Gagner malgré la défaite — Alexandre Sarran
16 janvier 2022

Alexandre Sarran est pasteur de l’Église réformée évangélique de Lyon–Gerland, associée à l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (lui-même a été ordonné dans la Presbyterian Church of America, après des études à Aix-en-Provence). Il a bien voulu nous accorder de publier une série de sept prédications sur les lettres aux Églises de l’Apocalypse (Ap 2 et 3) ; qu’il en soit vivement remercié. Cette prédication, deuxième des sept, a été donnée le 6 mai 2018.


Écris à l’ange de l’Église de Smyrne : Voici ce que dit le premier et le dernier, celui qui était mort, et qui est revenu à la vie:

Je connais ta tribulation et ta pauvreté (bien que tu sois riche), et les calomnies de la part de ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais qui sont une synagogue de Satan.

10 Ne crains pas ce que tu vas souffrir. Voici, le diable jettera quelques-uns de vous en prison, afin que vous soyez éprouvés, et vous aurez une tribulation de dix jours. Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie.

11 Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises: Celui qui vaincra n’aura pas à souffrir la seconde mort.

(Apocalypse 2,8-11)


Introduction

À quoi aura servi ma vie ? Imaginez. Je me suis marié avec la femme de mes rêves, on a le projet d’avoir des enfants et de servir Dieu ensemble, mais je viens de découvrir que j’ai une maladie dégénérative, et que dans un an je serai devenu complètement invalide. J’ai fait de grands sacrifices pour servir Dieu comme pasteur ou comme missionnaire, mais j’ai l’impression de faire du sur-place depuis plus de vingt ans ; aucun de mes espoirs ne s’est réalisé et je n’ai vu aucun fruit de mon ministère. Je suis né de parents chrétiens en Syrie, qui sont tous les deux morts assassinés par des islamistes ; j’ai pris la fuite avec mes frères et sœurs et on va sûrement mourir à notre tour de faim et de soif dans le désert.

À quoi aura servi ma vie ? Je pensais bien faire en témoignant de l’Évangile à mes collègues, mais au lieu de faire des chrétiens, je ne me suis fait que des ennemis ; on m’a accusé de faire du prosélytisme pour le compte d’une secte intégriste ; j’ai perdu mon emploi et je dois répondre de plusieurs plaintes pour incitation à la haine. Je suis accusé injustement, isolé socialement ; il ne me reste plus personne à part la poignée de chrétiens que je rencontre chaque dimanche après-midi pour le culte dans le sous-sol d’une église catholique. J’ai dû faire une erreur quelque part. Quel gâchis !

Vous avez déjà eu ce genre de pensées ? Ma vie n’est pas en train de se passer comme je l’espérais, ou comme je l’avais prévu… J’avais plein d’espoirs, plein de projets ! Mais j’ai l’impression que ma vie est en train d’être gâchée à cause d’une maladie, ou à cause d’un divorce, ou à cause d’un accident, ou même à cause de la méchanceté des autres… Et si vous n’avez jamais eu ce genre de pensées, ou si, les enfants, vous n’avez pas encore vécu assez longtemps pour avoir ce genre de pensées, sachez que votre vie est fragile ! Tout ce que vous avez peut s’effondrer et disparaître du jour au lendemain.

En tout cas l’Église de la ville de Smyrne, au premier siècle, devait avoir ce genre de pensée. Une petite communauté fragile, en proie à de grandes souffrances, qui devait bien se demander si son existence n’était pas une erreur. « Notre projet d’Église ? Ça fait longtemps qu’on n’y pense plus. On aura été d’échec en échec ! À quoi aura servi notre vie ? Comment peut-on servir Dieu et le glorifier dans de telles conditions ? » Et il se trouve que Jésus leur envoie une lettre, comme il le fait à six autres Églises dans ce passage du livre de l’Apocalypse (on a déjà vu que les sept Églises représentaient des facettes différentes de toute l’Église de toute l’histoire). Et ce que Jésus veut nous faire comprendre dans ce passage, c’est qu’il n’y a pas d’épreuve si grande qu’elle peut nous empêcher de réussir notre vie. À condition bien sûr que nous définissions la réussite… selon Dieu.

