La puissance d’une Église impuissante — Alexandre Sarran
20 février 2022

Alexandre Sarran est pasteur de l’Église réformée évangélique de Lyon–Gerlandassociée à l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (lui-même a été ordonné dans la Presbyterian Church of America, après des études à Aix-en-Provence)Il a bien voulu nous accorder de publier une série de sept prédications sur les lettres aux Églises de l’Apocalypse (Ap 2 et 3) ; qu’il en soit vivement remercié. Cette prédication, sixième des sept, a été donnée le 8 juillet 2018.


Écris à l’ange de l’Église de Philadelphie : Voici ce que dit le Saint, le Véritable, celui qui a la clef de David, celui qui ouvre, et personne ne fermera, celui qui ferme, et personne n’ouvrira :

Je connais tes œuvres. Voici, parce que tu a peu de puissance, et que tu as gardé ma parole, et que tu n’as pas renié mon nom, j’ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer.

Voici, je te donne de ceux de la synagogue de Satan, qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais qui mentent ; voici, je les ferai venir, se prosterner à tes pieds, et connaître que je t’ai aimé.

10 Parce que tu as gardé la parole de la persévérance en moi, je te garderai aussi à l’heure de la tentation qui va venir sur le monde entier, pour éprouver les habitants de la terre.

11 Je viens bientôt. Retiens ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne.

12 Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n’en sortira plus ; j’écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu, et mon nom nouveau.

13 Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises !

(Apocalypse 3,7-13)


Introduction

Et si je vous disais, cet après-midi : bienvenue… dans l’antichambre du paradis ! Si je vous disais que vous vous trouviez, en cet instant présent, devant la porte d’entrée de la maison où habite Dieu de toute éternité, au bureau d’accueil du royaume des cieux, dans le vestibule du palais impérial du Créateur tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit ? Vraiment ? « Alexandre, tu te fiches de nous ! Regarde-moi cet endroit. La peinture qui s’écaille, les taches sur les chaises, les infiltrations dans la garderie… Regarde-moi ces gens ! Une poignée de personnes moribondes qui n’ont rien de mieux à faire un dimanche après-midi… On dirait l’antichambre du séjour des morts, plutôt qu’autre chose ! »

Allez, avouez. La vie de notre Église ne vous remplit pas toujours d’un enthousiasme débordant. Notre petit nombre à l’échelle de notre grande ville de Lyon, notre manque de moyens, les difficultés que nous avons à trouver des locaux adaptés à nos activités et à nos projets… tout ça ne donne pas l’impression que l’Église Lyon Gerland puisse avoir un rôle particulièrement important dans ce monde, ni même dans notre vie. Et pourtant. Est-il possible, malgré tout, qu’en venant ici cet après-midi, vous soyez venu au rendez-vous le plus important que l’on puisse imaginer ? Un rendez-vous… avec Dieu !

Et si l’assemblée des chrétiens, l’Église locale (ce que nous représentons aujourd’hui), était vraiment l’antichambre du paradis, le lieu par excellence où Dieu se fait connaître et où l’on peut le rencontrer ? Il y en a parmi vous, peut-être, qui ne connaissez pas encore Dieu personnellement. Est-il possible que cette modeste réunion à laquelle vous êtes venu soit le moment où votre vie change à jamais ? Il y en a d’autres parmi vous qui tendez à être cyniques ou désabusés par rapport à l’impact que notre petite Église peut avoir dans notre quartier ou dans notre ville, peut-être même par rapport à l’utilité de notre Église dans votre propre vie. Mais le texte qu’on va lire va corriger vos attentes, je l’espère.

Jésus fait envoyer une lettre à une petite Église du premier siècle, située dans une ville appelée Philadelphie (en Asie mineure, aujourd’hui en Turquie). Et le message principal de Jésus à cette petite Église, c’est le suivant : ce n’est pas parce qu’une Église locale est petite et faible et dépourvue de moyens à vue humaine que Dieu ne peut pas l’utiliser puissamment pour faire son œuvre. Et si ce principe est vrai, et si certaines conditions sont réunies, on peut s’attendre à ce que Dieu fasse des trucs extraordinaires dans notre vie, dans la vôtre, dans la mienne, et dans notre ville, à travers notre petite Église Lyon Gerland. Vous êtes prêts ?

