Cette prรฉdication a รฉtรฉ composรฉe pour un devoir de la facultรฉ Jean Calvin.
1Il y avait un homme de Ramataรฏm-Tsophim, de la rรฉgion montagneuse dโEphraรฏm, nommรฉ Elqana, fils de Yeroham, fils dโElihou, fils de Tohou, fils de Tsouph, Ephratite, 2qui avait deux femmes. Le nom de lโune รฉtait Anne et le nom de la seconde Peninna ; Peninna avait des enfants, mais Anne nโen avait pas. 3Chaque annรฉe, cet homme montait de sa ville ร Silo, pour se prosterner devant le Seigneur des Armรฉes et pour lui offrir des sacrifices. Lร se trouvaient les deux fils dโEli, Hophni et Phinรฉas, prรชtres du Seigneur.
4Le jour oรน Elqana offrait son sacrifice, il donnait des parts ร sa femme Peninna, ainsi quโร tous les fils et filles de celle-ci. 5Mais il donnait ร Anne une part dโhonneur ; car il aimait Anne, bien que le Seigneur lโeรปt rendue stรฉrile. 6Sa rivale ne cessait de la contrarier, parce que le Seigneur lโavait rendue stรฉrile. 7Dโannรฉe en annรฉe il faisait ainsi, et chaque fois quโAnne montait ร la maison du Seigneur Peninna la contrariait de la mรชme maniรจre. Alors elle pleurait et elle ne mangeait pas. 8Elqana, son mari, lui dit : Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne manges-tu pas ? Pourquoi ton cลur est-il triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ?
9Aprรจs quโils eurent mangรฉ et bu ร Silo, Anne se leva. Eli, le prรชtre, รฉtait assis sur son siรจge, prรจs du montant de la porte du temple du Seigneur. 10Elle, amรจre, se mit ร prier le Seigneur et ร pleurer abondamment. 11Elle fit un vลu, en disant : Seigneur des Armรฉes, si tu daignes regarder mon affliction, si tu te souviens de moi et ne mโoublies pas, si tu me donnes une descendance, ร moi qui suis ta servante, je le donnerai au Seigneur pour tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tรชte. 12Comme sa priรจre se prolongeait devant le Seigneur, Eli observait sa bouche. 13Anne parlait dans son cลur ; seules ses lรจvres remuaient, mais on nโentendait pas sa voix. Eli pensa quโelle รฉtait ivre. 14Il lui dit : Jusquโร quand resteras-tu ivre ? Va cuver ton vin ! 15Anne rรฉpondit : Mon seigneur, je ne suis pas une femme entรชtรฉe, et je nโai bu ni vin ni boisson alcoolisรฉe ; je me rรฉpandais devant le Seigneur. 16Ne me prends pas, moi, ta servante, pour une femme sans morale, car cโest lโexcรจs de ma douleur et de ma contrariรฉtรฉ qui mโa fait parler jusquโici. 17Eli rรฉpondit : Va en paix ; que le Dieu dโIsraรซl te donne ce que tu lui as demandรฉ ! 18Elle dit : Je suis ta servante ; que je trouve toujours grรขce ร tes yeux ! Puis elle repartit. Elle mangea, et son visage ne fut plus le mรชme. 19Ils se levรจrent de bon matin et, aprรจs sโรชtre prosternรฉs devant le Seigneur, ils rentrรจrent chez eux, ร Rama.
Elqana eut des relations avec sa femme Anne, et le Seigneur se souvint dโelle. 20ร la fin de lโannรฉe, elle รฉtait enceinte ; elle mit au monde un fils, quโelle appela du nom de Samuel โ car, dit-elle, cโest au Seigneur que je lโai demandรฉ.
1 Samuel 1, 1-20.
En regardant autour de moi, je constate deux choses : dโune, nous vivons dans des temps de corruption qui provoquent en nous un mรฉlange de dรฉsespoir et de colรจre. Cโest le sujet de beaucoup de choses que nous entendons et lisons, que ce soit dans les mรฉdias officiels ou sur les rรฉseaux sociaux. Cโen est au point oรน on peut dire aujourdโhui que les rรฉseaux sociaux gagnent de lโargent sur ces sentiments de colรจre et dโindignation.
