Le statut du Sabbat – Turretin (11.13)
2 mars 2026

La première institution du Sabbat fut-elle lors du 4e commandement et est-ce que le commandement est en partie moral, en partie cérémoniel ? Nous nions la première, affirmons la seconde.

Étymologie

Sabbat vient du mot hébreu שַׁבָּת [shabbat] qui signifie cesser, ou se reposer. En grec, il est généralement traduit par αναπαυσιν [anapausin], qui signifie la même chose, mais bien souvent il est seulement transcrit en lettres grecques — σάββατον [sabbaton] —, de manière à le distinguer du repos profane.

Définition

Ce mot a quatre sens :

  1. L’événement du repos de Dieu en Genèse 2,3, que nous devons imiter en nous abstenant du péché et en consacrant un jour de culte à Dieu.
  2. Toutes les fêtes juives (Lévitique 23,32).
  3. Le premier et le dernier jour de chaque festival (Luc 6,1).
  4. La semaine tout entière, par synecdoque (Luc 18,12 ; 1 Cor 16,2).

Il a trois dimensions :

  1. Le sabbat temporel : celui que l’Israël ancien devait mettre en pratique, en laissant la terre se reposer (Lévitique 25,2.8).
  2. Le sabbat spirituel, soit la paix de la conscience qui s’abstient du péché et adore Dieu.
  3. Le sabbat éternel ou céleste, quand nous nous reposerons éternellement en Dieu à la fin des temps.

Première question : l’origine du sabbat

Plus précisément : le sabbat a-t-il été institué au 7e jour de la création ou bien au Sinaï, à l’édition du 4e commandement ? C’est une question libre parmi les réformés, mais Turretin s’engage en faveur de la première option.

L’institution du sabbat remonte à avant la Loi (1) Genèse 2,3

Dieu bénit le septième jour et en fit un jour saint, parce que ce jour-là il se reposa de toute son activité, de tout ce qu’il avait créé.

Il n’y aurait pas de sens pour Dieu de raconter cet exemple si ce n’est pas pour que nous l’imitions ensuite.

(2) Exode 16,23-25

Celui-ci leur dit : « C’est ce que l’Éternel a ordonné. Demain est le jour du repos, le sabbat consacré à l’Éternel. Faites cuire ce que vous avez à faire cuire, faites bouillir ce que vous avez à faire bouillir et mettez en réserve jusqu’au matin tout ce qui restera. » Ils le laissèrent jusqu’au matin, comme Moïse l’avait ordonné, et cela ne devint pas infect, il ne s’y mit pas de vers. Moïse dit : « Mangez-le aujourd’hui, car c’est le jour du sabbat en l’honneur de l’Éternel. Aujourd’hui vous n’en trouverez pas dans la campagne. »

Alors qu’Israël n’était même pas encore arrivé au Sinaï, et que les dix commandements n’avaient pas encore été donnés, Moïse demande déjà de se préparer au sabbat du lendemain. C’est donc qu’il y avait déjà une forme de sabbat avant les dix commandements.

(3) Exode 20,8

Souviens-toi de faire du jour du repos un jour saint.

Le quatrième commandement parle de se souvenir d’un jour institué à la création. Cela renforce le premier argument.

(4) Hébreux 4,3-4

Quant à nous qui avons cru, nous entrons dans le repos, dans la mesure où Dieu a dit : J’ai juré dans ma colère : ‘Ils n’entreront pas dans mon repos !’ Pourtant, son travail était terminé depuis la création du monde. En effet, il a parlé quelque part ainsi au sujet du septième jour : Et Dieu se reposa de toute son activité le septième jour.

Dans quel sabbat les croyants sont-ils invités par l’apôtre ? Il ne peut que s’agir du sabbat éternel de Dieu. Or ce sabbat éternel, c’est celui qui a commencé en Genèse 2,3, et non le sabbat temporel de Josué.

(5) La religion des patriarches

Les patriarches, dès avant le déluge, rendaient un culte à Dieu (Genèse 4,26). Or s’ils l’ont fait, ils l’ont très probablement fait dans le jour spécialement institué par Dieu pour cela, et non pas au hasard.

