Dans les premiers chapitres de la Genรจse, nous rencontrons deux frรจres : Caรฏn et Abel. L’un d’entre eux, Abel, est associรฉ au sacrifice d’une bรชte. Premiรจrement parce que c’est ce qu’il offre ร l’รternel, mais aussi parce qu’il est, pour ainsi dire, sacrifiรฉ par son frรจre. Son sang rรฉpandu dans les champs est comparรฉ par l’รฉpรฎtre aux Hรฉbreux au sang du Christ crucifiรฉ. Caรฏn, quant ร lui, est l’exilรฉ. Il est envoyรฉ au loin. Adam et รve avaient รฉtรฉ couverts d’une peau de bรชte pour leur exil ร l’Est du jardin d’รden, Caรฏn reรงoit une marque lors de son exil encore plus ร l’Est.
Plus loin dans le mรชme livre, nous rencontrons ร nouveau deux frรจres : Isaac et Ismaรซl. Le premier est encore associรฉ ร un sacrifice duquel il รฉchappe toutefois de peu, un bouc รฉtant sacrifiรฉ ร sa place. L’autre, Ismaรซl, est encore associรฉ ร l’exil : il est envoyรฉ au loin dans le dรฉsert avec sa mรจre pour que son frรจre soit bien l’unique hรฉritier. Ismaรซl, dans ce rรฉcit, est explicitement mis cรดte ร cรดte avec Isaac. Lร oรน Isaac risque de mourir sous le couteau d’Abraham, l’Ange pourvoit et indique un bรฉlier coincรฉ sous un buisson. Ismaรซl risque de mourir de soif dans le dรฉsert, et c’est lui qui est dรฉposรฉ sous un buisson par sa mรจre, tel le bรฉlier d’Isaac, l’Angle appelle des cieux et lui procure la dรฉlivrance.
Vers la fin du mรชme livre, deux frรจres sont encore prรฉsentรฉs cรดte ร cรดte dans un rรฉcit. Il s’agit de Joseph et de Juda. Le premier est associรฉ au sacrifice. Son pรจre le croit mort, massacrรฉ par un bรชte sauvage et ses frรจres tuent un bouc afin d’en tacher sa tunique. Le second, Juda, est associรฉ ร l’exil. En effet, en Genรจse 38,1, il est nous dit que ยซย Juda s’รฉloigna de ses frรจresย ยป et partit pour un pays รฉtranger. Lui aussi est associรฉ ร un bouc. En effet, alors qu’il veut payer une prostituรฉe (qui s’avรจre รชtre sa belle fille), il envoie un chevreau au loin comme salaire pour celle-ci.
En Lรฉvitique 16, lorsque le grand jour des expiations est dรฉcrit, il est question de deux boucs : l’un qui doit รชtre sacrifiรฉ comme expiation et l’autre qui doit รชtre envoyรฉ dans le dรฉsert.
Jรฉsus semble รชtre ร la fois le bouc sacrifiรฉ et celui qui est envoyรฉ hors de Jรฉrusalem.
ร ce stade, je n’ai pas d’explication aboutie de ces parallรจles, mais ils ne sont pas prรฉsents dans le rรฉcit par hasard. Alastair Roberts mentionne un tel parallรจle dans ses Q&A sur YouTube mais sans avoir non plus d’explication. Je les mentionne, comme je l’ai fait pour l’article sur les bons Samaritains, pour que nos lecteurs s’accoutument ร ces parallรฉlismes, les recherchent et enrichissent ainsi leur lecture du texte biblique. Ces parallรจles ne trouvent pas toujours d’explication rapide. Et cela est probablement ร dessein : de la sorte, ils restent dans nos tรชtes, nous obligeant ร prendre une pause pour mรฉditer, chercher le sens, interpeller. Je pense que plusieurs ยซย difficultรฉs bibliquesย ยป ont en rรฉalitรฉ ce rรดle de retenir notre attention et nous forcer ร nous questionner sur des rรฉcits qui auraient รฉtรฉ trop lisses pour que nous nous y arrรชtions autrement. Si vous identifiez une autre ยซย paire de boucsย ยป dans la Bible, je serai heureux de l’ajouter ร l’article. Et si vous pensez avoir une explication ou un dรฉbut d’explication, je serai heureux de l’entendre !
Illustration en couverture : Palma il Giovane, Caรฏn et Abel, 1603.




Bonjour,
Il est sans doute bon de chercher des parallรจles et des correspondances, en le faisant toutefois avec prudence.
Quand on en vient ร Lรฉvitique 16 et que le parallรจle suivant est fait entre Jรฉsus et Jean-Baptiste, je trouve qu’on perd quelque chose et รงa donne l’impression que le bouc pour azazel serait ร mettre en parallรจle avec Jean-Baptiste.
Les 2 boucs de Lรฉvitique 16 reprรฉsentent tous deux un aspect de l’oeuvre de Christ ร la croix, dans laquelle Jean-Baptiste n’a pas de part.
Le bouc sacrifiรฉ prรฉsente le cรดtรฉ de la propitiation, rendant Dieu propice (favorable) pour tous les hommes, tandis que le bouc pour azazel (ยซย qui s’en vaย ยป) reprรฉsente plutรดt le cรดtรฉ de la substitution, les pรฉchรฉs รฉtant posรฉs sur sa tรชte, et lร ne sont concernรฉs que ceux qui sont sauvรฉs. On retrouve ce double aspect dans le NT dans plusieurs passages.
Bonjour,
Oui votre remarque est juste. Le parallรจle est trop tรฉnu.