection non plus… Et que dire du fait que Paul, au v. 5 désigne le baptême en sa mort dont il est question depuis le v. 3, comme le fait de « devenir une seule plante avec lui » ? Il est là question de l’union spirituelle à Christ, du baptême dans l’Esprit. Le baptême opéré par l’Esprit nous fait devenir une seule plante avec lui. Et si nous appliquons le raisonnement immersioniste à cette clause ? Comme le baptême est appelé ensevelissement dans sa mort, l’immersioniste veut que le symbolisme du baptême retranscrive extérieurement cet ensevelissement. Faisons-nous de même avec la clause sur le fait de « devenir une seule plante avec lui » ? À quoi le rituel du baptême devrait-il bien ressembler pour se conformer extérieurement à cette partie du sens du baptême, de telle sorte que le symbolisme du baptême retranscrive le fait de devenir une seule plante avec lui ?

Si l’on veut résumer en une seule phrase tout ce développement, on pourra dire qu’il y a quelque chose de parfaitement arbitraire de sélectionner un élément de toute la richesse de ce qui est signifié par le baptême (dans ce cas précis l’ensevelissement) pour y trouver une indication de la nécessité de l’immersion.

II. Le symbolisme de l’effusion et de l’aspersion

Non seulement les textes allégués ne convainquent pas de la nécessité de l’immersion, mais en plus un ensemble d’autres textes semblent plutôt favoriser l’aspersion ou l’effusion. Le mode par lequel il convient que nous soyons baptisés d’eau correspond, ou devrait en effet au mieux correspondre, au mode par lequel nous sommes baptisés d’Esprit, puisque le baptême d’eau est un emblème du baptême du Saint-Esprit. Il est donc bon que l’application de l’eau sur le corps de l’homme figure le mieux possible l’œuvre intérieure de l’Esprit qui est dépeinte et promise au baptême.

1. Les verbes qui décrivent le baptême de l’Esprit (« survenir sur », « répandre », « descendre sur ») favorisent l’effusion

Comment le baptême du Saint-Esprit est-il donc décrit dans les Écritures ? C’est le livre des Actes qui nous est le plus utile sur cette question. Celui-ci nous décrit en effet à de multiples reprises le baptême spirituel dans les différentes occurrences de la Pentecôte. Jésus désigne ce baptême de l’Esprit comme le fait que celui-ci « surviendra sur vous » (Ac 1,8). Pierre explique que le phénomène de la Pentecôte, c’est l’Esprit que Jésus « répand » (Ac 2,33). Répandre l’Esprit, c’est pour Jésus accomplir la promesse donnée par le prophète Joël : « Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair » (Ac 2,17). Et le don de l’Esprit à la maison de Corneille suscite l’étonnement : « Tous les fidèles circoncis qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du Saint Esprit était aussi répandu sur les païens. » (Ac 10,45) Pierre rapporte d’ailleurs cet épisode comme le fait que l’Esprit est « descendu » sur eux (Ac 11,15).

Qu’a-t-on donc là pour désigner le baptême de l’Esprit ? Le fait que celui-ci est survenu, a été répandu, est descendu. Le mode du baptême de l’Esprit est donc l’effusion. L’Esprit est déversé sur ceux qui sont baptisés dans l’Esprit. Il y a tous ces verbes « liquides » qui sont là et qui indiquent une effusion de l’Esprit. N’est-il dès lors pas « normal » que le baptême d’eau, qui renvoie au baptême de l’Esprit, soit lui-même administré de la même manière que l’Esprit a été donnée, à savoir par effusion ?

2. Les arguments qui favorisent l’aspersion

Arrivés à ce stade, (i) si l’on reprend Actes 8,36-39, le baptême de l’eunuque éthiopien, à la lumière d’Ésaïe 52,15 (« il aspergera beaucoup de peuple »), et (ii) que l’on considère également qu’Ézéchiel 36,25 (« Je vous aspergerai d’une eau pure ») sert de préambule à la promesse du v. 26 (« Je mettrai en vous un Esprit nouveau ») et surtout du v. 27 (« Je mettrai mon Esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois »), il semble alors que la pratique de l’aspersion pour baptiser soit également fondée.

