Christ en tant que prĂȘtre – Thomas d'Aquin
30 novembre 2019

Dans les Ɠuvres de Christ, il y a celles qu’il a en tant que prĂȘtre. Alors que nous venons tout juste de voir ce que signifie « prier » quand il s’agit de Christ, il est logique de voir la suite : sa fonction de prĂȘtre et intercesseur. Voici la Somme ThĂ©ologie IIIe partie, Question 22

  1. Convient-il au Christ d’ĂȘtre prĂȘtre ? Oui.
  2. Le Christ a-t-il Ă©tĂ© Ă  la fois le prĂȘtre et la victime ? Oui.
  3. Le sacerdoce du Christ a-t-il expiĂ© les pĂ©chĂ©s ? Oui.
  4. A-t-il pardonnĂ© seulement lui-mĂȘme ou tous les autres hommes ? Tous les autres hommes.
  5. Ce sacerdoce est-il Ă©ternel ? Oui.
  6. MĂ©rite-t-il d’ĂȘtre appelĂ© « prĂȘtre selon l’ordre de MĂ©lchisĂ©dek Â» ? Oui.

Article 1 : Convient-t-il Ă  Christ d’ĂȘtre prĂȘtre ?

Il y a l’affirmation de l’Ă©pĂźtre aux HĂ©breux : « Nous avons un grand prĂȘtre qui a pĂ©nĂ©trĂ© dans les cieux : JĂ©sus, le Fils de Dieu. »

Je ne saurais mieux dire que le docteur universel lui-mĂȘme :

L’office propre du prĂȘtre est d’ĂȘtre mĂ©diateur entre Dieu et le peuple en tant qu’il transmet au peuple les biens divins, d’oĂč son nom de sacer-dos, c’est-Ă -dire sacra dans : « qui donne les choses saintes « ; selon Malachie (2, 7) : « C’est de sa bouche qu’on attend l’enseignement. »

De plus, le prĂȘtre est mĂ©diateur en tant qu’il offre Ă  Dieu les priĂšres du peuple et satisfait Ă  Dieu en quelque maniĂšre pour les pĂ©chĂ©s; de lĂ  cette parole (He 5, 1) : « Tout grand prĂȘtre, pris d’entre les hommes, est Ă©tabli en faveur des hommes dans ce qui a rapport Ă  Dieu, afin d’offrir des oblations et des sacrifices pour les pĂ©chĂ©s. »

Or cela convient parfaitement au Christ. Par lui en effet, les dons de Dieu sont transmis aux hommes, selon S. Pierre (2 P 1, 4) : « Par lui nous avons Ă©tĂ© mis en possession de grandes et prĂ©cieuses promesses, afin de devenir ainsi participants de la nature divine. » De mĂȘme le Christ a rĂ©conciliĂ© avec Dieu le genre humain, comme il est Ă©crit aux Colossiens (1, 19) : « Il a plu Ă  Dieu de faire habiter en lui toute la PlĂ©nitude, et par lui de tout se rĂ©concilier. »

Il convient donc souverainement au Christ d’ĂȘtre prĂȘtre.

Article 2 : Le Christ a-t-il Ă©tĂ© Ă  la fois prĂȘtre et victime ?

Il y a cette parole de l’ApĂŽtre (Ep 5, 2) : « Le Christ nous a aimĂ©s et s’est livrĂ© pour nous en oblation et en victime d’agrĂ©able odeur. »

Thomas d’Aquin part d’une citation trĂšs intĂ©ressante d’Augustin d’Hippone : « Augustin Ă©crit : « Tout sacrifice visible est le sacrement ou signe sacrĂ© d’un sacrifice invisible. » Or le sacrifice invisible consiste pour l’homme Ă  offrir son esprit Ă  Dieu, selon le Psaume (51, 19) : « Le sacrifice Ă  Dieu, c’est un esprit broyĂ©. » C’est pourquoi tout ce qui est offert Ă  Dieu en vue de porter l’esprit de l’homme vers Dieu, peut ĂȘtre appelĂ© sacrifice. Â»

Rien qu’avec ces mots, vous avez de quoi relire le LĂ©vitique. Mais restons en Ă  notre question : L’homme a besoin d’un sacrifice pour :

  1. La rémission des péchés (Hébreux 5.1)
  2. Pour rester en union avec Dieu (le sacrifice de paix dans Lévitique 3)
  3. Pour que notre esprit soit complĂštement uni Ă  Dieu, comme cela arrivera aprĂšs la rĂ©surrection (cf l’holocauste de LĂ©vitique 1).

Or, c’est grñce à la nature humaine de Christ que nous avons obtenu ces trois bienfaits.

  1. Le sacrifice de l’humanitĂ© de JĂ©sus nous as acquis la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s « JĂ©sus, notre Seigneur, qui a Ă©tĂ© livrĂ© pour nos fautes et rĂ©veillĂ© pour notre justification. Â» Romains 4.25
  2. Nous recevons la grĂące qui nous fait rester en union avec Dieu. « Il est devenu pour tous ceux qui lui obĂ©issent l’auteur d’un salut Ă©ternel Â» HĂ©breux 5.9
  3. Nous obtenons la perfection de la gloire « Nous avons l’assurance d’un libre accĂšs au sanctuaire par le sang de JĂ©sus Â» HĂ©breux 10.19

Christ a donc Ă©tĂ© Ă  la fois le prĂȘtre et la victime immolĂ©e, mĂ©ritant son titre de « Agneau de Dieu Â».

