La soumission de Christ à son Père – Thomas d'Aquin
16 novembre 2019

Après avoir décrit entièrement tout ce qui relevait de l’être de Jésus, nous allons bientôt parler de ses œuvres. La transition est la suivante : tout ce qu’il a fait, il l’a fait en étant soumis à qui/comment ? Nous sommes à la Summa Troisième partie, question 20 : La soumission du Christ à son père.

  1. Le Christ a-t-il été soumis à son père ? Oui, uniquement sous sa nature humaine.
  2. Le Christ a-t-il été soumis à lui-même ? Oui, en tant qu’humain à Dieu.

Article 1 : Le Christ a-t-il été soumis à son Père ?

Le Seigneur déclare en Jean (14, 28) : “Le Père est plus grand que moi.” Et Augustin commente ainsi cette parole : “C’est à bon droit que l’Écriture affirme les deux choses : d’une part que le Fils est égal au Père, et d’autre part que le Père est plus grand que le Fils. Il faut entendre la première de la forme de Dieu; la seconde de la forme de serviteur, mais sans les confondre.” Or le plus petit est soumis au plus grand. Le Christ, considéré sous sa forme de serviteur, est donc soumis au Père.

Thomas rappelle que les hommes sont soumis à Dieu de trois façons :

  • Ils sont soumis à Dieu parce que Dieu est la Bonté-grand B et que nous recevons ce qu’il y a de bien en nous par l’extérieur.
  • Nous sommes soumis à Dieu parce qu’il est infiniment plus puissant que nous.
  • Enfin, c’est la nature même de l’homme qui exige que l’homme obéisse et se soumette à Dieu.

Or, Jésus confirme ces trois critères.

  • En Matthieu 19.17, Jésus dit au riche : « Pour dis-tu que je suis bon ? Dieu seul est bon. » Jérôme et Augustin commentent ce passage en disant que c’est une façon de faire comprendre que la sainteté humaine de Jésus est grande, mais tout de même inférieure à celle qu’il a en tant que Dieu. Donc sa nature humaine a été soumise à Dieu du point de vue de la bonté.
  • « Tous les miracles de Jésus ont été l’objet d’une disposition providentielle de Dieu » il a donc dépendu radicalement de la Puissance de son Père en tant qu’humain. Il lui est soumis aussi par la puissance.
  • Enfin, Jésus marque sa soumission volontaire à son Père par Jean 8.29 « moi, je fais toujours ce qu’il agrée. » et Philippiens 2.8 « Il s’est abaissé lui–même en devenant obéissant jusqu’à la mort — la mort sur la croix. »

Application au débat sur la subordination éternelle du Fils au Père (ETS)

Un débat fort technique et très rapide a eu lieu il y a quelques années entre grosses pointures de la blogosphère théologique évangélique américaine il y a quelques années. Le débat sur la Soumission Eternelle du Fils au Père. Certains ont soutenus que le Fils en tant que Dieu était soumis au Père de toute éternité. Contre cela, nous voyons le témoignage de Thomas qui est très typique de celui de toute l’église jusqu’au 21e siècle : S’il a été soumis à son Père, ce n’était qu’en tant qu’humain, et donc uniquement à partir de l’incarnation, sous une seule nature.

Comme le dit le livre des Croyances Ecclésiastiques (une ressource théologique du 5e siècle) : « Dans la Trinité, personne ne sert ni n’est soumis ».

Article 2 : Le Christ a-t-il été soumis à lui-même ?

Augustin écrit : “A ce point de vue (c’est-à-dire en tant que le Père est plus grand que le Christ selon la nature humaine), le Fils est inférieur à lui-même.”. Comme le prouve Augustin, au même endroit, le Fils de Dieu a pris la forme de serviteur sans perdre la forme de Dieu. Mais selon la forme divine, qui est commune au Père et au Fils, le Père est plus grand que le Fils selon la nature humaine. Le Fils est donc plus grand que lui-même selon la nature humaine.

Le Christ, selon la nature humaine, est serviteur de Dieu le Père selon sa parole en S. Jean (20, 17) : “je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.” Mais quiconque est serviteur du Père l’est aussi du Fils; autrement, tout ce qui appartient au Père n’appartiendrait pas au Fils. Donc le Christ est serviteur de lui-même, et soumis à lui-même.

ST III, Q20 a2

Etienne Omnès

Mari, père, appartienT à Christ. Les marques de son salut sont sa confession de foi et les sacrements qu'il reçoit.

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Si jamais vous confondez essence/nature divine et les personnes/hypostases divines, voici ce qui moi m’a aidé à comprendre, et qui découle de cette question :

La nature divine, c’est Dieu considéré de façon abstraite. C’est la définition ou l’idée de Dieu.
Les personnes divines, c’est le Dieu réel et concret que nous expérimentons et connaissons. Il n’y a aucun moment où vous avez affaire à « Dieu » en tant que nature. Le Dieu concret qui agit dans l’histoire ce sont les trois personnes de la Trinité qui agissent de façon indivise.

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Maintenant nous comprenons mieux pourquoi le Saint Esprit existe tout entier pour nous faire porter les yeux vers le Christ, qui est l’image parfaite du Père. Puisqu’il procède de l’amour du Père pour le Fils, il n’y a aucune raison qu’il attire l’attention sur lui-même, puisqu’il est au contraire tout entier issu de la Volonté de Dieu, qui est portée vers Jésus. Il n’est donc pas hérétique de prier le Saint Esprit, mais pourquoi irais-je dire à mon Père : « Ô Amour paternel, accorde moi… » alors que nous sommes encouragés à diriger nos prières vers le Père directement ?

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