Les 3 meilleurs livres 2019 des contributeurs Par la foi !
31 décembre 2019

Il s’est produit pas mal de changement sur le blog ces derniers temps. Un changement majeur ces derniers mois est le fait que plusieurs contributeurs m’aient rejoint. Une chose qui n’a pas changé, par contre, est notre habitude de dévorer des livres. Pour conclure l’année, nous vous avons donc préparé une sélection de nos meilleures lectures de 2019. Comme vous le constaterez, cela ne veut pas dire que ces livres ont été écrits ou publiés cette année !

Les trois meilleurs livres de Caleb

The Whole Christ : Legalism, Antinomianism, and Gospel Assurance – Why the Marrow Controversy Still Matters – Sinclair Ferguson

Ce livre apporte une explication historiquement ancrée de ce que sont le légalisme, l’antinomisme et l’assurance du salut. C’est rare de trouver un livre dont l’équilibre entre théologie profonde (dans ce cas la relation du chrétien à la Loi) et conseil pastoral (concernant l’assurance) est si adéquat. Il vous donnera aussi envie de lire des auteurs puritains anglais tel que Thomas Boston. Concernant le niveau de langage et le style d’écriture, c’est un ouvrage plutôt technique, qui devrait alors être lu lentement. Je suis très content qu’il soit traduit en français en 2020 chez Publications Chrétiennes !

Post-Reformation Reformed Dogmatics. Volume 1 : Prolegomena to Theology – Richard A. Muller

Ceci est sûrement le livre le plus intéressant que j’ai eu entre les mains. Muller déconstruit les problèmes de l’historiographie protestante des 20e et 21e siècles, qui promeut par exemple les théories du type « la prédestination est le dogme central des réformés » et « les réformés scolastiques sont des rationalistes ». Il montre que les théologiens réformés des 16e, 17e et 18e siècles forment une masse hétérogène dont les généralisations de l’historiographie protestante ont souvent proposé une compréhension erronée. En effet, les théologies et philosophies médiévales sont partiellement rejetées et partiellement maintenues ; Aristote est maintenu, mais adapté à divers degrés ; on pioche ici et là dans le thomisme, le scotisme et le nominalisme afin d’en garder que ce qui est réputé utile et bon. Quant à la prédestination, on remarque qu’elle n’est pas le dogme central, car les doctrines de l’Écriture et de Dieu sont presque toujours placées au début des ouvrages théologiques, et ce en raison de leur importance première (de Melanchthon à Turretin). L’ouvrage de Muller est très difficile à lire et prendra des semaines – si pas des mois ! – à lire. Je le recommande toutefois à quiconque qui veut s’immiscer très profondément dans la théologie scolastique et je pense qu’il peut aider autant du point de vue théologique, qu’historique, philosophique et apologétique.

The Temple – George Herbert

J’ai eu le plaisir lors de mon dernier semestre en littérature anglo-saxonne de lire et disserter sur la série de poèmes intitulée The Temple, par George Herbert, un prédicateur réformé anglais né en 1593 et mort en 1633. Ce corpus de poèmes est organisé selon la disposition spatiale d’un temple (église) et contient des poèmes dont la forme fait allusion à un objet ou une idée, tels que des ailes un un autel. Herbert y exprime les beautés les plus profondes de la théologie et je ne peux qu’encourager l’étude de ses poèmes pour motiver la réflexion. Néanmoins, le langage est du 17e siècle, soit difficile (quoique si vous avez lu Milton, cela devrait passer !). Cela m’a poussé à regarder du côté francophone de l’histoire de la poésie. Peut-être qu’une partie du vaste héritage poétique réformé des 16e et 17e siècles sera édité et publié chez Par la foi dans l’avenir. En attendant, je vous conseille les éditions de Clément Marot, d’Agrippa d’Aubigné et de Théodore de Bèze, qui sont parfois même disponibles en format poche.

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Les trois meilleurs livres de Etienne

Introduction to Reformed Scholasticism – Willem J. van Asselt

« Introduction à la scolastique réformée » de Willem Van Asselt est une très agréable surprise, le genre de livre qui vous fait réellement gagner du temps.

