Théodore de Bèze, poète-réformateur – Samara Geske
8 mars 2022

Samara Geske est docteur en littérature française de l’université de São Paulo au Brésil. Elle réside à Marseille avec son mari André, missionnaire au service des Églises protestantes réformées évangéliques de France. Ses traductions portugaises de l’Abraham sacrifiant de Théodore de Bèze et de la Comédie du pape malade de Conrad Badius sont à paraître au Brésil. En octobre 2021, elle a publié sur son blog personnel en portugais une recension d’une biographie littéraire de Théodore de Bèze, que nous vous présentons ici en traduction française.


Connu pour être le grand continuateur de Calvin, le réformateur Théodore de Bèze, bien avant de devenir théologien, composait des vers. En effet, pour les hommes du XVIe siècle, de Bèze fut avant tout un poète, tout autant qu’il est pour nous aujourd’hui avant tout un réformateur, et ensuite seulement un poète. « Poète et théologien », voilà le sous-titre choisi par Alain Dufour, auteur d’une biographie sur le réformateur, qui nous suggère aussi l’épithète « poète-réformateur » (p. 11), avec un trait d’union pour marquer que ces deux activités ne furent pas contiguës, mais interdépendantes, comme nous allons le voir.

Théodore de Bèze, poète et théologien

Il faut savoir que dans sa jeunesse, de Bèze n’était « que » poète, comme en témoigne un recueil de vers latins intitulé Poemata (1548), connu aussi sous le nom de Juvenilia1. Ces poèmes de jeunesse en latin comportaient des vers lascifs ; le réformateur le reconnaîtra plus tard et s’en repentira publiquement dans la préface d’Abraham sacrifiant :

Je confesse que de mon naturel j’ai toujours pris plaisir à la poésie, et ne m’en puis encore repentir ; mais bien ai-je regret d’avoir employé ce peu de grâce que Dieu m’a donné en cet endroit, en choses desquelles la seule souvenance me fait maintenant rougir.

Mais ses adversaires utilisent ce poème pour l’attaquer (en 1550, nous indique Dufour2, ses adversaires republient trois éditions pirates du texte). Cette double facette de Théodore de Bèze fut décrite par Michel de Montaigne, son contemporain, dans De la vanité, dans les termes suivants :

J’ay veu en ma jeunesse un galant homme presenter d’une main au peuple des vers excellens et en beauté et en desbordement, et de l’autre main en mesme instant la plus quereleuse reformation theologienne de quoy le monde se soit desjeuné il y a long temps.

Essais, III,IX.

La Réforme n’était toutefois pas absente dans l’éducation de de Bèze, bien que sa conversion n’eût lieu que quelques années plus tard. Son professeur Melchior Wolmar, auquel de Bèze avait été confié à l’âge de neuf ans, l’introduisit à la lecture de la Bible et à son interprétation protestante (Wolmar était luthérien et ami de Mélanchthon).

En ce qui concerne ses jeunes années, le chercheur Henri Meylan a trouvé des poèmes inédits que de Bèze n’avait pas inclus dans les Poemata. Ils se trouvent dans un manuscrit acquis par la bibliothèque d’Orléans en 1938 et sont en majorité des poèmes religieux au sujet du Jugement dernier. À la fin d’un des poèmes, Jésus vient séparer les élus des réprouvés, mais il ne s’agit pas encore de la doctrine de la double prédestination, étant donné qu’au début du poème, l’homme est présenté comme forgeant son destin de ses propres mains :

Les hommes possèdent deux manières de vivre, et le Père tout-puissant n’incline pas le cœur des mortels de manière identique : les uns apprécient le bien, la dévotion et la foi, et les autres le mal, le parjure.

(Retraduction personnelle du portugais.)

Meylan conclut qu’à cette époque, la compréhension de de Bèze était beaucoup plus proche du De libero arbitrio d’Érasme que du De servo arbitrio de Luther.

