Ὅπως ἐν Ἱεροσόλυμα μεμάθηκα ἑλληνιστὶ λαλεῖν
3 septembre 2021

Cet été, j’ai eu l’opportunité formidable de pouvoir étudier de manière intensive et immersive le grec ancien avec l’Institut Polis de Jérusalem. Dans ce billet, je vous présenterai rapidement cette formation et ses particularités dans le but avoué d’en faire la promotion.

L’Institut Polis

L’Institut Polis, basé à Jérusalem, œuvre depuis 2011 au renouveau des humanités et de l’étude des langues anciennes (notamment le grec, l’hébreu, le latin, l’arabe, le syriaque et le copte) avec une pédagogie astucieuse et efficace pour l’enseignement de ces langues tant à l’écrit qu’à l’oral.

Ce à quoi ressemble un cours

Un cours à Polis est monolingue. Tout le cours a donc lieu dans la langue étudié. Cela signifie donc que seul le grec était utilisé lors de mon cours, avec une difficulté progressivement croissante pour permettre à celui qui ne connaît rien à la langue en question de comprendre l’intégralité de ce qui est dit. Les mimes, les synonymes grecs, les paraphrases et tout autre moyen évitant la traduction sont donc utilisés.

Ainsi, un cours à Polis est immersif. En pratique, durant le premier cours les professeurs se présentent brièvement et se questionnent : “Je m’appelle Maxime. Et toi, comment t’appelles-tu ?”. Puis se donnent des ordres simples : “lève-toi, marche, cours, assieds-toi, prends le livre et pose le sur la table…”. En observant ces échanges puis en y participant activement (tout d’abord en accomplissant les ordres puis en donnant des ordres à d’autres étudiants), l’étudiant se familiarise avec du vocabulaire, une prononciation, une structure de phrase qui lui permettra par la suite de comprendre des ordres de plus en plus complexes et des explications portant sur le sens des mots de plus en plus poussées.

Peu à peu, l’alphabet grec, la lecture et l’écriture sont introduits et l’on apprend à lire les ordres, les phrases et le vocabulaire que l’on a déjà compris à l’oral. Pour les férus de langues, la prononciation suivie est globalement érasmienne et la formation débute par le grec κοινή (koinè).

Les circonstances sanitaires ont ouvert pour la première fois à ma connaissance la possibilité de suivre le cours en ligne via Zoom.

Voici un exemple de première leçon filmée :

Le niveau atteint

Polis propose actuellement six niveaux en grec. Je dis actuellement car deux niveaux supplémentaires sont en préparation. La formation que j’ai suivie s’étendait sur 3 semaines et correspond à 80 heures académiques. En pratique, cela correspondait à 4 heures de cours les matins et un peu de travail seul l’après-midi. Ces 80 heures m’ont permis de valider le premier des 8 niveaux que comportera leur formation.

Cette formation m’a permis d’atteindre deux objectifs enthousiasmants :

  1. L’entrée dans la lecture des textes narratifs du Nouveau Testament : je peux lire et comprendre les Évangiles et les Actes en utilisant une édition définissant les mots les plus rares en bas de page. Je peux aussi lire et comprendre des épîtres simples comme celles de Jean.
  2. Je peux continuer par moi-même. C’est certainement le plus précieux pour moi : la formation m’a donné assez pour que je puisse poursuivre ma progression seul durant l’année, avant de suivre la prochaine formation proposée chaque été. En pratique, je poursuis par la lecture d’Ἀλέξανδρος τὸ ἑλληνικὸν παιδίον Alexandros to hellenikon paidion, un livre tout en grec donc la complexité des chapitres est croissante et qui alterne récit et exercices simples de révision et de compréhension1. Je continue aussi à échanger par Zoom avec d’autres étudiants ayant suivi le cours pour entretenir la pratique du grec oral.

C.S. Lewis disait ce qui suit, au sujet de la façon dont il a appris le grec :

Le grand bénéfice de cette méthode fut que je devins bientôt capable de comprendre beaucoup de grec sans le traduire (même mentalement) ; je me mis à penser en grec. C’est le grand Rubicon à franchir pour quiconque apprend une langue. Ceux pour qui le mot grec vit seulement lorsqu’ils le traquent dans leur dictionnaire pour y substituer ensuite le mot anglais ne lisent pas du grec ; ils ne font qu’essayer de résoudre une énigme. La formule même : “naus signifie bateau” est fausse. Naus et bateau signifient chacun une chose, chacun ne signifie pas l’autre. Derrière naus, comme derrière navis ou naca, nous devons avoir l’image d’une masse sombre et élancée avec des voiles ou des rames, sur la crête des vagues, sans l’intrusion de mots anglais trop empressés2.

Ce que permet le niveau 1 de la formation proposée par Polis, c’est de franchir ce Rubicon.

Plus anecdotique, ce cours était aussi l’occasion de rencontrer d’autres protestants confessants, passionnés des pères de l’Église, de théologie ou de linguistique. C’était notamment le cas de mon professeur et d’un étudiant avec qui nous faisons des appels via Zoom.

En bref, la formation ne déçoit pas. En quelques semaines, elle amène à un niveau satisfaisant et offre des outils pour poursuivre l’étude.


Illustration en couverture : Mosaïque romaine de Zeus et Europe du musée de Zeugma à Gaziantep en Turquie.

  1. Pour les latinistes, il s’agit d’un équivalent à Lingua Latina per se illustrata.[]
  2. LEWIS C.S., Surpris par la Joie, Édition Raphaël, 2006, p. 185.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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