Un cas d’école

La première chose qu’il faut comprendre concernant cette Église de Smyrne, c’est à quel point elle est en souffrance. Jésus commence par lui dire : « Je connais ta tribulation ». C’est un terme qui se rapporte, étymologiquement, au fait d’être sous pression. L’idée, donc, est celle de l’oppression et de l’affliction. Mais pour mieux comprendre la situation de l’Église de Smyrne, on peut regarder tous les mots qui viennent développer cette idée d’affliction : il est question de pauvreté (v. 9), de calomnies (c’est-à-dire d’accusations mensongères, v. 9), d’attaques de Satan (v. 9-10), d’emprisonnement, d’épreuve et de mort (v. 10). Voilà les hashtags de l’Église de Smyrne.

Avec Nicolas, notre webmaster, nous réfléchissions récemment à des slogans, ou punch lines, qu’on pourrait mettre sur le site internet de notre Église. « Un cœur pour Gerland et le grand Lyon », « Des repères pour la vie », « Connectés à l’essentiel », « Trouver le repos en Dieu »… Vous voyez l’idée. Venez à l’Église Lyon Gerland, et voilà ce que vous allez y trouver. Mais sur le site internet de l’Église de Smyrne, c’est plutôt marqué : « Tribulation et pauvreté », « Souffrir pour le nom de Jésus », « Venez chez nous vous faire calomnier », « Le combat spirituel comme vous ne l’avez jamais connu », ou encore : « Les inscriptions sont ouvertes pour le prochain séjour en prison— voir Denis ou Maïlys ».

Les souffrances de cette Église sont immenses. Il faut comprendre que Smyrne est une ville extrêmement riche, une ville dont le rayonnement économique, culturel et religieux est énorme à cette époque (c’est la ville d’Izmir en Turquie aujourd’hui). Le prix de l’immobilier doit être exorbitant. À l’inverse, l’Église de Smyrne, elle, est toute pauvre ; elle a beaucoup de mal à subsister. En plus, elle se fait accuser injustement par les Juifs, qui sont les premiers concernés par le message de l’Évangile (puisque Jésus est venu comme messie des Juifs) ; mais ce sont eux qui rejettent, ici, avec le plus de violence cette bonne nouvelle. Comme ça doit être décourageant pour les chrétiens !

L’Église de Smyrne se réunit peut-être dans un sous-sol du 7e arrondissement de Smyrne ; tout autour d’eux, des grands projets immobiliers, un commerce foisonnant, une méga-church dédiée à Cybèle, la déesse-mère, une autre à Zeus (et je ne vous dirai pas à quoi ressemblait le culte dans ces lieux — à cause de la présence des enfants dans la salle !) ; il y a aussi la synagogue historique. « Ils ont de la chance les Juifs, ils ont un local pour leur culte. Nous les chrétiens, on est moins que rien. Et comme s’il ne suffisait pas qu’on soit pauvres, en plus on est calomniés et persécutés ! » Le comble, c’est que les chrétiens de Smyrne apprennent même une mauvaise nouvelle à travers la lettre qu’ils reçoivent de Jésus. « Hé ! On a reçu une lettre de Jésus ! ‘Voici que le diable va jeter quelques-uns d’entre vous en prison, afin que vous soyez éprouvés, et vous aurez une tribulation de dix jours !’ » (v. 10)

Bon, vous avez compris l’idée. On a un cas d’école, ici, de tribulation. Et les questions que doivent se poser les chrétiens de Smyrne sont celles que nous nous posons nous aussi quand on se dit : « Mais qu’est-ce que Dieu est en train de faire ? D’un claquement de doigts, il peut nous délivrer. Il peut remplir cette église de nouveaux convertis. Il peut nous donner des sous et un super local dans le 7e arrondissement de Smyrne, ou de Lyon. Il peut me guérir de ma maladie. Il peut changer le cœur de mon conjoint, ou de mes enfants, ou de mes parents. Il peut me donner un travail. Il peut faire disparaître Boko Haram ou Daesh. Il peut convertir Kim Jong-Un (chef suprême de la Corée du Nord). Qu’est-ce qu’il attend ? » Eh bien, regardons justement ce que dit Jésus à ces chrétiens qui sont en proie à l’affliction.

« Ne crains pas »

Deux choses. La première : « Ne crains pas ». Ne crains pas ce que tu vas souffrir. C’est le verbe φοβεῖν, « avoir peur », qui a donné le mot « phobie » en français. Que tes souffrances, que tes afflictions, ne te fassent pas peur. Comment ça ? Eh bien tout d’abord, parce que Jésus les connaît. Il connaît ta tribulation. Il est au courant, il voit tout, rien ne lui échappe, il est Dieu ! Mais en plus, Jésus est personnellement intéressé par son Église. Il est celui qui marche au milieu des sept chandeliers (Ap 1,12-13), c’est-à-dire qu’il est au plus près de son Église, de la communauté des croyants.

Jésus connaît nos souffrances. Mais il ne les « connaît » pas simplement comme on connaît quelque chose parce qu’on en a entendu parler à la radio, ou parce qu’on a lu un article ou un reportage dans le journal. Vous et moi, nous pourrions écrire une lettre à Robert Ménard, le maire de Béziers qui s’est fait bousculer à terre hier par des militants de gauche, et lui dire : « Robert, je connais tes souffrances. J’ai vu à la TV la façon dont tu as été bousculé. » Mais ce n’est pas comme ça que Jésus connaît nos souffrances. Il connaît nos souffrances, plutôt comme un mari qui reste nuit et jour au chevet de sa femme en phase terminale de sa maladie. « Je connais tes souffrances, je suis là, ne crains pas. »

Jésus connaît nos souffrances comme quelqu’un qui sait tout, qui comprend parfaitement, qui nous aime intensément, et en plus, qui a lui-même aussi connu nos souffrances. « Voici ce que dit… celui qui était mort » (v. 8). Jésus est passé par là. « L’homme de douleur, habitué à la souffrance » (És 53,3), a sacrifié ses propres intérêts, il s’est dépouillé, il a pris « la condition d’esclave » (Ph 2,7), il a vécu dans la pauvreté, il a été tenté par le diable en personne, il a été méprisé, abandonné, humilié, injustement accusé, arrêté, abusé, torturé, et mis à mort d’une manière particulièrement horrible. Il a même souffert d’une manière dont nous n’aurons jamais à souffrir, puisqu’il a été frappé dans son âme de toute la force du jugement de Dieu qui devait s’abattre sur nous à cause de nos fautes. Il s’est substitué à nous, pour qu’on n’ait jamais à souffrir comme ça (alors que ça aurait été parfaitement mérité pour nous).

Et c’est lui qui te dit : « Je connais ta tribulation et ta pauvreté ». Dans tes souffrances, tu es en bonne compagnie. Qu’elles ne te fassent pas peur. Jésus est avec toi, si tu es chrétien. Mais que tes souffrances ne te fassent pas peur, aussi, parce que « celui qui était mort […] est revenu à la vie » ! Si tu es attaché à lui par la foi, si tu l’aimes de tout ton cœur, si tu t’appuies sur lui, si tu te confies en lui, il te fait entrer au bénéfice de sa victoire sur le mal et sur la mort, et tu deviens le sujet d’une espérance indestructible ! Ça veut dire que malgré toutes les déceptions, toutes les maladies, tous les accidents, tous les conflits, toutes les infirmités, toutes les épreuves, toutes les persécutions, toute ta pauvreté, tous tes échecs, tous tes péchés, un jour, tu vas ressusciter avec un corps parfait, toute tristesse sera parfaitement consolée, et tu vas vivre éternellement dans la plénitude et la joie du paradis, en présence de Dieu.

C’est la raison pour laquelle Jésus fait cette promesse aux chrétiens de Smyrne, à ceux qui sont attachés à Jésus dans leur cœur : « Le vainqueur ne sera point touché par la seconde mort. » (v. 11) La « seconde mort », c’est le châtiment de Dieu à l’encontre de nos fautes (de nos péchés, Ap 20,14-15). Jésus avait dit à ses disciples : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt 10,28). Et ici : « Ne crains pas ce que tu vas souffrir » ; ne crains même pas ce que le diable va te faire ! Parce que, comme le dit l’apôtre Paul : « ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en-haut, ni ceux d’en-bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur. » (Rm 8,38-39)

Donc : « Ne crains pas. » Ta situation va aller de mal en pire. Mais la victoire finale, elle est déjà acquise. Si tu es chrétien, tu as en main les meilleurs atouts du jeu. Même si tu perds quelques plis, tu ne peux pas perdre la partie ! Le jour de la victoire sera aussi le jour des réponses, et tu verras qu’il « n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui sera révélée pour nous. » (Rm 8,18)

