À Samuel Laurent, sur sa vaccination
24 septembre 2021

J’ai pris connaissance de l’article de Samuel Laurent de Tout Pour sa Gloire, qui explique son choix d’être vacciné. Ainsi que je l’avais expliqué dans un autre article sur un sujet connexe, je suis en faveur de la liberté sur ce point, et j’affirme qu’il est bon que Samuel Laurent ait agi selon sa conscience : c’est exactement le principe des adiaphora : en l’absence de directives bibliques, ou de lois civiles [qui doivent être rationnelles], chacun est libre de suivre ce que sa conscience lui dit.

Cependant, je saisis l’occasion de cet écrit pour m’attarder sur un ou deux points que j’entends par ailleurs, et qui me fournissent l’occasion de les traiter publiquement.

Sur les origines du vaccin

Au début de son article, Samuel Laurent aborde les arguments au sujet des lignées cellulaires issues de bébé avortés qui servent de base aux vaccins. Je n’ai pas étudié cet argument, aussi je renvoie le lecteur vers cette note de l’Institut européen de bioéthique. Il est notamment écrit qu’il n’est pas inévitable d’avoir des vaccins exempts de lignées cellulaires issues de fœtus avortés : Sinovac et le futur vaccin de Pasteur utilisent autre chose. Le blocage est ici politique.

Sur l’argument suivant de sa première section, je ne suis pas sûr de suivre le passage de la prémisse aux conclusions. Il y a certes des produits dont il est inévitable aujourd’hui que leur fabrication soit basée sur de l’exploitation ou autre malheur (comme le cobalt des batteries électriques). Cependant, il n’en suit pas que du coup la responsabilité est évacuée et il n’y a aucun problème. Une chose peut être mauvaise et inévitable, il n’y a aucune raison que cela ne soit pas compatible. C’est une erreur de raisonnement qui s’appelle un non sequitur.

Sur la balance bénéfice risque et la souveraineté de Dieu

J’ai beaucoup entendu l’argument qui utilise la souveraineté de Dieu, et je ne suis pas surpris de voir Samuel Laurent l’utiliser. En soi, j’avoue qu’il est rhétoriquement élégant :

  1. Dieu est mon protecteur tout-puissant et bienveillant.
  2. Je cours un risque.
  3. donc Dieu me protégera du risque.

La mineure est inattaquable. Celui qui veut renverser cet argument serait obligé de blasphémer Dieu, ce que nous refusons généralement de même tenter. Mais l’argument est biaisé et mérite d’être démonté, ainsi que je vais le présenter. En réalité, je n’ai même pas besoin d’argumenter : il suffit de rappeler ce que dit la Bible:

Vous ne tenterez point l’Éternel, votre Dieu, comme vous l’avez tenté à Massa. Mais vous observerez les commandements de l’Éternel, votre Dieu, ses ordonnances et ses lois qu’il vous a prescrites.

Deutéronome 6,16

Et voyons aussi l’application que Jésus en a faite :

Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ; et ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Jésus lui dit : Il est aussi écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu.

Matthieu 4,5-7

Le raisonnement de Satan a la même forme de raisonnement que l’argument qu’a relayé Samuel Laurent : Tu peux avoir une conduite risquée, puisque Dieu a promis de te protéger. Et la condamnation de Jésus est tranchante: Tu ne mettras pas Dieu à l’épreuve. Loin d’être un pieux raisonnement, c’est en fait un affront contre la souveraineté de Dieu!

Alors que doit-on faire ? Eh bien, ce que la Loi nous ordonne de faire à la place : Observer les commandements de l’Eternel, votre Dieu, ses ordonnances et ses lois qu’il vous as prescrites. La faute de ce raisonnement est que Dieu est aux cieux et il fait tout ce qu’il veut, ses plans sont insondables et sa providence appelle à l’humilité. Ce que nous devons sonder en revanche, c’est ce qui a été clairement révélé, et qui est accessible à tous. Plutôt que d’utiliser de travers notre foi, il nous est recommandé d’utiliser notre raison naturelle pour des choix naturels. Nous voyons deux exemples dans la Bible où les membres de l’Église reconnaissent la souveraineté et la protection de Dieu, mais font preuve de prudence et d’humilité en l’invoquant.