Ensuite eut lieu sa conversion, dont il raconte l’histoire dans la préface à l’édition latine de sa confession de foi de 1560 :

Quand je ne figurais ni au dernier rang des hommes pieux de Paris, ni des moins habiles en lettres, Satan me tendait, en plus de tous les obstacles que j’ai déjà mentionnés, un triple piège : la volupté — les attraits qui sont les plus grands dans cette Cité — ; la douce gloriole (et je n’en avais pas peu) que je tirais surtout de l’édition de mes Épigrammes, sanctionnée par la bonne opinion de Marc-Antoine Flaminio lui-même, très savant poète italien ; et l’espoir enfin des plus grands honneurs qui me semblaient accessibles, auxquels m’invitaient mes amis de la Cour, et auxquels mon père et mon oncle ne cessaient de m’exhorter. Mais c’est Dieu lui-même qui m’a fait échapper à ces dangers.

(traduction personnelle3.)

Comme nous le voyons, de Bèze était assez conscient de ses talents littéraires et du futur prometteur que les lettres auraient pu lui offrir. Mais lui serait-il possible désormais de conjuguer sa foi et son talent ?

Après sa conversion en France, de Bèze se réfugia à Genève et devint ensuite professeur de grec à l’académie de Lausanne en 1549. À ce moment-là, il n’était rien d’autre qu’« un poète néo-latin et helléniste ». C’est en fréquentant Calvin, Viret et tous leurs compagnons, futurs pasteurs — c’est-à-dire, immergé dans un milieu profondément théologique — que de Bèze, jusque là poète, se mit à allier avec brio les lettres et la théologie. C’est au premier chef Calvin qui lui conseilla de servir l’Église avec son talent de poète, en continuant la traduction versifiée des psaumes qui avait été entreprise par Clément Marot.

Melchior Wolmar (1497–1560).

Nous devons nous souvenir que le même Calvin s’était risqué à composer des vers latins (traduits ensuite en français et publiés par Conrad Badius) ; son Chant de victoire chanté à Jésus-Christ en vers latins se terminait par un appel aux « vrais » poètes pour qu’ils consacrassent leur vers à louer Dieu :

Mais vous gentils esprits, poètes vénérables,
Qui savez faire vers doctes et délectables,
Chantez le los4, chantez, du triomphe du Christ,
Et ses excellents faits rédigez par écrit :
Car son petit troupeau de célébrer s’efforce
En hymnes et chansons la grandeur de sa force.

Dans le quatrain final, Calvin reconnaît qu’il n’est qu’un poète amateur, mais que son cœur fervent le pousse aussi à s’exprimer par le truchement de la poésie :

Nature ne m’a fait de bien dire la grâce,
Mais mon zèle fervent m’a incité le cœur
À chanter les hauts faits de Christ seul roi vainqueur
Et me suffit des grands suivre de loin la trace.

Théodore de Bèze vint donc à bout de la traduction des 101 psaumes restants entre les années 1551 et 1562. Ses traductions, comparées à celles de Marot, furent beaucoup critiquées, on relevait surtout la supériorité du style de ce dernier. La simplicité apparente de Théodore de Bèze n’était pas cependant un manque de style, mais un effet sciemment recherché. Il souhaitait se distancier à tout prix non seulement des thèmes, mais aussi du style préconisé par la poésie érudite de la Pléïade. En lieu de quoi il proposait une « poésie simple et pieuse ». Dans la préface sus-citée à l’Abraham sacrifiant, publié en 1550, il écrivait :

À la vérité, il leur serait mieux séant de chanter un cantique à Dieu, que de pétrarquiser un sonnet et faire l’amoureux transi, digne d’avoir un chaperon à sonnettes, ou de contrefaire ces fureurs poétiques à l’antique, pour distiller la gloire de ce monde et immortaliser celui-ci ou celle-là ; choses qui font confesser au lecteur que les auteurs d’icelles n’ont pas seulement monté en leur mont de Parnasse, mais sont parvenus jusqu’au cercle de la Lune.

