Noël et l’Évangile — Holger Lahayne
31 décembre 2022

Holger Lahayne est un théologien et missionnaire allemand, pasteur de la paroisse réformée de Vilnius (Lituanie) ; il enseigne aussi dans un institut biblique. Cet article de circonstance, à l’occasion de la fête de Noël, a été publié pour le journal chrétien lituanien Bernardinai le 26 décembre dernier. Lahayne y discute notamment un ouvrage d’un théologien catholique américain décédé cette année, Michael J. Himes, qui a notamment enseigné à l’université de Notre-Dame en Indiana.


L’Évangile est le cœur de la révélation biblique. C’est la Bonne Nouvelle qui déclare que les pécheurs sont sauvés par la grâce, par le moyen de la foi, et [que] cela ne vient pas de [nous], mais [que} c’est le don de Dieu (Éph 2,8). Et ce cadeau qui nous est fait n’est nul autre que Jésus-Christ lui-même : les hommes ont la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce (Éph 1,7). Par sa vie, sa mort sur la croix et sa résurrection, tous les croyants sont faits citoyens de son royaume. Le Christ, le Royaume et la croix, voilà l’essence de l’Évangile.

Premièrement, l’Évangile parle de notre justification et du Royaume. Jésus, lors de sa première venue sur terre, a annoncé sa royauté (Mc 1,15), a inauguré son règne qui trouvera sa pleine réalisation lors de sa seconde venue (Mt 25,31). Qui croit en l’Évangile est dès aujourd’hui citoyen de ce royaume (Ph 3,20), en a l’identité et vit selon la constitution de ce royaume (Mt 5-7).

Deuxièmement, l’Évangile énonce que Jésus-Christ a objectivement accompli pour notre salut. Cette nouvelle ne nous oblige pas à agir de telle ou telle manière pour atteindre la bénédiction complète, la sagesse ou trouver le sens de la vie. Elle dit : quelqu’un d’autre s’est déjà démené pour l’obtenir ; Jésus-Christ a tout accompli en vue de notre salut. Son sacrifice une fois pour toutes a racheté tous les péchés des hommes, car il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois (1 P 2,24). Le Christ est donc le centre de l’annonce du salut.

Troisièmement, l’Évangile parle de la croix, qui est aussi une des vérités fondamentales de la religion chrétienne. Les chrétiens annoncent le Royaume, le Christ et la prédication de la croix (1 Co 1,18). Pour les Romains, la crucifixion était le mode d’exécution le plus cruel et le plus honteux, c’est pourquoi annoncer qu’un Sauveur avait été ainsi martyrisé leur paraissait une pure folie. Mais c’est justement ce qui est devenu une bonne nouvelle : Dieu a choisi les choses folles du monde (1 Co 1,27). Le fils de Dieu, parfaitement innocent, c’est humilié par grâce et s’est livré à la mort sur la croix, étant devenu malédiction pour nous (Gal 3,13 ; cf. Ph 2,6-11). Le Christ a subi la mort, la punition et la malédiction à notre place.

C.S. Lewis.

La nécessité de l’Incarnation

Pour que Jésus-Christ vienne sur terre annoncer le Royaume et mourir sur la croix, il devait d’abord se faire homme : le fils de Dieu, l’Éternel, devait revêtir la nature humaine. L’Incarnation d’une des personnes de la Trinité était une condition nécessaire pour tout le salut. D’après C.S. Lewis (Miracles), c’est « le miracle principal du christianisme ».

Pourquoi fallait-il absolument que Dieu s’incarnât ? Puisque Dieu habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir (1 Tm 6,16, nous soulignons) et que les pécheurs ne peuvent pas se confronter à la plénitude de sa gloire, les hommes mourraient si le Seigneur de gloire venait directement parmi eux (Ex 20,19). Ainsi, ni les hommes ne peuvent venir à Dieu, ni Dieu lui-même ne peut venir tel qu’il est à eux. La seule solution envisageable dans ce cas était l’incarnation de Jésus-Christ ; le fils de Dieu, ou le Verbe, la deuxième personne de la Trinité, étant Dieu lui-même, a pris un corps (et une âme) d’homme et est venu sur terre parmi les hommes. Ainsi Jésus est devenu le reflet de sa gloire (Hé 1,3), Dieu avec nous (Mt 1,21). Le vrai Dieu est venu parmi nous, et l’a fait d’une manière qui nous convienne. Ce n’est que par lui, par le Christ homme-Dieu, que s’est de nouveau manifestée la possibilité de vivre en concorde parfaite avec le Père.

En s’incarnant, Jésus-Christ est venu sur terre avec un but bien particulier : être Médiateur, c’est-à-dire faire l’œuvre d’un médiateur. La première partie du Catéchisme de Heidelberg (questions 3 à 11) étudie la chute, le péché et la « misère » de l’homme. La deuxième, sur le salut, commence ainsi : « Dieu veut que sa justice soit satisfaite. C’est pourquoi nous lui devons un entier paiement soit par nous-mêmes, soit par un autre. » (q. 12) Mais ni l’homme lui-même, ni n’importe quelle autre créature, comme le disent les questions suivantes, ne sont capables de résoudre ce problème. Nous avons besoin d’un médiateur : il doit être en même temps homme et Dieu. Le catéchisme établit cela dans les questions 15 à 18.

La justice divine exige que l’homme paie pour le péché, car sans effusion de sang il n’y a pas de pardon (Hé 9,22). C’est pourquoi le Médiateur ou le Sauveur doit être du genre humain. Il en a effectivement été ainsi : Dieu le Fils a revêtu la nature et l’apparence d’un homme, il est né de la vierge Marie. Il s’est fait chair (Jean 1,14), a vraiment participé au sang et à la chair (Hé 2,14-17). Jésus est devenu semblable à l’homme en tout, il s’est acquis un corps, une âme et une volonté humaines. Jésus était semblable à nous tous, à une seule chose près — il n’a jamais péché. La loi du péché ne régnait pas en lui, c’est pourquoi il a pu résister à la tentation (Hé 4,15). Il est saint, innocent, sans tache (Hé 7,26), il n’a point connu le péché (2 Co 5,21), il a toujours fait ce qui plaisait au Père, et n’a donc aussi jamais eu à lui demander pardon.

Mais le Sauveur doit aussi être vrai Dieu, « plus fort que toutes les créatures » (q. 15 du Catéchisme de Heidelberg), sans quoi il n’aurait pu délivrer les hommes « de toute puissance du diable » (q. 1), vaincre Satan. De plus, seul Dieu lui-même est capable de porter le poids de la colère pour tous les péchés de l’humanité (q. 17). Les Pères de l’Église, réunis au concile de Nicée en 325, ont rejeté l’arianisme et défendu leur conviction que seul le vrai Dieu pouvait nous sauver.

Le Concile de Nicée, fresque, XVIe siècle (Chapelle Sixtine, cité du Vatican).

L’Incarnation ne suffit pas

Voilà un bref résumé de l’Évangile et de la théologie de l’Incarnation. Les deux doctrines sont intimement liées : l’Incarnation est la condition nécessaire et le fondement de l’Évangile, et l’Incarnation est une partie importante du message de l’Évangile. Mais ces doctrines ne sont pas identiques ! L’Incarnation est un enseignement important sur la personne du Christ. Au centre de l’Évangile, il y a aussi sa personne, mais on insiste davantage sur son œuvre, sur ce qu’il a accompli. Si Jésus-Christ n’avait fait que s’incarner, il n’y aurait pas eu de salut. Pour le salut, il fallait qu’il accomplît quelque chose.

Dans son livre Le Mystère de la foi : introduction au catholicisme (The Mystery of Faith: An Introduction to Catholicism, 2004), Michael J. Himes confond ces deux choses, l’Incarnation et l’Évangile. Le problème commence lorsque Himes présente le problème principal de l’être humain. Pour lui, « le mal est le refus d’accueillir la bonté de la Création » ; « le début du péché, c’est d’être déçu par la bonté de la Création » ; « la tentation primordiale nous entraîne à ne pas croire qu’il est bon d’être un homme ».