Dans un style très accessible, sans pédanterie et avec une pédagogie parfaite, Van Asselt a organisé son travail en deux parties: 1. Qu’est ce que la scolastique réformée? (définition, méthode, comment la lire) 2. L’histoire de cette école de théologie. 

Les deux parties sont très bien faites et le souhait de Van Asselt était réellement de faire une *introduction* aux réformés scolastiques, si bien que tout est écrit *pour aider* ensuite à lire ces textes parfois durs à lire. Il démonte quelques fausses idées sur les scolastiques (« Aristote plutôt que la Bible » « trahison de Calvin » etc…) et explique leur méthode et comment ils procèdent. Pour ce qui est de l’histoire, c’est comme si les volumineux ouvrages de Richard Müller avait été synthétisé avec art en l’espace de quelques dizaines de pages. Pareil, Van Asselt a un soin particulier de mentionner et présenter les ouvrages et les auteurs qui valent la peine d’être lus avec leur contexte particulier. Méthode historiographique irréprochable.

Un vrai livre d’introduction, qui vous fera gagner du temps dans vos lectures des scolastiques réformés. Je recommande !

Classical Rhetoric for the Modern Student – Edward P.J. Corbett

J’ai grandement aimé lire ce manuel de réthorique « classique » par Edward Corbett. Il a su récupérer l’essentiel et le meilleur de la réthorique classique (Aristote, Quintilien, Cicéron etc.) et l’appliquer pour les situations d’aujourd’hui. Loin d’être un catalogue barbant d’anciennes doctrines, c’est un livre vraiment utile pour mieux parler et être plus conscient de notre expression. En plus, comme tout bon manuel de réthorique, il est très lisible. Je le garderai sous la main pour le reconsulter de temps en temps car il est vraiment bien. Le seul bémol, mais cela n’a rien à voir avec l’auteur, est qu’il est très anglo-centré. C’est normal, certes, mais le dernier chapitre sur le style et le vocabulaire en pâtit un peu.

L’essor du christianisme : Un sociologue revisite l’histoire du christianisme des premiers siècles – Rodney Stark

Rodney Stark est un sociologue spécialisé dans les religions, qui s’est attelé à faire une exposition sociologique de la montée du Christianisme.
Je dois avouer avoir eu des craintes concernant ce livre: volontairement vulgarisé, par quelqu’un qui n’est pas spécialiste de l’histoire, je craignais que ce livre soit une mauvaise apologétique de l’église primitive.

Et bien non, et ce fut une très agréable surprise. Rodney Stark explique lui-même avoir choisi la vulgarisation pour « que les historiens ne soient pas déboussolés par la méthode sociologique, et que les sociologues ne soient pas noyés sous des références historiques obscures ». De fait, c’est une vulgarisation de très bonne qualité, qui ne sacrifie ni la précision, ni la clarté. Il n’a pas débordé de sa sphère de compétence, et c’est bien en sociologue qu’il décrit les mécanismes religieux et sociologiques qui ont favorisé le christianisme, montrant que par dessus la supervision surnaturelle du St Esprit, il y avait eu une préparation naturelle de l’Empire Romain à la réception de l’Evangile. Une très bonne référence, qui éclaire l’histoire de l’église primitive sous un jour nouveau, et très rarement abordé. Je suis devenu plus curieux sur ce sujet après ce livre qu’avant, ce qui est un bon signe de sa qualité !

Je le recommande à tous, sans réserves particulières. 

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Les trois meilleurs livres de Hadrien

Jesus and Israel : One Covenant or Two? – David E. Holwerda.

Dans ce livre David E. Holwerda nous présente la centralité de la personne de Jésus lorsque nous approchons le sujet d’Israël et des promesses de Dieu la concernant. À travers une étude exégétique méticuleuse, notamment une analyse poussée sur le thème de la justice vue à travers le personnage de Jésus dans Matthieu et une autre sur les enseignements de Paul aux chapitres 9, 10 et 11 de Romains, l’auteur nous montre quelle est la relation que Dieu entretient avec Israël et surtout qu’est-ce qu’Israël. Sa conclusion est que Jésus Christ est Israël. Ce livre est vraiment important à une époque où la position traditionnelle de l’Eglise millénaire sur la relation entre Dieu et son peuple à travers les alliances et l’accomplissement des promesses en l’Eglise se retrouve dans l’ombre des développements théologiques eschatologiques, somme toute récents, qui suggèrent une vision différente pour la relation entre Dieu et l’Israël ethnique et donc entre Dieu et l’Eglise.

