Sermon de Noël sur Jean 1,14 — Le Verbe s’est fait chair — Saint Bonaventure
21 décembre 2025

En ce quatrième dimanche de l’Avent, nous publions un sermon de Noël de Saint Bonaventure (1221–1274) sur Jean (1,14). Le texte complet du sermon est disponible en facsimilé sur le site livres.franciscains.fr. Nous avertissons le lecteur bien sûr en tant que blogue protestant au sujet de la régénération baptismale dont il est peut-être fait allusion une fois à la fin du paragraphe 11, mais le reste du sermon est très correct et édifiant.

Et la parole a été faite chair […]

Jean 1,14


  1. Ces paroles expriment ce mystère céleste et cet admirable sacrement, cette œuvre magnifique et ce bienfait infini, Dieu éternel s’abaissant humblement a assumé le limon1. de notre nature dans l’unité de sa personne. Elles traitent donc de celui qui assume : le Verbe, de ce qui est assumé : la chair, de cette assomption elle-même et de l’union : s’est fait.
  2. Disons donc : le Verbe s’est fait chair. Ce n’est pas une parole composée de syllabes ou écrite avec des lettres, ni une parole flottant dans l’air ou de clinée en conjugaisons. Il n’est pas figuré en image ou en prophétie, mais tout simplement Dieu Verbe de Dieu, qui au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Pour que ce Verbe apparaisse encore mieux, distinguons entre verbe mental et verbe causal. Le verbe mental est la connaissance elle-même ou le concept de l’esprit ; le verbe causal est celui dont nous parlons. Il faut donc nous efforcer de comprendre que le verbe mental est un miroir, et le verbe causal est ce qui est vu comme dans un miroir. Ce n’est pas sans raison, en effet, que l’Apôtre dit dans la 1 Corinthiens 13,12 : Aujourd’hui, nous voyons dans un miroir. C’est ce Verbe dont nous disons qu’il s’est fait chair, demeurant éternellement, permanent dans la stabilité, progressif dans la parole, manifesté dans la lumière et capable d’agir en puissance.
  3. Il demeure éternellement car éternellement le Verbe est engendré par le Père, comme notre parole naît de notre esprit ; car si notre esprit se connaissait lui-même, il engendrerait en soi son image et s’il se connaissait éternellement, il engendrerait éternellement son image. En effet, l’image qui est engendrée dans l’esprit est identique à la parole qui naît de l’esprit. De même jamais Dieu n’a existé sans se connaître, jamais il n’a existé sans dire le Verbe, jamais il n’a existé sans engendrer le Verbe. Note bien que lorsque la parole naît de l’esprit, elle a besoin d’un producteur sans avoir besoin d’une mère. De même en Dieu le Fils naît de la substance du Père sans qu’une mère soit requise. Note aussi que l’esprit engendre son image, non de manière temporelle, ni par une succession de mouvements, de sorte que l’esprit dit son verbe sans rompre le silence ni produire aucun son. Qu’ils périssent en face de Dieu ceux qui construisent des argumentations astucieuses, ou même délirantes et disent : « Dieu engendrait éternellement, donc il se mouvait »; ou « Dieu a dit éternellement son Verbe, il a donc rompu le silence ». Ils sont dévoyés dès le sein de la science sacrée, ils disent des sottises.
  4. Ce Verbe est aussi permanent dans la stabilité, non sujet à l’oubli dans le cœur du Père, ni transitoire dans la prononciation, inséparable localement de celui qui le dit, tout comme l’image de l’esprit. Car comme ce qui émane à partir du Père émane de manière stable, ainsi le Verbe procède du Père sans le quitter, ainsi que le dit le Psaume 119,89 : A jamais Seigneur, ta parole immuable dans les cieux ; de même Jean 1,1-2 : Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Dans ce texte, la substance est désignée comme fixe : Au commencement était le Verbe ; la personne est signifiée comme distincte : Et le Verbe était avec Dieu ; et de la nature divine il est dit : Et le Verbe était Dieu ; et le caractère secret quant à la connaissance que nous en avons : Il était au commencement avec Dieu. Ici, je voudrais que tu recoures au verbe mental et que tu considères le caractère caché et voilé du verbe dans l’esprit avant qu’il soit dit au dehors. Ainsi le Verbe divin est un trésor caché que Moïse réservait au genre humain en disant dans les Nombres 20,6 : Ouvre-leur le trésor de ta source d’eau vive pour qu’ils soient rassasiés et qu’ils cessent de murmurer, parce que la gloire de Dieu était de voiler le Verbe, afin qu’il opère au temps voulu, ce qui était réservé à notre temps.