Ce n’est pas faux. Voici encore une citation : « Le mal, c’est de nier qu’il est bon d’avoir des limites. C’est le refus de croire que nous sommes semblables à Dieu. » Et un peu plus loin : « En refusant de croire à la bonté fondamentale de l’être humain, nous nous éloignons de plus en plus les uns des autres… En ayant tenté de devenir Dieu, on finit par ne plus savoir comment être des hommes. » Pour l’essentiel, ces pensées ne sont pas seulement belles, elles sont aussi justes. Mais il leur manque quelque chose d’important.

Ce qui manque, c’est que l’auteur ne parle que du regard de l’homme sur lui-même, sur les autres et sur toute la Création, mais ne dit pas un mot de la dimension verticale du péché (on y trouverait quelques allusions, en cherchant bien). En ne croyant pas qu’il est bon d’être humain et d’être limité, les hommes rejettent leur Créateur, Dieu, lui désobéissent, se révoltent contre lui. C’est pourquoi le mal n’est pas et ne saurait être uniquement le refus d’accueillir la bonté de la Création ; c’est aussi le fait de se confier à toutes sortes de mauvaises choses, de repousser Dieu et de se rebeller contre lui. Sa conséquence, c’est que la nature humaine est empoisonnée, polluée et ne tend plus qu’au mal.

Michael J. Himes (1947-2022).

Notre théologien passe ensuite au message du christianisme : « La noblesse infinie de l’être humain est le fondement de la Tradition chrétienne, car elle procède de la doctrine de l’Incarnation. En vérité, l’Incarnation est une immense exaltation de l’être humain. » C’est vrai. L’homme, corps et âme, est une créature (Ps 8,5) ; l’Incarnation confirme vraiment la bonté de l’humanité. Mais pour une raison ou une autre, l’auteur ne mentionne pas ce qu’il y a de paradoxal dans l’homme, c’est-à-dire la tension entre la gloire de l’homme (en tant qu’il est une bonne créature, semblable à Dieu) et sa honte (en tant qu’il est totalement corrompu et hostile à Dieu).

Il n’est donc pas étonnant que Himes en vienne à une telle conclusion : « La dignité humaine est le message le plus important de l’Évangile. » Et nous nous voyons ici forcés d’être en désaccord ; la dignité humaine est un message important au sein de l’Évangile, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui vient ensuite est encore plus problématique :

Dieu se dit qu’être humain est si bon, si magnifique, qu’il décide de se choisir un tel destin… La Bonne Nouvelle est que Dieu a revêtu notre humanité. Le salut, c’est que Dieu est venu au monde, pour confirmer son premier avis, lorsqu’il nous avait contemplés et avait vu notre bonté. Cette fois, nous devons croire son avis et le recevoir. Nous sommes sauvés si nous sommes d’accord avec Dieu qu’il est bon d’être humain. Le salut n’est pas l’histoire de Dieu qui nous aurait sauvés d’un univers qui sombre dans le mal, mais l’histoire de Dieu qui vient vivre dans l’univers avec nous, pour que nous reconnaissions enfin combien l’univers est bon.

Nous voyons bien là que l’Incarnation prend la place de l’Évangile : « La Bonne Nouvelle est que Dieu a revêtu notre humanité » ; le salut est « la venue de Dieu au monde ». Comme l’auteur est à ce point centré sur l’homme, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il ne soit donc presque pas question de l’œuvre de Jésus, de sa mort, de la raison pour laquelle il est venu. Selon Himes, c’est sa venue au monde qui est le moment le plus important et le message essentiel envoyé aux hommes. En revanche, dans le Nouveau Testament, nous trouvons que Jésus n’est pas venu pour nous montrer la bonté de la Création, mais pour donner sa vie en rançon. (Mt 20,28 ; Mc 10,45) Le fils de Dieu a revêtu notre humanité et est venu dans notre monde pour mourir pour nous.

Certes, Himes ne passe pas sous silence le thème de la Croix, mais explique « le sens du mystère de la croix » comme suit : « l’amour absolu accepte même la mort, car il croit à la bonté fondamentale de la Création… Le christianisme embrasse toute la Création et nous montre encore une fois la bonté fondamentale de toute la Création et de l’humanité. » On dirait que la mort sur la croix n’était pas du tout nécessaire, car l’Incarnation confirme déjà la bonté humaine, et la croix ne fait que de le montrer « encore une fois ».