Deuxiรจmement, on nous prรฉsente des modรจles de libรฉrateurs qui sont de plus en plus souvent des femmes, mais pas nโimporte lesquelles : des femmes qui, au mรฉpris de tout ordre extรฉrieur, sโarrachent de la sociรฉtรฉ pour sโรฉlever jusquโร une sorte de vrai potentiel intรฉrieur et sauver lโhumanitรฉ par le pouvoir de leur propre nature. Cโest en tout cas ce que prรฉsentent les films Marvel dont lโaudience est รฉnorme, et la plupart des productions de Disney et d’autres conteurs. Il y a certes de lโidรฉologie, mais cette idรฉologie se traduit souvent aussi dans nos familles.
En effet, cโest dans nos vies personnelles que nous souffrons les effets de ces choses. Tous les jours, nous voyons dรฉfiler des scandales qui blessent nos รขmes, et pourtant restent hors de portรฉe. Le mal se propage, et le bien est dispersรฉ et impuissant. Information aprรจs information, blessure aprรจs blessure, nous finissons par nous replier sur nous-mรชme, ne plus vouloir participer ร la vie publique. Quand on discute avec les autres, il y a quelque chose qui me choque, cโest ร quel point nous avons โ littรฉralement โ la mort dans lโรขme. Nous nโespรฉrons plus rien, nous nโattendons plus rien.
Et ร ceci sโajoute le deuxiรจme paramรจtre plus ยซ fรฉministe ยป, que je lie au premier problรจme parce que la Bible, on le verra, nous parlera de la maniรจre dont Dieu utilise les femmes pour vaincre la mort et la corruption. Les femmes actuellement souffrent doublement : dโabord, leur fรฉminitรฉ naturelle est attaquรฉe. Il nโy a aucun statut plus mรฉprisรฉ, et pourtant plus essentiel ร un pays que celui de mรจre de famille. Et pourtant, elle nโa droit ร aucune considรฉration, ร aucun salaire, ร aucune retraite. La vie sociale est organisรฉe de maniรจre ร lโexclure. Veut-elle servir sa famille et ses enfants ? On lui rรฉpondra d’un ton lapidaire quโelle est une ยซ poule pondeuse ยป, victime de son mari. Veut-elle sโengager professionnellement ? Cette bonne et nรฉcessaire vie professionnelle lui est rendue difficile : elle sera mรจre ou travailleuse, ses emplois seront fragiles, et les moyens dโรฉvolution excluront soigneusement tout engagement familial. La femme vertueuse de Proverbes 31 est une femme qui travaille, pour sa famille. Notre sociรฉtรฉ ne veut que son travail. Cโest lร que jโaccuse aussi les modรจles fรฉminins des films prรฉcรฉdemment nommรฉs : ils proposent des femmes qui ne sont pas fรฉminines, une nature fรฉminine qui nโest pas naturelle, des attentes qui ne sont accessibles quโaux plus riches dโentre les femmes.
Pris en รฉtau entre le dรฉsespoir et le mรฉpris, nous souffrons tous, et les femmes plus encore. Mais le message que je veux apporter aujourdโhui est le suivant : rรฉjouissez-vous mes sลurs, car Dieu sauve par les femmes. Messieurs, ne vous croyez pas que vous ne serez pas concernรฉs : nous apprendrons ensemble aujourdโhui ร avoir une vision juste de nos femmes, de nos mรจres, de nos sลurs et de nos filles, et ainsi ร les aimer dโune faรงon plus juste.
Dโabord nous allons voir ce quโil se passe en nous lors des temps de malheur. Ensuite, comment Dieu utilise des femmes humbles. Enfin, comment le salut vient par les femmes.
Lors des temps de malheur
Il faut dโabord une idรฉe juste de ce quโil se passe dans les temps de malheur. Aprรจs tout, ne nous dit-on pas quโil faut croire en lโhomme, que nous sommes la solution, que nous devons seulement accomplir notre potentiel et alors lโhumanitรฉ entrera dans une รจre de prospรฉritรฉ รฉternelle ?
