17 juin 2022

La treiziรจme sรฉance du Synode, le 20 juin 1872, commence, comme souvent, par des salutations de dรฉputรฉs รฉtrangers, en l’espรจce de l’ร‰glise presbytรฉrienne d’Angleterre, et de celle d’Irlande (lequel prรฉcise que ยซย tous sont attachรฉs aux doctrines รฉcrites dans leur confession de foi, et s’appliquent ร  les prรชcherย ยป). Ensuite, bien que la discussion sur le projet de dรฉclaration de Charles Bois soit censรฉe avoir รฉtรฉ clรดturรฉe, quatre ultimes amendements, รฉmanant tous du parti libรฉral ou des modรฉrรฉs, sont encore discutรฉs. Un seul d’entre eux reรงoit l’aval de M. Bois et est adoptรฉ.

Contrairement ร  son habitude, le pasteur Bersier (Histoire du synode gรฉnรฉral…, t. 1, pp. 323-341) rapporte bon nombre des propos tenus au discours indirect.


Amendement de Philippe Jalabert

M. Jalabert. โ€” La discussion รฉtant close, il nโ€™y a plus quโ€™une seule proposition en discussion ; cโ€™est celle de M. Bois. Je me propose de la combattre, et je le fais sous lโ€™empire de sentiments trรจs sรฉrieux. Il y a des heures dรฉcisives dans lโ€™histoire des ร‰glises ; telle est lโ€™heure oรน nous sommes ; je suis profondรฉment affligรฉ parce que lโ€™union que jโ€™avais rรชvรฉe nโ€™existe plus, et quโ€™au moment oรน nous touchons ร  un vote solennel, nous nous ressentons trop des luttes passionnรฉes de ces derniers jours. Je veux apporter ici une parole de paix, une solution pratique qui pourrait nous rรฉunir tous. Un mot dโ€™abord sur la position du groupe que je reprรฉsente, sur le centre gauche ; je crains que la dรฉfiance ne nous aveugle, et que nous ne sachions pas reconnaรฎtre la part de vรฉritรฉ que possรจde chaque partie de cette assemblรฉe. Je veux donc essayer de dire comment nous comprenons le christianisme.

Et d’abord nous sommes dโ€™accord avec la majoritรฉ de cette assemblรฉe pour reconnaรฎtre que le christianisme est une rรฉvรฉlation divine, le produit dโ€™une intervention de Dieu dans lโ€™histoire de lโ€™humanitรฉ, et non pas lโ€™effort le plus รฉlevรฉ de la conscience humaine. Jรฉsus-Christ pour nous est plus quโ€™un homme, il est le Fils unique de Dieu ; il y a en lui quelque chose dโ€™unique ; sa personne, ses ล“uvres, sa vie et sa mort forment pour nous le centre mรชme du christianisme ; nous voyons dans son sacrifice la manifestation la plus haute de lโ€™amour de Dieu ; nous croyons que nous rรฉpondrons ร  cet amour par le don de nous-mรชmes, par la consรฉcration personnelle, par la transformation de notre รชtre, et nous demandons ร  Dieu son esprit pour cette ล“uvre. Voilร  pour nous la religion vraie, et nous rรฉpรฉtons volontiers ร  ce propos ces paroles de lโ€™un de nos pasteurs les plus pieux, Jean Macรฉ : ยซ La science, la critique historique peuvent faire leur ล“uvre, elles nโ€™effaceront jamais une dรฉclaration comme celle-ci : Dieu a tant aimรฉ le monde quโ€™il a donnรฉ son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne pรฉrisse point, mais quโ€™il ait la vie รฉternelle. ยป

Mais dโ€™un autre cรดtรฉ nous ne pouvons croire, avec lโ€™extrรชme droite, ร  la Trinitรฉ dont nous ne trouvons pas trace dans lโ€™ร‰vangile, ร  lโ€™expiation par le sang, ni aux peines รฉternelles ; il y a plus : entre vous et nous il existe une diffรฉrence dโ€™esprit et de tendance. Nous voulons pour lโ€™ร‰glise la base la plus large ; nous voulons rรฉsoudre toutes les questions par la libertรฉ. ร€ nos yeux, les questions de vie intรฉrieure et de morale sont infiniment supรฉrieures aux conceptions thรฉologiques. Dieu ne nous demandera pas compte des erreurs de notre esprit, mais des dรฉfaillances de notre volontรฉ, et un verre d’eau donnรฉ pour l’amour du Christ vaut mieux que le plus parfait des systรจmes.

Le centre gauche se distingue de la gauche extrรชme en ce quโ€™il admet le surnaturel, tout en se rรฉservant d’exercer la critique sur tel ou tel miracle; ainsi nous croyons ร  la rรฉsurrection corporelle de Jรฉsus-Christ comme ร  un fait historique dont on ne nous a pas dรฉmontrรฉ l’inauthenticitรฉ. En second lieu, nous nous distinguons de la gauche par notre opinion sur la nature de Jรฉsus-Christ ; en troisiรจme lieu, nous n’admettons pas que le pasteur ne relรจve que de sa conscience.

Nous ne pouvons croire, avec lโ€™extrรชme droite, ร  la Trinitรฉ dont nous ne trouvons pas trace dans lโ€™ร‰vangile, ร  lโ€™expiation par le sang, ni aux peines รฉternelles ; il y a plus : entre vous et nous il existe une diffรฉrence dโ€™esprit et de tendance.

