Le problème protestant (1) : Introduction
4 octobre 2017

Ceux qui ont suivi les posts sur la page Facebook associée au blog ou avec qui j’ai pu discuter de théologie savent que le sujet qui m’a préoccupé ces derniers temps est celui du “problème protestant”. Cette expression vient de Alister McGrath et la série d’articles qui suit aura pour but de définir le problème et de proposer une solution. Ces réflexions ont été grandement avancées grâce aux travaux de David Haines et en particulier grâce à ses cours sur l’orthodoxie. En quelque sorte, ces articles ne seront que les notes prises en écoutant ses cours.

Avant de définir le problème, ce premier article définira quelques notions nécessaires pour comprendre le problème protestant. Je suis conscient que ces articles sont quelques peu complexes en raison des mots employés, de la précision des définitions mais cela est nécessaire pour comprendre et répondre au problème. Toutefois, si un mot ou une notion vous échappe, faites-le moi savoir via le compte Facebook de la Page ou par mail (voir : section “contact” du site) afin que je puisse améliorer la clarté de l’article.

Une question toute simple

Le problème émerge quand on se pose une question toute simple : Comment savoir ce qu’il faut croire pour être chrétien ? Ou : Comment savoir ce qu’un chrétien doit croire ? Spontanément, le lecteur protestant pensera “en lisant la Bible !”. Ce n’est pas si simple. Pourquoi ? Parce que les chrétiens, même érudits, ne sont pas d’accord entre eux sur ce que dit la Bible. Comment savoir qui a raison ? Alors, as-t-on besoin de plus que la Bible ?

C’est le premier point à saisir pour comprendre le problème : Il y a une diversité d’interprétation.

Nécessité de l’orthodoxie

L’orthodoxie pose la question des vérités qu’il faut croire pour pouvoir dire “Je suis chrétien”. La question de l’orthodoxie est importante car le christianisme enseigne que certaines doctrines doivent être crues pour être sauvé.

Par exemple, Romains 10:9 enseigne que nous devons au moins croire que Jésus est Seigneur et qu’il est ressuscité des morts pour être sauvé. Il existe donc des vérités qu’il faut croire pour être sauvé et la question de l’orthodoxie (quelles sont ces vérités ?) est donc cruciale.

Cette question est aussi importante pour la vie chrétienne car ce que l’on croit engendre ce que l’on fait. La foi précède la pratique. Certains s’opposent à cette idée en citant tel ou tel professeur qui connait la Bible par coeur dans les langues originales et qui vit pourtant dans l’immoralité. Mais cet exemple ne réfute pas la vérité énoncée, cet homme montre simplement qu’il ne croit pas. Il y a, en effet, une différence entre savoir et croire. C’est ce qu’enseigne 1 Pierre 2:3 : selon ce texte, le retour du Seigneur et la fin du monde doivent nous pousser à agir avec sainteté.

Voilà le second point qu’il faut comprendre pour saisir le problème protestant : la nécessité de l’orthodoxie.

Définition de l’orthodoxie

Orthodoxie signifie “la croyance droite” ou “vraie”. La question de l’orthodoxie concerne donc aussi celle de la vérité : Qu’est-ce qui est vrai ? Un orthodoxe est donc quelqu’un qui croit ce qui est vrai. L’historien réformé Richard Müller, dans Scholasticism and Orthodoxy in the Reformed Tradition, définit ainsi l’orthodoxie : elle consiste en l’acceptation fidèle des articles fondamentaux (ou doctrines fondamentales) de la foi et des articles secondaires qui soutiennent et servent à assurer la bonne compréhension des doctrines fondamentales.

Cette définition soulève de nombreuses questions :

  • Certaines doctrines sont-elles plus importantes quant à l’orthodoxie que d’autres ?
  • Est-il possible d’être orthodoxe sur un sujet mais hétérodoxe (non-orthodoxe) sur un autre sujet ?
  • Quelle relation entre l’orthodoxie et les vérités que l’on doit croire pour être sauvé ?

Hiérarchie des doctrines

Dans la définition proposée, nous constatons déjà une hiérarchie dans les doctrines : les fondamentales puis les secondaires qui soutiennent les fondamentales et les rendent valides, permettent de les comprendre.