On pourrait y rรฉpondre par de la philosophie et de la sagesse naturelle, mais je veux rรฉpondre ici par la Bible, comme il convient ร lโรglise. Dans le texte que nous avons lu, il y a peu dโinformations sur le contexte dans lequel vit la famille dโElqana et dโAnne. ร lire le dรฉbut de 1 Samuel, on a l’impression quโil รฉtait une fois une petite maison dans une prairie, oรน lโรฉpouse avait des problรจmes de fertilitรฉ. Pourtant, si lโon continue seulement quelques chapitres, on lit que l’Arche est capturรฉe par les Philistins. Plus loin dans le livre, on parlera de gigantesques batailles et de hรฉros รฉpiques, de grandes libรฉrations et de chutes tragiques. Pourquoi un livre qui parle de rois et de nations commence par cette petite famille dans la prairie ?
La rรฉponse nous vient du livre des Juges, qui nous donne le contexte plus large de lโhistoire dโIsraรซl dont fait partie Anne. Au commencement, Dieu crรฉa le ciel et la terre. Il a crรฉรฉ aussi lโhomme qui a choisi de dรฉsobรฉir et se dรฉtourner de Dieu. La crรฉation entiรจre sโest retrouvรฉe alors coupรฉe de Dieu, et lโhomme nโa pas su par ses propres forces se dรฉtourner du mal. Alors Dieu a annoncรฉ quโun jour viendrait oรน la descendance de la femme viendrait รฉcraser la tรชte du serpent, le principe du mal. Cette promesse a commencรฉ ร se rรฉaliser avec Abraham ร qui Dieu a promis plusieurs choses : un peuple, une alliance, un pays.
ร la fin du livre de la Genรจse, le peuple est donnรฉ ร Abraham. ร la fin du livre de lโExode, le peuple a une alliance. Mais le paysโฆ ils ne lโont toujours pas. Du temps de Josuรฉ, Israรซl a commencรฉ ร conquรฉrir le pays, mais ils se sont arrรชtรฉs au milieu de la conquรชte et il restait beaucoup de Cananรฉens. Depuis quatre cents ans, Israรซl nโa aucune paix : il est attaquรฉ de toute part, ses villes se retrouvent parfois sous esclavage. La promesse de Dieu semble รชtre plus loin que jamais. Dieu a envoyรฉ diffรฉrents chefs ร Israรซl que lโon appelait des juges. Mais mรชme les meilleurs dโentre eux nโont eu que des rรฉsultats temporaires. Les pires ont empirรฉ la corruption et la mรฉchancetรฉ dโIsraรซl.
Lโรฉpoque dโAnne est une รฉpoque sans espoir. Cโest une รฉpoque oรน les prรชtres s’intรฉressent plus ร escroquer le peuple qu’ร servir Dieu ; oรน les femmes peuvent รชtre violรฉes jusqu’ร ce que mort s’ensuive ; oรน une tribu entiรจre a รฉtรฉ gรฉnocidรฉe dans un excรจs de violence au cours dโune guerre civile. Cโest une รฉpoque de faux libรฉrateurs, de faux prรชtres, de faux prophรจtes et de faux espoirs.
Ces choses sont dans la tรชte dโAnne. Le sanctuaire de Silo oรน elle se rend est connu pour ses abus et les escroqueries organisรฉes par Hophni et Phinรฉas. Elles sont dรฉcrites dans le chapitre 2 : chaque annรฉe, alors quโils ont dรฉjร rรฉcupรฉrรฉ leur part de viande du sacrifice de paix, leurs serviteurs arrivent et prennent encore de la nourriture en plein presque dans les assiettes des enfants. Cโest une fรชte familiale, oรน lโon cรฉlรจbre la paix qui existe entre notre famille et Dieu. Et ces mรฉchants prรชtres viennent voler encore une part de festin.
