Contre la restriction mentale – Turretin (11.12)
2 mars 2026

Est-il légitime d’utiliser des équivoques ambigus et des restrictions mentales dans les serments ? Nous le nions contre les papistes et plus particulièrement les jésuites.

Turretin ne condamne pas toute ambiguïté : à partir du moment où elle ne cherche pas à tromper, et qu’elle est connue des deux interlocuteurs, c’est une chose légitime.

Les jésuites, principaux opposants aux protestants du XVIIe siècle, enseignaient et pratiquaient la restriction mentale, qui leur permettait de tordre les serments en mentant. Ainsi, si un soldat anglais leur demandait « es-tu prêtre ? », ils mentaient pour protéger leur couverture en disant « Je ne suis pas prêtre » et mentalement de se dire « de Baal », trompant ainsi le soldat. Un autre exemple était François d’Assise à qui l’on demandait s’il avait vu passer tel assassin. François enfouit ses mains dans ses manches et dit : « je ne l’ai pas vu passer par ici » — c’est-à-dire : passer par ses manches, mais bien sûr ses interlocuteurs furent trompés. Loin d’être un abus isolé, cette façon de mentir a été défendue par des grands noms catholiques du XVIIe siècle, tels que le cardinal Toletus, Suarez, Grégoire de Valence et même le roi Jacques Ier d’Angleterre. Tous ceux-là étaient jésuites.

Heureusement, certains catholiques, même au XVIIe siècle, ne considéraient pas que la fin puisse justifier de tels moyens : Malderus, Sepulveda, Paul Sylvius et surtout le bénédictin John Barnes, en s’appuyant sur Thomas d’Aquin, Duns Scot, Gerson, Lombard, Cajetan et les meilleurs théologiens du Moyen Âge.

Les réformés suivent cette opinion-là avec eux en disant qu’il n’est pas permis d’utiliser des équivoques pour tromper.

Je n’ai jamais vu cette opinion défendue à notre époque, mais je connais des cathologètes qui seraient heureux de rétablir cette tradition si je l’exposais, aussi cet article en restera à l’essentiel, sans rapporter les objections.

Argumentation principale

À partir d’Hébreux 6,16

Les hommes jurent par plus grand qu’eux et le serment est une garantie qui met fin à toute contestation.

On ne peut pas mettre fin à une contestation par un serment si les mots peuvent être tordus par toutes les ambiguïtés. Donc les ambiguïtés trompeuses sont interdites.

Condamnés par l’Écriture

  • Jérémie 9,7s : « Leur langue est une flèche meurtrière, ils ne parlent que pour trahir. De la bouche ils disent que tout va bien à leur prochain, mais intérieurement ils lui tendent un piège. N’interviendrai-je pas contre un tel comportement, déclare l’Éternel, ne me vengerai-je pas d’une pareille nation ? »
  • 2 Corinthiens 4,2 : « Nous rejetons les actions honteuses qui se font en secret, nous ne nous conduisons pas avec ruse et nous ne falsifions pas la parole de Dieu. Au contraire, en faisant connaître clairement la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d’homme devant Dieu. »

Contraire à la loi divine, naturelle comme civile

La loi divine nous interdit de faire du mal pour qu’un bien advienne. La loi naturelle nous interdit de pirater l’usage naturel du discours pour tromper volontairement l’autre. La loi civile parce qu’une telle pratique jette la suspicion sur les assemblées, les serments et même les contrats commerciaux, faisant un grand tort à la société.

Opposé au devoir du magistrat

L’usage de la restriction mentale empêche le magistrat de punir le méchant et de récompenser le juste, à l’image de l’anecdote avec François d’Assise plus haut.

Parce que la restriction mentale est un péché grave

  1. Parce que c’est un mensonge, une parole ayant pour but de tromper.
  2. Parce que c’est un faux serment.
  3. On utilise le nom de Dieu pour tromper.
  4. Tous les mensonges deviennent permis ainsi.

Autres arguments

C’est contraire à l’exemple des saints et de Christ, qui n’ont pas échappé à la persécution en mentant, mais en assumant bravement la vérité de leur confession.

Dilemme du résistant

Turretin aborde une version ancienne de l’expérience de pensée suivante : si en 1942 des officiers SS vous demandent si vous cachez des juifs, devez-vous leur dire que c’est le cas ? Dans sa version du XVIIe siècle, il s’agit de mentir pour protéger une femme d’un viol, un innocent d’être assassiné, etc.

Firmus, évêque de Tagaste au IVe siècle, disait dans une situation proche : « Je ne te le dirai pas, ni ne mentirai ».

« Par conséquent, nous devons faire notre devoir en laissant le reste à la providence de Dieu, qui sait comment protéger l’innocent sans le secours du péché. »

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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