Exposition du Catéchisme de Heidelberg (1) : La doctrine chrétienne
30 novembre 2018

Article de Étienne Omnes, qui rejoint les contributeurs réguliers du blog (Laurent et Maxime).


Au moment où j’écris, je suis en train de lire le commentaire du catéchisme d’Heidelberg par l’auteur même de ce catéchisme, Zacharias Ursinus. Maxime a déjà beaucoup parlé de ce catéchisme aussije ne reviendrais pas sur les circonstances historiques. Je vous renvoie aussi vers un article de Aurélien Lang “4 raisons de découvrir le catéchisme de Heidelberg”.

Dans cet article, je vais plutôt expliquer pourquoi j’ai commencé à traduire le commentaire du catéchisme et pourquoi je vais publier ici des “résumés” de ce commentaire.

En effet, on va dire que c’est un mouvement de l’Esprit, après Olivier Imbernon et sa traduction de Turretin, je me lance dans la traduction de Ursinus. Mais pourquoi donc?

  1. Parce que c’est une ressource extraordinaire de profondeur. Je plaisantais avec Maxime en disant qu’avant de lire Ursinus, je ne connaissais rien du christianisme. C’est une exagération il est vrai, mais il n’empêche que je n’ai jamais lu de présentation plus complète et vigoureuse de l’évangile, à chaque page ou presque Ursinus réussit à reformuler l’évangile d’une façon différente, et a un don unique pour lier les doctrines entre elles. Il n’y a pas un détail qui est laissé de côté, toute la doctrine chrétienne est présentée.
  2. Parce que c’est une ressource extraordinairement accessible. Je suis un fana de scolastique. J’ai lu Thomas d’Aquin, difficile à comprendre parce qu’il interagit avec des philosophies mortes. J’ai lu François Turretin, qui est le plus technique et le plus pointu de tous les théologiens que j’ai lu jusqu’ici. Quand j’ai pris Zacharias Ursinus, et que j’ai reconnu le bon vieux style scolastique, je me suis dit qu’il allait encore falloir que je bande mes “muscles du cerveaux”. Pas du tout.Ursinus est un auteur très fluide et très agréable à lire, à la portée de tout le monde. Ses formules sont simples, ses arguments sont très transparents, son style est très épuré et ses argumentations sont saturées de références bibliques. Ursinus est un des théologiens les plus pédagogues que j’ai jamais lu.
  3. Parce que c’est un ouvrage plein de clarté et de rigueur biblique, à une époque où nous avons beaucoup besoin des deux. C’est un ouvrage parfait pour le pasteur qui veut étudier les fondations de la doctrine chrétienne sans se perdre dans des livres obscurs ou se ruiner dans des séries de volumes à 100€/pièce.
  4. Parce que c’est un ouvrage qui a fortement à coeur le bien être spirituel et pastoral de son lecteur. Turretin est très technique dans son approche. En comparaison Ursinus consacre des paragraphes entiers à décrire quel réconfort nous tirons de tel et tel doctrine, comment elle nous renforce dans notre marche spirituelle et ainsi de suite. Zacharias Ursinus ne faisait pas de la doctrine pour la doctrine. Il enseignait pour édifier. Et la lecture de ce commentaire m’édifie.

Bref, le commentaire du catéchisme de Heidelberg est la référence parfaite pour le pasteur enseignant et les chrétiens intéressés !

Et c’est un crime théologique que ce livre ne soit pas en français. Aussi je le traduis, et verrais plus tard pour le faire publier.

En attendant, voici un résumé de la toute première question abordée dans l’ouvrage: la doctrine chrétienne en elle-même.

Fidèle à la méthode scolastique, Zacharias Ursinus décompose la question de la doctrine chrétienne en 5 sous-questions:

  1. Quelle est la doctrine de l’Église ?
  2. Quelles en sont les parties et en quoi ces parties diffèrent-elles de chacune des autres?
  3. En quoi la doctrine de l’Église diffère-t-elle de celle des diverses religions, sectes, et de la philosophie, et pourquoi ces distinctions devraient être retenues ?
  4. Quelles sont les preuves de la vérité et de la certitude de cette doctrine ?
  5. Quelles sont les différentes méthodes d’enseignement et d’étude de cette doctrine ?

En voici le résumé :

1. Quelle est la doctrine de l’Église ?

L’essentiel de la définition se résume ainsi:

La doctrine de l’Eglise est la doctrine entière et non corrompue de la Loi et de l’Evangile concernant le vrai Dieu, avec sa volonté, ses œuvres et son culte.