  5. Le Verbe s’exprime progressivement dans la parole. Car lorsque vint la plénitude des temps constitués dans la divine présence, le Verbe jadis caché à l’intérieur de Dieu le Père est venu dans le sein de la très chaste mère. Note bien ce que je dis : le verbe mental sort publiquement lorsqu’il a revêtu le vêtement de la voix, le Verbe causal est sorti en public lorsqu’il a revêtu le vêtement de la chair ; car lorsque le verbe mental est proféré à l’extérieur, il est comme revêtu de voix et la voix avance et sonne en public en sorte que ce qui est signifié demeure caché, car la voix est perçue par le sens, mais le signifié par l’intelligence. Ainsi, le Verbe du Père, auparavant nu parce qu’il n’était uni à aucune créature ; après, revêtu de chair, il a montré sa chair en cachant sa divinité à l’intérieur, comme le dit Isaïe 45,5 : Vraiment tu es un Dieu caché. Note également que le verbe de l’esprit et le verbe de la voix ne sont pas deux verbes, mais un seul, le premier nu, le second vêtu. Ainsi le Verbe fait chair, étant Dieu et homme, n’est pas deux, mais un seul Christ. Note enfin que le verbe assumant la voix, s’élance à l’extérieur sans pour autant quitter son domicile mental. Ainsi le Christ est venu dans la chair sans pour autant quitter son principe fontal, comme le dit Jean 14,10 : Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?
  6. En quatrième lieu, ce Verbe est clairement manifestatif et ceci est évident pour ce qui est du verbe mental. Car notre verbe, lorsqu’il procède dans la voix, annonce la raison, interprète l’esprit, manifeste la volonté. Ainsi le Verbe de Dieu nous a manifesté les secrets du Père, comme le dit Jean 1,18 : Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père etc.; et le Psaume 118,105 : Une lampe sur mes pas ta parole etc. Nous ne pouvons nous excuser comme si nous ne savions pas ce que Dieu veut, car nous avons un légat a latere qui sait la volonté royale et qui de soi-même manifeste clairement l’éthique générale et la discipline universelle des mœurs pour que nous n’agissions pas autrement qu’a agi le Christ, que nous ne vivions pas autrement qu’a vécu le Christ, que nous ne souffrions pas autrement qu’a souffert le Christ, que nous ne mourions pas autrement qu’est mort le Christ.
  7. Enfin en cinquième lieu, ce Verbe est puissamment opératif. Lis Augustin, dans le livre IX du De Trinitate et tu verras que tout ce que nous agissons à l’extérieur, nous « l’anticipons par un verbe exprimé à l’intime de nous-mêmes », dans lequel se trouvent l’autorité qui commande et la force de l’entreprendre ; et enfin, les princes font plus en disant, et de cette manière, Dieu, en disant, a tout fait, comme le dit le Psaume 32,9 : Il a dit et tout a été fait ; de même la Sagesse 9,1 : Tu as fait l’univers par ta parole. Nous disons : tu as refait toutes choses par ton Verbe ; tu as fait, dis-je, toutes choses par ton Verbe incréé et tu as tout refait par ton Verbe incarné. Car comme il fut puissamment opératif dans la création des choses parce que par la parole de Dieu les cieux ont été faits, et toutes choses ont été créées, ainsi fut-il puissamment réparatif dans l’activité des choses, comme le dit Jean 15,24 : Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché.
  8. Le texte continue : il s’est fait chair, où l’on touche l’assumé sous le nom de chair. Le Verbe s’est donc fait chair, selon la chair pour une vraie humanation ; une chair hors de la chair pour éviter la corruption ; au dessus de la chair pour une opération admirable ; contre la chair pour la purification de la chair ; au bénéfice de la chair pour le salut final. Du premier aspect, l’Apôtre dit aux Romains 1,3 : Issu de la lignée de David selon la chair, c’est-à-dire vraie substance et nature de la chair. Car si le Verbe n’avait pas une vraie chair, il n’aurait pas ressenti les craintes et les douleurs, selon Matthieu 26,41 : L’esprit est ardent, mais la chair est faible. De même, s’il n’avait pas eu de chair, il n’aurait pas été palpable, Luc 24,39 : Touchez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. De même, s’il n’avait pas eu de chair, il n’aurait pas racheté notre chair ; désormais “ par la chair il libère la chair pour que ne soit pas perdu ce qu’il a créé ”.
  9. En second lieu, il s’est fait chair outre la chair. “« Dans cette nativité singulière, il n’a jamais subi la concupiscence de la chair, rien n’est demeuré en lui de la loi du péché », selon Isaïe 7,15 : De laitage et de miel il se nourrira jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Il a mangé le laitage et le miel quand il a assumé la chair et l’âme, mais il a rejeté le mal parce qu’il n’a pas eu dans le laitage de la chair l’infection de la concupiscence, ni dans le miel de l’âme l’aiguillon de la justice originelle. Outre la chair il s’est fait chair. Outre, dis-je, à la chair considérée selon la corruption du vice, dont parle l’Apôtre dans la 2 Corinthiens 15,50 : La chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l’incorruptibilité.