Au bout du compte, il semble que la croyance en l’Évangile devienne la reconnaissance de la bonté de la Création : « Nous devons en premier lieu reconnaître que ce que nous sommes est bon » ; « reconnaître que je suis limité, que je ne suis pas Dieu, que je suis dépendant » ; il faut « se réjouir d’être une créature », et « accueillir autrui comme une créature ».

Reconnaître notre dépendance de Dieu et notre finitude est en effet un élément important de notre foi. Mais est-ce vraiment tout ? N’y a-t-il vraiment rien de très important qui manque dans les affirmations de Himes ? Comparons-les pour nous en rendre compte avec les mots du sermon de Paul sur l’Aréopage (Ac 17). L’Apôtre parle lui aussi du Dieu créateur, de la résurrection, et partant aussi de la bonté de la chair ; il mentionne la grandeur et la dignité de l’homme (nous sommes la race de Dieu, Ac 17,29). Mais Paul parle aussi du Christ comme juge (Ac 17,31) et insiste sur le fait que tous les hommes, en tous lieux, [ont] à se repentir (Ac 17,30). L’appel à la repentance et à la conversion était la pierre de touche de l’annonce de l’Évangile chez tous les apôtres. Cette dimension est complètement occultée sous la plume de Himes.

Anonyme, Saint Paul, huile sur toile, 1686.

L’Évangile et les hérésies

Nier ouvertement la divinité de Christ ou son Incarnation et son humanité est complètement erroné, et appelé à raison une hérésie — une fausse doctrine qui rejette les vérités fondamentales du christianisme. Ce genre d’hérésies peut se repérer facilement. Un autre genre consiste à ajouter aux grands dogmes du christianisme des enseignements nouveaux ou sans aucun fondement dans l’Écriture, et à réclamer qu’on les observe scrupuleusement. Un autre genre enfin est encore plus subtil : la saine doctrine est déformée en la plaçant dans un contexte erroné et en lui donnant un statut qui ne lui convient pas.

La loi de Dieu est un bon exemple de cela dans les épîtres du Nouveau Testament. La Loi est bonne et sainte, car elle est à l’image de Dieu lui-même. Jésus, en Matthieu 22,36-40, donne un sommaire de toute la Loi : aime Dieu et ton prochain. Mais ce n’est pas « un enseignement salvifique », comme l’affirment aujourd’hui certains théologiens. La Loi n’est pas l’Évangile. La Loi révèle ou met à nu avant tout le caractère pécheur de l’homme. Et c’est uniquement une fois qu’il est sauvé que l’homme peut librement et de bon gré obéir aux commandements de la Loi, par reconnaissance pour le salut que Dieu lui a offert.

Il en va de même pour l’Incarnation ; elle n’est pas l’Évangile. Les chrétiens ne prêchent pas au monde qu’il est bon d’être humain parce que Jésus l’aurait montré. C’est certes chrétien de conclure à la restauration de l’humanité véritable (cf. mon texte « Homo deus ?» [en allemand ici], et Ranald Macaulay, Jerram Barrs, Being Human: The Nature of Spiritual Experience, 1998) : en croyant en Jésus-Christ, nous deviendrons de véritables être humains. Mais la bonté de l’être humain est un résultat, et non le chemin. Le chemin est autre que celui donné par Himes dans son livre : ce chemin passe par la mort de Christ, sa résurrection, par notre repentance, par la mortification de notre vieil ego et la nouvelle naissance.

La personne du Christ, son message et son œuvre participent ensemble du salut. Lorsque nous annonçons l’Évangile, nous avons donc recours à divers concepts pour définir le salut : le Christ, le Royaume, la croix, la mort, la résurrection, etc. Ils sont liés étroitement les uns aux autres et s’expliquent les uns les autres. Nous annonçons le Christ, c’est-à-dire celui qui est mort sur la croix. Nous parlons de la croix, parce que notre Médiateur, le Dieu-homme a vécu sa Passion sur elle. Il nous arrive d’avoir à présenter l’Évangile en long et en travers, en commençant par la Création, puis en passant à la chute et ensuite à l’Incarnation. Au sens le plus large, l’Évangile commence avec le récit de la naissance de Jésus (Lc 2,9–10), c’est-à-dire par le récit de l’Incarnation.