Et quand les prรชtres sont partis, la fรชte est gรขchรฉe par la seconde รฉpouse dโElqana. Au cours de cette fรชte familiale, elle trouve toujours le moyen de faire remarquer que jusquโici, la seule contributrice ร la famille, cโest elle. Elqana ne rรฉagit que dโune faรงon molle, en disant ร sa femme prรฉfรฉrรฉe : ยซ ce nโest pas grave, je tโaime quand mรชme. ยป
Mais Anne ne veut pas simplement quโon ait pitiรฉ dโelle : elle veut รชtre une mรจre de plein droit. Elle ne veut pas simplement que les prรชtres la laissent tranquille : elle veut un culte pur en Israรซl. Elle ne veut pas simplement que lโon puisse gentiment faire un ou deux sacrifices de paix par an : elle veut la paix vรฉritable en Israรซl, quโil soit dรฉlivrรฉ de tous ses ennemis. Alors elle va, seule, aller prier Dieu.
Application
Nous avons souvent deux attitudes รฉgalement fausses face aux malheurs de notre รฉpoque : la premiรจre est de hisser le pont-levis au sujet de tous les malheurs lointains et de se replier seulement sur notre propre vie personnelle. La deuxiรจme est de se faire submerger par les malheurs lointains et de vivre tรฉtanisรฉ et dรฉprimรฉ, privรฉ de vie. Les deux attitudes sont une mort spirituelle, parce quโelles empรชchent lโaction. Contre cela, nous avons lโexemple dโAnne : elle a correctement hiรฉrarchisรฉ ses malheurs. Ceux qui la prรฉoccupaient le plus โ son manque dโenfant, sa honte de femme stรฉrile โ lโont motivรฉ ร venir prier. Mais dans sa priรจre, elle a aussi apportรฉ les malheurs dโIsraรซl, si bien quโen demandant un enfant, elle a rendu grรขce au Dieu qui allait renverser la situation dโIsraรซl. Nous devons donc apprendre ร ne pas gรฉrer nos malheurs en coupant la moitiรฉ de notre cลur, mais en amenant tous ces malheurs ร Dieu, et ceux qui nous sont proches en premier.
Dieu en effet nโa pas รฉcrit lโhistoire dโAnne pour montrer quโil a pu rรฉpondre ร ses besoins personnels et privรฉs. Anne a demandรฉ un enfant, Dieu lui a rรฉpondu en lui faisant enfanter le dernier des juges et le pรจre de la royautรฉ dโIsraรซl, qui a apportรฉ la paix au pays : Samuel.
Dieu utilise des femmes humbles
Nous allons voir maintenant que Dieu utilise des femmes humbles. Rรฉflรฉchissez ร cela : on vous a demandรฉ dโรฉcrire la biographie de David, le berger devenu roi dโIsraรซl, celui qui a enfin permis ร Israรซl de profiter pleinement de la terre pour la premiรจre fois de toute son histoire. Par quoi commenceriez-vous ? Peut รชtre par sa premiรจre action glorieuse, quand il a vaincu Goliath. Ou bien allez-vous raconter la fois oรน David a vaincu un ours ร main nues quand il รฉtait enfant, un รฉvรฉnement sans tรฉmoins, mais qui montre sa gloire et sa force ร venir ? Dans les histoires de libรฉration, nous avons tendance ร commencer par le hรฉros lui-mรชme et ร passer tout de suite ร la partie glorieuse de sa vie. Mais Dieu les รฉcrit dโune faรงon trรจs diffรฉrente.
Dans le livre des Juges, nous avons eu une grande collection dโhommes forts et fรฉroces qui ont combattu pour Israรซl, mais nโont pas obtenu sa libรฉration. Le livre de Samuel commence par une femme qui vit dans la honte, et qui pleure ร Dieu. Jโinsiste encore : si nous voulions faire un film qui raconte la libรฉration dโIsraรซl, peut รชtre y mettrait-on une femme en personnage principal aprรจs tout. Mais ce serait pour lui mettre ensuite une รฉpรฉe en main, un dรฉcolletรฉ outrageant, et elle dรฉmolirait trois Goliaths et demi en deux minutes.
