Des guérisons miraculeuses à Lourdes ? – Dr Peter May
27 janvier 2026

Le docteur Peter May a été formé en médecine au Royal Free Hospital de Londres. En 1980, il a commencé à exercer comme médecin à Southampton, où lui et son épouse vivent aujourd’hui leur retraite. Mariés depuis cinquante ans, ils ont quatre enfants et seize petits-enfants. Il a été membre du Synode général de l’Église d’Angleterre pendant vingt-cinq ans et a écrit sur l’apologétique chrétienne ainsi que sur des questions médicales et familiales. Ses compétences médicales jointes à son intérêt marqué pour le christianisme l’ont mené à écrire à plusieurs reprises sur les guérisons miraculeuses et à publier dans des revues académiques à ce propos. Passons rapidement en revue ses publications :

  • En 1994, il publia le compte-rendu d’une enquête sur l’évangéliste Morris Cerullo, prétendant opérer des guérisons qu’il a personnellement investiguées1.
  • En 2003, il publia un autre article évaluant des prétendus miracles contemporains dans une revue de médecine légale2.
  • En 2009, il contribua à un ouvrage sur le même sujet3.
  • En 2017, il publia à nouveau dans une revue de médecine légale une analyse des miracles allégués pour la béatification de John-Henry Newman4.
  • En 2017, il publia dans une revue consacrée à l’interaction entre science et foi un article consacré spécifiquement aux guérisons miraculeuses, il aborde successivement les conditions pour qu’une guérison soit qualifiée de miraculeuse, le cas de Moris Cerullo, les études précédentes sur le sujet et leurs conclusions ainsi que les miracles de Lourdes5.
  • Accompagnant ce premier article, un second publié en 2019 répond à diverses objections au premier6.
  • En 2022, il publia un article grand public répondant au théologien pentecôtiste Craig Keener. Cet article donna lieu à un débat entre Keener et lui en 2023. Ils abordent plusieurs cas de guérisons alléguées à Lourdes.

L’objet de cet article n’est pas d’être exhaustif sur les miracles de Lourdes mais de faire connaître les travaux de Peter May relatifs à ce sujet en en traduisant des portions.

Les critères pour parler de guérison miraculeuse

Dans l’un des articles mentionnés plus tôt, Peter May rappelle les conditions énoncées par la tradition chrétienne pour parler de guérison miraculeuse. Il cite comme résumé opportun celui que donna le cardinal Lambertini en 1735, futur Benoît XIV. Lambertini a en effet exercé la fonction d’« avocat du diable » dans les procès de canonisation des saints de 1708 à 1728, avant de devenir pape7 :

En 1735, le cardinal Lambertini, qui deviendra par la suite le pape Benoît XIV, a énuméré cinq critères permettant d’identifier les miracles de guérison. Il observait que les miracles rapportés dans les Évangiles présentaient généralement ces cinq caractéristiques :

  1. la maladie était incurable (comme la cécité congénitale, la cyphose de la colonne vertébrale, un bras atrophié, des jambes paralysées ou une mort datant de quatre jours) ;
  2. les affections étaient en général non rémittentes (les exceptions étant l’épilepsie et la ménorragie). La plupart ne pouvaient se résoudre spontanément ;
  3. la guérison était instantanée, le plus souvent à la suite d’une parole de commandement. Deux exemples évangéliques mentionnent un très court délai avant l’achèvement, mais autrement elles sont toutes rapportées comme survenant « immédiatement » ;
  4. aucune autre thérapie ne pouvait rendre compte du rétablissement. La salive et la boue appliquées sur les yeux n’auraient pas, en elles-mêmes, d’effet thérapeutique ;
  5. la guérison était complète. L’homme sourd n’avait pas besoin de porter la main à son oreille en disant : « Pourriez-vous parler plus fort ? », pas plus que l’homme paralysé, autant que nous le sachions, ne s’éloignait en boitant, appuyé sur le bras d’un ami, nécessitant que quelqu’un d’autre porte son lit.