P. Jalabert

Mais, aprรจs avoir marquรฉ ce qui nous sรฉpare de la gauche, je tiens ร  dire ce qui nous unit ร  elle ; ce ne sont pas seulement les souvenirs, les traditions communes, la mรฉthode et l’รฉducation. C’est une foi vive en Dieu notre pรจre, un amour vrai pour Jรฉsus-Christ ; cโ€™est de plus, chez ses membres que nous connaissons, que vous avez entendus, le dรฉvouement, la sanctification, une vie intรฉrieure intense. Si quelques-uns d’entre eux mโ€™ont affligรฉ par leurs รฉcrits en attaquant des croyances qui me sont chรจres, je dois reconnaรฎtre que leur prรฉdication, leur vie de famille m’ont profondรฉment รฉdifiรฉ. La diffรฉrence qui existe entre eux et les libres penseurs est immense. Ils ont un Dieu vivant, un amour profond de lโ€™humanitรฉ, et sโ€™ils nโ€™admettent pas les miracles matรฉriels, ils croient fermement ร  ces miracles spirituels qui sโ€™opรจrent par lโ€™esprit de Dieu dans les รขmes. Ils sont, si jโ€™ose me servir de cette image, dans la disposition des disciples qui suivaient Jรฉsus-Christ avant sa mort.

Au fond, quโ€™est-ce qui nous divise ? Cโ€™est notre notion de lโ€™ร‰glise ; si lโ€™ร‰glise a une foi, qui soit ร  la base de son enseignement, il sera bien difficile ร  ceux dont je viens de parler dโ€™y rester. Pourtant, il faudrait trouver une solution qui puisse tout concilier. Tout le monde est dโ€™accord sur le fait quโ€™il ne saurait y avoir de rรฉtroactivitรฉ, et que les droits acquis doivent รชtre scrupuleusement respectรฉs. Reste la question de lโ€™avenir. Si lโ€™ร‰glise rรฉformรฉe adopte, comme cela est probable, le rรฉgime presbytรฉrien synodal, le Synode sera en quelque sorte la conscience de lโ€™ร‰glise.

Mais ce rรฉgime peut porter atteinte ร  la libertรฉ de conscience du pasteur. Ceux donc qui le repousseraient auront un moyen de sauvegarder leur indรฉpendance, cโ€™est de former une fรฉdรฉration dโ€™ร‰glises congrรฉgationalistes unies ร  lโ€™ร‰tat.

Une voix ร  droite. โ€” Mais ce sera une autre ร‰glise.

M. Jalabert. โ€” Dans ce nouveau systรจme, la conscience du pasteur nโ€™aura dโ€™autres limites que celle de la paroisse, mais jโ€™ose affirmer quโ€™il nโ€™y a ici aucun pasteur qui voulรปt sโ€™imposer ร  une paroisse. (Trรจs bien ! ร  gauche.)

Je reviens ร  la proposition de M. Bois. Je ne mโ€™arrรชterai pas aux fins de non-recevoir que je pourrais lui opposer et aux arguments que je pourrais puiser dans lโ€™article 7 du chapitre IX de la Discipline, et dans le rรจglement adoptรฉ au Synode de Tonneins, en 1614, par lequel il est ordonnรฉ ยซ pour lโ€™avenir, que les Synodes nationaux, non-seulement ne changeront rien ร  la confession, au catรฉchisme, au formulaire des priรจres et ร  la discipline, si la chose n’est proposรฉe au nom dโ€™une province ou de plusieurs, mais aussi que si la chose est de grande importance, elle ne sera point rรฉsolue sans avoir รฉtรฉ au prรฉalable agrรฉรฉe de toutes les provinces dรปment averties, etc. ยป Je repousserai cette proposition, parce que, malgrรฉ son titre, elle a les allures d’une confession de foi et sera prise pour telle. D’ailleurs, en adoptant ma proposition, on atteint le but vers lequel on tend. Que veut-on en effet ? Que dans l’exercice des fonctions pastorales on ne puisse attaquer les grands faits chrรฉtiens. Mais le rรฉgime synodal, au rรฉtablissement duquel nous sommes disposรฉs ร  prรชter les mains, vous offrira ร  cet รฉgard une garantie puissante.

Je reconnais, de plus, que le besoin quโ€™รฉprouve l’assemblรฉe de rendre tรฉmoignage, est des plus lรฉgitimes ; mais je crois quโ€™on peut le satisfaire par d’autres moyens que ceux employรฉs par M. Bois.

Comme Synode gรฉnรฉral, l’assemblรฉe a le droit dโ€™รฉcrire aux ร‰glises une lettre synodale, dans laquelle elle affirmera ce qu’elle croit รชtre la foi de lโ€™ร‰glise.