Mais Dieu ne montre pas un hรฉros fort et glorieux en entrรฉe de ce livre. Il ne montre pas non plus une femme ยซ forte et indรฉpendante ยป. Il montre une femme humble. Quand elle commence ร prier, le grand-prรชtre croit quโelle est ivre tellement il ignore ร quoi ressemble une vraie vie spirituelle. Dans sa dรฉfense pourtant, elle ne lโaccuse dโaucune indignitรฉ, mais dรฉfend seulement son honneur et sa rรฉputation. Elle continue de respecter le grand-prรชtre, mรชme quand il commet une faute et une bรฉvue grave.
La condition de cette femme, cโest quโelle obรฉit ร son mari, elle lui reste fidรจle malgrรฉ la pรฉnibilitรฉ de la vie familiale. Elle ne peut pas dรฉverser son cลur, parce qu’e’il y a chez elle une ennemie personnelle, et que son mari est aveugle ร cela. Elle nโest pas forte, elle pleure chaque annรฉe. Elle nโest pas remplie de confiance, elle est ravagรฉe par la honte. Elle nโest pas aux commandes, elle subit tout. Cโest une femme petite, anonyme, humble, mรฉprisรฉe, solitaire, isolรฉe.
Cโest la mรจre du salut dโIsraรซl, que Dieu a choisie. Son nom est รฉternel, sa gloire est plus grande que la plupart des chefs dโรtat actuels. Sans elle, il nโy aurait pas de Samuel, et donc pas de David, il nโy aurait pas dโIsraรซl uni, il nโy aurait pas de nation prรชte ร recevoir lโarrivรฉe de Jรฉsus, le sauveur de lโhumanitรฉ. Cโest par elle que lโรvangile est passรฉ.
Comment tant de gloire peut-il cohabiter avec tant dโobscuritรฉ ? La leรงon clรฉ est cette vรฉritรฉ qui est dite plusieurs fois dans lโรcriture : cโest que lโhumilitรฉ prรฉcรจde la gloire.
Nous devons donc nous souvenir que maintenant que nous appartenons ร Jรฉsus-Christ, nous devons travailler ร avoir une attitude humble et non conquรฉrante entre nous. Ainsi que le dit lโapรดtre Paul en Romains 12 : Ne soyez pas orgueilleux, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous croyez pas trop avisรฉs. Dieu nโagit quโร travers des personnes humbles. Ainsi donc, que vous soyez des hommes ou des femmes, ne vous considรฉrez pas important, mais apprenez ร demander ร Dieu comme si rien nโรฉtait ร vous, et ร vous appuyer entiรจrement sur lui. Alors seulement, aprรจs un peu de temps, viendra la gloire ร laquelle vous aspirez.
Cโest un commandement que lโon trouve dans toute lโรcriture, mais pourquoi Dieu agit-il ainsi ? Pourquoi ne passe-t-il pas par les humains dโรฉlites, par les forts et les courageux, les compรฉtents et les sages ? La rรฉponse se trouve dรฉjร au temps des Juges, et elle est confirmรฉe par plusieurs prophรจtes :
Dieu ne veut pas passer par des hommes forts, parce quโil ne veut pas partager sa gloire avec un hรฉros humain. Cela pourrait paraรฎtre รฉgoรฏste, voire mรชme capricieux. Mais cela sโexplique facilement quand on comprend quelle est la nature des hรฉros humains et la nature de Dieu. Les hรฉros humains sont tous dรฉfaillants et mรชme les plus purs dโentre eux cachent des corruptions rรฉpugnantes. David, par exemple, jette de lโeau par terre quand il apprend que ses soldats ont risquรฉ leur vie pour aller la tirer au puits dโune ville gardรฉe par ses ennemis. Mais le mรชme David, jusquโici parfaitement noble, nโhรฉsitera pas ร coucher avec la petite-fille dโun de ses conseillers les plus proches, la fille dโun des Trente et lโรฉpouse dโun autre soldat du mรชme groupe de champions dโIsraรซl. Oรน est passรฉe sa noblesse ce jour-lร ? Dieu, de son cรดtรฉ, est dโune excellence et dโune justice parfaites et immuables. Il nโest pas seulement un trรจs grand exemple de Justice : il est la Justice avec un grand J. Si Dieu ne partage pas sa gloire avec un autre, ce nโest parce quโil est une sorte de diva capricieuse. Cโest parce quโil est impossible ร un homme dโรชtre correctement associรฉ ร Dieu.