Connaître Dieu – J.I Packer

Dans ce grand classique l’auteur anglais J.I Packer cherche à montrer qui est le Dieu de la Bible. Au final il nous livre une présentation et une défense de certains points centraux de la foi chrétienne qui se rapporte à Dieu et donc à notre position en tant que créature. Cet ouvrage de réputée mondiale ne se contente pas d’établir une défense biblique de certaines doctrines, mais aussi de corriger certains points de vue et des conceptions qui au fil du temps se sont diffusées dans les enseignements des Eglises. Cet ouvrage a donc une portée double, les chrétiens y trouveront un rappel sur des doctrines importantes ainsi que des corrections nécessaires face à divers faux enseignements ou fausses incompréhensions ; et ceux qui veulent en savoir d’avantage sur le Dieu des chrétiens et la foi qui les animent y trouveront également leur compte avec une exposition clair de qui est Dieu selon la Bible, illustrée avec des exemples intelligents, le tout à travers une lecture captivante !

The Documentary Hypothesis – Umberto Cassuto

Le rabbin et théologien Umberto Cassuto nous livre une défense exégétique de l’intégrité de la Torah face aux attaques de la haute critique de l’ancien testament, notamment l’hypothèse des documents, on ne peut plus fameuse dans les cercles académiques et prise pour argent comptant. Ce livre, qui est en fait un regroupement de plusieurs séminaires d’Umberto Cassuto, falsifie cette hypothèse de manière convaincante en détruisant les cinq piliers en supportant l’édifice. Avec divers types arguments, de la philologie à l’analyse textuelle (genre littéraire et intention de l’auteur) en passant par une mise en perspective au vue des découvertes archéologiques récentes et l’histoire de la haute critique allemande, Umberto montre que cette maison ne tient que sur du sable. Bien sûr, Umberto est loin d’accepter sans critiques les positions les plus conservatrices sur le texte biblique, et son livre n’est plus forcément à jour — il est d’avis que l’auteur de la Torah a utilisé plusieurs sources. Néanmoins ce livre est une bonne introduction pour se familiariser avec ce sujet. 

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Les trois meilleurs livres de Jean-Mikhaël

Biblical Authority After Babel : Retrieving the Solas in the Spirit of Mere Protestant Christianity – Kevin J. Vanhoozer

Le protestantisme a-t-il donné naissance à un « individualisme religieux radical », une « insouciance herméneutique », une « anarchie interprétative » et à une « négligence criminelle de la tradition » ? Ce sont les accusations de certains qui voient dans la Réforme la naissance d’une Église et, en passant, d’une société, schismatiques et subjectifs. Kevin Vanhoozer s’oppose à cette mauvaise compréhension des 5 solas en s’attachant à donner leur véritable signification. Loin de détruire l’Église, d’en être le « poison » les solas en sont le « remède » et donnent même naissance à un sixième sola, sola ecclesia. En s’attardant sur chacune de ces doctrines du protestantisme, Vanhoozer redonne les véritables autorité et unité à l’Église. La lecture de ce livre m’a donné un regard neuf sur les solas, a balayé les accusations romaines qui résonnaient encore et renforcé ma fierté d’être protestant. Je regrette cependant la tendance de l’auteur à forcer les solas pour rentrer dans son schéma d’interprétation et sa réponse à la problématique du livre. Un livre à lire dans le contexte d’une Église évangélique en perte de fondements.

Love Thy Body : Answering Hard Questions about Life and Sexuality – Nancy Pearcey

Quel est le fondement de la pensée moderne sur l’homosexualité, la transexualité, l’euthanasie, l’avortement, le mariage et la sexualité ? Nancy Pearcey démontre qu’un même dualisme sous-tend chacune des positions de notre société sur ces questions. Sa thèse reprend celle de Francis Schaeffer qui voit dans la pensée moderne un être humain fragmenté en deux niveaux : le niveau inférieur et le niveau supérieur. Une coupure corps/personne s’opère « avec le corps défini dans le domaine des « faits » par la science empirique (niveau inférieur) et la personne définie dans le domaine des « valeurs » comme base des droits (niveau supérieur) ». Pearcey s’attache à dévoiler ce dualisme dans les affirmations éthiques modernes et à le contrer en recousant ce qui a été tristement divisé. Le raisonnement est bien mené et les témoignages ne manquent pas pour nourrir une réflexion dynamique. Un guide d’étude en fin d’ouvrage permet de l’utiliser en Eglise, dans des groupes de partage, de réflexion et d’introduire une réflexion plus approfondie sur ces sujets. L’Église avait besoin de ce livre.

Y a-t-il une vérité ? – Jean Daujat

Jean Daujat, néothomiste et disciple de Maritain a écrit un ouvrage de plusieurs centaines de pages pour répondre à la question : « y a-t-il une vérité et notre intelligence humaine peut-elle, fût-ce laborieusement, parvenir à la connaître ?  » Il part seulement de l’être pour arriver à la finalité de la vie humaine en passant notamment par les moyens de connaissance et les moyens d’action de l’homme, Dieu et les êtres immatériels. En répondant à la problématique par ce raisonnement, Daujat nous introduit à la pensée de Thomas d’Aquin et nous permet d’avoir des certitudes quant à la connaissance de « vérités fondamentales dont l’homme a besoin pour donner une raison d’être et un sens à sa vie, à son action, à ses efforts ». Daujat ne fait pas qu’affirmer ce qu’il avance, il le prouve positivement et négativement en détruisant quelques idées philosophiques qui s’opposent à la philosophie réaliste. Malheureusement, Daujat, frileux à l’idée de les approfondir, s’attaque à des caricatures de certaines positions réformées. C’est bien dommage mais ce livre reste une très bonne introduction aux concepts aristotéliciens, à l’épistémologie, aux démonstrations de l’existence de Dieu et à la morale.

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Les trois meilleurs livres de Laurent

Cultural apologetics – Paul M. Gould

Ce livre montre comment les chrétiens peuvent donner envie à leurs contemporains de croire en Jésus. C’est un problème qui se pose car ils restent souvent insensibles face à un Evangile ou à des arguments apologétiques trop souvent présentés de manière aride malgré notre bonne volonté. Ils peuvent le faire en démontrant que c’est le christianisme seul peut satisfaire notre soif de rationalité (« expliquer les choses »), de beauté et de moralité.

Living in the Gap Between Promise and Reality : The Gospel According to Abraham – Iain M. Duguid

D’excellentes méditations sur la partie de Genèse sur Abraham à raison d’un chapitre par chapitre de Genèse. Elles sont très pertinentes et encourageantes, mais elles restent profondes et centrées sur Jésus-Christ sans se perdre dans des interprétations limitées et étranges. A chaque fin de chapitre il y a des questions pour vérifier qu’on a bien compris le texte et pour appliquer les vérités du passage dans nos vies.

The God Who Makes Himself Known : The Missionary Heart of the Book of Exodus – W. Ross Blackburn

Un excellent commentaire sur Exode. Ce n’est pas un commentaire verset par verset mais plutôt section par section plus concentré sur des analyses d’ensembles et de thèmes d’Exode. Ce commentaire est utile surtout pour relier les différentes parties d’Exode et donc pour avoir une vue d’ensemble. L’auteur nous encourage et nous étonne en nous montrant que le thème de la mission (ou évangélisation) est central en Exode. De plus, on y trouve à chaque fin de chapitre dans un résumé beaucoup d’applications personnelles pour l’Eglise.