Mais cette distinction est-elle juste ? Si ce que la Bible dit est vrai et si l’orthodoxie est la “vraie croyance”, comment peut-on dire que telle vérité dans la Bible est plus importante qu’une autre ? Ne faut-il pas croire tout ce que la Bible dit pour être orthodoxe ?

Prenons un exemple qui permettra de comprendre comment, malgré l’entière véracité de la Bible, certaines de ses vérités sont plus importantes que d’autres : Croire que Qish est le père de Saül parait moins important que de croire que Jésus est Dieu. Croire que Jonas fut mangé par un véritable poisson ne semble pas aussi important que de croire que Jésus est ressuscité des morts. La Bible enseigne que Qish est le père de Saül, que Jonas fut mangé par un poisson, que Jésus est Dieu et qu’il est ressuscité. Pour autant, personne ne soutiendra que ces vérités ont une égale importance pour distinguer un chrétien d’un incroyant ou dans leur effet sur la vie du croyant.

Le Judaïsme, les Témoins de Jéhovah confessent par exemple que Jonas fut mangé par un poisson et que Saül fut le fils de Qish mais ils rejettent la divinité de Jésus. Ces vérités ne distinguent pas le Christianisme de ces autres croyances. Tandis que la divinité et la résurrection de Jésus le font. Cela nous mène à formuler quelques principes pour distinguer les doctrines qualifiées ci-dessus de fondamentales :

  1. Une doctrine qui ne distingue pas le Christianisme des autres religions ou systèmes de pensée n’est pas fondamentale.
  2. Une doctrine dont l’ignorance, l’adhésion ou le rejet n’affecte pas l’ensemble des doctrines chrétiennes ou la vie chrétienne n’est ni fondamentale, ni secondaire.
  3. Une doctrine qui peut-être niée sans entrainer l’hérésie n’est ni fondamentale, ni secondaire. (Par exemple : une personne qui nie que Saül fut fils de Qish n’est pas hérétique, elle a simplement tort. Une personne qui nie la divinité de Jésus a non seulement tort, elle est hérétique).

Cela soulève encore d’autres questions :

  • Qu’est-ce qui constitue une doctrine fondamentale ?
  • Comment distinguer fondamentale de secondaire ?
  • Y a t-il un troisième niveau de doctrine ?
  • Ou classe-t-on les vérités sur le monde naturel telles que la gravité ou la taille soleil ? Est-ce seulement de la Bible que l’on tire les vérités fondamentales ou secondaires ? Y a-t-il certaines vérités naturelles qui sont nécessaires et qui soutiennent les vérités fondamentales ?

Nécessité de la Théologie Naturelle

En théologie, nous distinguons la révélation générale ou naturelle et la révélation spéciale de Dieu. Autrement dit, Dieu se révèle non seulement par la Bible mais par la nature selon Romains 1, Psaume 19, etc. Ces deux révélations ne se contredisent pas.

 

Si nous disposions d’une autobiographie de Da Vinci et du tableau Mona Lisa, les deux nous apprendraient des choses au sujet de leur auteur. Il en va de même de la Bible et de la Nature. En regardant un tableau de Da Vinci, nous pouvons au moins déduire que ce dernier existe, qu’il est créatif, etc. Mais les vérités que nous déduisons de la Nature sont-elles nécessaires pour être orthodoxe ?

Nous proposons que certaines vérités naturelles ne sont pas nécessaires à l’orthodoxie chrétienne.  La couleur des feuilles en automne, la taille d’une feuille A4 sont des vérités qui ne sont pas nécessaires. Mais nous proposons aussi que certaines vérités naturelles sont nécessaires à l’orthodoxie chrétienne. Il y a deux types de doctrines naturelles qui sont nécessaires :

  1. Les doctrines métaphysiques (les questions autour de l’être et de la réalité elle-même) et épistémologiques (les questions autour de la connaissance).
  2. Les doctrines concernant l’homme et la moralité.

Donnons ici quelques exemples pour la première catégorie :

  • Dans la première catégorie, nous pouvons mettre le réalisme métaphysique et épistémologique. Le réalisme métaphysique et épistémologique enseigne (1) qu’il existe des natures (ou essences) et (2) que nous pouvons les connaître.
  • Le monothéisme : un Dieu créateur, cause de tout ce qui existe.
  • Le langage communique des vérités concernant la réalité.