Article 3 : Le sacerdoce du Christ a-t-il pour effet d’effacer les pĂ©chĂ©s ?

 l’ApĂŽtre Ă©crit (He 9, 14)  » Le sang du Christ qui, par l’Esprit Saint s’est offert lui-mĂȘme sans tache Ă  Dieu, purifiera nos consciences des oeuvres mortes pour servir le Dieu vivant. » Or les oeuvres mortes sont les pĂ©chĂ©s. C’est donc que le sacerdoce du Christ a la puissance de purifier les pĂ©chĂ©s.

Pour purifier les pĂ©chĂ©s, il faut :

  1. Supprimer « la tĂąche de la faute Â», c’est-Ă -dire, la rĂ©sistance naturelle de l’homme Ă  Dieu et sa dĂ©termination Ă  haĂŻr Dieu et son prochain. Elle disparaĂźt par la grĂące qui tourne l’homme vers Dieu.
  2. Supprimer « l’obligation Ă  la peine Â», c’est-Ă -dire, le verdict qui nous condamne Ă  la mort Ă©ternelle Ă  cause de notre pĂ©chĂ©. Elle disparaĂźt quand notre dette judiciaire est satisfaite.

Or, Christ a bien supprimĂ© les deux aspects :

  1. Il nous donne de tourner nos cƓurs vers Dieu. «  C’est gratuitement qu’ils sont justifiĂ©s par sa grĂące, au moyen de la rĂ©demption qui est en JĂ©sus–Christ. C’est lui que Dieu s’est proposĂ© de constituer en expiation, au moyen de la foi, par son sang, pour montrer sa justice Â» – Romains 3.24
  2. Il a satisfait Ă  la Justice de Dieu. « Ce sont nos souffrances qu’il a portĂ©es, c’est de nos douleurs qu’il s’était chargĂ© Â» – EsaĂŻe 53.4

Donc il a effacĂ© nos pĂ©chĂ©s, en tant que prĂȘtre.

Article 4 : Cet effet concerne-t-il le Christ, ou tous les autres hommes ?

Nous lisons dans les actes du concile d’ÉphĂšse : « Si quelqu’un dit que le Christ a offert son oblation pour lui, et non pas seulement pour nous (car celui qui n’a pas pĂ©chĂ© n’a pas besoin de sacrifice), qu’il soit anathĂšme. »

Thomas d’Aquin propose deux arguments pour renforcer cela :

  1. Un prĂȘtre est un intermĂ©diaire entre Dieu et les hommes, et il n’y a pas besoin d’intermĂ©diaire pour l’intermĂ©diaire. Or Christ est cet intermĂ©diaire (HĂ©breux 7.25). DONC il ne reçoit pas l’effet de son expiation, mais la communique.
  2. Une source ne reçoit pas, mais communique directement son effet (par ex. Le soleil chauffe sans ĂȘtre chauffĂ©). Or le Christ est la source du sacerdoce (HĂ©breux 10.1 ; 2 Corinthiens 2.10) Donc il ne reçoit pas l’effet de son expiation, mais la communique.

Article 5 : L’éternitĂ© du sacerdoce du Christ

Il est Ă©crit dans le Psaume (110, 4)  » Tu es prĂȘtre pour l’Ă©ternitĂ©. »

L’office du sacrifice comprend deux choses :

  • La rĂ©alisation (=oblation) du sacrifice. Ce que les rĂ©formĂ©s appellent : « l’unique sacrifice de Christ Ă  la croix Â»  sous-entendu : « et non la multiple « rĂ©actualisation Â» du sacrifice entre les mains du prĂȘtre Â».
  • La consommation du sacrifice.

Si Thomas d’Aquin semble –dans cette question â€“ confirmer que le sacrifice de Christ fut unique et non rĂ©actualisĂ© (IIIa, Q22, a5, r3), il fait porter l’éternitĂ© du sacerdoce de Christ dans la consommation du sacrifice.

  • Par le passĂ©, les sacrifices Ă©taient faits en vue du Christ qui viendrait donner le Sacrifice parfait.
  • Maintenant et Ă  jamais, nous bĂ©nĂ©ficions en permanence des effets du sacrifice de Christ qu’il a apportĂ© Ă  Dieu en entrant au Ciel.

Article 6 : Le Christ doit-il ĂȘtre appelĂ© prĂȘtre selon l’ordre de MĂ©lchisĂ©dek ?

Il est Ă©crit dans le Psaume (110, 4) : « Tu es prĂȘtre pour l’Ă©ternitĂ© selon l’ordre de MelchisĂ©dech. »

L’ordre d’Aaron n’était qu’une ombre d’une prĂȘtrise supĂ©rieure, comme le montre HĂ©breux 9.13. Or on voit dans la Bible un exemple de cette prĂȘtre « supĂ©rieure Â» quand MĂ©lchisĂ©dek vient bĂ©nir (et donc avoir une ascendance spirituelle sur) Abraham, qui est l’ancĂȘtre de LĂ©vi et Aaron !

Donc il est convenable de dire que Christ est prĂȘtre selon l’ordre de MĂ©lchisĂ©dek, parce que sa prĂȘtrise est supĂ©rieure et antĂ©cĂ©dente Ă  celle d’Aaron, comme l’était celle de MĂ©lchisĂ©dek.

Étienne Omnùs

Mari, pÚre, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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