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Les trois meilleurs livres de Nathanaël

Kingdom Prologue : Genesis Foundations for a Covenantal Worldview – Meredith G. Kline

Nous avons tous déjà fait la désagréable expérience d’être appelé au tableau par le professeur de maths afin de reproduire une équation ou bien une figure géométrique. En ce qui me concerne, presque à chaque fois que je retournais m’assoir, je me rendais compte que, contrairement à ce que je pensais et malgré mes efforts, les lignes de mon équation n’étaient pas horizontales ou bien la figure géométrique était beaucoup plus petite que je ne m’y attendais. Je crois que mon cas n’est pas isolé et la raison est toujours la même : nous manquons de recul le nez collé au tableau. Nous n’avons pas la vision d’ensemble de ce qui se passe craie en main, nous manquons de perspective globale. Cela peut facilement nous arriver lorsque nous lisons la Bible.

La lecture de Kingdom Prologue m’a beaucoup aidé à prendre du recul, de la hauteur face aux différents textes bibliques et à en extraire un fil conducteur, une cohérence qui a renouvelé mon intérêt pour leur étude. On se rend compte en lisant Meredith G. Kline que le livre de Genèse est véritablement le fondement de tout ce qui suit dans la révélation spéciale de Dieu. Tout comme une erreur d’un demi-degré sur l’angle d’un gouvernail peut emmener votre bateau à des kilomètres de la destination prévue, une mauvaise interprétation du livre de Genèse peut vous emmener très loin du message que Dieu nous a laissé dans sa Parole.

 La lecture de ce livre vous sera profitable pour plusieurs raisons. Meredith G. Kline était un expert en culture et textes du Moyen-Orient ancien, contexte dans lequel se sont déroulés bon nombre de récits relatés en Genèse par Moïse. De par ses connaissances en la matière, il apporte un éclairage non pas novateur mais plutôt rafraichissant sur le texte de Genèse, notamment sur la manière dont toutes les relations que Dieu initie avec les hommes se concrétisent sous la forme d’une alliance telle qu’elles étaient conclues à cette époque dans le contexte du moyen Orient ancien. C’est sur cette base fondamentale que l’auteur construit son explication du développement historique du royaume et du peuple de Dieu à travers le livre de Genèse. Je recommande cette lecture à quiconque s’intéresse à la théologie biblique, ce qui devrait être le cas pour tout chrétien qui ne souhaite pas vivre l’expérience du tableau de maths dans sa lecture de la Bible ! Il faut néanmoins noter que Meredith G. Kline écrit dans un anglais difficile à lire, comprenant beaucoup de néologisme (qui restent pertinents et sans volonté d’innovation théologique) et de phrases à mon sens bien trop longues, nécessitant parfois de relire plusieurs fois le même passage. Cependant, une fois cette barrière franchie, on se rend compte que l’effort en vaut vraiment la peine car on ressort de cette lecture avec une passion renouvelée pour la grande histoire de la rédemption, présentée avec raison par l’auteur, comme une grande et magnifique épopée tout à fait réelle dont Christ, notre sauveur et seigneur, est le héros incontesté.   

La conversion : Comment Dieu se forme un peuple – Michael Lawrence

Ce livre fait partie de la série Building Healthy Churches publiée par 9Marks (et traduite par Publication Chrétienne), dont j’ai lu la plupart des ouvrages, sur la discipline d’Eglise, les anciens, le discipulat, l’évangélisation, entre autre. Mais je dois dire que La conversion, de Michael Lawrence, est celui qui m’a le plus marqué. J’ai remarqué en discutant avec des frères que mon expérience était similaire à la leur : ils se sont tous, à un moment ou l’autre, reconnu dans ce que décrivait l’auteur sur l’expérience de conversion. Si vous vous dites chrétien et que vous lisez ce livre, il vous parlera certainement, que vous soyez sincère, ou hypocrite. Cela peut paraître provocateur mais je le dis volontairement, car c’est aussi dans cet esprit que le livre a été écrit. Nous savons très bien que dans toute Eglise locale il y a des chrétiens authentiques et des chrétiens imposteurs, et cela pour différentes raisons présentées dans ce livre.