Puissante en témoignage (vv. 7-9)

Premier point : Jésus le puissant fait porter du fruit à une Église impuissante mais fidèle. Qu’est-ce qui caractérise l’église de Philadelphie selon Jésus ? Deux choses : elle a peu de puissance, mais elle a gardé sa parole (v. 8). C’est une Église qui ne paie pas de mine. Contrairement à la précédente (à Sardes), elle n’a pas beaucoup de moyens, elle n’est pas très réputée, elle ne rassemble pas grand-monde. Elle n’a pas un super groupe de louange ou un groupe de jeunes ultra-dynamique. Elle n’a toujours pas trouvé de locaux. Mais elle est fidèle à Jésus. Fidèle à sa parole. Elle continue de croire et d’annoncer ce qu’il faut.

C’est donc une Église impuissante… mais fidèle. Et regardez ce que Jésus lui promet par conséquent. Il lui dit qu’il ouvre une porte devant elle. Il ouvre cette porte irrésistiblement. Qui ouvre cette porte ? C’est Jésus, qui se présente comme le Saint, le Véritable, c’est-à-dire en s’attribuant des titres normalement réservés à Dieu. Et ensuite en s’appropriant une parole tirée d’une ancienne prophétie, qui décrit la fonction du gouverneur du palais du roi d’Israël (És 22,22). Le prophète Ésaïe semblait dire, sept cents ans plus tôt, que Dieu enverrait quelqu’un qui contrôlerait souverainement l’entrée dans le royaume de Dieu.

Jésus se présente ici comme celui qui décide de l’efficacité du témoignage des chrétiens. Les chrétiens parlent de Dieu autour d’eux ; ils expliquent à tous ceux qui veulent l’entendre quel est le message de la Bible ; mais c’est Jésus qui détient la clef, et qui décide qui va recevoir cette parole et « entrer dans le palais du roi », c’est-à-dire dans le royaume de Dieu.

En se présentant comme ça, Jésus n’a pas pour intention de nous décourager, comme s’il disait : « Laissez tomber tous vos efforts, de toute façon c’est moi qui décide si les gens vont devenir chrétiens ou pas, et vous ne pouvez rien y faire. » Au contraire, Jésus veut nous encourager ! Il dit plutôt : « Allez-y, persévérez dans vos efforts, parce que justement, j’ai la puissance de faire entrer des gens dans mon royaume ; c’est une puissance irrésistible ; et même, j’ouvre une porte devant vous que nul ne peut fermer ! ».

Il y a d’ailleurs peut-être ici une allusion à cette fameuse parole que Jésus avait dite à ses disciples : Je bâtirai mon Église et les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle (Mt 16,18). L’idée, c’est que Jésus compte faire grandir son Église en faisant passer des gens de la mort spirituelle à la vie spirituelle ; et Jésus a la puissance d’ouvrir les portes de la mort spirituelle pour faire sortir des gens de là, et les faire entrer dans son royaume, en réponse au témoignage de l’Église. À condition bien sûr que ce témoignage soit fidèle.

Vous voyez ? Jésus le puissant fait porter du fruit à une Église impuissante mais fidèle. Jésus est si puissant qu’il va même convertir des gens de la synagogue de Satan (v. 9), c’est-à-dire les gens à Philadelphie qui étaient les plus fervents contradicteurs des chrétiens. Nous avons dans notre église plusieurs personnes qui peuvent témoigner de la capacité de Jésus à leur faire changer d’avis, alors qu’elles étaient résolument, et même passionnément, opposées au message de la Bible ! Dieu a utilisé des chrétiens pour faire connaître le message de la Bible à ces personnes, mais en fin de compte, ce ne sont pas ces chrétiens qui ont « converti » ces autres personnes ; c’est Jésus, agissant par son Esprit dans leur cœur.

C’est Jésus qui « ouvre la porte devant l’église », c’est-à-dire qui rend le témoignage des chrétiens efficace. Quel est ce témoignage ? C’est l’annonce de la bonne nouvelle qui est au cœur de la Bible, à savoir : que Dieu a ouvert un chemin pour qu’on puisse le connaître et vivre éternellement avec lui. On était séparé de Dieu par notre faute, mais Dieu nous a aimés quand même et il s’est approché de nous par Jésus. Et il a pris sur lui tout ce qui nous séparait de lui. C’est le sens de ce que Jésus a fait en souffrant, en mourant sur la croix, et en ressuscitant. Maintenant, si on fait confiance à Jésus, on peut demander pardon à Dieu et il nous pardonnera ; on peut s’approcher de lui et il nous accueillera.