Pour citer le bon résumé de Dufour : « Toute la préface est une invitation à cultiver une poésie religieuse à la gloire de Dieu, dans un style volontairement simple, plus grandiose, poignant, convenant à la méditation chrétienne5. »

C’est ce style nouveau qui ouvrira la voie à « l’âge d’or du calvinisme français » qui vit naître les poètes Jean de Sponde, Agrippa d’Aubigné et Guillaume du Bartas.

Couverture d’Abraham sacrifiant. Tragedie françoise, Genève : Jean Crespin [pour Pierre Juglier], 1561.

C’est ce style sans fioritures qui sera utilisé pour la composition du drame Abraham sacrifiant en 1550, destiné à être donné dans le cadre de la formation des élèves de l’académie de Lausanne. Comme l’indique le sous-titre choisi par de Bèze, il s’agit de la première tragédie en langue française. Dans la préface à la tragédie qui a pour argument le chapitre 22 de la Genèse, de Bèze se justifie d’avoir écrit une telle œuvre dans les termes suivants :

Lisant donc ces histoires saintes avec un merveilleux plaisir et singulier profit, il m’est pris un désir de m’exercer à écrire en vers, tels arguments, non seulement pour les mieux considérer et retenir, mais aussi pour louer Dieu en toutes sortes à moi possibles.

De Bèze consacre ainsi ses talents de poète au service de sa foi, comprise comme une « conversion poétique », ce qui se passera d’ailleurs avec d’autres poètes français de son temps :

Je confesse que de mon naturel j’ai toujours pris plaisir à la poésie, et ne m’en puis encore repentir ; mais bien ai-je regret d’avoir employé ce peu de grâce que Dieu m’a donné en cet endroit, en choses desquelles la seule souvenance me fait maintenant rougir. […] Que plût à Dieu que tant de bons esprits que je connais en France, en lieu de s’amuser à ces malheureuses inventions ou imitations de fantaisies vaines et deshonnêtes (si on en veut juger à la vérité) regardassent plutôt à magnifier la bonté de ce grand Dieu, duquel ils ont reçu tant de grâces, qu’à flatter leurs idoles, c’est-à-dire, leurs seigneurs ou leurs dames, qu’ils entretiennent en leurs vices par leurs fictions et flatteries. À la vérité, il leur serait mieux séant de chanter un cantique à Dieu, que de pétrarquiser un sonnet […].

Toujours dans cette même préface, il évoque le souvenir de son exil hors de France jusqu’à Lausanne, en raison des persécuations contre les protestants.

On remarquera qu’au début de sa pièce, il rappelle avec insistance qu’Abraham lui aussi dut quitter le pays « où Dieu n’était pas adoré ». C’était la situation de nombreux Français qui durent quitter leur patrie, leurs familles et leurs biens pour rendre un culte à Dieu librement.

Les réfugiés qui assistaient à la représentation de la pièce pouvaient certainement se reconnaître dans ces versets du prologue de la tragédie, dans lesquels Abraham rappelle son histoire :

Là j’ai vécu septante-et-cinq années,
Suivant le cours de tes prédestinées,
Qui ont voulu que prinsse ma naissance
D’une maison riche par suffisance
Mais quel bien peut l’homme de bien avoir,
S’il est contraint, contraint (dis-je) de voir,
En lieu de toi, qui terre et cieux as faits,
Craindre et servir mille dieux contrefaits ?
Or donc sortir tu me fis de ces lieux,
Laisser mes biens, mes parents et leurs dieux,
Incontinent que j’eus ouï ta voix.
Même tu sais que point je ne savois
En quel endroit tu me voulois conduire :
Mais qui te suit, mon Dieu, il peut bien dire,
Qu’il va tout droit, et tenant cette voie,
Craindre ne doit que jamais il fourvoie.