Les miracles de Lourdes

En bref, conclut le Dr May, aucun des miracles de Lourdes ne respecte ces critères. Il donne dans le même article quelques exemples en guise d’illustration :

À ce jour, on ne compte que soixante-neuf reconnaissances officielles de miracles à Lourdes, parmi les millions de personnes malades qui s’y rendent dans l’espoir d’une guérison. La raison pour laquelle un hématome sous-dural que j’ai subi a été mal diagnostiqué en 1960 tient aux outils diagnostiques très limités dont on disposait alors. Ce n’est qu’à partir des années 1970 que les scanners (CT) sont entrés en usage courant, et à partir de 1980 pour l’IRM. Aujourd’hui, nous disposons d’un large éventail de technologies nous permettant d’établir des diagnostics précis. Il n’est donc pas surprenant que, après de nombreuses déclarations de miracles avant 1960 — avec environ cinquante cas revendiqués en moyenne chaque année —, seuls sept cas aient été reconnus comme miracles par le Bureau médical international de Lourdes au cours des cinquante dernières années.

Parmi eux figure, à partir de 1963, le cas de Vittorio Michelli (miracle no 63 de Lourdes). Il a connu une rémission spontanée d’un cancer osseux de la hanche, qui s’est produite très progressivement, en lui laissant une luxation de la hanche, de sorte qu’il marchait avec une boiterie sévère.

En 1970, Serge Perrin (no 64) était supposé avoir fait un accident vasculaire cérébral, mais ses signes et symptômes cliniques ne concordaient jamais. Les examens déterminants étaient normaux et il présentait ce que les psychiatres appellent « la belle indifférence ». Il s’agit d’un trait caractéristique des personnes hystériques que d’être étrangement à l’aise avec leur maladie. Le Dr Mangiapan semblait réticent à discuter de ce cas.

En 1987, Jean-Pierre Bely (no 66) était considéré comme atteint de sclérose en plaques, mais la seule personne du comité médical à avoir voté contre le caractère miraculeux de sa guérison était le neurologue. Celui-ci estimait que le diagnostic n’avait pas été établi au-delà d’un doute significatif. Aujourd’hui, l’IRM est cruciale pour poser ce diagnostic difficile.

La guérison, en 1964, d’Anna Santaniello d’une cardiopathie rhumatismale (no 67) n’a été annoncée que cinquante ans après les faits. Plus récemment, en 2011, Serge François a retrouvé une mobilité « fonctionnelle » de sa jambe gauche, jugée inexplicable.

J’ai demandé au Dr Mangiapan, auteur de l’ouvrage de référence sur les guérisons de Lourdes, quel était selon lui le miracle le plus impressionnant. Il a choisi le cas no 65. Delizia Cirolli était une fillette sicilienne de douze ans, dont la photographie figurait en couverture de son livre. Elle présentait une tumeur au genou, diagnostiquée comme un neuroblastome, mais ses parents refusèrent l’amputation, qui aurait été le seul traitement médical possible. Elle est donc rentrée chez elle depuis Lourdes comme pour y mourir, mais six mois plus tard, elle s’est levée de son lit de malade, a recommencé à marcher et n’est jamais revenue en arrière. Je lui ai demandé quand elle avait passé sa radiographie suivante, et il m’a répondu que c’était environ six mois après sa guérison. « Était-elle guérie à ce moment-là ? » « Non », a-t-il dit, mais la lésion se résolvait progressivement. Elle ne s’est d’ailleurs jamais complètement résolue ; elle a par la suite nécessité une chirurgie orthopédique pour redresser sa jambe déformée. Je lui ai fait remarquer que, parmi les cancers de l’enfant, les neuroblastomes présentent le taux le plus élevé de rémissions spontanées. Mais il a contesté ce diagnostic et estimait qu’il s’agissait plutôt d’un sarcome d’Ewing, pour lequel, selon lui, aucun cas de rémission spontanée n’avait jamais été rapporté.