Mais Jésus n’est pas venu seulement s’incarner. Le « fils de l’homme » est venu pour qu’il souffrît beaucoup, qu’il fût rejeté […], qu’il fût mis à mort, et qu’il ressuscitât trois jours après. (Mc 8,31) Il a revêtu notre humanité pour revêtir également la malédiction qui nous était destinée. (Ga 3,13-14) Jésus-Christ est venu « pour apaiser sa colère de manière pleinement satisfaisante, en s’offrant lui‑même sur le bois de la croix et en répandant son sang précieux pour la purification de nos péchés ». (Confession de foi des Pays-Bas, art. 21) C’est là le cœur de l’Évangile. C’est cette nouvelle-là que nous devrions accueillir par la foi, garder et annoncer au monde entier.

Holger Lahayne.

Et Noël dans tout ça ?

Les chrétiens ont depuis l’origine proclamé la croix, le Christ et le Royaume. Ils n’ont jamais affirmé que la venue au monde de Dieu constituait le salut et que la venue au monde du Christ était le moment et le message le plus important. C’est pourquoi les premiers chrétiens ne fêtaient pas l’anniversaire de Jésus ; bien plus important à leurs yeux étaient sa crucifixion et sa résurrection. Aucune tradition précise de la célébration du jour de la naissance de Jésus ne nous est parvenue. La fête de la Nativité est mentionnée pour la première fois en 354, dans un calendrier des fêtes liturgiques. On pense qu’à Rome, on a commencé à fêter Noël en 336. La fête n’est devenue populaire à travers tout l’Empire qu’au Ve siècle. Saint Augustin pouvait encore écrire : « Nous ne faisons que nous souvenir de la naissance du Sauveur, mais nous ne la fêtons pas. »

Si Noël est aujourd’hui la fête chrétienne la plus populaire, elle n’est pas et ne devrait pas devenir le quatrième membre de l’équation1, car l’événement de l’Incarnation n’est pas identique au message fondamental du christianisme. Si c’était le cas, les chrétiens des premiers siècles auraient commis une sérieuse erreur en ne mettant pas l’histoire de Noël au centre de la Bonne Nouvelle.

Mais cela ne signifie pas que l’histoire de la naissance de Jésus n’a pas de lien avec l’Évangile ! L’Évangile peut tout à fait être annoncé en utilisant les premiers chapitres des Évangiles de Matthieu et de Luc. Ces récits insistent bien sûr sur la véritable humanité de Jésus-Christ, mais annoncent en même temps que ce roi nouveau-né vient agir : C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. (Mt 1,21)

La dignité humaine n’est pas le message le plus important de l’Évangile. Le salut est l’histoire de Dieu qui délivre l’homme de sa prison faite de malice, de colère et de haine dans son cœur. Noël pose une question : l’enfant né à Bethléhem est-il le véritable roi, capable de renverser tous les ennemis de Dieu ? Mais cette question suscite une très grande angoisse dans le cœur de l’homme, car celui-ci souhaite à tout prix rester sur le trône de sa vie. L’Incarnation ne proclame pas la noblesse infinie de l’être humain, mais invite les hommes à se repentir, comme le faisait aussi le cantique d’Avent des frères tchèques du XVIe siècle, Gottes Sohn ist kommen :

Er kommt auch noch heute
und lehret die Leute,
wie sie sich von Sünden
zur Buß sollen wenden,
von Irrtum und Torheit
treten zu der Wahrheit
.

Il vient aujourd’hui encore
et apprend aux gens
comment se détourner de son péché
pour parvenir à la repentance,
comment fuir l’erreur et la folie
pour entrer dans la vérité.

Deuxième strophe.

Illustration de couverture : Millard Owen Sheets, La Parole de vie, mosaïque, 1964 (bibliothèque Theodore Hesburgh, université de Notre-Dame, Indiana).

  1. Croix (kryžius), Christ (Kristus), Royaume (Karalystė) et Noël (Kalėdos) commencent chacun par la même lettre en lituanien.[]

Arthur Laisis

Linguiste, professeur de lettres, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

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