Contre les reliques – Turretin (11.8)
2 février 2026

Les corps des saints et les reliques doivent-ils être adorés selon un culte religieux ? Nous le nions, contre les papistes.

Le culte des reliques est une conséquence du culte des saints (Turretin 11.7). Bien que la pratique semble moins intense qu’au XVIIe siècle, elle reste un sujet d’apologétique entre catholiques et protestants, surtout en ligne.

Nous ne disons pas, bien sûr, qu’il faille profaner les restes des saints et s’en moquer. Au contraire, il faut les enterrer décemment, avec d’autant plus de respect qu’ils sont saints, justement. Mais nous refusons tout hommage religieux, et nous les considérons comme une superstition à rejeter vigoureusement.

Argumentation

Le silence de l’Écriture

Il n’y a ni commandement ni promesse qui encourage cette pratique. Lorsque Joseph ordonne que l’on récupère ses ossements, c’est pour qu’il repose en paix auprès de ses pères et non pour qu’on le place dans un tabernacle et qu’on lui fasse des processions (Genèse 50,25). Il est écrit que Dieu a caché le corps de Moïse (Deutéronome 34,6) pour que, justement, il n’y ait pas de culte de ses reliques, ce qui est confirmé en Jude 1,9. Même lors du martyre d’Étienne, un culte des reliques n’a pas été mis en place (Actes 8,2).

Matthieu 23,29

Malheur à vous, spécialistes de la loi et pharisiens hypocrites, parce que vous construisez les tombeaux des prophètes et que vous décorez les tombes des justes.

À quoi bon honorer le tombeau de Saint Paul, si c’est pour désobéir à ses lettres ? Les catholiques du XVIIe siècle reproduisent la même erreur que les pharisiens condamnés par Jésus.

C’est inutile et idolâtre

Inutile, car on attend une puissance vivante depuis un objet mort ; idolâtre, parce qu’on espère de la créature les faveurs du Créateur. Et nous avons déjà établi à la question précédente qu’il n’y a pas de différence entre latrie et dulie qui justifierait un hommage religieux autre qu’à Dieu seul.

C’est exposé aux impostures

Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui, mais les fraudes aux reliques furent un problème majeur au Moyen Âge et contribuèrent beaucoup à renverser le culte tout entier au XVIe siècle. Dès l’histoire ancienne, Socrate le Scolastique dénonce le culte à Ammonius, un moine et surtout un brigand (Histoire Ecclésiastique 7,14). Grégoire de Tours dénonce un cas où un cercueil de saint contenait de la moisissure, des dents de taupes, des os de souris et des griffes de renard (Historia Francorum 9,6). Dans le reliquaire de Zurich, ouvert à la Réforme, en guise de reliques on ne trouva que quelques particules de brûlé, une corde de douze pieds, et des côtes de chats ou d’un animal similaire, et rien d’autre. À Genève, le « cerveau de Pierre » était une pierre ponce ; le bras d’Antoine, une hanche de cerf. Le Traité des reliques de Jean Calvin est une ressource très distrayante à lire à ce sujet.

Le culte des reliques était inconnu de l’Église ancienne

Bien qu’ils aient enterré avec soin les corps des martyrs, les membres de l’Église ancienne ne les charcutaient pas pour se partager les trophées. On en voit un exemple avec l’Église de Smyrne et son respect pour les os de Polycarpe. Jamais les païens anciens ne nous ont accusés de tels hommages pendant plus de 300 ans, alors qu’ils l’ont fait par la suite. Le culte des reliques est venu tardivement, et très progressivement.

Cela a commencé par des cérémonies d’hommages aux martyrs lors des dates anniversaires de leur mort. Bien qu’au départ ce fût sans superstition, il y a eu un glissement. Ce fut Constantin qui lança la mode de déterrer et de translater des reliques au sein des lieux de culte ; l’idée était de proposer une version chrétienne d’une pratique séculière consistant à déplacer les corps des rois et des grands hommes que les païens voulaient honorer. Mais involontairement, il créa l’idée que les saints et martyrs devenaient les protecteurs et gardiens de la cité dans laquelle ils étaient translatés. Peu après, au lieu de les enterrer dans l’église, on les laissa exposés pour la vénération, puis vinrent les processions pour montrer encore davantage la relique. Quand des miracles ont commencé à être signalés près des reliques, l’invocation des saints auprès des restes fut bel et bien lancée, allant à l’encontre du culte du Dieu unique.

Réponses aux objections

Objection : 2 Rois 13,21 On était en train d’enterrer un homme quand on aperçut une de ces troupes, et on jeta l’homme dans le tombeau d’Élisée. En touchant les ossements d’Élisée, l’homme reprit vie et se leva sur ses pieds. → C’est donc que les morceaux de corps des saints peuvent être des canaux de la grâce de Dieu, ce qui justifie le culte des reliques. Réponse : Certes, c’était un vrai miracle, mais nul n’a organisé un culte autour des reliques d’Élisée, ni même cherché à obtenir ce miracle, contrairement au culte des reliques romain.

Objection : Nous avons des exemples de reliques en Actes 5,15 (On en venait à sortir les malades dans les rues et à les placer sur des civières et des brancards afin que, lorsque Pierre passerait, son ombre au moins couvre l’un d’eux) et Actes 19,12 (Dieu faisait des miracles extraordinaires par l’intermédiaire de Paul, au point qu’on appliquait sur les malades des linges ou des mouchoirs qui avaient touché son corps ; les maladies les quittaient et les esprits mauvais sortaient d’eux).

Réponse de Turretin :

Mais que, pour la raison de cette fonction symbolique, ces objets dussent être adorés, les apôtres ne l’ont point commandé, et il ne semble pas non plus que quiconque l’ait fait. Pierre, qui ne voulut pas être adoré par Corneille de son vivant, aurait-il voulu ordonner l’adoration de son cadavre ? Ou bien aurait-il souffert que devant son ombre ou ses linges (ne touchant en rien à son essence), des hommes se prosternent avec révérence ?

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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