Dans les Ćuvres de Christ, il y a celles quâil a en tant que prĂȘtre. Alors que nous venons tout juste de voir ce que signifie « prier » quand il sâagit de Christ, il est logique de voir la suite : sa fonction de prĂȘtre et intercesseur. Voici la Somme ThĂ©ologie IIIe partie, Question 22
- Convient-il au Christ dâĂȘtre prĂȘtre ? Oui.
- Le Christ a-t-il Ă©tĂ© Ă la fois le prĂȘtre et la victime ? Oui.
- Le sacerdoce du Christ a-t-il expié les péchés ? Oui.
- A-t-il pardonnĂ© seulement lui-mĂȘme ou tous les autres hommes ? Tous les autres hommes.
- Ce sacerdoce est-il éternel ? Oui.
- MĂ©rite-t-il dâĂȘtre appelĂ© « prĂȘtre selon lâordre de MĂ©lchisĂ©dek » ? Oui.
Article 1 : Convient-t-il Ă Christ dâĂȘtre prĂȘtre ?
Il y a l’affirmation de l’Ă©pĂźtre aux HĂ©breux : « Nous avons un grand prĂȘtre qui a pĂ©nĂ©trĂ© dans les cieux : JĂ©sus, le Fils de Dieu. »
Je ne saurais mieux dire que le docteur universel lui-mĂȘme :
L’office propre du prĂȘtre est d’ĂȘtre mĂ©diateur entre Dieu et le peuple en tant qu’il transmet au peuple les biens divins, d’oĂč son nom de sacer-dos, c’est-Ă -dire sacra dans : « qui donne les choses saintes « ; selon Malachie (2, 7) : « C’est de sa bouche qu’on attend l’enseignement. »
De plus, le prĂȘtre est mĂ©diateur en tant qu’il offre Ă Dieu les priĂšres du peuple et satisfait Ă Dieu en quelque maniĂšre pour les pĂ©chĂ©s; de lĂ cette parole (He 5, 1) : « Tout grand prĂȘtre, pris d’entre les hommes, est Ă©tabli en faveur des hommes dans ce qui a rapport Ă Dieu, afin d’offrir des oblations et des sacrifices pour les pĂ©chĂ©s. »
Or cela convient parfaitement au Christ. Par lui en effet, les dons de Dieu sont transmis aux hommes, selon S. Pierre (2 P 1, 4) : « Par lui nous avons Ă©tĂ© mis en possession de grandes et prĂ©cieuses promesses, afin de devenir ainsi participants de la nature divine. » De mĂȘme le Christ a rĂ©conciliĂ© avec Dieu le genre humain, comme il est Ă©crit aux Colossiens (1, 19) : « Il a plu Ă Dieu de faire habiter en lui toute la PlĂ©nitude, et par lui de tout se rĂ©concilier. »
Il convient donc souverainement au Christ d’ĂȘtre prĂȘtre.
Article 2 : Le Christ a-t-il Ă©tĂ© Ă la fois prĂȘtre et victime ?
Il y a cette parole de l’ApĂŽtre (Ep 5, 2) : « Le Christ nous a aimĂ©s et s’est livrĂ© pour nous en oblation et en victime d’agrĂ©able odeur. »
Thomas dâAquin part dâune citation trĂšs intĂ©ressante dâAugustin dâHippone : « Augustin Ă©crit : « Tout sacrifice visible est le sacrement ou signe sacrĂ© d’un sacrifice invisible. » Or le sacrifice invisible consiste pour l’homme Ă offrir son esprit Ă Dieu, selon le Psaume (51, 19) : « Le sacrifice Ă Dieu, c’est un esprit broyĂ©. » C’est pourquoi tout ce qui est offert Ă Dieu en vue de porter l’esprit de l’homme vers Dieu, peut ĂȘtre appelĂ© sacrifice. »
Rien quâavec ces mots, vous avez de quoi relire le LĂ©vitique. Mais restons en Ă notre question : Lâhomme a besoin dâun sacrifice pour :
- La rémission des péchés (Hébreux 5.1)
- Pour rester en union avec Dieu (le sacrifice de paix dans Lévitique 3)
- Pour que notre esprit soit complĂštement uni Ă Dieu, comme cela arrivera aprĂšs la rĂ©surrection (cf lâholocauste de LĂ©vitique 1).
Or, câest grĂące Ă la nature humaine de Christ que nous avons obtenu ces trois bienfaits.
- Le sacrifice de lâhumanitĂ© de JĂ©sus nous as acquis la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s « JĂ©sus, notre Seigneur, qui a Ă©tĂ© livrĂ© pour nos fautes et rĂ©veillĂ© pour notre justification. » Romains 4.25
- Nous recevons la grĂące qui nous fait rester en union avec Dieu. « Il est devenu pour tous ceux qui lui obĂ©issent lâauteur dâun salut Ă©ternel » HĂ©breux 5.9
- Nous obtenons la perfection de la gloire « Nous avons lâassurance dâun libre accĂšs au sanctuaire par le sang de JĂ©sus » HĂ©breux 10.19
Christ a donc Ă©tĂ© Ă la fois le prĂȘtre et la victime immolĂ©e, mĂ©ritant son titre de « Agneau de Dieu ».
