Les alliances noachiques (1/3) : introduction et contexte
2 janvier 2021

Pour ceux qui en ont besoin, je rappelle tout d’abord la définition d’une alliance pendant l’Antiquité, il s’agit d’un accord volontaire (une sorte de contrat) qui inclut les éléments suivants1 :

  1. Deux parties au moins, et des têtes fédérales (représentants) ;
  2. Une promesse, ;
  3. Des conditions pour obtenir la promesse (facultatif) ;
  4. Des sacrements (sceaux et signes de l’alliance) ;
  5. Des punitions, une pénalité en cas de non-observance des termes de l’alliance ;
  6. Un serment de ratification ou une signature (facultatif) ;
  7. Des principes régulateurs, des règles et des principes servant à réguler la relation des parties dans le cadre de cette alliance (facultatif) ;
  8. Un prologue historique rappelant les bienfaits passés (facultatif).

En général, en théologie, nous nous intéressons aux alliances dont Dieu est une des parties. Cependant, il existait aussi des alliances entre des hommes. Dans certaines d’entre elles, une partie (le suzerain) est supérieure à l’autre (le vassal). Dans d’autres, les deux parties traitent d’égal à égal. C’est le cas par exemple de l’alliance entre Abimélec et Abraham (Gn 21), de celle entre Abimélec et Isaac (Gn 26), puis de celle entre Jacob et Laban (Gn 31).

Dans ce chapitre, je parlerai des alliances noachiques, c’est-à-dire des alliances que Dieu a conclues avec Noé. En effet, contrairement à ce que pensent certains exégètes (O. Palmer Robertson) et comme nous allons le voir, l’Éternel a conclu deux différentes alliances avec Noé et non pas une seule (celle qui est rapportée en Gn 9). Plus précisément une alliance de rédemption avec Noé et sa famille, et une alliance de grâce commune avec toute l’humanité représentée par ses ancêtres : Noé et sa famille.

Je me fonderai principalement sur l’étude de l’alliance noachique faite par Meredith Kline dans Kingdom Prologue, son commentaire sur Genèse 1–22.

D’abord, nous résumerons le contexte de ces alliances : l’histoire du Déluge. Ensuite nous étudierons la première alliance noachique mentionnée en Genèse 6:18. Enfin nous nous pencherons sur la deuxième alliance noachique décrite en Genèse 8–9.

Le contexte de ces alliances : le Déluge

Pour comprendre ce sujet en profondeur, il est nécessaire d’en comprendre le contexte : l’époque du Déluge. 

La Création et la Chute

L’Éternel a créé les cieux et la terre, et tout ce qu’ils contiennent en sept jours. Dans le cadre d’une alliance (alliance des œuvres), il a confié une mission aux hommes : peupler et exploiter la Création pour atteindre un état meilleur. 

Malheureusement, Adam, l’ancêtre et le représentant de toute l’humanité, s’est rebellé contre Dieu et a ainsi transgressé l’alliance des œuvres. L’alliance des œuvres étant le contrat entre Dieu et Adam qui engageait ce dernier à lui obéir. En cas de fidélité pendant une période limitée (appelée « période probatoire »), il aurait obtenu l’immortalité : il n’aurait plus jamais risqué la mort. L’Éternel a appliqué la sentence qu’est la mort : l’exil loin de lui. Ce qui est dramatique puisque Dieu est la seule source de sérénité, de vie et de bonheur pour l’homme.

La corruption morale de l’homme s’accroît de plus en plus

Tout d’abord, Adam et Ève sont chassés du jardin d’Éden vers l’est. Puis c’est au tour de Caïn, qui est lui aussi condamné à l’exil pour avoir assassiné son frère à cause de sa jalousie. Ce faisant, Caïn s’éloigne encore plus à l’est. 

Par la suite, on voit que les hommes font de plus en plus de mal. Parmi les descendants de Caïn, on trouve Lémec : un homme qui se croit supérieur à l’Éternel et qui brise la norme divine du mariage (Gn 2:24 : n’avoir qu’une seule femme) en ayant deux femmes. De plus, alors que l’Éternel s’engage à venger Caïn une seule fois s’il meurt, Lémec affirme avoir le droit de se venger sept fois !

Les fils de Dieu, probablement des rois pouvant être possédés par des démons2 abusent de leur pouvoir politique pour choisir les femmes qui leur plaisent et se créer un harem pour satisfaire leurs passions et leur fantasmes.

Mais ce n’est pas seulement un groupe d’hommes particulier qui mauvais. « Tout le monde avait corrompu sa conduite sur la terre. » (Gn 6:13). Le péché se répand à toute l’humanité sans distinction.

Le mal atteint une telle proportion que « l’Éternel regretta d’avoir fait l’homme sur la terre et eut le cœur peiné. » (Gn 6:6). Cela le pousse à prononcer son verdict : « Je vais faire venir le déluge d’eau sur la terre pour détruire toute créature qui a souffle de vie sous le ciel. Tout ce qui est sur la terre mourra. ».

Le Déluge : « un jugement rédemptif »

Naturellement, les croyants de l’époque ont dû sentir la haine de leurs contemporains envers l’Éternel et eux (les adorateurs de l’Éternel). Il est aussi très probable qu’ils aient été persécutés pour leur foi et leur fidélité à Dieu. 

Pour s’en convaincre, on n’a qu’à considérer l’exemple de Caïn et d’Abel (Gn 4). Caïn est clairement identifié comme faisant partie de la descendance du serpent en conflit avec celle de la femme (Gn 3:15) représentée ici par Abel. De plus le fait qu’il ne reste que huit personnes louant le vrai Dieu montre que beaucoup de croyants ont probablement été tués pour leur foi et ou forcés de la renier. Qu’il ne reste qu’un si petit nombre de fidèles, cela peut aussi s’expliquer facilement s’ils étaient fortement invités au compromis et à l’apostasie par les idéologies impies et les idoles de leur temps. Enfin, Pierre met sa situation en parallèle à celle de Noé (2 Pierre 2:4-9). Cela donne à penser que les croyants de l’époque précédant le Déluge étaient persécutés tout comme les chrétiens l’étaient au moment où Pierre écrit sa lettre. 

Ainsi, le Déluge, jugement de l’Éternel, est par définition un moyen pour le peuple de Dieu d’être sauvé de ses ennemis qui le persécutent et le méprisent à cause de son Dieu (cf. Rm 8:36). On caractérise ainsi souvent le jugement de l’Éternel par l’expression de jugement rédemptif. Un jugement par lequel Dieu sauve son peuple en jugeant ceux qui le persécutent injustement. 

Tous les autres principaux jugements de Dieu sont également décrits comme « jugements rédemptifs » : le jugement de Sodome et Gomorrhe, le jugement du Pharaon et de l’Égypte lors de l’Exode, ainsi que le jugement dernier.

La situation est tellement critique qu’il ne reste plus qu’une seule famille encore attachée à l’Éternel : celle de Noé. Il est probable qu’ils aient prié Dieu pour qu’ils leur rendent justice. C’est justement ce qu’il va faire à travers le Déluge.


Illustration en couverture : Isaac Van Oosten, L’Entrée dans l’arche (détail), huile sur toile (Rennes, musée des Beaux-Arts).

  1. Liste inspirée de L’alliance des œuvres existe-t-elle ?, Le bon combat, 2013[]
  2. Je reconnais que l’interprétation de ce passage n’est pas facile, que celle que je propose n’est pas parfaite et qu’il est dur de trancher fermement. J’écrirai un article pour approfondir cette question qui nécessite un traitement assez conséquent…[]

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

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