Cela permet d’ailleurs de raccrocher le thème du baptême de l’Esprit au sacrifice de Jésus à la croix, avec un texte comme : « approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience par aspersion [ῥεραντισμένοι rherantisménoi], et le corps lavé d’une eau pure. » (Hé 10,22). Il y a aussi : « Vous vous êtes approchés de Jésus, qui est le médiateur d’une alliance nouvelle, et du sang de l’aspersion porteur d’un meilleur message que celui d’Abel » (Hé 12,24), et encore : « conduits à la sainteté par l’Esprit pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus-Christ » (1 P 1,2). Ces textes ajoutent au symbolisme de l’aspersion : l’aspersion ne renvoie pas seulement à l’Esprit répandu sur nous mais aussi au sang de Jésus répandu sur nous.

Et puisque le baptême est l’emblème de l’œuvre de l’Esprit à l’intérieur de l’homme, celui aussi de la purification des péchés opérée par le Christ, il semble donc que le mode le plus approprié au baptême est l’aspersion ou l’effusion et non l’immersion. L’aspersion et l’effusion – et non l’immersion – sont ainsi donc les modes les plus appropriés du baptême. C’est là notre conclusion, et celle du catéchisme : « Il n’est pas nécessaire de plonger la personne dans l’eau ; mais le baptême est droitement administré par versement ou aspersion d’eau sur elle. »


Illustration : mosaïque du baptistère (orthodoxe) de Néon, Ve siècle (Ravenne).

Pierre-Sovann Chauny

Pierre-Sovann est professeur de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence. Il s'intéresse particulièrement à la doctrine des alliances, à l'interprétation des textes eschatologiques, à la scolastique réformée, aux prolégomènes théologiques et aux bons vins. Il est un époux et un père heureux.

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Le baptême ne peut être administré que par un pasteur ou quelqu’un qui en a une commission. Dès le seizième siècle, le baptême administré par celui qui n’a aucune vocation ni commission est considéré comme nul. Dans le contexte d’alors, cela signifiait que l’on acceptait les baptêmes faits par des prêtres catholiques, mais qu’on rejetait ceux qui étaient faits par des moines, des proposants [élèves pasteurs] ou simples particuliers. Détail amusant : la plupart des gens au début du dix-septième siècle arrivaient jusqu’à la vieillesse sans autre baptême que celui qui était fait par les sages-femmes, considéré comme nul, ce qui a posé un problème particulier au synode de la Rochelle 1607. Par ailleurs, il ne suffit pas d’être docteur: c’est bien le statut de pasteur qui permet d’administrer les sacrements, et celui-là seul.

3 Commentaires

  1. Romuald

    Bonjour
    merci pour ces explications.
    Pour une interprétation, disons … plus nuancée, puis-je suggérer l’article consacré au baptême dans le Grand Dictionnaire de la Bible (Excelsis. 2017) ?
    L’auteur répond aux objections présentées ici et aborde le sujet au regard de la tradition :
    Le N.T ne comporte pas de description absolument sans équivoque du mode de baptême. Le témoignage historiquement le plus proche de l’époque néotestamentaire est-ce ;lui de la Didaché (qui date de la 1ère partie du IIème s. ou peut-être même de la fin du Ier s.) : « Pour ce qui est du baptême, (…) baptisez [immergez] au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit dans de l’eau vive [courante]. S’il n’y a pas d’eau vive, qu’on baptise une autre eau [stagnante] ; (…) Si tu n’as ni de l’une ni de l’autre, verse de l’eau sur la tête trois fois, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (VII, 1-3).
    Ce texte favorise nettement l’immersion complète du baptisé dans l’eau. Pour autant que les données du N.T peuvent être interprétés avec une certaine assurance de certitude, on peut dire qu’elles favorisent également le mode par immersion. Ainsi, Jean « baptisait à Enon, non loin de Salim, où les eaux sont abondantes » (Jn 3.22).
    Les usages métaphoriques eux-mêmes suggèrent plutôt l’immersion (ou la « submersion ») ; en tout cas, ils ne disent rien en faveur de l’aspersion ou de l’infusion. Il est possible que les lustrations juives du temps de Jésus aient constitué en submersion totale du corps dans l’eau. Cependant attention ! malgré son importance, le seul mode ne peut annuler – ou établir – la validité du rite. Il est préférable de mettre l’accent sur la signification de ce rite comme incorporation au Christ par l’Esprit.

    La dernière phrase me semble fondamentale quant à ce « débat ».