Joab vit qu’il avait à combattre par devant et par derrière. Il choisit alors sur toute l’élite d’Israël un corps, qu’il opposa aux Syriens ; et il plaça sous le commandement de son frère Abischaï le reste du peuple, pour faire face aux fils d’Ammon. Il dit : Si les Syriens sont plus forts que moi, tu viendras à mon secours ; et si les fils d’Ammon sont plus forts que toi, j’irai te secourir. Sois ferme, et montrons du courage pour notre peuple et pour les villes de notre Dieu, et que l’Éternel fasse ce qui lui semblera bon !

2 Samuel 10,9-12

Nous voyons que face à la menace Joab ne se contente pas de dire : « De toute façon, Dieu est souverain, il va nous protéger ». Il utilise sa raison naturelle pour prendre une décision naturelle et de bon sens. Puis au moment de l’action, il dit à son frère: fais ta part, et que Dieu fasse la sienne.

[Le roi dit] Si vous ne l’adorez pas, vous serez jetés à l’instant même au milieu d’une fournaise ardente. Et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? Schadrac, Méschac et Abed-Nego répliquèrent au roi Nebucadnetsar : Nous n’avons pas besoin de te répondre là-dessus. Voici, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de ta main, ô roi. Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as élevée.

Daniel 3,15-18

On voit ici la même conduite : n’oubliant pas la possibilité d’une intervention divine, les trois amis de Daniel se contentent néanmoins de suivre la Loi, claire et révélée, plutôt que de sonder les mystères du futur.

Sur la notion de sacrifice

Comme me l’a soufflé un bon ami, le raisonnement que déploie Samuel Laurent autour de la notion de sacrifice est bizarre :

  • Soit le vaccin est mauvais, et il n’y a pas de sacrifice (perdre sa vie pour quelque chose de mauvais est une malédiction, pas un sacrifice).
  • Soit le vaccin est bon, et alors il est incohérent de parler de sacrifice : on perd sa vie pour gagner sa vie ? Je mets ma vie en danger pour être à l’abri du danger ?…

D’autre part, rappelons que le sacrifice n’est pas un bien en soi, mais un moyen en vue d’une fin. Il n’est bon que si la fin est bonne et qu’il lui est proportionné. Or, nous parlons de risquer des atteintes graves et handicapantes pour un vaccin qui n’empêche pas la contamination des autres. Ceux qui ont des effets secondaires graves ou mortels ne sont pas des martyrs de la santé publique : ce sont juste des gens empoisonnés.

Quant à la « noblesse » qu’il y aurait à risquer l’empoisonnement pour le « témoignage collectif » devant les païens, je laisse les anciens parler à ce sujet:

Toutes les vertus, donc, du non régénéré, comme la chasteté de Scipion, la bravoure de Jules César, la fidélité de Romulus, la justice d’Aristide, etc.., bien que bonnes en soi et commandées par Dieu, sont néanmoins des péchés accidentels et odieuses envers Dieu, à la fois parce que les personnes qui les commettent ne lui plaisent pas, parce qu’elles ne sont pas dans un état de réconciliation, et aussi parce qu’elles ne sont pas faites de la manière et avec le dessein que Dieu demande ; c’est-à-dire, elles ne découlent pas de la foi, et ne sont pas faites pour la gloire de Dieu. Ces conditions sont si nécessaires dans toute bonne œuvre, que sans elles nos meilleures actions sont des péchés ; comme les prières, les aumônes, les sacrifices, etc. des hypocrites et des méchants sont des péchés ; car ils ne naissent pas de la foi, et ne sont pas faits par égard pour la gloire de Dieu. “Les hypocrites font leur aumône dans les synagogues et dans les rues, afin d’avoir la gloire des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense.” “Celui qui tue un boeuf, c’est comme s’il tuait un homme,” etc. (Mt 6,2 ; És 66,3)

Zacharias Ursinus, Commentaire du Catéchisme de Heidelberg, Q7

Ou bien encore, l’empereur Constantin, lors d’un sermon prononcé à Pâques:

Les doctrines [de Christ] ont instillé, non seulement la prudence, mais la sagesse véritable; ses auditeurs étaient instruits, non dans de simples vertus sociales, mais dans les voies de comportement du monde spirituel.