L’orateur donne alors lecture d’un projet d’adresse qui demeurera annexรฉ au procรจs-verbal ; en voici la teneur :

Le Synode gรฉnรฉral, aux membres de l’ร‰glise chrรฉtienne rรฉformรฉe de France

Chers et bien-aimรฉs frรจres en Jรฉsus-Christ,
Aprรจs avoir offert du plus profond de nos cล“urs nos actions de grรขces ร  Dieu, de ce quโ€™il a permis ร  vos reprรฉsentants de se rรฉunir et de reprendre la suite de nos Synodes gรฉnรฉraux, non plus au Dรฉsert sous la persรฉcution, ou sans caractรจre reconnu par lโ€™ร‰tat comme en 1848, mais avec lโ€™assentiment du gouvernement de notre pays, qui a tenu ร  honneur de lever lโ€™interdiction prononcรฉe par Louis XIV en 1659, โ€” nous รฉprouvons le besoin de rendre tรฉmoignage de notre foi et de notre espรฉrance, de la foi et de lโ€™espรฉrance de la majoritรฉ de lโ€™ร‰glise, en prรฉsence de nos frรจres de la grande famille chrรฉtienne, de nos compatriotes et de nos contemporains.

Nous nous rattachons ร  la tradition de nos grands rรฉformateurs, de nos confesseurs et de nos martyrs, qui nous ont appris ร  nous affranchir de toute autoritรฉ humaine dans les choses de la conscience; avec eux. nous voulons maintenir la glorieuse libertรฉ des enfants de Dieu, le droit de sonder les ร‰critures de lโ€™Ancien et surtout du Nouveau Testament, et dโ€™y chercher la rรจgle de notre foi, lโ€™assurance du pardon de nos pรฉchรฉs et les gages de notre immortalitรฉ.

Mais cโ€™est ร  Jรฉsus-Christ lui-mรชme que nous demandons dโ€™รฉclairer notre intelligence, de purifier nos mล“urs et de sanctifier notre volontรฉ. Nous รฉcoutons ses enseignements avec la docilitรฉ dโ€™enfants, avec le sentiment de nos fautes, avec un ardent dรฉsir dโ€™aller ร  Dieu par lui, qui est le chemin, la vรฉritรฉ et la vie. Nous ne cessons de rendre grรขce ร  notre Pรจre cรฉleste de ce don ineffable quโ€™il nous a fait, dans sa misรฉricorde infinie, de son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne pรฉrisse point, mais quโ€™il ait la vie รฉternelle, et nous disons avec Pierre : ยซ Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. ยป Nous ajoutons avec les apรดtres : ยซ ร€ qui irions-nous, Seigneur, quโ€™ร  toi ? tu as les paroles de la vie prรฉsente et celles de la vie รฉternelle. ยป Nous nous inclinons avec amour, avec toute la gratitude dont nous sommes capables, devant le mystรจre du sacrifice accompli sur la croix pour le salut des hommes et le relรจvement de lโ€™humanitรฉ pรฉcheresse. Nous reconnaissons que la rรฉsurrection de Jรฉsus-Christ a รฉtรฉ lโ€™un des enseignements apostoliques. Nous voyons en notre Sauveur, qui est le mรชme hier, aujourd’hui, รฉternellement, le Chef de lโ€™ร‰glise invisible sur les cieux et sur la terre.

Dโ€™accord sur le seul fondement qui puisse รชtre posรฉ pour une ร‰glise chrรฉtienne, nous ne saurions nous arroger le droit de dรฉcrรฉter la foi de nos frรจres et de dominer sur leur conscience. Nous demandons ร  Dieu, dans nos ferventes priรจres, une abondante effusion de son Esprit de lumiรจre; mais nous proclamons notre faillibilitรฉ quand il sโ€™agit de concevoir et dโ€™exprimer la vรฉritรฉ รฉternelle et infinie. Nous ne sommes et nous ne voulons รชtre que les fidรจles disciples de Jรฉsus-Christ, travaillant, avec les secours promis ร  notre faiblesse, ร  lโ€™avancement du rรจgne de notre Pรจre cรฉleste dans le champ providentiellement ouvert ร  notre activitรฉ.

Nous nโ€™aspirons pas, sur tous les points et dans tous les dรฉtails, ร  une uniformitรฉ de croyances qui serait inconciliable avec les diversitรฉs individuelles, avec le travail incessant de lโ€™esprit, avec la vie intense de la conscience et de lโ€™รขme. Nous voulons conserver et resserrer la sociรฉtรฉ de tous ceux qui invoquent Dieu dโ€™un cล“ur pur, qui ont faim et soif de justice, et qui veulent vivre dans la communion de notre bien-aimรฉ Sauveur.

Nous estimons que, pour notre ร‰glise chrรฉtienne rรฉformรฉe de France, il nous suffit de maintenir hors de contestation dans son enseignement, dans son culte et dans sa discipline, les grands faits chrรฉtiens reprรฉsentรฉs dans ses sacrements, cรฉlรฉbrรฉs dans ses .solennitรฉs religieuses, et exprimรฉs dans ses liturgies : โ€” et de constituer, suivant les traditions de nos pรจres mises en harmonie avec les besoins modernes, le gouvernement et lโ€™administration de lโ€™ร‰glise par elle-mรชme. Dans ce but, nous demanderons quโ€™au-dessus des Conseils presbytรฉraux, des Consistoires et des Synodes dโ€™arrondissement rรฉorganisรฉs suivant les bases les plus รฉquitables, le Synode gรฉnรฉral pรฉriodique soit inscrit dans la loi avec les attributions que comporte une assemblรฉe reprรฉsentative supรฉrieure. Celles de nos paroisses ou de nos sections de paroisses, qui ne croiraient pas pouvoir accepter ce rรฉgime nettement dรฉfini, conserveraient le droit de former ร  cรดtรฉ de nous, au mรชme titre que nos frรจres luthรฉriens, une confรฉdรฉration dโ€™ร‰glises congrรฉgationalistes reconnues par lโ€™ร‰tat et uties ร  lui. De cette faรงon, toutes les situations et tous les droits seraient respectรฉs, et, dans le projet de loi que nous allons รฉlaborer, il nโ€™y aurait aucune rรฉtroactivitรฉ.