Une autre caractéristique particulièrement intéressante de cette tragédie est que, dans le prologue, de Bèze transporte ses spectateurs de Lausanne pour ainsi dire au sein du texte biblique de Genèse 226:

Or doncques peuple, écoute un bien grand cas,
Tu penses être au lieu où tu n’es pas.
Plus n’est ici Lausanne, elle est bien loin ;
Mais toutesfois quand il sera besoin,
Chacun pourra, voire dedans une heure,
Sans nul danger retrouver sa demeure.
Maintenant donc ici est le pays
Des Philistins. Êtes-vous ébahis ?
Je dis bien plus, voyez-vous bien ce lieu ?
C’est la maison d’un serviteur de Dieu,
Dit Abraham, celui-même duquel
Par vive foi le nom est immortel.
En cet endroit vous le verrez tenté,
Et jusqu’au vif atteint et tourmenté.
Vous le verrez par foi justifié,
Son fils Isaac quasi sacrifié.
Bref, vous verrez étranges passions,
La chair, le monde, et ses affections
Non seulement au vif représentées,
Mais qui plus est, par la foi surmontées.
Et qu’ainsi soit, maint loyal personnage
En donnera bientôt bon témoignage,
Bientôt verrez Abraham et Sarah,
Et tôt après Isaac sortira :
Ne sont-ils pas témoins très véritables ?
Qui veut donc voir choses tant admirables,
Nous le prions seulement d’écouter,
Et ce qu’il a d’oreilles nous prêter,
Étant tout sûr qu’il entendra merveilles,
Et puis après lui rendrons ses oreilles.

Mais à côté de cette verve poétique et d’inspiration profondément biblique, nous trouvons une verve satirique et toute théologique, dont l’objectif est de combattre les détracteurs, catholiques surtout, de la Réforme.

C’est dans ce but que de Bèze publie un pamphlet en style macaronique, l’Epistola magistri Benedicti Passavantii, écrite contre Pierre Lizet, abbé de Saint-Victor.

Dans un style qui rappelle beaucoup le Pantagruel de Rabelais, le pamphlet conte l’histoire de Lizet, qui va jusqu’à Genève pour espionner les hérétiques en se faisant passer pour protestant. Invité à dîner, il est interrogé sur les nouvelles de Paris, et se met à parler du livre qu’il avait publié ; au cours de la conversation, ses arguments sont réfutés l’un après l’autre. Au fil des pages, on trouve aussi diverses satires de Lizet et d’autres docteurs sorbonicoles, sans oublier bien sûr du pape, qui reçoit le livre de l’abbé, et le prend avec lui pour le lire aux toilettes. Mais le style en est si mauvais qu’il utilise le livre pour se torcher et « raye le Saint-Siège », avec un habile jeu de mot (siège désignant à la fois le trône et les fesses)7.

C’est dans ce pamphlet satirique que de Bèze se montre théologien. Son biographe énumère certains éléments de doctrine qui peuvent y être clairement observés : la définition des marques de l’Église (sur lesquelles de Bèze a écrit un traité en 1578), la distinction entre tradition et doctrine, la théorie de la justification et de la sanctification, la définition de la loi cérémonielle (un thème qui sera repris dans un traité de 1577) et enfin le principe d’interprétation de l’Écriture par l’Écriture (p. 31).

Couverture du Novum Jesu Christi Testamentum græce et latine, Theodore Beza interprete, Genève, Jérémy des Planches, 1590 (quatrième édition ; lire en ligne).

Ses travaux suivants seront la traduction latine du Nouveau Testament, augmentée de divers commentaires, philologiques dans certaines éditions, exégétiques et théologiques dans d’autres. En 1555, il publie la Table de la prédestination afin d’expliquer la doctrine de l’élection et de la damnation éternelles.

En 1559, de Bèze publia une confession de foi en sept points, mais qui ressemble à vrai dire plutôt à un catéchisme et un sommaire de l’Institution de Calvin. Dans la préface à l’édition latine, dédiée à son maître Volmar, de Bèze rédige une sorte d’autobiographie où il raconte sa conversion. Dans la préface à l’édition française, de Bèze explicite les raisons qui l’ont amené à écrire sa confession : expliquer les raisons de sa foi à son père, qui demeurait catholique. Toujours dans sa préface, notre poète réformateur attire notre attention sur un fait nouveau : l’Écriture, traduite en français, est désormais à la portée de tous.