Constantin le Grand, Adresse aux Saints, §11

Il n’existe pas de situation où les païens puissent avoir plus de vertus que les chrétiens, même quand ils se vaccinent fort « responsablement ». Ursinus va jusqu’à dire qu’une telle action est odieuse à Dieu. Je préfère donc mépriser leurs affichages de vertus avec mes pères plutôt que de m’inquiéter de l’opinion de grands personnages destinés au feu.

Enfin, le souci de sécurité personnelle n’est pas la marque de notre décadence occidentale: c’est la marque de notre obéissance naturelle au sixième commandement (Tu ne tueras pas). En effet ce commandement nous prescrit de prendre soin de notre propre vie, et d’avoir soin de nous-mêmes. Les procédés de culpabilisation qui prennent appui sur notre peur de mourir sont donc offensants. Il revient à reprocher aux gens de vouloir appliquer la Loi de Dieu en évitant un mal, et c’est d’autant plus détestable que c’est fait au nom de la Foi.

Sur le plan politique

Le quatrième point de Samuel Laurent n’appelle pas de réfutation particulière, parce qu’il n’affirme rien de particulier. Rapidement:

Je ne vais pas me cacher derrière mes origines asiatiques. J’ai été éduqué en France dans la culture française : la question des libertés est un principe fort dans notre pays. Il est un principe fort chez moi également.

Cette phrase est rigolote : j’ai des ancêtres cosaques, je n’ai pourtant jamais eu envie de décapiter des Turcs au nom du tsar de toute les Russies. Mais ce n’est qu’une blague en passant: nous sommes tous deux d’accord que nous devons défendre les traditions politique de notre patrie actuelle, qui est la France.

Je me détache simplement de son interprétation de Jean Calvin : Ainsi que je l’ai déjà exposé dans mon article sur le pass sanitaire, la tradition réformée insiste beaucoup sur le cinquième commandement et l’obéissance aux autorités, mais les protestants (et Jean Calvin en particulier) ont aussi forgé les premières théories de la résistances aux autorités, et ont fixé leur jugement collectif sur le constitutionnalisme et l’état de droit. Je répète donc l’avis de Joab : Soyons ferme, montrons du courage pour suivre notre conscience, et que l’Éternel fasse ce qui lui semblera bon !

Quant à cette dernière phrase:

Notre but n’est pas d’instituer un royaume chrétien dans ce monde déchu, mais de trouver ceux que Dieu a appelés à rejoindre son royaume céleste.

Je réponds :

Je te donnerai les nations pour héritage, les extrémités de la terre pour possession; Tu les briseras avec une verge de fer, tu les briseras comme le vase d’un potier.

Psaume 2,8-9

J’ai une hésitation encore sur le rôle de l’Église dans la montée de cette domination. Mais je suis certain que le royaume de Dieu est appelé à se réaliser concrètement dans ce monde, y compris dans les lois et l’ordre politique.

Conclusion

Samuel a agi selon sa conscience et c’est heureux. Dans cet article, j’ai fait savoir tout aussi publiquement que lui pourquoi j’agis selon la mienne. Mon souhait est que le lecteur puisse lire l’un article et l’autre, et ainsi pouvoir lui aussi déterminer sa conscience à agir, et honorer son Dieu de la meilleure façon possible.

Etienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

4 Commentaires

  1. Romuald

    Merci Etienne ! Comme très souvent : remarquable !!
    Seul bémol pour moi, ta positon sur l’adiaphora. Pas convaincu. Je plaiderai plutôt pour l ‘interprétation de J. Ellul au sujet de la science (les provax s’abritent aisément derrière son nom) dont dit-il, on nous fait croire “que la où la lumière scientifique pénètre, on n’a plus besoin de la Révélation”. Et de répondre en disant “que la où la vie de l’ homme est en jeu, la Révélation est en jeu” (J. Ellul. Théologie et Technique. p.47).
    Nonobstant, globalement ta démonstration est tout simplement indispensable dans ce milieu évangélique, dont le zèle pour cette politique aussi incohérente que tyrannique apparaît effrayante.
    Me concernant, j’ avais écrit à TPSG (dont je salue le travail de qualité, par ailleurs) pour qu’ils publient une prise de position différente de celle de S. Laurent. Je n’ai pas obtenu satisfaction, au motif de la communion fraternelle (?!).
    Dont acte ! Hé bien ta réponse tombe à pic
    Encore merci Etienne pour ce travail.

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    • Etienne Omnès

      Merci pour ton retour. Je concède ta critique: des amis viennent de m’envoyer leurs recherches et réflexions sur l’aspect chimérique du vaccin à ARN, pile le jour où je lis un livre de Raoult qui parle de l’aspect naturellement chimérique de l’ADN. Je sens que je vais évoluer sur cette position xD

      Merci encore! N’hésite pas à le partager pour le faire connaître

      Réponse
  2. Pepscafe

    Bonjour !

    Il y a franchement plus simple, comme explication du choix de se faire vacciner, comme on peut le lire dans cet article de Myriam Widmer paru dans “Christ Seul” (un beau nom pour une publication chrétienne).

    Extraits :

    “….se faire vacciner est une des multiples façons de choisir la Vie. La vie est un don de Dieu et je fais ce que je peux pour la préserver : la mienne et celle des autres”.

    UNE INFORMATION FIABLE : À titre personnel, je me suis posé la question en début d’année : vaccin ou pas ? On ne savait pas trop… C’est la lecture de la revue Prescrire qui m’a décidée. Prescrire est une revue médicale fiable, très sérieuse, indépendante des laboratoires car financée exclusivement par ses abonnés. Ses rédacteurs étudient toujours en détail les résultats des essais cliniques avant de donner leur avis sur un nouveau médicament.

    SOLIDAIRE : En me faisant vacciner, je suis solidaire des autres car je ne suis pas un ermite qui vit en autarcie sur une île déserte.

    DEVANT DIEU : Certains chrétiens affirment : « Dieu me protège ! J’ai confiance en lui et je n’ai pas besoin du vaccin ! » Dieu me protège… et pourtant une Église sœur a été durement touchée par l’épidémie. Nos frères et sœurs ont droit à tout notre amour et notre compassion. L’épreuve qu’ils ont subie (eux et d’autres chrétiens) prouve qu’on peut être un enfant de Dieu et tomber malade quand même. Il est écrit : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu » (Dt 6.16 ; Mt 4.7). S’il existe un moyen de protection contre cette maladie contagieuse, et que je le néglige, qu’en pense Dieu ?

    Pour le développement du vaccin, je suis plutôt reconnaissante ! Merci Seigneur d’avoir conduit les chercheurs pour y arriver. Qu’est-ce qui motive le refus du vaccin ? La plupart de mes patients non vaccinés sont en fait dans la peur. Mais les chiffres montrent que le virus est bien plus dangereux que le vaccin.

    En tous cas, quel que soit notre choix au final, ne nous divisons pas !”

    Lire l’article en détail sur https://www.editions-mennonites.fr/2021/09/vaccin-contre-le-covid-quest-ce-qui-guide-mon-choix/

    Aller plus loin : (article recommandé par le CPDH) https://www.france24.com/fr/france/20210706-vrai-ou-faux-les-arguments-des-anti-vaccins-covid-19-pass%C3%A9s-au-crible + https://theconversation.com/que-repondre-a-ceux-qui-hesitent-a-se-faire-vacciner-contre-la-covid-19-153131

    Fraternellement,
    Pep’s (qui a reçu ses deux doses de Pfizer, sans effets secondaires)

    Réponse

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