Article 3 : Le sacerdoce du Christ a-t-il pour effet dâeffacer les pĂ©chĂ©s ?
 l’ApĂŽtre Ă©crit (He 9, 14)  » Le sang du Christ qui, par l’Esprit Saint s’est offert lui-mĂȘme sans tache Ă Dieu, purifiera nos consciences des oeuvres mortes pour servir le Dieu vivant. » Or les oeuvres mortes sont les pĂ©chĂ©s. C’est donc que le sacerdoce du Christ a la puissance de purifier les pĂ©chĂ©s.
Pour purifier les péchés, il faut :
- Supprimer « la tĂąche de la faute », câest-Ă -dire, la rĂ©sistance naturelle de lâhomme Ă Dieu et sa dĂ©termination Ă haĂŻr Dieu et son prochain. Elle disparaĂźt par la grĂące qui tourne lâhomme vers Dieu.
- Supprimer « lâobligation Ă la peine », câest-Ă -dire, le verdict qui nous condamne Ă la mort Ă©ternelle Ă cause de notre pĂ©chĂ©. Elle disparaĂźt quand notre dette judiciaire est satisfaite.
Or, Christ a bien supprimé les deux aspects :
- Il nous donne de tourner nos cĆurs vers Dieu. « Câest gratuitement quâils sont justifiĂ©s par sa grĂące, au moyen de la rĂ©demption qui est en JĂ©susâChrist. Câest lui que Dieu sâest proposĂ© de constituer en expiation, au moyen de la foi, par son sang, pour montrer sa justice » – Romains 3.24
- Il a satisfait Ă la Justice de Dieu. « Ce sont nos souffrances quâil a portĂ©es, câest de nos douleurs quâil sâĂ©tait chargĂ© » – EsaĂŻe 53.4
Donc il a effacĂ© nos pĂ©chĂ©s, en tant que prĂȘtre.
Article 4 : Cet effet concerne-t-il le Christ, ou tous les autres hommes ?
Nous lisons dans les actes du concile d’ĂphĂšse : « Si quelqu’un dit que le Christ a offert son oblation pour lui, et non pas seulement pour nous (car celui qui n’a pas pĂ©chĂ© n’a pas besoin de sacrifice), qu’il soit anathĂšme. »
Thomas dâAquin propose deux arguments pour renforcer cela :
- Un prĂȘtre est un intermĂ©diaire entre Dieu et les hommes, et il nây a pas besoin dâintermĂ©diaire pour lâintermĂ©diaire. Or Christ est cet intermĂ©diaire (HĂ©breux 7.25). DONC il ne reçoit pas lâeffet de son expiation, mais la communique.
- Une source ne reçoit pas, mais communique directement son effet (par ex. Le soleil chauffe sans ĂȘtre chauffĂ©). Or le Christ est la source du sacerdoce (HĂ©breux 10.1 ; 2 Corinthiens 2.10) Donc il ne reçoit pas lâeffet de son expiation, mais la communique.
Article 5 : LâĂ©ternitĂ© du sacerdoce du Christ
Il est Ă©crit dans le Psaume (110, 4)  » Tu es prĂȘtre pour l’Ă©ternitĂ©. »
Lâoffice du sacrifice comprend deux choses :
- La rĂ©alisation (=oblation) du sacrifice. Ce que les rĂ©formĂ©s appellent : « lâunique sacrifice de Christ Ă la croix » sous-entendu : « et non la multiple « rĂ©actualisation » du sacrifice entre les mains du prĂȘtre ».
- La consommation du sacrifice.
Si Thomas dâAquin semble âdans cette question â confirmer que le sacrifice de Christ fut unique et non rĂ©actualisĂ© (IIIa, Q22, a5, r3), il fait porter lâĂ©ternitĂ© du sacerdoce de Christ dans la consommation du sacrifice.
- Par le passé, les sacrifices étaient faits en vue du Christ qui viendrait donner le Sacrifice parfait.
- Maintenant et Ă jamais, nous bĂ©nĂ©ficions en permanence des effets du sacrifice de Christ quâil a apportĂ© Ă Dieu en entrant au Ciel.
Article 6 : Le Christ doit-il ĂȘtre appelĂ© prĂȘtre selon lâordre de MĂ©lchisĂ©dek ?
Il est Ă©crit dans le Psaume (110, 4) : « Tu es prĂȘtre pour l’Ă©ternitĂ© selon l’ordre de MelchisĂ©dech. »
Lâordre dâAaron nâĂ©tait quâune
ombre dâune prĂȘtrise supĂ©rieure, comme le montre HĂ©breux 9.13. Or on voit dans
la Bible un exemple de cette prĂȘtre « supĂ©rieure » quand MĂ©lchisĂ©dek
vient bĂ©nir (et donc avoir une ascendance spirituelle sur) Abraham, qui est lâancĂȘtre
de Lévi et Aaron !
Donc il est convenable de dire que Christ est prĂȘtre selon lâordre de
MĂ©lchisĂ©dek, parce que sa prĂȘtrise est supĂ©rieure et antĂ©cĂ©dente Ă celle dâAaron,
comme lâĂ©tait celle de MĂ©lchisĂ©dek.





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