De la Cène — Discipline des Églises réformées de France
22 février 2022

Nous avons déjà présenté l’idée de cette série dans un article précédent : vulgariser le contenu des lois canoniques des Églises réformées de France, que l’on appelle la Discipline. En effet, à Privas en 1612, les pasteurs ont juré de vivre et mourir fidèles non seulement à la confession de foi, mais aussi à ces lois. Outre l’intérêt historique, elles sont aussi un exemple de la manière avec laquelle a été bâtie une Église de dimension nationale fidèle à l’Évangile, et témoignent de la doctrine de l’Église réformée. Cette semaine, nous abordons les lois concernant la Cène, le sacrement au cœur de notre culte.


De la Cène

Le premier article du chapitre 12 de la Discipline dit qu’il n’y a pas d’Église sans Cène. Les anciens et pasteurs la prennent en premier, avant de la distribuer au peuple. L’innovation liturgique est interdite : toutes les Églises doivent la prendre de la même façon, sans rien changer.

En ce qui concerne la première communion, on ne reçoit pas les enfants avant l’âge de douze ans. Après, c’est laissé à la discrétion du pasteur.

Du profil des personnes admises

  • Le clergé romain n’est pas admis à la Cène sans confession publique et repentance.
  • Ceux qui touchent des revenus de propriété ecclésiastiques romaines ne sont pas reçus à la Cène. Cependant, si cet argent sert à l’entretien du culte ou des écoles réformées, alors on admet le membre à la Cène.
  • Il est interdit d’admettre ceux qui entretiennent le culte romain, nourrissent les catholiques, et sont subventionnés par le pape. Ils sont même exclus des charges de l’Église.
  • Nul étranger à l’Église locale n’est admis à la Cène sans témoignage de son pasteur ou d’un ancien.
  • Les pirates doivent d’abord rendre l’argent de leur butin et montrer leur repentance avant de prendre la Cène. C’est une vraie situation rencontrée par l’Église de Marennes, dans la Saintonge.
  • Les sourds-muets sont admis à la Cène pour peu qu’ils montrent des signes de piété et de sainte vie ; ils seront vraiment enseignés de Dieu.

De la distribution

On peut se contenter de donner le pain uniquement, si la personne a une objection à boire du vin, tant que ce n’est pas fait par mépris du sacrement. Les paroles prononcées lors de la distribution sont libres, tant qu’elles sont édifiantes.

Seuls les pasteurs doivent distribuer la coupe. Il faut tout de même avoir un peu de bon sens dans l’ordre et faire attention à ne pas la donner aux malades en premier, si bien que ceux qui suivent derrière ont peur de la prendre ensuite. En 1579, on avait suffisamment compris le mécanisme de contagion, et l’on ne demandait pas pour autant des petits godets individuels.

En ce qui concerne l’assistance : ceux qui refusent la Cène depuis longtemps par mépris ou peur de devoir renoncer au catholicisme seront excommuniés. Mais si c’est par infirmité, alors on pourra supporter quelque temps. Ceux qui ne viennent aux assemblées que le jour de la Cène seront repris en public. Enfin, on ne peut écouter la prédication à une Église et prendre le sacrement à une autre. Nous ne devons avoir qu’une seule assemblée.

Au synode de Paris en 1565, on établit que la Cène sera célébrée une fois par trimestre. Une ouverture est laissée si l’on veut la faire plus souvent, tant qu’elle reste édifiante. Mais les Églises qui osent le faire sont souvent priées de s’aligner sur l’usage national.

Je finis par une question de sacramentologie réformée, traitée par un synode français : vu que l’on accepte la validité des baptêmes faits par des prêtres catholiques, la Cène distribuée par eux est-elle valide ? Réponse : Il y a une différence, vu que celui qui reçoit la Cène est assez âgé pour rejeter ce qu’il y a d’impur en son ministère, ce que ne peut faire le petit enfant au baptême ; partant de là, il n’est aucunement loisible de recevoir la Cène d’un tel homme.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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Les promesses de mariage se feront devant témoin (parents, amis, voisins), en invoquant le nom de Dieu. Les promesses satisfaisant les conditions d’âge, de compétence et de publicité sont indissolubles. La présence des pasteurs est facultative, ce qui est cohérent avec le fait que le mariage n’est pas un sacrement chez les réformés.

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Le baptême ne peut être administré que par un pasteur ou quelqu’un qui en a une commission. Dès le seizième siècle, le baptême administré par celui qui n’a aucune vocation ni commission est considéré comme nul. Dans le contexte d’alors, cela signifiait que l’on acceptait les baptêmes faits par des prêtres catholiques, mais qu’on rejetait ceux qui étaient faits par des moines, des proposants [élèves pasteurs] ou simples particuliers. Détail amusant : la plupart des gens au début du dix-septième siècle arrivaient jusqu’à la vieillesse sans autre baptême que celui qui était fait par les sages-femmes, considéré comme nul, ce qui a posé un problème particulier au synode de la Rochelle 1607. Par ailleurs, il ne suffit pas d’être docteur: c’est bien le statut de pasteur qui permet d’administrer les sacrements, et celui-là seul.

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