L’importance de se préparer à la Cène – John Flavel
3 mai 2026

Le pasteur anglais John Flavel (1630-1691) écrivit un recueil de Douze méditations sacramentelles, afin de se préparer à la Sainte-Cène. En introduction de ce traité une épître au lecteur explique l’importance de se préparer à communier. Voici une traduction de cette épître.


Lecteur chrétien,

On peut dire que le Christ est crucifié de trois façons : par les Juifs réellement, dans le sacrement déclarativement, et par les incroyants à sa table interprétivement1. Parmi les péchés, la culpabilité du sang est comptée parmi les plus odieux ; et être coupable du sang du Christ est un péché de la plus profonde gravité, qui sera vengé par le châtiment le plus redoutable, 1 Cor. x. 27, 29. Si la vengeance doit être exercée au septuple sur celui qui tua Caïn, quelle vengeance sera exercée sur celui qui crucifie à nouveau le Seigneur de gloire ?

Le coup le plus lourd de la justice divine est toujours prêt à venger l’abus de la plus grande miséricorde : qu’est-ce que le cœur de l’homme peut concevoir de plus solennel, de plus sacré, ou de plus profondément affectif, que la représentation de l’amour le plus gracieux du Père et de la passion la plus douloureuse du Fils ? Quel péché peut être plus provocateur pour Dieu que le mépris de ces mystères si augustes ? Et quel châtiment peut être plus terrible que celui qui attend une âme misérable qui mange et boit sa propre damnation ?

Mélanchthon rapporte un exemple très terrible du jugement juste de Dieu sur une troupe de misérables profanateurs qui, dans une tragédie, avaient pour objet de représenter la mort du Christ sur la croix. Celui qui jouait le rôle du soldat, au lieu de percer avec une lance une outre pleine de sang cachée sous le vêtement du crucifié comme prévu, blessa à mort celui qui était sur la croix, lequel, en tombant, tua aussi celui qui se tenait près de lui, jouant le rôle de la femme qui se lamentait au pied de la croix. Son frère, irrité par cette mort soudaine, se saisit de la lance du soldat et le tua à son tour, et fut ensuite pendu par ordre de justice. Ainsi Dieu, par un jugement sévère, les surprit tous et les livra enchaînés à une mort ignominieuse, en avertissement pour tous ceux qui oseraient jouer légèrement avec un Dieu si grand et si jaloux.

Ce sont là de terribles châtiments, et pourtant pas aussi terribles que ceux qui sont plus ordinairement, mais moins sensiblement, infligés à l’homme intérieur pour l’abus de cette ordonnance de la Cène.

Pour prévenir ces jugements et obtenir les bénédictions qui viennent par cette ordonnance, il faut prêter grande attention à deux choses, à savoir : 1. L’être intérieur. 2. L’activité de la vraie grâce.

Premièrement, examine-toi, lecteur, pour savoir s’il existe quelque principe gracieux planté dans ton âme, par lequel tu sois effectivement uni à Dieu. Il a existé dans les temps anciens un abus du sacrement (condamné et banni par le concile de Carthage) et consistant à le donner aux morts. Les âmes mortes ne peuvent tirer aucun bénéfice de cette table, pas plus que les cadavres de ceux qui étaient étendus devant l’empereur n’avaient tiré profit des pains d’or qu’on leur avait donnés avant qu’ils mangent2. Il y a plus que la simple apparence du sacrement : il n’a pas seulement une signification visible, mais une grâce spirituelle aussi, qu’il représente. Veille donc à ce qu’il y ait plus qu’une simple apparence et un signe visible de grâce dans ton âme, lorsque tu viens au Seigneur dans cette ordonnance : veille à l’exercice et à l’activité, ainsi qu’à la vérité et à la sincérité de ta grâce.

Même un croyant ne mange et ne boit pas dignement, à moins que la grâce qui est en lui ne soit excitée et exercée dans cette ordonnance.

Ce n’est pas la foi inhérente, mais la foi réalisant, appliquant et travaillant puissamment qu’il faut ici. Ce n’est pas une disposition à l’humiliation pour le péché, mais le dégel et la fonte réels du cœur pour le péché ; « pendant que tu regardes celui que tu as percé, et que tu pleures sur lui comme on pleure sur un fils unique, sur son premier-né » ; et ce n’est pas non plus une disposition ou un principe d’amour envers le Christ qui est seulement requis, mais l’attisement de ce feu d’amour, l’excitation de celui-ci en une flamme ardente3.