10, En troisième lieu, il s’est fait chair au-dessus de la chair par une opération admirable. Car la raison naturelle ne fut pas le guide ou l’artisan principal dans l’œuvre de l’incarnation, mais la vertu sempiternelle, selon Isaïe 4,1 : Sept femmes s’arracheront un seul homme, ce jour-là, le jour de la conception. Ces sept femmes furent les sept opérations admirables qui, au jour de la conception entourèrent le Christ : la sanctification de toute la masse, la taille de la chair du Christ, la formation ou organisation de la chair taillée, la création de l’âme, la dotation à cette âme créée de toute science et vertu, l’union de la chair et de l’âme, l’assomption de la chair et de l’âme ainsi unies par le Verbe dans l’unité de sa personne.

  1. Enfin, il s’est fait chair contre la chair pour la purification et la soumission de la chair. Puisque dans le genre humain et plus encore dans l’homme la guerre existait, la chair convoitait contre l’esprit et l’esprit contre la chair et que la chair avait la victoire universelle car dans le monde entier elle obtenait la royauté et l’empire, selon la Genèse 6,12 : Toute chair avait une conduite perverse sur la terre. Voyant donc que son ordre était corrompu, la divine Sagesse qui organise toutes choses, vint dans la chair et dans sa chair elle soumit la chair à l’esprit et montra, enseigna et prescrivit comment la soumettre. Elle donna à l’esprit quatre médicaments contre la chair. En premier, le Christ donna l’exemple de sa vie dans la chair, aux Hébreux 5,7 : C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort etc.; Augustin, dans le livre VII du De Trinitate : Il s’est fait “ l’exemple pour ceux qui là-haut contemplent le Dieu, pour ceux qui ici-bas admirent l’homme, exemple de constance pour ceux qui sont en bonne santé, de guérison pour ceux qui sont malades, exemple de courage pour les mourants, exemple de résurrection pour les morts ”. En second, il donna des préceptes à l’encontre de la chair, comme le dit Luc 19,23 : Qui veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même etc.; aux Galates 5,16 : Laissez-vous mener par l’Esprit etc. En troisième, il donna des armes contre la chair, c’est-à-dire des grâces et des vertus, comme le dit la 2 Corinthiens 10,4 : Les armes de notre combat ne sont pas charnelles, mais par la puissance de Dieu etc.; aux Ephésiens 6,11 : Revêtez l’armure de Dieu etc. En quatrième, il apporta des remèdes contre la chair, les grâces des sacrements pour relever ce qui chute du fait de la chair. De toutes ces grâces, le livre 4 des Rois 5,10 nous dit : Va te laver sept fois dans le Jourdain et ta chair recevra la guérison.
  2. Enfin, le Verbe s’est fait chair pour la chair, pour son salut final. Car l’achèvement de l’incarnation affecte l’âme et la chair, selon Luc 3,6 : Toute chair verra le salut de Dieu. Dieu le Verbe de Dieu, en assumant la chair, fit un échange ou mariage pour ennoblir la nature, il donna un prix pour la racheter, un aliment pour la nourrir, un spectacle pour la béatifier. En premier, la Genèse 2,24 : Ils seront deux en une seule chair, à savoir Dieu et homme. Ce mariage fut contracté dans l’assomption de la chair. C’est pourquoi nous pouvons dire avec la Genèse 2,23 : A ce coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair. Un prix pour racheter la nature, selon la 1 Pierre 4,1 : Le Christ ayant donc souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée etc.; et aux Colossiens 1,22 : Il vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, donnant âme pour âme, achetant la chair pour notre chair etc. Mais nous le dépouillons tant de fois, en sorte qu’il faudra la correction ou la punition, comme le dit Job 21,6 : Quand j’y pense, je frémis et un frissonnement saisit ma chair. Une nourriture pour rassasier notre nature, Jean 6,56 : Ma chair est vraiment une nourriture etc. Un spectacle pour béatifier la nature, Job 19,26 : Et dans ma chair je verrai Dieu mon salut ; Jean 10,9 : Il entrera et sortira et trouvera sa pâture. Il entrera dans le Verbe et trouvera sa pâture dans la contemplation de la divinité ; et il sortira vers la chair et trouvera sa pâture dans la contemplation de l’humanité. Et c’est pourquoi le Verbe s’est fait chair pour béatifier l’âme et la chair. A lui la louange et la gloire etc.
  3. Il s’est fait. Pour que ce lien qui nous entraîne vers une meilleure intelligence soit évident, cinq considérations me paraissent nécessaires, à savoir l’action, la confection, la défection, la réfection, la perfection ; l’action de la puissance qui opère, la confection de la sagesse qui tempère ou modère, la défection de l’excellence de la nature qui s’humilie, la réfection de la grâce qui répare et relève, la perfection de la magnificence qui consomme. En premier donc, ce ‘fait’, selon son action, vient de la puissance qui opère admirablement ; que, dans ce ‘fait’, se taise la nature avec toutes ses forces, se taise la raison avec toutes ses considérations, se taise l’usage avec toutes ses épreuves, que soit exaltée la seule puissance divine avec ses miracles et c’est pourquoi Isaïe s’exclamait 66,8 : Qui a jamais entendu rien de tel, qui a vu rien de pareil ? et Job 5,9 : Il est l’auteur d’œuvres grandioses et insondables, de merveilles qu’on ne peut compter, car elles sont contre la nature, contre la raison, contre la coutume. Le genre humain suppliait vivement cette puissance, Psaume 79,3 : Réveille ta vaillance et viens nous sauver.
  4. Il y a aussi, dans ce ‘fait’, l’intervention d’une sagesse tempérante qui ainsi modère la Sagesse divine et exalte la sagesse humaine, pour que, l’unité étant sauve de chaque nature, dans cette union, l’immensité soit associée à la petitesse, la force à la débilité, la clarté à l’obscurité, l’immortalité à la mortalité, la divinité à l’humanité, selon le Psaume 48,3 : Riches et pauvres ensemble. Ceci est l’alliage fait d’or et d’argent, selon Ezéchiel 1,4 : Au centre comme l’éclat du vermeil, c’est-à-dire Dieu humanisé. L’alliage fait d’or et d’argent, et le Christ de divinité et d’humanité, alors que « la divinité est tempérée dans son éclat à nos yeux, comme l’or et l’argent ». Telle est la boue dont l’application guérit l’aveugle, Jean 9,6 : Il fit de la boue avec sa salive. Qu’est-ce que faire de la boue avec la salive, sinon mélanger la salive qui est la sagesse de Dieu le Père avec le limon de notre chair ? Ceci est l’alliage, ceci est la boue, ceci est le baiser dont parle le Cantique 1,1 : Qu’il me baise des baisers de sa bouche, parce que le baiser est le lien entre celui qui le donne et celui qui est embrassé ; saint Bernard : « Que celui qui baise soit le Verbe qui assume, celui qui est baisé la chair qui est assumée, le baiser qui lie celui qui embrasse à celui qui est embrassé, c’est-à-dire la personne elle-même faite des deux natures, médiateur de Dieu et des hommes, l’homme Christ Jésus ».
  5. Et encore, dans ce Verbe fait chair, il faut pieusement comprendre la défection d’une nature excellente qui s’humilie et se vide d’elle-même, quant à l’apparence et à la réputation humaine, selon les Philippiens 2,7-8 : Il s’humilia et s’anéantit etc. Saint Bernard : « Il déposa le diadème, il se couvrit de poussière la tête, son aspect n’a plus ni beauté ni décor »; tellement qu’il semblait une simple créature et une créature pécheresse. Une grande défection apparaît quand le soleil matériel devient noir comme un sac rempli de cendre ; défection plus grande encore lorsque le soleil de justice revêt la similitude de notre faute et la vérité de notre punition. De cette apparence, Grégoire dans le livre XVI des Moralia : “ Fort par-dessus tout etc.”. Il y a aussi dans ce ‘Verbe fait chair’ la réfection de la grâce qui répare. Lui, alors qu’il est chair c’est-à-dire homme, fait ce qu’il a fait et refait ce qui a été défait ; Augustin : « Par celui qui a tout créé, il a tout recréé ». Par le Verbe il a fait, par le Verbe il a refait. Le Verbe incréé a fait l’homme, mais le Verbe incarné a refait l’homme. Une si noble structure, la nature humaine, un autre architecte ne devait pas la fabriquer ou la restaurer quand elle était détruite, mais Dieu créateur l’a fabriquée et Dieu homme l’a réparée, aux Ephésiens 1,10 : Nous sommes en effet son ouvrage etc. S’il avait fait et qu’un autre ait refait le genre humain, deux inconvénients seraient survenus, à savoir que nous aurions dû le tribut d’honneur à un autre que Dieu, et l’homme n’aurait pas été pleinement réconcilié ; en le créant, il aurait agi de sa propre main, en le réparant il aurait mis non sa propre main, mais celle d’un autre, selon l’Exode 33,15 : Si ta face ne vient pas.
  6. Dans ce Verbe, il y a encore la perfection de la magnificence consumant et achevant toutes choses, parce que la figure sphérique signifie la perfection dans les corps du macrocosme et du microcosme. Dans le grand monde, les corps ont une figure ronde comme le ciel, le soleil et la lune, etc. Dans le petit monde, c’est à dire dans l’homme, les membres les plus nobles ont une figure ronde, comme la tête, le cœur et les yeux. Cette figure n’était pas complète dans l’univers. Pour que la figure de l’universalité soit absolument parfaite, la ligne courbe s’inscrit dans le cercle ; car le premier cercle est simplement Dieu, le dernier l’homme dans les œuvres du monde. Puisque donc Dieu s’est fait homme, les œuvres de Dieu sont parfaites, et donc le Christ Dieu-homme est appelé alpha et omega, c’est-à-dire, principe et fin, et donc, puisque vous avez entendu que l’homme est appelé la fin de toutes choses, il est aussi le premier et le dernier.
  7. Il y a une autre façon de comprendre la perfection dans l’incarnation selon la nature, dans le fait que la plus noble de toutes les puissances réceptives qui était implantée dans la nature humaine, à savoir la capacité d’ être unie à la nature divine, aurait été inactive dans la vérité de la personne ; or, elle a été réalisée en acte. Alors, quand toute créature est réalisée en acte, la perfection atteint son terme et en cet être unique, toute l’unité est consommée, comme le dit Isaïe 12,5-6 : Chantez le Seigneur car il a fait des prodiges ! quant au premier achèvement ; criez de joie et d’allégresse, habitants de Sion, c’est-à-dire, selon la nature humaine, car il est exalté au milieu de toi, le Saint d’Israël, quant au second, à savoir l’accueil de la puissance (unitive), Augustin dit : « O très cher, cette puissance par laquelle il a achevé l’univers t’affermit dans tes actes et dans ta foi ; cette sagesse t’adoucit dans tes mœurs, cette excellence t’humilie dans tes sentiments et tes exemples. Cette grâce te restaure dans les mérites par la miséricorde dans le temps présent, cette magnificence te consomme dans les récompenses par la gloire à venir. Amen ».