Ceux qui ne vivent que de trafic qu’ils font des âmes d’autrui ont persuadé au pauvre peuple qu’il n’était [pas] besoin qu’il lût les Écritûres, ni qu’il s’enquît de point en point de ce qu’il faut croire à salut ; mais qu’il suffisait de croire en confus et en général ce que l’Église romaine croit, en se rapportant du surplus aux théologiens, ou à la conscience de leurs curés.

Ceux qui pensent à tort que les réformateurs furent des iconoclastes féroces qui se prirent à tous les types d’images seront surpris de constater que la version latine de cette confession de foi s’ouvre avec un emblème religieux. Sur la page qui lui fait face, la Religion présente ses attributs dans un dialogue en vers :

Image de la Religion vraiment évangélique, exprimée par des vers.

Quænam age tam lacero vestita incedis amictu ?
RELLIGIO
[sic], summi vera Patris seboles.
Cur vestis tam vilis ? opes consemno caducas.
Quis liber hic ? Patris Lex veneranda mei.
Cur nudum pectu ? decet hoc candoris amicam.
Cur innixa cruci ? Crux mihi grata quies.
Cur alata ? homines doceo super astra volare.
Cur radians ? mentis discutio tenebras.
Quid docet hoc frænum ? mentis cohibere furores.
Cur tibi mors premitur ? mors quia mortis ego.


Pourquoi portez-vous des vêtements en lambeaux,
Ô Religion, vraie fille du Père céleste ?
Pourquoi de si misérables habits ? — Je méprise les richesses passagères.
Quel est donc ce livre ? — C’est la loi vénérable de mon Père.
Pourquoi ce buste nu ? — Cela sied à qui aime la candeur.
Pourquoi s’appuyer sur une croix ? — La croix est pour moi un doux repos.
Pourquoi ces ailes ? — J’apprends aux hommes à voler au-dessus des astres.
Pourquoi ces rayons ? — Je chasse les ténèbres de l’esprit.
À quoi sert ce frein ? — À freiner les fureurs de l’esprit.
Pourquoi la mort est-elle à vos pieds ? Parce que je suis la mort de la mort.

Le recours aux images se constate également dans des œuvres d’importance moindre : les Icônes et les Emblèmes de 1580. Les Icônes sont justement un livre qui fait le portrait d’hommes ayant contribué à la réforme de l’Église, avec une brève biographie de chacun et des vers latins. Le livre fut traduit en français par Simon Goulart. Cette publication, comme on peut l’imaginer, ne manqua pas de provoquer des accusations d’idolâtrie, dont de Bèze s’était prémuni dans sa préface, en affirmant que ses lecteurs bénéficieraient de « portraits véritables », car ils pourraient « contempler et dialoguer » avec les textes de ces hommes de manière vivante ; l’image vise à reconstituer autant que faire se peut un peu de « présence réelle ».

Biographie de Jean Calvin dans les Icônes.

Un exemple d’emblème du livre du même nom8:

Theodori Bezae Vezelii Poemata varia : Sylvae, epitaphia, icones, Cato, elegiae, epigrammata, emblemata, Genève : Henri Estienne, 1597 (lire en ligne).

Circulus
Principium intereti quæris quicumque figura,
Principium invenies hic ubi finis erit.
Sic Christum vero quisquis revereris amore,
Quæ vitam hora tibi finiet, incipiet
.


Le Cercle
Toi qui cherches le commencement du cercle,
Tu trouveras le commencement là où sera sa fin.
De même, pourvu que tu voues au Christ un vrai amour,
L’heure qui mettra fin à ta vie, elle la débutera.

Nous ne pouvons pas non plus résister à citer une autre œuvre de cette époque, qui mêle elle aussi théologie et poésie : les Chrétiennes méditations, poème en prose conçu comme des méditations poétiques à partir des « psaumes pénitentiels ». Cette œuvre inspira toute une génération de futurs poètes réformés : citons les Tragiques de d’Aubigné, les Méditations de Jean de Sponde et de Duplessis-Mornay.

Nous pouvons ainsi conclure que l’activité poétique de de Bèze tournait principalement autour de la praphrase des Écritures ou d’œuvres de dévotion, et peut donc être considérée comme une poésie à caractère religieux. Pendant la Réforme, la poésie a été ancilla theologiæ9, comme la philosophie l’avait été au Moyen Âge.