Si l’on rejette le réalisme métaphysique, on ne peut pas croire que Jésus a revêtu la nature humaine, car il n’y aurait pas de nature humaine. Il n’aurait pas pu racheter l’homme en prenant la même nature que nous tous. On ne pourrait pas croire non plus à la Trinité car il n’y aurait pas de nature divine que partagerait ces Trois Personnes.

Si il y a plusieurs dieux le Christianisme est faux, si Dieu n’est pas créateur, le Christianisme est faux.

Si l’on rejette le langage comme “véhicule” valable pour transmettre la vérité, nous rejetons la capacité pour la Bible de transmettre des vérités car elle utilise le langage. Or, certaines philosophies rejettent ces vérités.

Donnons ici quelques exemples pour la deuxième catégorie (les vérités sur l’homme et la moralité) :

  • L’être humain est composé d’un corps et d’une âme (quelque soit nos théories particulières sur le sujet et le lien entre les deux).
  • L’être humain a un intellect et une volonté et est d’une certaine manière libre dans ses choix.
  • Que l’espèce humaine est composé de 2 genres (mâle et femelle).

Si l’homme n’avait pas d’intellect, il ne pourrait pas recevoir une communication telle que la révélation de Dieu. S’il n’avait pas de volonté il ne serait pas responsable de ses actes, on ne pourrait pas le condamner pour ses actes. Si l’espèce humaine n’était pas composée de 2 genres, la doctrine chrétienne du mariage serait atteinte.

Ainsi, il existe des vérités naturelles nécessaires à l’orthodoxie et nécessaires pour que le Christianisme soit vrai.

Trois catégories de doctrines

Nous avons déterminé qu’il existait des doctrines fondamentales (celles qui distinguent le Christianisme des autres croyances) et des doctrines secondaires (qui soutiennent et rendent valides les fondamentales. Les remarques que nous avons fait sur certaines vérités bibliques (Qish père de Saül) et naturelles (la taille du Soleil) nous conduise à déterminer une troisième catégorie de vérité : les doctrines tertiaires. Tout ce que l’on peut savoir dans ce monde rentre dans l’une de ces catégories :

  1. Les doctrines fondamentales sont composées notamment de la divinité et de la résurrection de Jésus. Elles sont nécessaires à l’orthodoxie selon les conditions et critères établis plus haut. Celui qui les nie ne peut pas être appelé chrétien mais est hérétique ou incroyant. Elles impactent toutes les autres vérités chrétiennes et sont confessées dans les grandes confessions de foi historiques.
  2. Les secondaires rendent valables les vérités fondamentales ou découlent des vérités fondamentales, elles sont aussi acceptées par la majorité des théologiens dans l’histoire et celui qui les nie est aussi hérétique ou plutôt hétérodoxe. Toutefois, contrairement aux vérités fondamentales, elles ne distinguent pas nécessairement la foi chrétienne des autres croyances. Ces vérités peuvent venir de la Bible et de la Nature (réalisme, monothéisme).
  3. Le poids d’une roche, la parenté de Saül, la taille du Soleil sont des vérités tertiaires. Si quelqu’un ignore ces doctrines, ça ne change pas grand chose. Les vérités tertiaires sont donc composées de vérités qui proviennent de la Bible et de la Nature. Ces choses sont vraies, mais celui qui ne connait pas ces choses n’est pas hérétique, il est ignorant.

Rappelons ici qu’une personne orthodoxe est une personne qui croient aux vérités fondamentales et secondaires. Nous suggérerons par la suite que les vérités fondamentales sont contenues dans le Symbole de Nicée. Pour l’instant, retenons ces 3 catégories de vérités.

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Conclusion

Pour comprendre le problème protestant, il fallait commencer par définir quelques points : il existe diverses interprétations de la Bible, il est nécessaire de définir l’orthodoxie, il y a une hiérarchie des doctrines et la Théologie Naturelle est nécessaire pour définir l’orthodoxie. En gardant cela en tête, nous pourrons commencer à comprendre le problème protestant dans toute son étendue. Le prochain article, Dieu voulant, définira le problème.

Il est évident que personne n’est parfaitement orthodoxe, mais le chrétien devrait tendre à l’orthodoxie et désirer connaître la vérité, sachant que celle-ci impacte toute sa vie.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

3 Commentaires

  1. Claudine Boily

    Excellent j’aime votre article

    Réponse
  2. florian

    Merci beaucoup 🙂
    très intéressant

    Réponse

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