Je sais que les excitations et les exercices de la grâce sont accompagnés de grandes difficultés : ce ne sont pas des choses en notre pouvoir et à notre commandement. Oh ! il est difficile, il est vraiment très difficile, lecteur, même après que Dieu a ôté de toi le cœur de pierre et t’a donné un cœur de chair, de pleurer réellement pour le péché, même quand se présente une si grande occasion et même alors que cet appel t’est adressé, à toi qui t’approches de la table du Seigneur ; car la même puissance est requise pour exciter l’acte qui était requise pour produire l’habitude4. Gratia gratiam postulat.

Bien que la puissance pour produire ces dispositions ne puisse venir que de Dieu, c’est ton devoir à toi que d’être ainsi disposé ; Car pourquoi les hommes sont-ils blâmés en Ésaïe lix. 7, si ce n’est parce qu’ils ne se sont pas excités eux-mêmes à se saisir de cette grâce ?

Afin de t’assister dans cette œuvre, une aide est offerte dans les méditations suivantes : il est vrai que la lecture des meilleures méditations d’autrui ne peut préparer le cœur, altérer le tempérament de l’âme, si l’Esprit de Dieu ne concourt avec ces vérités et ne les bénit pour toi. Pourtant, ces aides ne doivent pas être méprisées au motif qu’elles ne sont pas suffisantes par elles-mêmes. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » ; pourtant, ce serait une faute et une vanité pour un homme, sur ce fondement, de rejeter le pain et de s’attendre à vivre par un miracle sans lui. Nous devons élever nos cœurs vers Dieu pour obtenir une bénédiction, et ensuite manger. Fais de même ici : prie d’abord ; puis lis ; et le Seigneur te donnera de l’intelligence dans tout.

Il y a deux choses d’un devoir particulier pour toi, lecteur, lorsque tu t’apprêtes à t’adresser à Dieu dans un devoir si solennel, spécialement tel que celui-ci /

  1. Prépare-toi à ton devoir avec diligence.
  2. Ne te repose pas sur tes préparations.

En effet :

  1. Prépare-toi avec toute diligence pour ton devoir. Prends garde de venir avec un cœur négligent ; purifie ton cœur souillé ; recueille ton cœur vain ; souviens-toi de la grande présence de laquelle tu t’approches. Si Auguste réprimanda celui qui l’avait reçu sans préparation convenable, disant : « Je ne nous savais pas si familiers » ; combien plus Dieu te reprendra-t-il pour la négligence insouciante d’une telle préparation ?
  2. Mais prends garde, d’autre part, de ne pas te reposer sur ta meilleure préparation. Luther fit cette remarque pertinente et sage (parlant de cette préparation au sacrement) : « Les hommes ne sont jamais plus inaptes que lorsqu’ils pensent être les plus aptes, et les mieux préparés pour leur devoir ; jamais plus aptes que lorsqu’ils sont le plus humiliés et confus, dans le sentiment de leur propre indignité. »

Que la bénédiction de Dieu, et les souffles de son bon Esprit, puissent accompagner ces pauvres travaux pour ton âme, tel est le désir du cœur de ton serviteur en Christ,

John Flavel.


Illustration en couverture : Une prière pour ceux qui voguent sur les mers, Frederick Daniel Hardy, 1879.

  1. Les Juifs ont crucifié le Christ. La Cène nous déclare cette crucifixion. La profanation de la Cène par un incroyant est un déshonneur comparable à une nouvelle crucifixion.[]
  2. Flavel évoque ici une anecdote de l’histoire romaine.[]
  3. Ces différentes expression contrastent le simple fait d’être un croyant et le fait d’exercer sa foi. Tout croyant a en lui le principe de la foi implanté par l’Esprit divin. Mais pour communier, nous devons veiller à mettre en œuvre ce principe.[]
  4. Nous ne sommes pas plus capables d’exercer notre foi que nous avons été capables de la faire naître.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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