Peut-être qu’en entendant ce message aujourd’hui, pour la première fois vous vous rendez compte que vous vous tenez devant la porte d’entrée de la maison de Dieu et que Jésus a la clef, et qu’il tient la porte ouverte et qu’il vous invite à entrer. Jésus a même dit : Moi, je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé […]. Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis (Jn 10,9, 11). Peut-être qu’en ce moment précis, vous entendez et reconnaissez la voix de votre berger, le Seigneur Jésus, qui vous aime et qui vous appelle puissamment à lui. Passez par la porte, et entrez ! Et si vous êtes déjà entrés, si vous faites déjà partie de la famille de Dieu, soyez encouragés, car l’œuvre que Dieu compte accomplir dans ce monde, et a fortiori à Gerland et dans votre vie, ne dépend pas de la taille ou de la richesse de notre Église. C’est ce que nous confirme la suite du texte.

Puissante en persévérance (vv. 10-11)

Deuxième point : Jésus promet à l’église fidèle de la soutenir jusqu’à la victoire. Jésus fait référence à une épreuve ou une tentation qui va venir sur le monde entier. Comme souvent dans le livre de l’Apocalypse, on ne peut pas être absolument sûr de ce à quoi Jésus fait allusion ici. Il est possible que Jésus fasse référence à une période de persécution qui va toucher l’ensemble des chrétiens au premier ou au deuxième siècle. Il est possible aussi que Jésus fasse référence à l’épreuve au sens général de la vie ici-bas, qui n’est pas facile, avec ses persécutions, en effet, mais aussi ses tentations et ses souffrances.

Quoi qu’il en soit, Jésus promet à son Église de la garder jusqu’au bout, au travers de cette épreuve (ponctuelle ou générale), jusqu’au jour où Jésus « viendra » (v. 11) et où l’Église recevra sa « couronne ». Ici, Jésus semble faire référence à ce jour futur où, d’après la Bible, Jésus se manifestera de nouveau, cette fois de manière indéniable, au monde entier. Ce jour-là, tout mal sera détruit, toute injustice sera parfaitement et définitivement corrigée, et les croyants seront délivrés à jamais de la souffrance et de la mort. Ça vous intéresse ?

Ruines de l’Église Saint-Jean de Philadelphie (aujourd’hui Alaşehir, Turquie).

Eh bien c’est ça, la « couronne » (στέφανος stéphanos) dont parle Jésus, dont il avait d’ailleurs déjà parlé dans sa lettre à l’Église de Smyrne (2,10). C’est le fruit du travail accompli ; le diplôme de fin d’études ; le trophée, la médaille, pour celui qui achève la course selon les règles. Jésus promet donc de garder son Église jusqu’au bout du parcours. Mais ce n’est pas une promesse inconditionnelle. Jésus dit : Je te garderai… parce que tu as gardé… (v. 10), et ensuite : Tiens ferme ce que tu as, afin que… (v. 11). Ce que Jésus veut dire par là, c’est que notre foi est l’instrument de notre persévérance. La promesse est sous condition de notre foi.

Mais ce n’est pas que nous devons gagner le droit d’être gardés par Jésus ! Imaginez que vous soyez un de ces enfants coincés depuis quinze jours dans une grotte inondée en Thaïlande1. On vous achemine de la nourriture et des médicaments, on vous envoie des médecins et des secouristes, et on vous donne des instructions à suivre pour pouvoir survivre. On fait tout pour vous ; simplement, vous devez suivre quelques conseils, sinon vous risquez de mourir. Personne n’interprèterait ça comme voulant dire que vous devez mériter votre salut. Au contraire, on est en train de dépenser énormément de moyens pour vous sauver. Des secouristes sont venus du monde entier. Un secouriste a même trouvé la mort dans ces procédures. On ne va pas vous demander de rembourser tout ça. C’est une démarche de pure bienveillance envers vous, et même les instructions qu’on vous donne sont l’expression de cette bienveillance, parce qu’elles vous sont données pour votre survie.