Nos sentiments et nos vues vous รฉtant bien connus, nous vous supplions, chers et bien-aimรฉs frรจres, de chercher lโ€™union de lโ€™esprit par le lien de la paix, et de marcher ensemble dans les choses auxquelles vous รชtes parvenus. Nous vous conjurons, par les compassions de Dieu, de vous รฉdifier et de vous supporter fraternellement les uns les autres ; et, sโ€™il y a quelque trouble, quelques divisions parmi vous, de vous rappeler que nous ne devons pas avoir un zรจle amer, ou nous abandonner ร  lโ€™orgueil de lโ€™esprit, et que si trois vertus demeurent, la foi, lโ€™espรฉrance et la charitรฉ, la plus grande de toutes, est la charitรฉ, cโ€™est-ร -dire lโ€™amour.

En prรฉsence de la grande mission ร  laquelle lโ€™ร‰glise chrรฉtienne protestante est appelรฉe, ร  cette รฉpoque de scepticisme et de matรฉrialisme, dans notre chรจre et malheureuse patrie, serrons-nous autour de cette divine parole, qui est la puissance de Dieu pour le salut des รขmes, et puisse notre Pรจre cรฉleste, source de toute grรขce excellente et de tout don parfait, subvenir ร  notre insuffisance et fortifier nos cล“urs ! Quโ€™il nโ€™y ait nulle part plus dโ€™รฉnergie pour le bien sous toutes ses formes, de force dโ€™รขme dans les รฉpreuves, de sollicitude pour toutes les misรจres morales et matรฉrielles, de dรฉvouement, dโ€™esprit de sacrifice, dโ€™efforts en vue de la rรฉgรฉnรฉration et de la sanctification, et quโ€™on puisse dire de nous, comme des premiers chrรฉtiens : ยซ Voyez comme ils sโ€™aiment ! Quelle vie intรฉrieure, quelle foi agissante, quelle ferme espรฉrance! Oui, lโ€™Esprit de Christ vit en eux. ยป

Cโ€™est dans ces sentiments, chers et bien-aimรฉs frรจres, que nous unissons nos priรจres aux vรดtres, et que nous demandons ร  Dieu de bรฉnir notre ล“uvre et dโ€™y apposer le sceau de son amour.

Au nom du Synode gรฉnรฉral.
Les membres du bureau.

Si jโ€™ai parlรฉ aussi longtemps, cโ€™est que je suis convaincu que lโ€™heure est dรฉcisive et que, si lโ€™assemblรฉe adopte une confession de foi, beaucoup dโ€™ร‰glises abandonneront le rรฉgime presbytรฉrien synodal. Plus les consรฉquences de lโ€™adoption de la proposition de M. Bois peuvent รชtre graves, plus je me sens pressรฉ de me dรฉcharger de la responsabilitรฉ qui pรจse sur moi. Lโ€™assemblรฉe est avant tout une assemblรฉe de pacification ; quโ€™elle ne l’oublie pas, et quโ€™elle aille aussi loin que possible dans la voie des concessions, afin de conserver un plus grand nombre dโ€™ร‰glises dans le vieil รฉdifice presbytรฉrien synodal.

Auguste Breyton. โ€” Si jโ€™avais ร  apprรฉcier le discours de M. Jalabert et son projet de lettre, je commencerais par le remercier des choses excellentes quโ€™il nous a fait entendre et de lโ€™accent รฉlevรฉ avec lequel il les a dites. Mais il y a ici une question prรฉalable. M. Jalabert conteste-t-il au Synode le droit de parler au nom de lโ€™ร‰glise ? Sโ€™il le lui accorde, la dรฉclaration de M. Bois demeure, et cโ€™est sur elle que nous sommes appelรฉs ร  voter ; sโ€™il le lui conteste, et sโ€™il veut substituer ร  cette dรฉclaration de foi sa lettre circulaire, le dรฉbat actuel doit รชtre interrompu, et aprรจs six jours de longues discussions, tout doit recommencer. En effet, cette lettre est longue, elle doit รชtre mรปrement examinรฉe, il faudrait pour cela lโ€™imprimer et la discuter. Il y a donc lร  une question de prioritรฉ ร  รฉtablir (Trรจs bien !), et pour moi jโ€™estime que la prioritรฉ appartient ร  la dรฉclaration de M. Bois.

Charles Bastie, modรฉrateur. โ€” Il me semble que la proposition de M. Bois รฉtant seule en discussion, cโ€™est sur elle seule que nous avons ร  nous prononcer.

Charles-Andrรฉ Seignobos. โ€” La proposition de M. Jalabert peut รชtre considรฉrรฉe comme un amendement ร  celle de M. Bois, un contre-projet tout entier pouvant avoir parfois ce caractรจre.

