Le pédobaptisme est-il une pratique maintenue uniquement pour des raisons politiques ?
19 juin 2019

Parmi les objections souvent avancées lorsqu’une personne se déclare pédobaptiste au sein des milieux évangéliques, on entend souvent que les Réformateurs n’ont maintenu le pédobaptisme uniquement en raison d’idées politiques ou de pression sociale.

Que cherche à faire cette objection ?

Cette objection cherche à décrédibiliser la position pédobaptiste sur le plan théologique et biblique. C’est un cas d’attaque ad hominem et elle fonctionne en fait comme une excuse : au lieu d’interagir avec les arguments réformés, on se donne une bonne conscience en répondant qu’après tout, cette position n’est qu’une histoire de politique du XVIème siècle.

Cette façon de procéder n’est ni honnête ni vertueuse et le chrétien devrait l’éviter. S’il convient de comprendre pourquoi les Réformateurs ont dit ce qu’ils ont dit, il faut tout d’abord écouter ce qu’ils ont dit et non pas supposer pourquoi ils l’ont dit afin d’excuser ou d’écarter une position qui nous dérange. C’est en fait assez facile de dire qu’un auteur ne dit ce qu’il dit que pour des raisons obscures, mais l’argument peut-être assez facilement retourné et n’avance en rien le débat. La question qu’il faut se poser est plutôt : que dit-il et quels sont ses arguments ?

Qu’en penser ?

Une simple lecture de l’Institution de Jean Calvin (IV, XVI) nous montre que celui-ci répond à 13 objections anabaptistes au pédobaptême et à 20 objections de Michel Servet au pédobaptême. Il avance en 32 points sa défense et ses réponses de la pratique. Aucune de ces raisons ni aucune des objections à cette époque n’a trait à la politique d’un Etat.

Prétexter qu’il y avait une certaine pression sociale n’est pas faux, mais cela ne règle pas le débat. Dans certains pays, il y a une forte pression sociale à l’encontre de l’athéisme et cela ne veut pas dire que l’athéisme est vrai. Par ailleurs, lorsque l’on connait un peu le caractère des Réformateurs, on sait qu’ils n’ont pas eu peur de la pression sociale ni de s’y opposer, quitte à mettre leur vie en danger. S’il y a bien une critique que l’on ne peut pas leur faire, c’est celle d’avoir honte de leurs convictions ou de se laisser impressionner par un consensus social ou religieux. De plus, contrairement à aujourd’hui, la politique était encore à l’époque vue comme quelque chose de noble et si un auteur du XVIème avait eu des raisons politiques de maintenir une pratique, il n’aurait pas eu honte de le dire. En effet, la véritable question n’est pas “est-ce politique ou non ?” mais “est-ce vrai ou non ?”.

Pour aller plus loin

Si vous voulez lire et vous informer sur les réponses des réformés aux anabaptistes, cet article de Yannick Imbert analyse leurs réponses historiques.

Si vous voulez lire comment un réformé de nos jours défend cette pratique, rendez-vous ICI.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

3 Commentaires

  1. Pik

    ” on se donne une bonne conscience en répondant qu’après tout, cette position n’est qu’une histoire de politique du XVIème siècle. ”

    La Réforme est une histoire politique.
    Pas de Réforme sans les princes allemands. Pas d’anabaptisme sans les paysans allemands.
    Pas d’église anglicane sans Henri VIII
    Le schisme de 1054 est aussi une affaire de politique, qui se réactualise de façon assez surprenante (cf le récent schisme orthodoxe)
    Un réformé peut-il réciter le symbole des apôtres ( ” Credo in Spiritum Sanctum sanctam Ecclesiam catholicam ) en toute cohérence ?
    Un crédo pour les catholiques, une infinité pour les protestants (cf les multiples confessions de foi , dont celle de Westminster ” ce sont les autres qui peuvent s’être et qui se sont trompés, nous avons raison ” ) => ” ” Comme l’Église de Jérusalem, comme celle d’Alexandrie et d’Antioche se sont trompées, celle de Rome s’est aussi trompée, non-seulement sur la morale et les cérémonies, mais sur la foi même (Extrait des 39 articles, n° 19). ”
    A partir du moment où il y a une assemblée, il y a politique.
    On peut faire sa sauce théologique dans son coin et imaginer une église sans corps, donc purement spirituelle mais il faut assumer son montanisme jusqu’au bout

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    • Maxime N. Georgel

      Bien-sûr que la Réforme est politique. Mais ce n’est pas là mon sujet. La question est “les Réformateurs ont ils été pédobaptistes pour des raisons politiques ou théologiques ?”.

      Quant à la prétendue unité catholique… Les universités libérales jésuites, les conservateurs dominicains, Père Martin pro-LGBT, cardinal Burke morale traditionnelle. Je ne sais pas quel est votre unique credo mais il ne doit pas être bien long.

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  2. Pik

    « les Réformateurs ont ils été pédobaptistes pour des raisons politiques ou théologiques ? »

    Et bien il s’agit des deux.
    La théologie légitime l’arbitrage politique. Le pédobaptême s’est maintenu par contingence historique : ” Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. ”

    ” Pour les anabaptistes en question, ces trois sujets avaient tous un lien avec la coercition en matière de foi. Aujourd’hui les débats sur le baptême, dans un contexte laïque, n’ont pas du tout la même résonance qu’au XVIe siècle. Aux yeux des anabaptistes, le baptême des enfants hérité de la période médiévale imposait la foi à des personnes qui ne l’avaient pas forcément choisi. Comment réformer une Église composée de personnes qui se croyaient chrétiennes en vertu de leur baptême et à qui l’on ne pouvait pas demander un véritable changement de vie, appelé conversion, sanctification ou discipulat dans le Nouveau Testament ? De plus, permettre le choix d’adhésion à la communauté ecclésiale sapait le fondement même de la théologie réformée selon laquelle la réforme de l’Église et de la cité allait de pair. Aux yeux de Zwingli, Bucer ou Calvin, on ne pouvait réformer une ville dont tous les habitants n’étaient pas membres de l’Église. Les enjeux politiques de ce débat étaient rarement visibles dans les écrits réformés, mais toujours sous-jacents dans les débats du XVIe siècle. ” cf
    http://flte.fr/wp-content/uploads/2015/08/ThEv2009-3-Calvin_et_anabaptistes.pdf

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