Et le grand jour de votre délivrance arrive. Il y a quatre kilomètres de boyaux inondés à parcourir sous l’eau, dans le noir, ce qui se fait en six heures quand on est un plongeur aguerri, et vous ne savez même pas nager. Mais le secouriste vous habille, vous équipe, et il vous dit : « Fais-moi complètement confiance ; ne lâche pas ma main ; tiens ferme ce que tu as, et tu sortiras sain et sauf à l’autre bout du tunnel. » Est-ce qu’il vous viendrait à l’esprit de vous dire : « Ah, mais c’est quoi ce légalisme ? Je n’aime pas qu’on me mette la pression ; je tiendrai la main de monsieur le secouriste si j’en ai envie ! »

Et de la même façon dans le texte, Jésus ne parle pas à douze enfants coincés dans une grotte inondée, mais il parle à son Église coincée sur terre qui doit traverser la grande épreuve de la vie. Et il lui dit de lui faire entièrement confiance et de tenir ferme ce qu’elle a, c’est-à-dire tous ces moyens que Jésus a mis à sa disposition pour qu’elle survive : par exemple, l’enseignement de la Bible, le culte, la prière, ou encore la communion des croyants.

Vous voulez arriver sains et saufs à l’autre bout du tunnel ? Ne sous-estimez pas les moyens que Jésus a déployés pour cela, notamment dans son Église ! Jésus a fait de l’Église « la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tm 3,15) ; Jésus a donné à l’Église des dons spirituels (des aptitudes propres à chaque membre) et il a institué des ministères (des fonctions), dans le but de « perfectionner » les croyants (Ép 4,12). Souvent, l’Église ne paie pas de mine à vue humaine… Mais à l’Église fidèle, Jésus promet de la soutenir jusqu’à la victoire.

Beaucoup d’Églises locales, comme la nôtre, ne sont pas très attrayantes ou impressionnantes. Mais ce n’est pas cela qui doit conditionner votre attachement à l’Église et votre participation à sa vie. La question que vous devez vous poser, c’est celle que se pose Jésus : est-ce que cette Église est fidèle ? Est-ce qu’elle « garde la parole de la persévérance en Jésus » ? Est-ce qu’elle « tient ferme » ce qu’elle a ? Inversement, d’autres Églises paraissent très vivantes et dynamiques et prospères, comme l’Église de Sardes. Mais parce qu’elles ne sont pas vigilantes, elles sont peut-être déjà mortes spirituellement.

Alors trouvez-vous une Église fidèle, peu importe sa taille, ses locaux, la tête de ses membres, la carte des activités proposées, l’allure de son site internet, l’horaire de son culte, la couleur de la moquette ou même la propreté de la garderie (parce que c’est peut-être vous que Dieu a appelé à la nettoyer) ! Trouvez-vous une Église fidèle et attachez-vous à cette Église, car c’est la famille de Dieu, et c’est là que vous serez en sécurité spirituellement.

Puissante en espérance (vv. 12-13)

Surtout qu’il y a un troisième et dernier point : à ceux qui font confiance à Jésus de cette manière, Jésus promet de les établir en présence de Dieu pour toujours. Pour conclure, Jésus fait des promesses à celui qu’il appelle le vainqueur. Comme dans les autres lettres de cette section du livre de l’Apocalypse, le vainqueur, c’est le vrai croyant. C’est celui qui fait entièrement confiance à Jésus, sans aucune réserve. C’est celui qui met en pratique les conseils de Jésus, notamment ceux qui sont contenus dans ces différentes lettres.

Alors concernant le vainqueur, tout d’abord, Jésus dit qu’il fera de lui une colonne dans le temple de Dieu et qu’il n’en sortira plus (v. 12). C’est une image très frappante, parce que la ville de Philadelphie était habituée aux tremblements de terre, et à des tremblements de terre si puissants qu’à plusieurs reprises, la ville a été entièrement détruite. À l’époque où cette lettre a été envoyée à l’Église, certains membres de l’Église se souviennent peut-être du dernier tremblement de terre qui a eu lieu en l’an 17 et qui non seulement a détruit la ville, mais qui s’est prolongé par des répliques si terribles que pendant trois ans, les habitants ont vécu dans des tentes parce qu’ils ne pouvaient pas reconstruire leurs habitations.

Mais Jésus oppose à cette précarité le caractère indestructible de l’espérance chrétienne. Jésus parle à des gens qui prennent part à la vie d’une Église fragile et insignifiante à vue humaine. Et Jésus leur dit : « Vous êtes sur le perron de la demeure éternelle de Dieu ; et une place vous y est réservée pour toujours ! Votre petite Église a l’air précaire ; détrompez-vous ! Je suis le Saint, le Véritable ; j’ai la clef du palais de Dieu, et votre église en est le parvis ! »

Jésus renverse complètement notre point de vue naturel et humain. Et Jésus va plus loin encore, en disant que le croyant fidèle va porter le nom de Dieu et le nom de la ville de Dieu et le nom de Jésus. En fait, quand on porte le nom de quelque chose, c’est qu’on est intimement identifié à cette chose. Jésus ne veut pas dire qu’on va tous s’appeler « Jésus » ou « Yahvé » au paradis ! Ce qu’il veut dire, c’est que la place du croyant fidèle est inscrite auprès de Dieu, inscrite dans la nouvelle Jérusalem (qui est une image du paradis), parce que le croyant fidèle est uni à Jésus par la foi.

