Somme Théologique

L’adoption de Christ – Thomas d’Aquin

Une fois qu’il a fait son œuvre de prêtre, Christ fait son œuvre d’adoption. C’est l’occasion de poser les questions suivantes (IIIa, Q23) :

  1. Convient-il à Dieu d’adopter des fils ? Oui.
  2. Cela convient-il à toute la Trinité ? Oui.
  3. Être adoptés comme fils de Dieu est-il propre aux hommes ? Oui.
  4. Le Christ peut-il être appelé fils adoptif ? Non.

Article 1 : Convient-il à Dieu d’adopter des fils ?

Il est écrit (Ep 1, 5)  » Il nous a prédestinés à être fils adoptifs de Dieu. » Or la prédestination divine ne saurait être sans effet. C’est donc que Dieu adopte certains hommes comme fils.

Adopter signifie : faire participer à l’héritage. Or Dieu, étant infiniment Bon, ne peut que faire participer à son héritage. Quel est cet héritage ? La Béatitude (Jean 17.3) qui consiste à voir Dieu tel qu’il est. Dieu lui-même est le plus grand don de Dieu.

Il y a cependant cette différence entre l’adoption de Dieu et l’adoption de l’homme : L’homme adopte des enfants déjà pourvus de capacités. Dieu adopte PUIS donne les capacités. C’est comme ce qui avait déjà été dit pour l’amour de Dieu :

J’aime ma femme parce qu’elle sert avec dévouement? Mais Dieu, lui, aime ma femme au point de lui donner ce même sens du service pour commencer! Mon amour réagit à ce qui est déjà présent. L’Amour de Dieu donne ce qui est aimable. Son amour est infiniment supérieur au mien.

Article 2 : Adopter des fils convient-il à toute la Trinité ?

Nous adopter comme fils appartient à celui que nous pouvons appeler Père, selon l’épître aux Romains (8, 15) : « Vous avez reçu un esprit d’adoption dans lequel nous crions : « Abba, Père ». » Mais, lorsque nous disons,  » Notre Père  » cela s’adresse à toute la Trinité, de même que les autres noms attribués à Dieu par relation à la créature, nous l’avons montré dans la première Partie. Donc adopter convient à la Trinité tout entière.

Comme l’enseigne Ursinus, si « Père » est défini en opposition à « Fils », il s’agit de la personne de Dieu le Fils. Mais si « Père » est utilisée en opposition aux créatures, alors c’est la nature divine qui est désignée ainsi, et donc toute la Trinité.

Thomas d’Aquin de son côté fait remarquer qu’adopter est une œuvre extérieure à la Trinité, et donc faite dans l’unité de Dieu. Qu’elle soit une œuvre de Dieu est prouvé par Jean 1.12 « à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » et qu’elle soit une œuvre du Père et du Fils est prouvé par Jean 5.19 « tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait également »

Article 3 : Être adoptés comme fils de Dieu est-t-il propre aux hommes ?

Il est écrit (Rm 8, 17) que les fils adoptés sont  » héritiers de Dieu ». Or un tel héritage convient à la seule créature rationnelle. Être adopté lui revient donc en propre.

Notre filiation adoptive à Dieu est à l’image de la filiation naturelle entre le Père et le Fils. Or (modèle augustinien de la Trinité) le Fils procède du Père comme la pensée intellectuelle procède de l’esprit. Sur ce modèle il y a trois façon d’être adoptés par Dieu comme le Fils est engendré par le Père.

  1. « Au point de vue de la forme, mais non de l’intellectualité ». L’exemple que Thomas d’Aquin prend est celui de la différence entre l’idée de la maison qu’a l’architecte, et sa réalisation concrète. Ainsi, toute créature est assimilée à Dieu le Fils, parce qu’elle a été conçue et crée par lui, comme l’architecte a conçu et (fait) créé(r) une maison.
  2. « Non seulement au point de vue de la forme, mais aussi de l’intellectualité ». Par exemple, le professeur qui transmet une notion à son élève. L’élève a maintenant en tête un objet intellectuel de même nature et qui est semblable à celui du maître. De cette façon, toute créature rationnelle (ange et homme) est assimilée à Dieu, parce qu’il a en lui des notions de Dieu.
  3. Enfin, l’unité dans l’amour de Dieu, comme le Fils est un dans l’amour avec le Père. Jean 17.21 « que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi » Ce dernier aspect est à proprement parler l’adoption par le Saint Esprit.

Dans les deux derniers cas, cela ne peut être donné qu’aux créatures rationnelles, c’est-à-dire les hommes et les anges.

Article 4 : Le Christ peut-il être appelé fils adoptif ?

Ambroise écrit : « Nous ne disons pas que le fils adoptif est fils par nature; nous réservons ce titre au seul vrai fils. » Or le Christ est le fils véritable et naturel de Dieu, selon S. Jean (1 Jn 5, 20) : « Nous sommes dans le Véritable, en son Fils, Jésus Christ. » Le Christ, en tant qu’homme, n’est donc pas fils adoptif.

La filiation est une propriété personnelle et non de nature (le fait que ce sont des individus qui sont appelés à l’adoption le prouve assez). Or la nature humaine de Jésus a déjà une filiation en sa personne : l’engendrement éternel par Dieu le Père. Il n’est donc pas adopté comme nous.

Mari, père, il appartient à Christ. Les marques de son salut sont sa confession de foi et les sacrements qu'il reçoit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *