Des relations sexuelles illicites – Turretin (11.18)
13 avril 2026

Qu’est-ce qui est interdit et qu’est-ce qui est prescrit dans « Tu ne commettras pas l’adultère » ?

Tout comme le sixième commandement prescrit de défendre la vie, le septième prescrit de défendre la vertu (à savoir, la chasteté). Turretin avance trois raisons à cela :

  1. Divine : Dieu étant saint, l’homme, créé à son image, doit l’être aussi (la chasteté étant une composante de la sainteté).
  2. Naturelle : L’union entre l’homme et la femme appartenant à la nature, elle doit être soumise à la « droite raison ». Turretin affirme : « Il n’y a aucune nation au monde qui n’ait approuvé le mariage et condamné les rapports sexuels promiscues. » Si l’époque actuelle semble lui donner tort en pratique, elle lui donne raison sur le fond : le renversement du mariage entraîne le déclin de la structure sociale.
  3. Civile : En évitant l’adultère, les familles restent distinctes et ordonnées, évitant ainsi le chaos. « De même que le bon ordre politique est maintenu par la distinction des familles, de même la perturbation de celle-ci par des convoitises désordonnées renverse les républiques et apporte la destruction sur les maisons. »

Toutes les relations sexuelles illicites sont interdites par synecdoque

Une synecdoque est une figure de style où l’on utilise une partie pour désigner le tout (ex : « le ciel et la terre » pour la Création). De la même manière, en nommant l’adultère, la Loi interdit :

  1. L’adultère proprement dit (la violation du lit conjugal).
  2. La fornication entre deux personnes non mariées (Dt 22.28 ; 1 Co 6.18 ; Heb 13.4).

C’est pour cette raison que la prostitution est fermement condamnée :

« L’apôtre souligne sa gravité car celui qui commet la fornication ne fait qu’un seul corps avec une prostituée, pèche contre son propre corps, profane le temple du Saint-Esprit et pollue un vase de grâce (1 Cor 6.16). Nous mesurons ainsi l’étendue de la criminalité de ceux qui défendent les lupanars publics contre les lois humaines et divines (comme cela se fait dans la papauté où de tels établissements sont tolérés publiquement, et d’où l’on tire même des taxes et des tributs ; bien que Dieu ait jadis interdit d’apporter dans le temple le salaire d’une prostituée ou le prix d’un chien, Dt 23.18). […] Bellarmin confesse que les bordels sont des maux nécessaires pour éviter des péchés plus grands ; mais ici, la règle apostolique doit prévaloir : on ne doit pas faire le mal pour qu’il en résulte un bien. […] Nous devons plutôt imiter le zèle de Josias réformant le culte de Dieu et détruisant les maisons de débauche (2 R 23.7), ou encore de Louis IX (dit Saint Louis), qui expulsa les acteurs de son royaume et détruisit les maisons de prostitution. »

Sont également interdits :

  1. L’inceste (défini par la loi de Dieu).
  2. Le viol, qu’il soit commis par la force ou par séduction (« consenti » ou non) : dans les deux cas, la volonté du père est bafouée.
  3. Le concubinage, qui est une fornication prolongée consistant à traiter sa compagne comme une prostituée.
  4. Les relations contre nature : sodomie et bestialité (Lev 20.13 ; Rom 1.27) « qui ne doivent même pas être nommées parmi les chrétiens, bien qu’elles prévalent encore trop aujourd’hui en divers lieux, à la honte du nom chrétien ».
  5. Toute obscénité en paroles ou en gestes. Turretin y inclut le maquillage et les vêtements aguichants, les danses lascives et les comportements déréglés liés à l’ivresse ou la gloutonnerie.
  6. La polygamie.

Les arguments contre la polygamie :

  1. L’institution originelle : Le mariage était entre un seul homme et une seule femme (Gen 2.23). C’est ce modèle que Jésus réaffirme (Mt 19.5).
  2. L’amour conjugal : Par nature, il exige l’exclusivité.
  3. L’autorité sur le corps : Dans le contrat de mariage, nul n’a autorité sur son propre corps, mais sur celui de l’autre (1 Co 7.4).
  4. L’ordre apostolique : Paul veut que chaque femme ait son propre mari (Rom 7.2).
  5. L’éducation : Le soin des enfants est dispersé et affaibli.
  6. La paix domestique : Elle est brisée par les jalousies, comme chez Jacob ou Elkanah.

Objection : Les patriarches (Abraham, Jacob) ont pratiqué la polygamie. Réponse : (1) Nous devons être gouvernés par des lois, non par des exemples d’hommes faillibles. (2) Ce fut une permission de Dieu dans un contexte précis, mais jamais une approbation morale.

Les commandements positifs

Selon le principe que chaque interdiction cache une prescription, le septième commandement nous ordonne de favoriser le mariage afin d’offrir un cadre légitime à la sexualité.

Mais il prescrit également :

« La pudeur, la chasteté (qu’elle soit dans le célibat ou le mariage), la pureté, la sobriété et toutes les vertus relatives à la véritable sanctification du corps et de l’âme. La tempérance en est le guide : par elle, la raison contient la concupiscence et toutes les forces de l’appétit désordonné pour leur apprendre à lui obéir. »

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *