Les enfants peuvent-ils se soustraire au pouvoir de leurs parents et se marier sans leur consentement ? Nous le nions, contre les papistes.
Le 5e commandement prescrit d’honorer ses parents. Cela implique plusieurs dimensions :
- L’amour filial, dont l’absence est un crime détestable ;
- La révérence, que nous leur devons en raison de leur supériorité hiérarchique et de leur autorité ;
- L’obéissance volontaire et obligatoire, « dans le Seigneur » (autrement dit : il n’y a pas d’autorité pour faire le mal, même commandé par les parents) ;
- La gratitude, qui se traduit aussi par un soutien matériel.
Peut-on prononcer des vœux monastiques contre l’avis de ses parents ?
Au XVIIe siècle, il existait une dispute avec les catholiques à ce sujet, car ils soutenaient que les enfants pouvaient embrasser une vocation monastique sans l’accord de leurs parents. Il en allait de même pour les mariages secrets : selon la doctrine de l’époque, la bénédiction de l’Église suffisait pour que le sacrement soit valide, l’accord des parents n’étant pas requis pour la validité.
Turretin s’y oppose avec les arguments suivants :
- Christ s’oppose aux vœux qui laissent les parents sans soutien matériel (Mt 15.5-6). Il discute longuement de l’interprétation de ce passage.
- L’obéissance naturelle due aux parents ne peut être opposée à l’obéissance religieuse due à Dieu.
- Les enfants ne sont pas indépendants de leurs parents, même en matière de religion. On voit, par exemple, que les vœux des filles peuvent être annulés par leurs pères (Nombres 30.4).
- « Cette opinion (en supprimant l’obéissance des enfants) renverse la nature elle-même et détruit totalement la société humaine. Car qui travaillerait à nourrir et à élever des enfants si, après tant de soins et d’inquiétudes, ils devenaient des étrangers (ne nous appartenant plus) et si, par un certain droit (ou plutôt une tyrannie turque), ils étaient arrachés à leurs parents ? Ces derniers ne pourraient alors plus jouir du réconfort et de l’obéissance qu’ils attendaient d’eux, particulièrement dans la vieillesse, moment où ces devoirs leur sont les plus nécessaires. »
- Le canon 16 du concile de Gangres s’y oppose : « Quels que soient les enfants qui s’éloignent de leurs parents sous prétexte de culte divin et ne leur accordent pas la révérence due, qu’ils soient anathèmes. »
Je saute les objections. Je n’ai personnellement jamais entendu de catholique moderne défendre cette position.
Est-il nécessaire d’avoir le consentement des parents pour le mariage des enfants ?
Il arrivait au XVIIe siècle que, si des jeunes amoureux n’avaient pas l’accord de leurs parents pour se marier, il leur était possible, dans la religion romaine, d’obtenir un mariage secret auprès d’un prêtre ou d’un moine consentant, sans témoins. C’est un ressort dramatique courant dans les romans classiques.
On oublie souvent la gravité des conséquences de ces intrigues : l’héritage, le rang social de la famille et les répercussions communautaires d’un « mauvais » mariage étaient des enjeux majeurs, impossibles à réparer une fois l’union consommée.
Turretin argumente contre cette pratique :
- L’honneur dû aux parents : Comment les enfants peuvent-ils honorer leurs parents s’ils ne les écoutent pas en matière de mariage ? Le mariage est un acte « d’une si grande importance pour fixer la condition et la fortune de toute une vie et qui, étant chose des plus difficiles, dépasse l’âge, l’intelligence et le jugement des enfants. Comment peut-on dire qu’ils obéissent en toutes choses, alors que dans le cas le plus capital, ils ne tiennent aucun compte de leurs parents ? »
- Les prescriptions bibliques : De nombreux passages ordonnent aux parents de marier leurs enfants (Ex 34.16 ; Dt 7.3 ; Jer 29.6 ; 1 Co 7.38).
- Le primat du consentement paternel : En Exode 22.16 (lorsqu’une jeune fille est séduite, elle doit être considérée comme mariée), passage que les romains utilisent souvent, la suite (Ex 22.17) présuppose l’accord du père. C’est un argument fort : le consentement du père prévaut même sur le fait accompli.
- L’exemple scripturaire : Tous les exemples de mariage dans l’Ancien et le Nouveau Testament montrent des parents consentant à l’union, voire l’orchestrant (Gen 24 ; 21.21 ; 29.21 ; Jg 1.12 ; Jg 14.3 ; 2 Sam 13.13).
- La dépendance des enfants : Dans le contexte pré-moderne, les enfants ne sont pas juridiquement ou économiquement indépendants.
- La fragilisation de l’édifice social :« Non seulement la loi divine concernant l’honneur dû aux parents est violée, l’autorité des pères affaiblie, et la moralité publique découlant de la loi naturelle bafouée ; mais aussi (contre la volonté du père) un héritier est imposé, la paix domestique est troublée, tandis qu’une jeune mariée (qui devrait occuper la place d’une fille) est introduite de force, et la sécurité des enfants (qui, en raison de leur âge, ne peuvent encore veiller sur eux-mêmes) est mise en péril imminent. Dépourvus de conseil, inexpérimentés et sans épreuve, ces derniers sont facilement captivés par des séductions et s’empêtrent dans de misérables mariages. La porte est même ouverte à la luxure, puisque, dans l’espoir du mariage, de nombreuses jeunes filles sont facilement entraînées à la fornication. »
- Le droit romain antique : Les lois anciennes de l’Empire exigeaient le consentement des parents. C’était un sujet de débat intense à l’époque, même parmi les canonistes.
Étant donné que les mariages secrets ne nous sont plus connus aujourd’hui que par la littérature, je m’arrête ici pour les objections.



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