Deuxiรจme raison pour laquelle Dieu ne sauve pas par des hommes forts et glorieux : nous dรฉtestons Dieu, et si jamais nous voyions Dieu nous sauver ร travers un hรฉros, nous rendrions un culte au hรฉros et mรฉpriserions Dieu. Or, cela serait tragique parce que nul homme nโa jamais pu en sauver un autre, tout puissant fรปt-il. Aussi, parce que Dieu nous aime, il sโadapte ร notre faiblesse pour montrer oรน se situe le vrai salut.
Applications
Voici notre leรงon : nous ne devons pas regarder aux hommes, quโils soient des individus ou des institutions, pour sโimaginer quโils puissent vraiment rรฉpondre aux problรจmes des hommes. Ils peuvent poser des pansements, certes, mais lโhomme ne peut pas se sauver lui-mรชme. Les souffrances qui naissent de sa corruption doivent รชtre soignรฉes par quelquโun qui est radicalement plus grand que lโhomme. Cโest pourquoi nous devons prier Dieu, lโinvoquer, apprendre ร compter sur lui et le prier comme Anne a priรฉ Dieu. Il est le seul et unique sauveur.
Et il y a encore une autre leรงon, plus particuliรจrement pour les femmes : ne haรฏssez pas votre propre faiblesse. Nโayez pas honte de vos propres limites et de votre petitesse. Cโest justement ร cause de votre faiblesse, ร cause de vos limites รฉmotionnelles et physiques, que Dieu veut passer par vous pour le salut. Vous รชtes privilรฉgiรฉes, non parce que vous รชtes des femmes fortes, des femmes indรฉpendantes. Dieu se moque des forts, il renverse les indรฉpendants, hommes ou femmes. Dieu vous aime dโun amour spรฉcial parce que justement vous รชtes humbles, parce que vous gardez votre place, parce que vous nโรชtes pas en position de vous croire fortes ou capables dโaider Dieu. Mais si, au contraire, vous prenez pour vous un modรจle de fรฉminitรฉ qui est en fait une virilitรฉ rebelle ร Dieu, vous en partagerez le sort, qui est dโรชtre jugรฉes par Dieu. Jโai bien conscience que cela est difficile ร notre รฉpoque, oรน mรชme les lois sont รฉcrites de faรงon ร pousser les femmes ร tordre leur fรฉminitรฉ. Mais Dieu est plus grand que notre cลur, et il sait de quoi nous sommes faits. Ne haรฏssez pas votre propre faiblesse, et demandez ร Dieu de vous aider. Il vous aidera.
Comment le salut vient par les femmes
Cโest dโautant plus important que ce nโest pas seulement Anne qui connaรฎt ce genre de grรขce. Dans toute lโรcriture, il apparaรฎt que le salut vient par les femmes.
Cโest ร cause de ce schรฉma si rรฉcurrent dans lโรcriture que lโapรดtre Paul รฉcrit au sujet dโรve et de la femme, en 1 Timothรฉe 2 : Elle sera nรฉanmoins sauvรฉe en devenant mรจre, si elle demeure dans la foi, lโamour et la consรฉcration, avec pondรฉration. Il ne sโagit pas de dire que les hommes sont sauvรฉs par la foi tandis que les femmes sont sauvรฉes par lโaccouchement. Cโest un rappel de Genรจse 3,15, et de toutes les mรจres de libรฉrateurs dans lโรcriture, un motif, riche, rรฉcurrent et important. Cโest par รve que le pรฉchรฉ est entrรฉ dans le monde, et cโest par Marie que le salut est entrรฉ dans le monde. Cette seconde รve a รฉtรฉ la cause de la vie tout comme la premiรจre รve fut cause de la mort. Le premier Adam a รฉtรฉ dรฉchu suite ร lโoccasion fourni par lโorgueil de la premiรจre รve, le second Adam โ Jรฉsus Christ โ a sauvรฉ le monde suite ร lโoccasion fournie par lโhumilitรฉ de la nouvelle รve, Marie. Ce nโest pas seulement moi qui le voit, cโest le raisonnement de Paul en 1 Timothรฉe 2,13-15.