« Sois fidèle »

Mais Jésus dit autre chose à ces chrétiens de Smyrne qui sont en proie à l’affliction. « Sois fidèle. » « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. » (v. 10) Ce que dit Jésus est très frappant ici, parce qu’il semble sous-entendre que les smyrniotes vont souffrir jusqu’à la mort. Jésus ne leur annonce pas de délivrance ici-bas, même si les « dix jours » de tribulation laissent entendre qu’il y aura une fin à cette épreuve en particulier. Mais ce qui est sûr, c’est que Jésus n’annonce pas explicitement de consolation aux chrétiens de Smyrne sur la terre. Il les exhorte au contraire à être fidèle « jusqu’à la mort », comme s’ils devaient, au moins, être prêts à souffrir jusqu’à ce qu’ils quittent ce monde !

Et qu’est-ce qui doit les encourager ? Jésus leur promet « la couronne de vie ». Cette expression ne désigne pas simplement la vie éternelle, mais c’est l’idée d’un trophée. C’est le prix d’une course qu’on a remportée. C’est la récompense pour un travail achevé. C’est un diplôme ou une décoration. On va à la fac pendant trois, quatre ans, et si on a travaillé correctement, et si on réussit aux examens et qu’on remplit les conditions prévues par la fac, on obtient sa licence ou son master. C’est le « couronnement » du travail accompli.

Et qu’est-ce que Jésus promet de « couronner » dans ce passage ? La fidélité jusque dans la mort. La couronne de vie n’est pas pour celui qui aura conduit des campagnes d’évangélisation spectaculaires, ni pour celui qui aura publié une douzaine de livres de théologie, ni pour celui qui aura réussi à transmettre la foi à ses six enfants et à ses soixante-quinze petits-enfants — même si toutes ces choses sont super ! Mais la couronne de vie est pour celui qui est fidèle… jusque dans la mort. Celui qui reste attaché à Jésus et qui ne se lasse pas de faire ce que Jésus lui demande, en toutes circonstances.

Ce que Jésus veut qu’on comprenne, ici, c’est que nous ne sommes pas appelés à faire des trucs extraordinaires à nos yeux ; nous ne sommes pas appelés à être riches, forts, puissants selon les hommes, ni même en bonne santé ; nous ne sommes pas appelés à réussir l’implantation de notre Église, à réussir l’évangélisation de notre quartier, à réussir notre carrière professionnelle ou nos aspirations conjugales ou familiales… Nous sommes appelés à être fidèles. Nous serons couronnés dans l’éternité, et ce ne sera pas pour la réussite de notre vie au sens où nous l’entendons, mais ce sera pour la réussite de notre vie au sens où Dieu l’entend. Et ce qu’il attend de nous c’est notre fidélité, quelles que soient les circonstances, faciles ou difficiles, qu’il nous fait traverser.

« Heureux l’homme qui endure l’épreuve ; car après avoir été mis à l’épreuve, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment » (Jc 1,12). Notez bien : « à ceux qui l’aiment », et non pas : « à ceux qui portent plein de fruits spectaculaires à la gloire de Dieu ». C’était aussi la ferme conviction de l’apôtre Paul, dont la vie finit en eau de boudin dans une prison, et c’est depuis sa cellule qu’il écrit : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m’est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera en ce Jour-là, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé son apparition. » (2 Tm 4,8)

« Alors, Église de Smyrne : tu souffres, tu es persécutée, tu es calomniée, tu es pauvre aux yeux des hommes (et pourtant tu es riche à mes yeux). Le diable, il t’a dans son collimateur, et ta situation va même empirer. Tu vas peut-être perdre ton pasteur, perdre des membres solides de la communauté. Peut-être que tu vas disparaître. Mais sois fidèle jusqu’à la mort. Parce que c’est là tout ton appel. M’aimer, me servir et m’honorer jusqu’au bout. »

L’apôtre Jean, qui a écrit ce texte, avait parmi ses amis un jeune homme du nom de Polycarpe. Il était né en l’an 69, donc en fonction de la datation de ce texte (qui est incertaine), il était peut-être un jeune homme au moment où Jean a reçu cette révélation. Polycarpe a été instruit dans la foi par l’apôtre Jean, et un jour, vers l’an 100, Jean l’a nommé évêque (pasteur, responsable) de l’Église… de Smyrne, qui était sa ville natale. À Smyrne, Polycarpe a exercé fidèlement son ministère. Il a combattu des hérésies, notamment les idées de Marcion qui disait que le Dieu de l’Ancien Testament était un méchant Dieu, contrairement au Dieu de Jésus-Christ !