Ursinus précise ainsi qu’elle sert à séparer les chrétiens du reste du monde: les chrétiens sont ceux qui adhèrent à la doctrine de Christ.

2. Quelles en sont les parties et en quoi ces parties diffèrent-elles de chacune des autres?

Facile, il y a deux parties: la Loi et l’Evangile.

La loi s’appelle le Décalogue, et l’Évangile est la doctrine concernant le Christ médiateur, et la rémission libre des péchés, par la foi.

Il prouve cette distinction par 4 arguments:

  1. Tout ce qui parle de la doctrine de Dieu et de ses oeuvres, et du péché des créatures est abordée selon les deux doctrines: la loi et l’évangile.
  2. Jésus a mentionné cette division dans Luc 24.46-47 lorsqu’il résume son ministère.
  3. Les Ecritures parlent d’un côté de la rémission des péchés et de la vie éternelle et de l’autre de la foi et de l’obéissance qui sont dûs à Dieu. Ainsi il y a à la fois la loi (ce que nous devons faire pour Dieu) et l’évangile (ce que Dieu fait pour nous).
  4. Jésus est la substance et la fondation des Ecritures. Or nous avons la loi qui est “un pédagogue pour nous mener à Christ” et nous avons l’évangile qui parle de Christ et ce qu’il a fait. Pas besoin de divisions supplémentaires.

Loi et évangile diffèrent ainsi :

  1. Dans le sujet, ou caractère général de la doctrine, propre à chacun. La loi prescrit et ordonne ce qui doit être fait, et interdit ce qui doit être évité : tandis que l’évangile annonce la rémission libre du péché, par et pour le Christ.
  2. A la manière de révélation propre à chacun. La loi est connue de la nature ; l’évangile est divinement révélé.
  3. Dans les promesses qu’ils font à l’homme. La loi promet la vie à condition d’obéissance parfaite ; l’évangile, à condition de foi en Christ et de commencement d’une nouvelle obéissance. Toutefois, nous en dirons plus à ce sujet à la place qui convient.

3. En quoi la doctrine de l’Église diffère-t-elle de celle des diverses religions, sectes, et de la philosophie, et pourquoi ces distinctions devraient être retenues ?

Le christianisme, comme vraie religion diffère de toutes les autres de 4 façons:

  1. D’abord : La doctrine de l’Église a pour auteur Dieu, par qui elle a été donnée, à travers les prophètes et les apôtres, tandis que les différents systèmes religieux des sectes ont été inventés par les hommes, à travers la suggestion du diable.
  2. Deuxièmement : La doctrine de l’Eglise seule, a un témoignage divin pour confirmer sa vérité, qui est sûr et infaillible, et qui est calculé pour calmer la conscience, et pour condamner toutes les différentes sectes de l’erreur.
  3. Troisièmement : Dans l’Eglise, la loi de Dieu est conservée entière et non corrompue, tandis que dans d’autres systèmes de religion, elle est rétrécie et très corrompue[…]
  4. Quatrièmement : Ce n’est que dans l’Église que l’Évangile du Christ est pleinement enseigné et bien compris  […]

D’où il conclut que: “la doctrine de l’Église seule doit être enseignée et maintenue, tandis que les doctrines et les systèmes religieux des sectes qui s’opposent à la vérité doivent être rejetés et évités, comme les perversions et les desseins méchants du diable

Il parle ensuite de la philosophie, dont il a une idée qui paraît assez haute au départ. Il ne la met pas au rang des fausses religions mais au contraire comme un don de Dieu, une sorte de révélation naturelle de Dieu par l’usage de la raison et de l’observation du monde. Ce n’est qu’après qu’il s’attaque aux philosophies non chrétiennes qu’il dénonce comme étant anti-philosophiques, “les ulcères même de la vraie philosophie”ou alors elles sont mal rattachées à la théologie. En attendant, il retient les différences suivantes entre philosophie et théologie.

  1. Ils diffèrent dans leurs principes. La philosophie est tout à fait naturelle, elle est construite et basée sur des principes déduits de la nature.[…]la doctrine principale, qui est l’évangile, est jusqu’à présent au-delà et au-dessus de la nature
  2. Ils diffèrent dans leurs sujets. Car, si la doctrine de l’Église comprend le vrai sens et la vraie signification de la loi et de l’Évangile, la philosophie ignore totalement l’Évangile, omet les parties les plus importantes de la loi et explique de façon très obscure et imparfaite les parties qu’elle englobe par rapport aux devoirs civils et au comportement extérieur de la vie, recueillis dans quelques-uns des préceptes du Décalogue.[…]– par contre Ursinus souligne son effet positif sur la société à travers la logique, les mathématiques etc
  3. Troisièmement : Ils diffèrent dans leurs effets[…] – Ursinus fait remarquer que seule la révélation nous donne les problèmes de l’homme et comment y résoudre, nous amenant ainsi au salut. En comparaison, la philosophie est tout à fait capable de reconnaître la Vertu par exemple, mais elle n’engendrent pas mieux que du moralisme vain.

Enfin, Ursinus explique pourquoi on doit séparer le christianisme de toute fausse religion :

  1. Premièrement, pour que toute gloire qui appartient à Dieu lui soit attribuée[…]
  2. Deuxièmement : Que nous ne mettions pas en danger notre salut, ce qui pourrait arriver si nous étions trompés, et que nous souscrivons à la philosophie ou à l’enseignement de l’une des sectes, comme étant la vraie religion.[…]
  3. Troisièmement : Pour que notre foi et notre confort soient accrus, en voyant l’excellence supérieure de la doctrine de l’Eglise aux enseignements de tous les autres systèmes de religion[…]
  4. Enfin : Que nous puissions nous séparer des épicuriens et des académiciens, qui méprisent tout ce qui ressemble à de la piété, ou la pervertissent au point de supposer que tout homme qui professe une forme quelconque de religion sera sauvé[…]

4. Quelles sont les preuves de la vérité et de la certitude de cette doctrine ?

Pour être honnête, Ursinus n’est pas le meilleur apologète de la Bible que j’ai lu. Mais pour sa défense, il s’adresse à des chrétiens en apprentissage, voire des enfants, et n’est donc pas en train de formuler ses arguments comme le ferait William Lane Craig. Pour la référence, je les liste (sous forme abrégée) malgré tout:

  1. La pureté et la perfection de la Loi. – La pureté de la morale biblique est un témoignage en faveur de son origine divine
  2. La doctrine de l’Église étant le seul système de vérité religieuse qui ait jamais découvert et proclamé un chemin de la délivrance des maux du péché et de la mort, qui seul offre un confort réel et substantiel à la conscience, il doit être vrai et divin.
  3. La grande antiquité de cette doctrine atteste de sa validité – ce n’est pas seulement une religion qui remonte à l’antiquité, mais LA religion originelle de l’humanité. Elle est donc plus probablement divine.
  4. Les miracles par lesquels Dieu a confirmé la vérité de cette doctrine, dès le commencement du monde, témoignent de son caractère divin
  5. Les prophéties et les prédictions, dont il y en a beaucoup, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, qui ont reçu l’accomplissement le plus complet et le plus exact
  6. L’harmonie des différentes parties de la doctrine de l’Église est une preuve de sa vérité. – contrairement à d’autres doctrines ou fausses religions qui s’auto-contredisent.
  7. La reconnaissance de l’excellence supérieure de la religion chrétienne par ses ennemis, peut être invoquée comme un argument en faveur de sa vérité. – On pensera aux démons qui confessaient eux-même que Jésus était Seigneur ou bien l’empereur Julien qui avouait “Tu as vaincu galiléen!” (même si c’est probablement apocryphe).
  8. La méchanceté de Satan et de ses divers émissaires contre la doctrine de l’Église est une preuve de sa vérité – Si les mauvais et les menteurs s’opposent au christianisme, c’est qu’il est bon et vrai.
  9. La merveilleuse protection et la préservation de cette doctrine, malgré la méchanceté et la rage de Satan et d’autres ennemis, est une preuve de sa vérité
  10. Les châtiments et les divers jugements que Dieu a infligés aux ennemis de l’Église, à différentes époques, déclarent le caractère divin de ses enseignements.
  11. Le témoignage et la constance des martyrs qui ont témoigné, au milieu des douleurs les plus atroces, qu’ils croyaient vraiment ce qu’on leur a enseigné[…] parce que Dieu, en les soutenant et en les supportant avec les précieuses consolations de l’évangile, a déclaré qu’il approuvait les doctrines pour lesquelles ils étaient ainsi appelés à souffrir.
  12. La piété et la sainteté de ceux qui ont écrit les Saintes Écritures et professé la doctrine qu’elles contiennent est une confirmation forte de sa vérité, car la religion qui rend les hommes saints et agréables à Dieu doit nécessairement être elle-même sainte et divine
  13. La candeur et l’honnêteté que ceux que le Saint-Esprit a utilisé pour mettre cette doctrine à l’écriture, en parlant de leur histoire et condamnant leurs propres fautes, ainsi que celles des autres, peut être invoqué comme argument en faveur de la véracité de ce qu’ils disent.

