Quel usage du sens spirituel dans les dogmes mariaux ?
9 juillet 2025

Cet article vient en support et complément de la vidéo de Benjamin Eggen « Marie dans la Bible : ce que croient les protestants ». Je considère cette vidéo comme complète et convaincante, mais j’ai souhaité proposer une réponse plus directe aux arguments bibliques des catholiques, qui utilisent plus lourdement les allégories et sens spirituels.

Ces considérations nous semblent importantes parce que conformément à la méthode ancienne et patristique, nous admettons un usage du sens spirituel ou allégorique des Écritures, conformément à l’usage apostolique en 1 Corinthiens 10.4 et Galate 4.24. Cet article a cependant pour but de montrer que même en admettant le recours à une interprétation spirituelle des textes bibliques, il est illégitime d’en développer les dogmes mariaux actuels.

Les points qui suivent sont de Pierre-Sovann Chauny, notre collègue et le professeur de dogmatique à la Faculté Jean Calvin :

  1. Les théologiens et exégètes catholiques prétendent souvent ancrer les dogmes mariaux dans l’Ecriture.
  2. Ils le font toutefois en recourant au sens spirituel allégorique de certains passages scripturaires. Ils tentent donc de démontrer scripturairement les dogmes mariaux par le recours au sens spirituel.
  3. Toutefois, le grand artisan de la théorie des sens que furent le pseudo-Denys, ainsi que son plus grand défenseur, que fut Thomas d’Aquin [Somme Théologique, Prima Pars, Q1, a10], expriment très nettement que « le sens spirituel n’est pas pour la démonstration ».
  4. Autrement dit, une doctrine n’est bibliquement fondée que si elle découle, expressément ou comme une bonne et nécessaire conséquence, du sens littéral d’au moins un passage.
  5. En conséquence, l’argument catholique romain en faveur des dogmes mariaux fondés uniquement sur le sens spirituel de certains textes bibliques n’est pas conclusif sur le fondement même de la théorie des sens (qui sous-tend le recours au sens spirituel). C’est pourquoi, selon les principes mêmes de la théorie des quatre sens en vigueur dans le catholicisme romain, il n’est pas possible pour un catholique de dire, de bonne foi, que ces dogmes mariaux sont fondés dans l’Ecriture, s’ils ne les trouvent pas dans le sens littéral d’un texte biblique.
  6. Comme ces dogmes ne se trouvent dans la lettre d’aucun texte biblique, il s’ensuit que ces dogmes ne sont pas fondés dans l’Ecriture.
  7. Les apologètes catholiques n’ont donc plus qu’à se retrancher sous l’autorité du pape, ce qui est d’ailleurs historiquement la raison d’être du dogme de l’Immaculée Conception : forcer les gallicans à devenir ultramontains.
  8. Autrement dit : les dogmes mariaux romains ne tiennent qu’à cause de « Sola Roma »

Pour un argument complémentaire, plus technique sur la lecture allégorique de « Marie comme Arche de l’alliance », nous vous renvoyons vers notre traduction de Konrad Buzala : « Marie, nouvelle arche de l’alliance ? ».

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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