M. Jalabert. โ€” Je pose au Synode la question suivante : Est-il dโ€™avis dโ€™รฉnoncer la foi de lโ€™ร‰glise dans une lettre synodale ou dans une profession de foi ?

M. le modรฉrateur fait remarquer que le vote รฉmis sur la proposition de M. Bois tranchera cette question.

Amendement de MM. de Magnin et Martin-Paschoud

Il y a, sur la proposition de M. Bois, un amendement de MM. de Magnin et Martin-Paschoud, conรงu en ces termes :

Les soussignรฉs ont lโ€™honneur de proposer ร  lโ€™assemblรฉe lโ€™adoption de la dรฉclaration de M. Bois amendรฉe ainsi quโ€™il suit :
Le Synode dรฉclare que lโ€™Eglise rรฉformรฉe de France reste fidรจle aux principes de foi et de libertรฉ sur lesquels elle a รฉtรฉ fondรฉe ;
Quโ€™elle professe le plus pur christianisme tel qu’il est renfermรฉ dans les livres sacrรฉs de l’Ancien et du Nouveau Testament;
Que tous ses membres, pasteurs et fidรจles, instruits et persuadรฉs des vรฉritรฉs de lโ€™Evangile, et prรชts ร  tout souffrir plutรดt que dโ€™abandonner la profession de la religion chrรฉtienne, prennent lโ€™engagement :
1ยฐ De renoncer au pรฉchรฉ et de rรฉgler toute leur vie sur leยป commandements de Dieu ;
2ยฐ De vivre dans la paix et dans la charitรฉ, dโ€™aimer sincรจrement leurs frรจres, et de leur donner des marques de leur amour dans toutes les occasions ;
3ยฐ De sโ€™appliquer avec soin ร  la lecture et ร  la mรฉditation de la parole de Dieu et ร  la priรจre, de frรฉquenter assidรปment les saintes assemblรฉes, et dโ€™employer tous les autres moyens que la Providence leur fournira pour avancer leur salut ;
4ยฐ De combattre leurs passions, de se consacrer ร  Dieu et ร  Jรฉsus-Christ leur Sauveur, et de vivre dans sa communion selon la tempรฉrance, la justice et la piรฉtรฉ.
L’Eglise rรฉformรฉe conserve donc et elle maintient, ร  la base de son enseignement, de son culte et de sa discipline, les grandes vรฉritรฉs de l’ร‰vangile et les principes essentiels de la Rรฉformation.

M. Paul de Magnin dรฉveloppe son amendement dans un discours รฉcrit.

Paul de Magnin โ€” Ce projet รฉmane tout ร  la fois d’un esprit de conciliation sincรจre et de sรฉrieuse prรฉoccupation pour les intรฉrรชts de nos ร‰glises. Je dirai pourquoi je lโ€™ai proposรฉ, en quoi il appuie la dรฉclaration de M. Bois, en quoi il en diffรจre, et quels sont les avantages qu’offrirait son adoption.

Je conviens que lโ€™ร‰glise protestante, comme toute sociรฉtรฉ quelconque, ne saurait se passer de principes ร  sa base, et quโ€™on ne devient chrรฉtien et protestant qu’en les acceptant. ร€ chacun d’ailleurs la responsabilitรฉ de ses opinions individuelles. Je renvoie ร  cet รฉgard ร  deux discours rรฉcents de M. Martin-Paschoud.

Pour ce qui est de l’union et de la pacification de nos ร‰glises, la majoritรฉ a dรฉclarรฉ les dรฉsirer sincรจrement ; jโ€™en prends acte et je vois dans l’amendement que je prรฉsente un moyen d’y arriver. Il s’agit donc de tenir compte de deux choses : lโ€™intรฉrรชt rรฉel de lโ€™ร‰glise qui rรฉclame de sรฉrieuses garanties, et l’accord lรฉgitime de la vรฉritรฉ avec la charitรฉ.

Je crois que notre amendement en tient compte. Il repose, non sur la thรฉorie pure, mais sur la rรฉalitรฉ ecclรฉsiastique et vraiment protestante. La dรฉclaration de M. Bois nous invite ร  proclamer la foi de la majoritรฉ de notre ร‰glise ; mais sommes-nous compรฉtents ? Il y faudrait une enquรชte gรฉnรฉrale prรฉalable. Le plus grand nombre de nos coreligionnaires a-t-il d’ailleurs une notion bien claire de ces articles de foi ? On ne saurait รฉvidemment l’affirmer.