De Bèze exégète, traducteur de la Bible, prédicateur, poète : toutes ces activités et facettes du réformateur se confondent souvent, comme dans une série de sermons qu’il composa en 1584 sur le Cantique des cantiques, précédés d’une paraphrase des versets bibliques en vers latins lyriques.

Alors, Théodore de Bèze poète réformateur, ou réformateur poète ? Tout ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il a aimé Dieu et sa Parole, et qu’il a servi aussi bien les lettres que l’Esprit10.


Illustration de couverture : Eugène Delacroix, La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux enfers, huile sur toile, 1822 (musée du Louvre, Paris).

  1. Œuvres de jeunesse.[]
  2. Op. cit., p. 15.[]
  3. Cum neutrum mererer, nec pietate postremus inter pios, nec bonarum artium prorsus rudis inter eruditos haberer, cumque mihi praeter illa impedimenta quae ante commemoravi triplicem laqueum Satanas circumdedisset, nempe voluptatem illecebras quæ sunt in ea civitate maximæ : gloriolæ dulcedinem, quam ego non parvuam, ex meorum præsertim Epigrammatum editione ipsius quoque M. Antonii Flaminii doctissimi poetæ et quidem Itali, iudicio eram consecutus ; spem denique maximorum honorum mihi propositam, ad quos ex ipsis aulicis proceribus aliquot me vocabant, incitabant amici, pater et patruus hortari non desinebant, voluit Deus optimus maximus ut miser ego, et qui sciens ac prudens in hanc viam tam periculosam eram ingressus tandem ex his quoque periculis evaderem.[]
  4. Éloge (latin laus, mot moyen-français, déjà vieilli au XVIe siècle).[]
  5. Op. cit., p. 27.[]
  6. Traduction rimée de Samara Geske :

    Mas eis que ocorreu uma coisa interessante:
    estais agora em um lugar muito distante,
    Lausanne ficou para trás, mas podereis, se desejar
    em uma hora ou menos a vossa morada retornar.
    Eis que na terra dos filisteus vos encontrais agora.
    Estais acaso descontentes, desejais ir embora?
    E mais vos digo, vedes bem esta casa?
    é de um servo de Deus a morada,
    Abraão, aquele mesmo do qual
    por sua viva fé, o nome é imortal.
    e neste lugar vós o vereis tentado
    até o forte ataque atormentado.
    Vós o vereis pela fé justificado,
    seu filho Isaque quase sacrificado.
    Enfim, contemplareis estranhas paixões,
    a carne, o mundo e suas afeições
    não somente ao vivo representadas,
    mas também pela fé superadas.
    E conhecereis este fiel personagem,
    seu bom testemunho e sua coragem.
    Logo avistareis Sara e Abraão,
    e depois Isaque virá então:
    não são estas testemunhas assaz confiáveis?
    Quem quiser conhecer coisas tão admiráveis,
    rogamos que seus ouvidos emprestem somente
    e que ouçam esta história atentamente.
    Estejais certos de que maravilhas contaremos,
    e que depois vossos ouvidos devolveremos.
    []

  7. Alain Dufour, op. cit., pp. 30-31.[]
  8. Traduction rimée de Samara Geske :

    Aquele que busca do círculo a inauguração,
    Encontra-a no mesmo lugar, ao término unida.
    Assim tu que amas a Cristo em verdade e devoção,
    Acharás no final de tua jornada, o começo de tua vida.
    []

  9. Servante de la théologie.[]
  10. Jeu de mots en portugais : Palabra (la Parole) et palabras (la littérature).[]

Arthur Laisis

Enseignant en linguistique à l'université, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

1 Commentaire

  1. Erwan Le Bihan

    Bonjour, je trouve que dans poème que vous citez il y a déjà une ébauche de l’élection « Dieu n’incline pas les cœurs à l’identique ».C’est Dieu qui incline les cœurs et non nous mêmes

    Réponse

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