Polycarpe est resté fidèle à Jésus, dans des circonstances difficiles. Parvenu à un âge avancé, il a été arrêté et il a été emmené à Rome pour être forcé à renier la foi. L’Église de Smyrne a écrit une lettre pour raconter ce qui s’est passé. « Le proconsul le fit comparaître devant lui et lui demanda s’il était Polycarpe. « Oui », répondit celui-ci. Alors il essaya de le faire abjurer. […] « Jure donc et je te libère, maudis le Christ ! » Polycarpe répondit : « Si tu t’imagines que je vais jurer par la fortune de César, comme tu dis, en feignant d’ignorer ce que je suis, écoute-le donc une bonne fois : je suis chrétien. Voilà quatre-vingt six ans que je le sers et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je insulter mon roi et mon sauveur ? […] Tu me menaces d’un feu qui brûle une heure, puis s’éteint rapidement. Tu ignores donc le feu du jugement à venir et du châtiment éternel gardé pour les impies. »

Si je vous raconte ça, c’est pour vous montrer comment Polycarpe de Smyrne a pris à cœur l’exhortation de Jésus dans cette lettre, et comment il n’a pas « craint ce qu’il allait souffrir », et comment il a été « fidèle jusqu’à la mort ». Je vous raconte ça aussi parce que Polycarpe a lui-même connu un jeune homme, qu’il a instruit dans la foi et qu’il a formé pour le ministère. Son nom : Irénée. Lui aussi un natif de Smyrne, il a grandi dans cette église, avant d’être nommé évêque… de Lyon, en l’an 177, lorsque le premier évêque de Lyon, saint Pothin, est mort en martyr. « Irénée, on a une bonne nouvelle pour toi. Tu vas récupérer le poste de quelqu’un qui a été assassiné à cause de son travail. » Mais à son tour, saint Irénée de Lyon n’a pas « craint ce qu’il allait souffrir », et il est resté fidèle jusqu’à sa mort en martyr à Lyon, en l’an 202 environ.

Conclusion

Bref. Tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire qu’il n’y a pas d’épreuve si grande qu’elle peut nous empêcher de réussir notre vie. À condition bien sûr que nous définissions la réussite… selon Dieu. Moi, je voulais me marier, je voulais avoir des enfants, je voulais écrire un livre ou enregistrer un CD, je voulais évangéliser la ville de Lyon et faire une douzaine de nouvelles Églises, je voulais gravir l’Everest, je voulais devenir footballeur professionnel, je voulais devenir millionnaire… J’aurais voulu faire plein de choses pour Dieu ! Mais j’ai l’impression que ma vie part en vrille. J’ai tout raté. Je n’accomplirai rien d’extraordinaire. J’ai gâché ma chance. En plus on m’attaque, on me déteste, on cherche à me faire du mal. Même le fait d’être chrétien ne m’a rien apporté ici-bas. À quoi aura servi ma vie ?

Eh bien vous avez vu dans le texte, cette pauvre Église de Smyrne, affligée de toute part, dont la situation ne va aller que de mal en pire. Si seulement Jésus lui disait : « Sois fidèle… jusqu’à la semaine prochaine, où je vais te combler de bénédictions, te donner un super local et convertir tes ennemis ! » Mais il lui dit plutôt : « Sois fidèle jusqu’à la mort ». Mais saviez-vous que l’Église de Smyrne est une des deux seules Églises, parmi les sept, auxquelles Jésus ne fait aucun reproche ? Ces chrétiens ont la pleine approbation de Jésus. Ils font sa joie. Ils sont là où il les veut. Et rien n’est plus important pour des chrétiens que cela !


Illustration : Alexandre-Gabriel Decamps, Le Mouillage de Smyrne, huile sur toile, vers 1847 (Londres, Wallace Collection).

Arthur Laisis

Linguiste, professeur de lettres, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

1 Commentaire

  1. Razana Ilan

    Amen !

    Réponse

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