Saint Bonaventure (1221–1274)

Illustration de couverture : Josef Langl, Bethléhem la nuit.

  1. Boue, terre détrempée, bourbe. Les anguilles et quelques autres poissons se tiennent dans le limon. Ce fleuve traîne beaucoup de limon.
  2. Il s’emploie figurément, au sens moral, et signifie, Extraction, origine, nature, par allusion à la manière dont la Bible dit que le corps de l’homme a été formé. Il se croit pétri d’un autre limon que les autres hommes. Nous sommes tous formés du même limon[[Synonyme vague de terre, Note de l’Académie française : Boue, terre détrempée, bourbe. Les anguilles et quelques autres poissons se tiennent dans le limon. Ce fleuve traîne beaucoup de limon. Il s’emploie figurément, au sens moral, et signifie, Extraction, origine, nature, par allusion à la manière dont la Bible dit que le corps de l’homme a été formé. Il se croit pétri d’un autre limon que les autres hommes. Nous sommes tous formés du même limon.[]

Laurent Dv

Informaticien, époux et passionné par la théologie biblique (pour la beauté de l'histoire de la Bible), la philosophie analytique (pour son style rigoureux) et la philosophie thomiste (ou classique, plus généralement) pour ses riches apports en apologétique (théisme, Trinité, Incarnation...) et pour la vie de tous les jours (famille, travail, sexualité, politique...).

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