En quoi consiste la raison formelle du péché contre le Saint-Esprit ? Et pourquoi est-il impardonnable ?
Le péché contre le Saint-Esprit (Matthieu 12:31 ; Marc 3:29-30) est décrit comme impardonnable. L’apôtre Jean parle aussi du péché qui mène à la mort (1 Jean 5:16). Mais en quoi consiste exactement ce péché contre le Saint-Esprit ?
Tout d’abord, cela ne peut pas être un péché contre la personne seule du Saint-Esprit, comme si le Fils et le Père pouvaient être épargnés par ce péché alors qu’ils ont le même être unique. C’est plutôt un péché contre l’œuvre spécifique du Saint-Esprit.
Ce n’est pas :
- La seule mort en état de péché (impénitence finale) comme le propose Augustin : tous les réprouvés meurent sans s’être repentis, et pourtant tous n’ont pas commis le péché contre l’Esprit-Saint.
- Les six péchés de : présomption, désespoir, résistance à la vérité reconnue, haine de la grâce fraternelle, obstination et impénitence, comme le proposent les catholiques du XVIIe siècle. L’Écriture mentionne le péché contre le Saint-Esprit comme un péché d’une seule espèce.
Nous disons que c’est une apostasie universelle du vrai christianisme ou de la vérité de l’Évangile dont on a été convaincu dans sa conscience ; un déni total et persévérant, la détestation et la résistance […] venant non pas d’une faiblesse humaine, mais d’une détestation spéciale, délibérée, méchante, directe et diabolique, conjoint avec le mépris pour toutes formes de moyens du salut et l’impénitence finale – François Turretin, Instituts de Théologie Élenctique, 9.14.4
Les marques du péché contre le Saint-Esprit
Première marque : l’opposition à la vérité évangélique
Ce n’est pas seulement une opposition intellectuelle à l’histoire du salut ou au système doctrinal chrétien. C’est renverser et s’opposer à toute conviction de l’Évangile. C’est bien plus une opposition de la volonté qu’un désaccord intellectuel.
Deuxième marque : une déchéance totale de la vérité
C’est nier la vérité, non par peur (comme l’a fait l’apôtre Pierre en niant), ou parce qu’on préfère des plaisirs plus proches (comme le jeune homme riche). Bien que ce soit difficile, on a déjà vu des personnes se repentir de leur apostasie due à ces deux conditions précédentes, parce qu’il y a de l’involontaire dans une apostasie due à la peur ou à l’envie.
Mais dans le cas du péché contre le Saint-Esprit, ce n’est pas à cause de la peur ou de la négligence que l’on s’oppose au Saint-Esprit, c’est l’opposition déterminée et méthodique à tous les articles de l’Évangile, quel qu’en soit le coût (Hébreux 10:29).
Troisième marque : une hostilité persévérante
Ce n’est pas seulement refuser une fois l’Évangile quand il nous a été présenté : c’est chercher toutes les occasions de le confronter et le gêner, à l’image des pharisiens ou de Julien l’Apostat.
Quatrième marque : l’impénitence finale
Augustin avait raison de dire que le refus de se repentir est une partie du péché contre le Saint-Esprit, mais il y avait d’autres éléments qui manquaient à sa définition.
On peut mieux comprendre que le péché contre le Saint-Esprit soit impardonnable quand on considère les missions propres à chaque personne de la Trinité :
Car, comme le Père soutient la majesté de la divinité offensée et est le gardien et le défenseur des lois promulguées ; le Fils tient la place de Médiateur et de Garant (qui a fait satisfaction pour nos péchés) ; et le Saint-Esprit assume le rôle de sanctificateur (qui met la touche finale à l’œuvre du salut en nous conduisant à Christ, et par Christ au Père). Ainsi, celui qui a violé les lois du Père peut trouver un remède dans la satisfaction du Fils ; celui qui a offensé la personne du Fils et la dignité de sa satisfaction par incrédulité et ignorance, il lui reste un espoir dans la grâce de l’Esprit (qui peut guérir son ignorance et corriger son incrédulité). Mais celui qui méprise le Saint-Esprit et rejette son opération, pour lui, il n’existe plus aucune source d’espoir, car il n’y a pas d’autre personne divine qui puisse l’aider – François Turretin, Instituts de Théologie Élenctique, 9.14.16
Quel usage pastoral devons-nous faire de cette doctrine ?
Cette méchanceté ne doit pas être imputée à quiconque à la légère et peut être plus facilement définie dans l’abstrait qu’expliquée dans le concret — à la fois en raison de notre ignorance des principes et des actes internes et en raison des différentes saisons de la grâce qui appelle. Nous ne pouvons en effet pas nier qu’elle soit identifiable, car elle est décrite dans l’Écriture avec toutes ses circonstances et parce que, si ce n’était pas le cas, l’Écriture ne nous aurait pas interdit de prier pour de telles personnes. Cependant, cette connaissance est soit divine (faite par une révélation de Dieu) et extraordinaire par les dons du discernement des esprits (qui existaient dans l’Église apostolique) ; soit humaine, découlant des effets et des circonstances. La première a maintenant cessé ; la seconde reste. Et comme elle n’est établie que par des signes externes (à partir desquels une connaissance infaillible ne peut être obtenue), nous devons donc procéder avec beaucoup de prudence et être plus enclins à nourrir un bon espoir dans la charité qu’à condamner rigoureusement – François Turretin, Instituts de Théologie Élenctique, 9.14.20



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