Je citerai ร  lโ€™appui de mes paroles un passage extrait de lโ€™ouvrage de M. Guizot, Lโ€™ร‰glise et la sociรฉtรฉ chrรฉtienne en 1861, page 85, et je regrette que dans les circonstances prรฉsentes M. Guizot ne se soit pas inspirรฉ des mรชmes sentiments. En quoi, du reste, la dรฉclaration de M. Bois peut-elle servir les vrais intรฉrรชts de lโ€™ร‰glise ? Le plus grand nombre de nos protestants croient, par exemple, que le Symbole est bien des apรดtres ; faudra-t-il souscrire ร  une pareille affirmation ? Vous ne le voudriez pas. Vous avez dรฉclarรฉ, dโ€™un autre cรดtรฉ, quโ€™elle nโ€™รฉtait pas une arme de guerre forgรฉe contre nous dans le but de nous expulser de lโ€™ร‰glise ! Si lโ€™on veut simplement proclamer la foi de lโ€™ร‰glise, pourquoi rester dans des hypothรจses ? Pour รชtre dans la vรฉritรฉ, il faut descendre dans le domaine des rรฉalitรฉs ecclรฉsiastiques. Or, sur ce terrain, on constatera que lโ€™ร‰glise rรฉformรฉe repose, comme telle, sur deux principes solides : lโ€™autoritรฉ de la Bible en matiรจre de foi et la libertรฉ dโ€™examen. La premiรจre ne saurait รชtre souveraine. Si les rรฉformateurs ont quelquefois employรฉ ce mot, cโ€™รฉtait dans un but polรฉmique et pour lโ€™opposer ร  lโ€™autoritรฉ des papes et des conciles. Lโ€™autoritรฉ de la Bible est limitรฉe, en effet, par le principe du libre examen, et nos rรฉformateurs eux-mรชmes le prenaient souvent de bien haut avec tel passage ou tel livre de la Bible. Tรฉmoin Luther traitant lโ€™รฉpรฎtre de Jacques dโ€™รฉpรฎtre de paille.

Lโ€™ร‰glise rรฉformรฉe repose, comme telle, sur deux principes solides : lโ€™autoritรฉ de la Bible en matiรจre de foi et la libertรฉ dโ€™examen. La premiรจre ne saurait รชtre souveraine.

P. de Magnin

Ce double principe, qui nous suffit, nโ€™a pas suffi ร  lโ€™ร‰glise rรฉformรฉe de France. Cette ร‰glise, qu’on essaye de nous reprรฉsenter ouverte ร  toutes les incrรฉdulitรฉs, a voulu se protรฉger contre les attaques du dehors, ou du dedans, en rรฉclamant de chacun de ses adhรฉrents des conditions prรฉcises, auxquelles chacun est obligรฉ de souscrire, et qui se trouvent dans toutes nos liturgies. Ce sont celles qui prรฉsident ร  la rรฉception des catรฉchumรจnes. Ici, je dรฉclare que je ne me pose pas en champion des liturgies, et je fais ร  ce sujet des rรฉserves expresses, en mโ€™appuyant sur lโ€™opinion de M. G. Monod.

En entrant dans lโ€™ร‰glise par la premiรจre communion, nous avons tous promis de renoncer au pรฉchรฉ et de rรฉgler toute notre vie sur les commandements de Dieu, etc. Tels sont les engagements en vertu desquels on est actuellement membre de lโ€™ร‰glise rรฉformรฉe de France. Si donc vous voulez ร  toute force proclamer la foi de lโ€™ร‰glise, proclamez celle-lร . Cโ€™est la seule dรฉclaration lรฉgitime que vous puissiez faire, la seule qui constate purement et simplement la rรฉalitรฉ. Elle rassurera les ร‰glises et tranquillisera les esprits inquiets. Si vous ne la faites pas, bien loin de travailler ร  la pacification des esprits, vous aurez en quelque maniรจre affirmรฉ que les engagements pris jusqu’ร  ce jour par tous les protestants ne suffisent plus. Jโ€™estime avoir indiquรฉ la voie de conciliation sur le terrain de la vรฉritรฉ dans la charitรฉ.

Lโ€™amendement ayant รฉtรฉ appuyรฉ, M. le modรฉrateur met aux voix sa prise en considรฉration, qui est repoussรฉe.

Amendement de M. Pelon

M. Pelon prรฉsente un nouvel amendement et demande la parole.

Gustave Pelon โ€” Il me semble quโ€™il est bon dโ€™indiquer quels sont les vrais motifs de lโ€™attitude que je compte prendre quand viendra lโ€™heure de voter. Je crois ร  toutes les vรฉritรฉs que renferme la dรฉclaration de foi prรฉsentรฉe par M. Bois, et, quoique le vent du siรจcle ait soufflรฉ souvent dans mon esprit, jโ€™ai senti dans ces orages que les vieilles racines tenaient bon. (Trรจs bien !) Je ne dois pas taire que j’aurais mieux aimรฉ que la proposition fรปt autrement formulรฉe, mais jโ€™estime que maintenant il y aurait plus dโ€™inconvรฉnient ร  effacer ce qui me paraรฎt dรฉfectueux quโ€™ร  le maintenir. Que penserait-on, au dehors, du Synode si son premier acte รฉtait de rayer de sa dรฉclaration le Symbole et lโ€™autoritรฉ des ร‰critures ? Je ne voterai pas nรฉanmoins pour la dรฉclaration proposรฉe, parce que je la trouve entachรฉe dโ€™un caractรจre autoritaire. Je crois le fond et je repousse la forme, qui me paraรฎt plus propre ร  diviser quโ€™ร  rapprocher. Je propose en consรฉquence, ร  titre dโ€™amendement, de substituer ร  la phrase qui commence la dรฉclaration de M. le professeur Bois, la phrase suivante :

Les membres du Synode gรฉnรฉral, sans prรฉtendre au droit de dรฉcrรฉter la foi de leurs frรจres, adoptent comme lโ€™expression des doctrines religieuses professรฉes par les ร‰glises rรฉformรฉes de France la dรฉclaration suivante, quโ€™ils recommandent ร  la conscience des fidรจles.