Pour être précis, c’est encore mieux que ça. C’est le nom de Dieu qui est inscrit sur le croyant fidèle, et le nom de la ville de Dieu. C’est un tatouage spirituel que nous portons aux yeux de Dieu, le signe de notre appartenance à Dieu, qui garantit que Dieu va nous accueillir auprès de lui. D’ailleurs, le baptême chrétien est un signe visible qui pointe vers cette réalité invisible promise à tous ceux qui font confiance en Jésus.

Et le nom nouveau de Jésus n’est pas tout à fait nouveau dans ces lettres ; on l’avait vu déjà dans la lettre à l’Église de Pergame. Et on avait vu que le caractère nouveau de ce nom était une référence à l’œuvre accomplie de Jésus : il est mort et il est ressuscité, et il est ensuite monté au ciel pour régner sur toute la création. Et en appliquant ce nom nouveau aux croyants, Jésus veut dire que les croyants fidèles sont associés à Jésus dans cette œuvre et dans ce triomphe. C’est un peu comme quand un joueur de football est recruté pour jouer dans un grand club (disons le FC Barcelone) ; on lui met un maillot qui porte le nom du club, et le joueur est instantanément associé à la gloire du club.

Ça aussi c’est intéressant pour les chrétiens de Philadelphie, parce qu’il se trouve que cette ville avait justement souvent changé de nom dans son histoire. Jésus promet donc un nom nouveau et définitif aux croyants fidèles. C’est une façon, encore une fois, d’insister sur l’extraordinaire sécurité spirituelle de tous ceux qui prennent à cœur les instructions de Jésus dans cette lettre. Il vous semble que votre Église est insignifiante, inconnue, sans influence ? « Il n’empêche », dit Jésus, « que vous êtes les pierres vivantes du temple de Dieu, le peuple de la nouvelle Jérusalem, l’ambassade ici-bas de mon royaume éternel. »

Conclusion

Est-ce que vous le croyez ? Je vous propose un test pour le savoir. Qu’est-ce que vous avez prévu de faire la semaine prochaine à 17 h, surtout si la France accède à la finale de la coupe du monde de football ? Où serez-vous dimanche prochain, à « l’heure de l’épreuve qui va venir sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre » ? Et il y en a qui se disent : « C’est quoi ce légalisme ! Je n’aime pas qu’on me mette la pression ! Je viendrai à l’église si j’en ai envie ! ». C’est vrai. Mais qu’est-ce qui pourrait rivaliser avec votre envie de vous tenir dans l’antichambre du paradis ? De contempler Jésus-Christ votre Seigneur et sauveur, dont la parole vous sera annoncée, et de chanter ses louanges et de le prier avec le reste de la famille de Dieu ? Qu’est-ce qui pourrait rivaliser avec votre envie de recevoir l’œuvre de Dieu dans votre vie et de participer à son œuvre dans ce quartier et dans le monde ?

Jésus veut que nous arrêtions de sous-estimer l’importance de l’Église, même de l’Église Lyon Gerland, avec tous ses défauts et tout son manque de richesses et de confort ! Jésus a voulu nous dire aujourd’hui que ce n’est pas parce qu’une Église locale est petite et faible et dépourvue de moyens à vue humaine que Dieu ne va pas l’utiliser puissamment pour faire son œuvre ; dans ta vie, dans ma vie, dans le monde. Mais c’est sous condition de notre foi. À nous de nous attacher de tout cœur à Jésus, et à sa parole, et de tenir fermes les moyens de notre persévérance et de notre témoignage. Et Dieu va faire des trucs extraordinaires !


Illustration de couverture : Gustave Courbet, La Grotte de la Loue, huile sur toile, 1864 (Hambourg, Kunsthalle).

  1. Allusion aux opérations de secours de la grotte de Tham Luang, fait divers contemporain du sermon.[]

Arthur Laisis

Enseignant en linguistique à l'université, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

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