Nous sommes d’accord, il n’y a pas de quoi convaincre un athée. Mais il y a de quoi renforcer la foi des chrétiens qui nous écoutent, et c’est le but principal d’Ursinus. Il termine cette section en présentant le témoignage interne du Saint Esprit, qui est la preuve la plus importante pour le croyant et qui est supérieure à celles qui sont présentée avant, parce qu’elle motivent à changer de coeur au lieu de se contenter de convaincre “intellectuellement”.

5. Quelles sont les méthodes d’enseignement?

J’ai trouvé cette partie assez intéressante, parce qu’elle montre comment les église réformées du XVIe siècle envisageait l’enseignement. Il y apparaît en somme que malgré tout l’attachement que ces églises avaient à Sola Scriptura (et ils comprenaient et appliquaient ce principe bien mieux que nous), ils ne considéraient pas pour autant que c’était une bonne idée de directement balancer les nouveaux croyants dans la Bible et s’imaginer qu’ils pourront tout seul y trouver la vérité. La section entière ici est citée:

“La méthode d’enseignement et d’étude de la théologie est triple

La première est le système d’instruction catéchétique, ou la méthode qui contient un bref sommaire et une exposition simple des principales doctrines de la religion chrétienne, qu’on appelle le catéchisme. Cette méthode est la plus importante de toutes, parce qu’elle est également nécessaire pour toutes, le savant comme celui qui n’a pas de formation, pour savoir ce qu’est la fondation de la vraie religion.

La seconde méthode est la considération et discussions des sujets d’un caractère plus général ou difficile, ou les lieux communs (Loci communes) comme on les appelle, qui contiennent des explications plus longues de chaque petit point, et des questions difficiles avec leurs définitions, divisions et arguments. Cette méthode appartient de façon plus appropriée aux écoles théologiques et est nécessaire:

  1. Pour que ceux qui sont éduqués dans ces écoles et qui seront ensuite appelés à enseigner dans les églises puissent plus facilement et complètement saisir tout le système de la théologie. Car pour l’étude de la Divinité comme pour les autres domaines, notre connaissance n’est obtenue que lentement et avec grande difficulté. On peut même dire que notre connaissance de Dieu reste nécessairement confuse et imparfaite à moins que chaque partie isolée de la doctrine ne soit enseignée sous une forme systématique, de façon à être percue et comprise par l’esprit.
  2. Que les étudiants en théologie puissent, quand ils seront enseignants dans les églises, être capable de présenter clairement et systématiquement la substance de toute la doctrine qui est dans la parole de Dieu. Pour ce faire, il est nécessaire qu’ils aient en premier lieu un système complet, ou un cadre de cette doctrine dans leur propre esprit.
  3. Cela est nécessaire dans le but de découvrir et détermine l’interprétation vraie et naturelle des Ecritures, qui requièrent une connaissance claire et complète de chaque partie de la doctrine des Ecritures, afin que l’interprétation puisse être en accord avec l’analogie de la foi, afin que les Ecriture soient harmonisées.
  4. Il est nécessaire dans le but que nous nous prenions une juste décision quant aux controverses de l’église, qui sont variées, difficiles, et dangereuse, à moins que nous ne soyons déchus de la vérité vers l’erreur et le mensonge.

La troisième méthode pour l’étude de la théologie est la lecture attentive et diligente des Ecritures ou du texte sacré. C’est la plus haute méthode d’étude de la doctrine de l’église. Pour l’atteindre, il faut déjà avoir étudié selon les deux première méthodes, afin d’être bien préparés à la lecture, la compréhension et l’exposition des saintes Ecritures. Car comme la doctrine des catéchisme et lieux communs sont prises des Ecritures, et sont dirigées par elle comme par une règle, ainsi ils nous mènent comme par la main aux Ecritures.”

Etienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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