Je ferai remarquer quโ€™il nโ€™y a pas un seul mot dans ce prรฉambule que je nโ€™aie pris dans les discours ou dans les entretiens des membres de la droite. M. Babut a dit que la dรฉclaration nโ€™aurait d’autre autoritรฉ que celle que les ร‰glises voudraient bien lui accorder. Moi-mรชme, je vais plus loin et je fais intervenir le Synode auprรจs des ร‰glises. Je tiens avant tout ร  bien prรฉciser le rรดle de la conscience des fidรจles et des ร‰glises que je mets au-dessus du Synode, et je termine en disant que cโ€™est pour cela que j’ai prรฉsentรฉ l’amendement que je viens de lire, amendement qui protรจge ces trois grands principes : tolรฉrance, charitรฉ et libertรฉ, pour lesquels nos pรจres ont souffert, qui font notre force aujourd’hui et serviront de levier aux gรฉnรฉrations de lโ€™avenir. (Applaudissements.)

Sous-amendement de M. de Clausonne

M. de Clausonne prรฉsente un amendement qui a pour but de complรฉter celui de M. Pelon.

M. le modรฉrateur. โ€” Il faut avant tout voter sur la prise en considรฉration de lโ€™amendement de M. Pelon.

M. Guizot demande sโ€™il sโ€™agit dโ€™un sous-amendement.

M. Breyton fait remarquer quโ€™il est possible que le sous-amendement donne la majoritรฉ ร  lโ€™amendement principal, qui ne l’aurait pas eue sans cela.

M. le modรฉrateur, ayant mis aux voix la prise en considรฉration de lโ€™amendement, M. Bois demande la parole sur la prise en considรฉration.

M. de Clausonne demande que, dans le prรฉambule qui vient dโ€™รชtre proposรฉ par M. Pelon, on change la tournure de la phrase, de faรงon ร  ce que le sujet soit le Synode et non pas lโ€™ร‰glise.

M. Bois pose ร  M. Pelon la question suivante : Est-il disposรฉ ร  voter, tel quโ€™il est, le reste de la dรฉclaration ? Et si le Synode en tirait des consรฉquences disciplinaires, serait-il disposรฉ ร  y adhรฉrer ?

M. Pelon rรฉpond de sa place quโ€™il aurait prรฉfรฉrรฉ ne pas trouver certaines choses dans la dรฉclaration, mais que du moment oรน elles y sont il faut les y laisser. Quant ร  la seconde question, il croit quโ€™il y a quelque chose ร  faire, mais il rรฉserve sa pleine libertรฉ dโ€™apprรฉciation.

M. Bois, aprรจs avoir dit combien il a รฉtรฉ touchรฉ des dรฉclarations faites par M. Pelon ร  la tribune, dit que ni lui ni ses amis nโ€™ont eu lโ€™intention de dรฉcrรฉter la foi de personne, et trouve รฉtonnant quโ€™on ait pu leur prรชter une semblable idรฉe. Ils se bornent ร  exprimer la foi gรฉnรฉrale de lโ€™ร‰glise, et il est รฉvident que chacun conservera la libertรฉ la plus entiรจre d’accepter ou de rejeter.

M. ร‰t. Coquerel. โ€” Et les mesures disciplinaires !โ€ฆ

M. Bois. โ€” Si vous voulez vous soustraire aux mesures disciplinaires, rien nโ€™est plus facile, et M. Jalabert vous en a indiquรฉ le moyen. Si vous ne voulez pas accepter lโ€™autoritรฉ synodale, nul ne peut vous contraindre. Dโ€™ailleurs, vous le savez, le ministรจre est disposรฉ ร  reconnaรฎtre votre ร‰glise. (Exclamations. )

M. Clamageran. โ€” รŠtes-vous d’accord avec M. Pelon, et est-ce dans le mรชme sens que vous admettez la libertรฉ de conscience ?

M. Pelon demande ร  sโ€™expliquer. Il admet la libertรฉ de conscience dans sa plus large acception, et ne pose aux ministres du culte dโ€™autres limites que la divinitรฉ des ร‰critures et celle du christianisme. Il lui paraรฎt nรฉcessaire qu’il y ait une rรจgle, car il est une limite oรน la libertรฉ doit flรฉchir. Cette limite serait pour lui la nรฉgation des grands faits chrรฉtiens.

M. Bois, aprรจs les explications de M. Pelon, appuie la prise en considรฉration de son amendement.

M. Colani fait une dรฉclaration contraire, et fait remarquer ร  M. Bois que, dans la question dโ€™un partage dans lโ€™ร‰glise, ce nโ€™est pas au ministre, mais ร  lโ€™Assemblรฉe nationale ร  se prononcer, et quโ€™elle a gardรฉ le silence.

M. le modรฉrateur met aux voix la prise en considรฉration de lโ€™amendement de M. Pelon. Lโ€™amendement est pris en considรฉration.

M. de Clausonne propose lโ€™amendement suivant : substituer dans la dรฉclaration le mot Synode au mot ร‰gliseโ€ฆ.

Le Synodeโ€ฆ.. dรฉclare rester fidรจle aux principes de foi et de libertรฉ sur lesquels lโ€™ร‰glise a รฉtรฉ fondรฉe. En consรฉquence, et sans prรฉtendre dรฉcrรฉter par lร  la foi de lโ€™ร‰glise et lui imposer ses croyances (ou la rรฉdaction de M. Pelon), il proclame sa foi, etc.