J’ai apprécié la manière à la fois douce et ferme avec laquelle Michael Lawrence présente le problème grave des fausses conversions produites par un Evangile corrompu d’une manière ou d’une autre. Ses premiers chapitres sont construits autour du schéma « vérité/imposture ».  Cela permet d’abord de déconstruire les mauvaises conceptions de l’Evangile et de la conversion, avant d’aboutir aux implications que cela a pour notre vie chrétienne au sein et en dehors de l’Eglise, pour notre évangélisation, et pour le ministère.

Je crois que c’est par la manière sincère et directe avec laquelle l’auteur aborde ces thèmes que tout chrétien finit par se reconnaitre dans les lignes de ce livre. Je pense notamment à ceux qui ont grandit dans des familles chrétiennes, dans l’Eglise, entendant pendants des années des enseignements moralistes ou légalistes, croyant que c’était cela l’essence de l’Evangile et du christianisme, se rendant compte des années plus tard qu’il n’en était rien. Pour ceux qui sont dans cette situation et qui n’en ont pas encore pris conscience, ce livre peut les amener à réaliser qu’ils se trompent sur leur compréhension de l’Evangile et de leur conversion.

Une de mes craintes était que ce livre débouche sur la conception d’une Eglise absolument pure uniquement constituée de régénérés. Bien que je partage le désir tout à fait légitime et biblique de l’auteur de voir l’Eglise purifiée par le Saint Esprit à travers la Parole de Dieu, j’ai trouvé très pertinent et appréciable le fait qu’il conclue son livre par un chapitre dédié à ce risque en particuliers. Cela permet au lecteur de ne pas finir ces pages avec une vision irréaliste de l’Eglise dans l’attente du retour de Christ, en cherchant à dénicher tous les non-régénérés dans son assemblée et à les expluser. Comme le dit Michael Lawrence : « l’Eglise n’est pas pour ceux qui qui sont déjà arrivés au Paradis, mais pour ceux dont l’espoir et l’attente sont tournées vers celui-ci » et ailleurs « La communauté de l’Eglise est l’école de la foi, et non le panthéon de la foi ».

En résumé, vous ressortirez de ce livre avec une bonne définition de l’Evangile et de la conversion authentique telle que la Bible les décrit, ainsi que des raisons pour lesquelles ce sujet est crucial pour la vie du chrétien et de l’Eglise du Christ.  

Homme de Dieu, exerce-toi à la piété : les disciplines spirituelles d’un homme attaché à Dieu – R. Kent Hughes

J’ai lu ce livre avec deux autres frères de mon Eglise dans le cadre d’une relation de discipulat. J’avais à cœur d’aborder avec eux la vie de l’homme chrétien sous un angle pratique, afin de faire le lien entre ce qui nous était enseigné dans nos rassemblements, et les implications concrètes que cela devait avoir dans notre quotidien, même dans les décisions en apparence les plus banales. Ce livre nous a fournit une très bonne base de discussion et de réflexion, nous permettant de remettre en question certaines de nos habitudes, qu’elles soient mauvaises ou absentes, à la lumière des principes bibliques.

La définition que R. Kent Hughes donne de la discipline en introduction du libre est très importante afin de profiter du reste de la lecture. Il y présente le but de la discipline dans la vie du croyant sur la base de 1Tim 4:7 :  « Exerce-toi à la piété ». La vie du chrétien doit être caractérisée par cette « sueur spirituelle » résultant d’une saine discipline dans « l’entrainement » à la piété.

La suite du livre est découpée en diverses catégories : Relations, âme, caractère, ministère. Chaque chapitre dans ces catégories permet d’en aborder plusieurs facettes, avec une base biblique puis des implications très concrètes et pratiques que l’auteur nous propose de mettre en place dans notre quotidien. En annexes se trouve un ensemble de ressources afin d’aider le lecteur à pratiquer cette discipline dans les divers domaines de sa vie. On y trouve entre autre des plans de lecture de la Bible, des titres d’hymnes pour le culte familial, une sélection de proverbes.

Je me demandais si ce livre ne serait pas une sorte de recette légaliste et superficielle pour mener une vie de bon chrétien. J’ai rapidement compris que ce n’était pas le cas et j’ai au contraire grandement profité de cette lecture et des discussions qui en sont sorties. Mes frères et moi-même avons depuis mis en place de nouvelles habitudes dans nos vies dont nous constatons les fruits.