    Bonne journée

    Réponse
    • Maxime Georgel

      Bonjour,

      La Didaché n’aborde pas le mode du baptême, puisqu’il est erroné de prétendre que baptiser signifie immerger ici comme les crochets l’indiquent. Que dit donc la Didaché ? Elle s’intéresse non pas au mode du baptême mais au caractère de l’eau : eau vive, eau froide, eau chaude, eau courante. Ainsi, le propos de la Didaché n’est pas « si vous ne pouvez immerger, versez de l’eau » mais « si vous n’avez pas d’eau vive, baptisez dans l’eau stagnante, froide de préférence, chaude sinon. Si tu n’as ni un point d’eau vive ni d’eau stagnante, verse de l’eau courante ».

      Le mode du baptême n’intervient donc pas dans ce texte qui peut très bien être lu comme une affusion simple ou affusion + semi immersion ou aspersion. En effet, il convient tout à fait de dire « si tu peux faire l’affusion dans l’eau vive, fais-le, sinon dans de l’eau stagnante, sinon avec de l’eau courante. »

      Je ne pense donc pas que l’article de ce dictionnaire soit exact au sujet de la Didaché qui, comme les occurences bibliques de baptême, ne permet pas de trancher en faveur d’un mode particulier. La seule remarque relevant du mode du baptême qu’il contient, c’est le fait que l’eau doive être appliquée 3 fois, ce que seule certaines églises orientales font mais aucune église « immersionniste » protestante à ma connaissance. Ainsi, la seule remarque concernant le mode du baptême que l’on trouve dans la Didaché ne correspond pas à la pratique des églises pratiquant couramment l’immersion. Je remarque que ces églises se soucient aussi peu de savoir si le baptême a lieu dans l’eau vive, stagnante, courante, froide ou chaude.

      Le mode du baptême n’est en effet pas une question de l’ordre de la validité, il est toujours utile de le rappeler.

      Pour une étude plus complète du sens du mot Baptizô, voir les 5 tomes de J.W. Dale :
      1) Classic Baptism (370 pages sur Baptizô dans le grec ancien) ;
      2) Johannic Baptism (456 pages sur l’usage de Baptizô en référence au baptême johannique) ;
      3) Judaic Baptism (412 pages sur l’usage de Baptizô en référence aux baptêmes de prosélytes juifs, notons que des enfants étaient baptisés à ces occasions) ;
      4) Christic Baptism (Baptizô dans le Nouveau Testament)
      5) Patristic Baptism (Baptizô chez les Pères de l’Eglise, les volumes 4 et 5 sont réunis en un seul de 634 pages, institulé Christic and Patristic Baptism)

      On trouve ces cinq volumes en ligne.

      Bonne journée.

      Réponse
    • Pierre-Sovann

      Bonjour Romuald,

      Merci pour ce commentaire. Je connais bien les dictionnaires bibliques Excelsis (j’ai écris quelques articles dans deux d’entre eux) et je regrette que celui-ci fasse l’erreur de confondre le sens du mot « baptiser » avec son étymologie. Oui, le mot « baptiser » vient d’une racine qui renvoie originellement à l’idée de « plonger » quelque chose dans un liquide, mais non, le mot « baptiser » ne signifie pas uniquement cela : c’est une erreur lexicographique de débutant (je ne dis pas que l’auteur de l’article est un débutant, je dis que malgré le crédit de l’auteur de cet article, il commet ici une erreur qu’il ne devrait pas commettre). La première partie de mon article vise précisément à indiquer que ce préjugé que le mot « baptiser » contient en lui-même l’idée de submersion et que le mode du baptême est imposé par la forme même du mot est une thèse qui ne tient pas face à l’usage même que le Nouveau Testament lui-même fait de ce mot.

      Quant à la question de savoir ce qui est nuancé et ce qui ne l’est pas, je pense que ce sont ceux qui estiment que le baptême ne peut se faire que sur un seul mode (généralement l’immersion) qui en manquent singulièrement. Ceux qui, comme l’auteur de l’article que vous citez, ou comme moi-même, ne lient pas la validité du baptême à son mode font preuve de suffisamment de nuances, au contraire de ceux qui exigent le re-baptême de ceux qui ont été baptisés autrement que par immersion. Dans la pratique, ce sont les immersionistes qui manquent de nuances (même si tous les immersionistes n’en manquent heureusement pas).

      Pierre-Sovann

      Réponse

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