M. de Clausonne, dรฉveloppant son amendement, estime quโ€™il a le mรชme-sens que celui de M. Pelon.

Gustave de Clausonne โ€” Je voudrais seulement, dit-il, que le Synode fรฎt un pas de plus, et nโ€™entendรฎt pas dรฉcrรฉter la foi de lโ€™ร‰glise. Je crois ร  la divinitรฉ du christianisme, qui, pour moi, ne saurait sโ€™expliquer par le jeu naturel de lโ€™histoire. Sur tel point de fait particulier, je fais des rรฉserves, jโ€™hรฉsite, et tel est le cas de beaucoup. Je voudrais donc quelque chose qui ne fรปt pas de nature ร  effrayer les ร‰glises.

Je conviens qu’il y a eu bien des excรจs, qu’ou est parfois allรฉ trop loin de part et d’autre, quโ€™il n’est pas facile de faire vivre ensemble deux รฉlรฉments contradictoires. Mais, d’autre part, le but poursuivi est respectable ; chacun croit que sa mรฉthode et ses idรฉes sont de nature ร  attirer les รขmes ร  Jรฉsus-Christ. Il est vrai que je crains que l’esprit religieux qui existe chez les membres de la gauche ne puisse bien longtemps subsister avec leur mรฉthode. Nรฉanmoins, mรชme en discipline, il ne faut pas commencer par les mesures de rigueur.

Il y a dans lโ€™ร‰criture un texte mystรฉrieux : ยซ Celui qui a pรฉchรฉ contre le Fils de lโ€™homme, il lui sera pardonnรฉ ; mais il ne sera pas pardonnรฉ ร  celui qui a pรฉchรฉ contre le Saint-Esprit. ยป Je vois dans l’opinion de lโ€™extrรชme gauche le pรฉchรฉ contre le Fils de l’homme : on lโ€™a dรฉcouronnรฉ, on lui a รดtรฉ cette aurรฉole sans laquelle il nโ€™aurait pas traversรฉ dix-huit siรจcles. Mais, en dรฉfinitive, mรชme avec ces opinions avancรฉes, on arrive au nรฉcessaire : la vie religieuse, lโ€™รฉdification. (Voix nombreuses : ร€ la question !) Lโ€™amendement de M. Pelon me paraรฎt propre ร  pacifier les esprits. Sans ce que jโ€™appellerai la moelle religieuse, tout est inutile. Cette moelle est recouverte par lโ€™รฉcorce.

Quelques-uns croient cette รฉcorce trop difficile ร  percer. D’autres la croient nรฉcessaire pour protรฉger la moelle. Voilร  la question.

Faut-il se sรฉparer pour des divergences ? Je ne le crois pas. La vie commune ne peut avoir lieu, il est vrai, quโ€™ร  certaines conditions. Le mรฉnage ne doit pas รชtre un enfer, et il faut entre les conjoints des รฉgards rรฉciproques. Jโ€™estime que les grands faits chrรฉtiens doivent รชtre respectรฉs. Dโ€™un autre cรดtรฉ, il convient dโ€™user dโ€™une extrรชme modรฉration dans la pratique. Il importe de respecter tout ensemble, dans une mesure รฉquitable, la foi des fidรจles et la conscience religieuse des pasteurs.

Jโ€™estime que les grands faits chrรฉtiens doivent รชtre respectรฉs. Dโ€™un autre cรดtรฉ, il convient dโ€™user dโ€™une extrรชme modรฉration dans la pratique.

G. de Clausonne

Il pourrait y avoir deux solutions radicales : dโ€™une part, un Synode autoritaire ; de l’autre, la libertรฉ illimitรฉe de lโ€™enseignement religieux. Je les repousse lโ€™une et lโ€™autre; je recommande la modรฉration des deux cรดtรฉs.

M. le modรฉrateur met aux voix la prise en considรฉration du sous-amendement de M. de Clausonne. Il nโ€™est pas pris en considรฉration.

La sรฉance est suspendue pendant dix minutes.

Elle est reprise ร  cinq heures quarante minutes.

M. Bois dรฉclare que lโ€™amendement de M. Pelon รฉtant diversement interprรฉtรฉ et susceptible de deux sens contraires, ses amis et lui regrettent dโ€™avoir ร  le rejeter.

M. le modรฉrateur le met aux voix, aprรจs en avoir donnรฉ lecture. Il est rejetรฉ ร  une trรจs grande majoritรฉ.

M. Bois, au nom des signataires de la dรฉclaration de foi, propose la modification suivante : aprรจs ces mots : Elle dรฉclareโ€ฆ ajouter : par l’organe de ses reprรฉsentants. Il relit la dรฉclaration ainsi modifiรฉe.


Illustration : Jules Garnier, Thiers proclamรฉ ยซย libรฉrateur du territoireย ยป lors de la sรฉance de l’Assemblรฉe nationale, chromolithographie, 1878 (chรขteau de Versailles).

Arthur Laisis

Linguiste, professeur de lettres, รฉtudiant en thรฉologie ร  la facultรฉ Jean Calvin et lecteur dans les ร‰glises rรฉformรฉes รฉvangรฉliques de Lituanie. Principaux centres d'intรฉrรชts : ecclรฉsiologie, christologie, histoire de la Rรฉforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

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