En effet, Adam a รฉtรฉ faรงonnรฉ le premier, รve ensuite ; et ce nโest pas Adam qui a รฉtรฉ trompรฉ, cโest la femme qui, trompรฉe, sโest rendue coupable de transgression. Elle sera nรฉanmoins sauvรฉe en devenant mรจre, si elle demeure dans la foi, lโamour et la consรฉcration, avec pondรฉration.
Le raisonnement de Paul est le suivant : mรชme si Adam est responsable de la Chute, cโest suite ร lโoccasion fournie par รve. Aussi Dieu a-t-il dรฉcidรฉ de sauver lโhumanitรฉ non seulement en instituant un deuxiรจme Adam, mais en laissant la femme aussi รชtre lโoccasion de cette dรฉlivrance. Et ce ne fut pas seulement vrai de Marie : cโest un motif qui se rรฉpรจte ร travers lโรcriture.
Applications
Alors comment une femme de Dieu doit-elle recevoir ses paroles ? Dรฉveloppez dรจs maintenant les qualitรฉs dโhumilitรฉ, de foi, dโamour et de consรฉcration que Marie et Anne ont illustrรฉes. Ces qualitรฉs sont certes mรฉprisรฉes aux yeux du monde, mais dโune grande valeur aux yeux de Dieu. Ne craignez pas de perdre en dรฉveloppant cette douceur fรฉminine, car votre rรฉcompense ne sera pas le temps dโune carriรจre, quelques dรฉcennies dโexploitation suivie de lโoubli. Ce sera une rรฉcompense รฉternelle, glorieuse et lโapprobation du Pรจre des Lumiรจres qui est toute misรฉricorde et toute justice.
ร celles qui nโont pas encore dโenfants, et qui peuvent espรฉrer en avoir : dรฉveloppez une vision positive de la maternitรฉ dรจs maintenant, car malgrรฉ tout son poids, elle est un cadeau de beaucoup de valeur. Dieu nโa pas voulu sauver lโhumanitรฉ sans passer ร chaque fois par une mรจre quโil a choisi spรฉcialement avec amour et soin.
ร celles qui sont dรฉjร mรจres : prenez courage dans les รฉpreuves et ne perdez pas de vue votre plus grande aide, le Dieu qui vous a choisi pour amener ร lโexistence ce fils ou cette fille de Dieu, pour un plan dรฉterminรฉ de toute รฉternitรฉ. Ce nโest pas seulement quelque chose de naturel. Les enfants que vous รฉlevez aujourdโhui, cโest Dieu qui a dรฉcidรฉ de faire grandir lโรglise par vous. Vous avez portรฉ dans votre corps le salut du monde, et vous le portez encore. Invoquez le Pรจre souvent dans vos priรจres, avec frรฉquence et insistance, pour que vos enfants demeurent dans la maison de Dieu, et que vous soyez rendues semblables ร Jรฉsus, qui รฉtait doux et humble de cลur, et a tant aimรฉ les enfants quโil les a pris pour exemple des citoyens du royaume de Dieu.
ร celles qui, pour diverses raisons, sont frustrรฉes dans leur maternitรฉ, par stรฉrilitรฉ ou cรฉlibat subi : Vous nโรชtes pas mรฉprisรฉes par Dieu. Considรฉrez comment Anne nโa pas laissรฉ cette stรฉrilitรฉ la submerger, mais a invoquรฉ avec humilitรฉ et courage le nom de lโรternel. Dieu nโa pas rรฉpondu aux priรจres du grand-prรชtre dans ses jolis vรชtements. Il nโa pas rรฉpondu aux priรจres des princes. Il a rรฉpondu ร la tristesse dโune femme seule et angoissรฉe, submergรฉe de frustration. Vous รชtes le genre de femme que Dieu recherche, si vous dรฉveloppez cette foi, cet amour et cette consรฉcration recherchรฉe. Il saura vous donner des enfants ; si ce nโest par la chair, ce sera dans lโesprit, et vous aurez une plus grande famille dans le Royaume que toute celle que vous auriez espรฉrรฉe dans ce monde.