Quelques mois plus tard, j’ai été interviewé pour un documentaire de la série Equinox de Channel Four consacré aux miracles de Lourdes. J’y ai déclaré que le cas de Delizia Cirolli était le cas clé et qu’ils devraient essayer de se procurer les lames histologiques issues de la biopsie tumorale de cette jeune fille afin de les soumettre à l’avis d’un oncologue londonien. Ils y sont parvenus et les ont présentées au Dr Kathy Pritchard-Jones, oncologue pédiatrique consultante au Royal Marsden Hospital. J’ai dû attendre la fin du film pour connaître son verdict. Elle a rapporté que le tissu était totalement indifférencié, ce qui l’a conduite à conclure qu’il pouvait s’agir d’une infection osseuse, telle que la tuberculose, plutôt que d’une tumeur, et qui se serait finalement résolue spontanément.

Outre ces cas, Craig Keener retient un autre miracle allégué, que May commente ainsi :

En 1924, Elizabeth Delot était atteinte d’un cancer de l’estomac et s’est progressivement rétablie après une intervention chirurgicale. L’Église n’a pas reconnu ce cas comme un miracle.

Bien que cela ne concerne pas Lourdes, je mentionne en passant ce qu’il signale sur les miracles liés aux canonisations :

La Dr Jacalyn Duffin, hématologue canadienne, s’est rendue à Rome pour effectuer des recherches dans les Archives secrètes du Vatican afin d’enquêter sur les miracles attribués aux saints catholiques à l’époque moderne. Combien concernaient des maladies physiques ? Quelles maladies avaient été guéries ? Qu’en pensaient les médecins sceptiques ? Elle découvrit que les détails médicaux de chaque cas étaient tenus secrets au cours des six papautés suivantes. Cela signifiait qu’elle ne pouvait consulter que les documents antérieurs à 1939.

Cependant, la canonisation du cardinal Henry Newman en 2008 m’a offert une occasion unique de lever un coin du voile sur cette culture du secret vaticane. Le pape Benoît XVI devait se rendre à Birmingham pour l’occasion ; j’ai donc téléphoné à l’Oratoire de Birmingham pour demander si je pouvais consulter les documents médicaux pertinents, la « Positio Super Miro ». À ma grande surprise, ils m’ont aimablement proposé de m’en vendre une copie ! Je suis donc désormais l’heureux propriétaire d’une splendide édition reliée grand format de 250 pages.

Je peux vous dire que Jack Sullivan, âgé de soixante-deux ans, souffrait d’une discopathie dégénérative lombaire, comprimant la quatrième racine nerveuse lombaire. En août 2001, il a subi une laminectomie décompressive de routine, suivie d’un « déroulement postopératoire sans particularité ». Il est rentré à domicile une semaine plus tard. Il n’y avait rien de miraculeux là-dedans. Est-ce là la raison de ce secret ?

Conclusion

Que les « meilleurs cas » récents présentés par les défenseurs des miracles de Lourdes soient si peu probants, considérant les 6 millions de pèlerins annuels actuellement (et plus de 200 millions depuis 1860), est significatif. Avant un traitement plus complet du sujet, je vous invite à consulter les articles de Peter May ainsi que son débat avec Craig Keener.


Illustration en couverture : James Thornhill, Pierre et Jean guérissant le paralytique, 1730.

  1. Peter May, The Faith Healing Claims of Morris Cerullo, Free Enquiry, 1993/94.[]
  2. Peter May, Claimed Contemporary Miracles, Medico-Legal Journal, Volume 71, Part 4, 2003.[]
  3. Peter May, dans Faith and Thought, the Victoria Institute, 2009, pages 11-25.[]
  4. Peter May, “Beatification of Cardinal Henry Newman” Medico-Legal Journal, 2017, Vol 85 (4).[]
  5. Peter May, “Miracles in MedicineScience and Christian Belief, 2017, Volume 29, No 2, pages 121-134.[]
  6. Peter May, “Response to my Critics” Science & Christian Belief 2019, Vol 31, No 1, pages 70-77.[]
  7. Le Dr St John Dowling a examiné les critères de Lambertini dans « Lourdes cures and their medical assessment », Journal of the Royal Society of Medicine, 1984, pages 634-638.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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