Je conseille la lecture de ce livre, particulièrement dans le cadre de groupe d’hommes ou de discipulat. Je suis certain qu’il en aidera beaucoup à chérir et développer une masculinité biblique qui honore Dieu et bénit l’Eglise et la société.  

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Mes trois meilleurs livres

Thomas Aquinas : An evangelical appraisal – Norman Geisler

C’est une excellente introduction à la pensée thomiste pour les évangéliques. J’ai l’impression d’avoir enfin rencontré un penseur évangélique qui a compris Thomas D’Aquin et son utilité pour nous.

L’introduction n’est pas simpliste, en fait elle est même parfois « pas simple ». Cela est dû au fait que la pensée du Docteur Angélique est complexe et que Geisler l’aborde jusque dans ses détails (même jusqu’à se demander comment Dieu peut connaître de manière nécessaire les singuliers futurs contingents). Il aborde son éthique, sa métaphysique, sa méthode exégétique, ses arguments pour l’existence de Dieu, son épistémologie et bien d’autres sujets encore.

Geisler a réussi à m’apprendre encore des choses sur la théologie de Thomas D’Aquin et à préciser là où je suis en désaccord avec lui. 

Reforming Apologetics : Retrieving the Classic Reformed Approach to Defending the Faith – J. V. Fesko

Dans cet essai théologique, Fesko évalue sur le plan exégétique, dogmatique et historique les développements récents de l’apologétique réformée (en particulier les courants influencés par Cornelius Van Til et Herman Dooyeweerd). Il réfute efficacement la rhétorique historique de ces mouvements qui prétendent être les légitimes héritiers de l’épistémologie de Calvin. Il relève les incohérences, rappelle les affirmations bibliques et détruits les caricatures de l’apologétique classique. Son apport est précieux pour quiconque cherche à mieux comprendre la pensée réformée historique, à défendre la foi en utilisant la révélation générale et spéciale et à ne pas profiter uniquement des écrits des récents apologètes mais à puiser dans les richesses de toute l’histoire apologétique du christianisme.

C.S. Lewis

Je triche un peu pour ce dernier car il ne s’agit pas d’un livre mais d’un auteur. J’ai lu ces derniers mois 20 livres de Lewis : Les 7 Narnia, La trilogie cosmique, Les 4 amours, Lettres à Malcolm, L’Abolition de l’homme, Tant que nous n’aurons pas de visage, Réflexions sur les Psaumes, Le Problème de la Souffrance, Tactique du diable, Miracles, Dieu au banc des accusés et le Grand Divorce. Fantastique, Science-fiction, Roman, Essais philosophiques, épitres fictives, Lewis a écrit sur un grand nombre de sujet de bien des manières et en faisant appel à un grand nombre de sources. Le Professeur d’Oxford m’a appris à profiter des richesses des auteurs païens, à apprécier différents styles d’écriture comme véhicule pour diverses vérités. Le Cheval et son écuyer de Narnia nous fait réfléchir d’une manière unique à la Providence divine. Perelandra de la trilogie cosmique nous permet de méditer sur la chute de nos premiers parents d’une façon saisissante. Tactique du diable nous fait déjouer les pièges de la tentation diabolique. Tant que nous n’aurons pas de visage questionne la nature de notre amour, parfois bien égoïste.

J’apprécie en particulier Lewis pour sa façon originale de considérer des sujets éternels. Son ancrage dans la tradition chrétienne et littéraire du monde entier. Sa capacité à méditer sans cesse sur le ciel et l’enfer et à ne pas esquiver ces sujets si élevés. La précision de son langage et son aptitude à débusquer les erreurs de raisonnement.

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P.S. : l’année qui vient, plusieurs d’entre nous se lancent dans la lecture de l’Institution de Calvin, la Dogmatique Réformée de Bavinck ou la Summa Theologica de Thomas D’Aquin. Si vous voulez nous rejoindre dans l’un de ces projets, contactez-nous !

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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