Comment dรฉvelopper ces qualitรฉs dโhumilitรฉ, de foi, de consรฉcration qui รฉtaient celles dโAnne, et qui ont donnรฉ ร Israรซl un sauveur ? Ici, je ne parle pas seulement des femmes, mais aussi des hommes qui veulent ressembler ร Christ, car il est un modรจle de ces trois qualitรฉs :
- Rappelez vous que l’humilitรฉ ne consiste pas ร se haรฏr soi-mรชme mais ร penser moins ร soi-mรชme. Anne n’a pas pensรฉ : ยซ je suis une femme dรฉtestable ยป. Au contraire, elle รฉtait capable de se fรขcher contre รli lorsqu’il dรฉclara qu’elle รฉtait mรฉprisable. L’humilitรฉ d’Anne, c’est de ne pas avoir rรฉpliquรฉ contre son mari ou contre Pennina, et d’avoir orientรฉ ses pensรฉes vers Dieu, plutรดt que vers elle-mรชme et vers sa propre souffrance. Si vos pensรฉes sont souvent posรฉes sur Dieu, votre รชtre entier s’alignera naturellement ร sa juste position.
- L’activitรฉ et le service sont utiles pour ne pas se laisser distraire par ses รฉmotions. Mais prenez garde ร ne pas vous laisser submerger ensuite par l’activisme au point oรน vous n’avez plus le temps de prier et d’entretenir votre vie spirituelle.
- Apprenez dans vos activitรฉs ร garder cette capacitรฉ de recul pour vous rendre compte de ce que Dieu fait par vous. Rรฉpรฉtez-vous que vous รชtes aimรฉes par Dieu, et qu’il veut agir par vous. Remerciez-le, et obรฉissez-lui de tout votre coeur ensuite.
- Rappelez vous que tout ce que vous avez appartient ร Dieu premiรจrement, qu’il s’agisse de l’ลuvre de vos mains ou de l’enfant qui sort de votre ventre. Consacrez vos enfants et vos ลuvres ร Dieu : cela ne veut pas dire qu’il vous les enlรจvera. Il veut les รฉlever avec vous.
Quant aux hommes, voici des applications de l’exemple d’Anne :
- Mรชme si cela nous est difficile, il faut se garder d’imiter l’insensiblitรฉ d’Elqana et ne pas ajouter au fardeau des femmes. Le risque est que le fardeau devienne si grand qu’elle ne puisse plus invoquer Dieu facilement et c’est un danger rรฉel. Sachons les protรฉger et allรฉger leur peine.
- Nous avons un mรชme Seigneur qui exige la mรชme obรฉissance des hommes comme des femmes. Cependant, il a un mode de relation avec les femmes qui est diffรฉrent, et qui correspond ร leur nature. De mรชme, il entre en relation avec nous, les hommes, d’une certaine faรงon, qui convient ร ce que nous sommes. L’intรฉgritรฉ de chaque spiritualitรฉ doit รชtre conservรฉe, et il faut apprendre ร dรฉvelopper une vie spirituelle commune, mรชme quand les usages diffรจrent entre hommes et femmes. Peut-รชtre que votre femme est ร l’aise avec des priรจres spontanรฉes et courtes, et que vous prรฉfรฉrez des priรจres plus construites et longues. Ne vous accrochez pas sur la forme de spiritualitรฉ, et concentrez vous sur l’รฉdification commune. Dieu a demandรฉ des choses diffรฉrentes ร Elqana et ร Anne.
- Il y a aussi le fait que, souvent, nous n’avons pas de modรจle vivant d’une femme comme Anne, ou d’un รฉpoux conforme ร la volontรฉ de Dieu. Nous avons besoin d’invoquer Dieu pour qu’il nous apprenne les voies de l’รฉpoux et du pรจre.
Cโest pourquoi je pense quโร prรฉsent il serait juste que nous concluions par la priรจre, pour comprendre et appliquer la leรงon dโAnne dans nos vies.
Illustration : Francis William Warwick Topham, Samuel consacrรฉ par Anne, huile sur toile.





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