(6) Même les païens anciens respectaient le 7e jour

Clément d’Alexandrie citait Hésiode, Homère, Lin et Callimaque pour montrer que même les païens réservaient le 7e jour pour le culte (Stromates 5,14). On trouve des argumentations semblables chez Philon d’Alexandrie et Josèphe. Tibulle, auteur païen, appelait le samedi un « jour sacré ».

Ainsi, Dieu n’a pas institué un commandement tout à fait nouveau lors de l’édition du 4e commandement. Toutes les nations auparavant en avaient une connaissance obscure et souvent oubliée, à l’image du reste de la loi (Romains 1,19s). C’est donc que le sabbat est une ordonnance créationnelle.

Deuxième question : le statut du quatrième commandement : moral ou cérémoniel ?

La question est assez technique, mais se comprend assez facilement : Le quatrième commandement est-il une loi cérémonielle (destinée à préparer la foi en Christ, abolie aujourd’hui) ou bien morale (toujours en application aujourd’hui, à la lettre) ?

Turretin et la tradition réformée tiennent un juste milieu entre le « tout moral » (opinion des pharisiens et de certaines sectes chrétiennes) et le « tout cérémoniel » (opinion très courante dans le monde évangélique, qui nous vient des anabaptistes). Les orthodoxes enseignent que le quatrième commandement est en partie cérémoniel, et en partie moral.

I. Le quatrième commandement n’est pas entièrement moral (=valable aujourd’hui)

Contre les Juifs et les judaïsants, nous disons :

  1. Le principe général d’un culte est moral et universel, mais la détermination particulière du jour ne l’est pas. En lui-même, le samedi ou le dimanche n’ont rien de plus saint qu’un autre jour.
  2. Le quatrième commandement lui-même a été fixé arbitrairement par Dieu, et peut donc être fixé en un autre jour par Dieu.
  3. L’apôtre Paul nous a explicitement indiqué que le sabbat est un type désormais obsolète (Colossiens 2,16s). Il le fait en liant le sabbat à des cérémonies juives anciennes, en l’appelant ombre des choses à venir et en l’opposant à Christ.
  4. Cela implique qu’il n’y a pas de sabbat chrétien possible, ni de transfert au dimanche au sens d’une loi juive.

II. Le quatrième commandement n’est pas purement cérémoniel (=obsolète aujourd’hui)

  1. Il fait partie des dix commandements, qui décrivent la loi morale.
  2. Il prescrit ce que l’homme doit faire (rendre un culte en dégageant du temps pour cela).
  3. Dans ce commandement, Dieu nous prescrit de l’imiter, cela dépasse le cérémoniel.
  4. Le 4e commandement est conforme à la raison naturelle : il est naturel que l’homme, créature spirituelle, rende un culte à Dieu. Pour ce faire, il est raisonnable qu’un temps particulier y soit consacré.
  5. Le 4e commandement n’a jamais été abrogé dans le Nouveau Testament.

III. Le quatrième commandement est en partie moral, en partie cérémoniel

Le quatrième commandement est cérémoniel en ceci :

  1. Le choix du jour, qui a été changé dans le Nouveau Testament.
  2. La façon de sanctifier ce jour, dont beaucoup de cérémonies ont été abolies.
  3. La signification de ce jour, qui désigne désormais le repos spirituel et céleste en Christ.

Le quatrième commandement est moral en ceci :

  1. Le principe d’avoir une assemblée publique pour le culte à Dieu en un jour particulier et fixe.
  2. Le principe de sanctifier ce jour est toujours le même.
  3. Le repos des travailleurs et serviteurs, de manière à ce qu’ils puissent participer au culte.

Le rythme hebdomadaire (1 jour sur 7) fait partie de la loi morale.

  1. À partir du moment où un jour doit être posé pour le culte à Dieu, et que la Sagesse de Dieu a fixé un jour sur sept, nous ne sommes pas plus sages que Dieu pour le changer.
  2. Nulle part dans les Écritures un autre rythme n’est proposé.
  3. Les apôtres ont changé le jour de culte, mais n’ont pas changé le rythme hebdomadaire lui-même.

J’ai déjà parlé de cette question beaucoup plus que ce que notre époque a d’intérêt pour elle. Je me contenterai de rajouter que Turretin cite Jean Calvin, Pierre Viret, Pierre Martyr Vermigli, Martin Bucer et Jérôme Zanchi en faveur de ce qu’il a proposé ici, avec d’autres de ses contemporains.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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