La loi morale est-elle toute entière abolie dans le Nouveau Testament, ou bien perdure-t-elle d’une certaine façon pour les chrétiens ? Nous nions la première proposition et nous affirmons la deuxième contre les antinomiens.
La loi morale est la partie éternellement valide de la loi de Moïse.
Nous sommes d’accord avec les antinomiens sur le fait que la loi morale ne sert pas à justifier (Rom 3.20 ; Gal 3.10) et que, dans la nouvelle alliance, nous avons l’Esprit d’adoption (Rom 8.15) qui rend le joug de Christ facile à porter (Mt 11.30) et ses commandements légers (1 Jn 5.3). Mais la question qui nous oppose est la suivante : sommes-nous libres de l’exemple de la loi morale, du fait qu’elle est un standard de la vie chrétienne ? Les antinomiens l’affirment, nous le nions.
Argumentation (§§3-6)
Premier argument : Jésus lui-même a dit qu’il n’était pas venu détruire la loi, mais l’accomplir en Matthieu 5.17. Il nous a prescrit d’écouter Moïse et les prophètes (Luc 16.29) et donc d’obéir à leur loi. Cela s’applique aussi aux chrétiens (2 Pierre 1.19).
Deuxième argument : Christ et ses apôtres confirment qu’elle s’applique à tous :
- Matthieu 22.36-40 : « Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée… De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. »
- Rom 13.8-9 : « Ne devez rien à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres, car celui qui aime les autres a accompli la loi. »
- 1 Jean 2.7-8 : « Frères et sœurs, ce n’est pas un commandement nouveau que je vous écris, mais un commandement ancien, celui que vous avez reçu depuis le début. »
Troisième argument : Romains 3.31 : « Cela signifie-t-il donc que, par l’intermédiaire de la foi, nous annulions la loi ? Certainement pas ! Au contraire, nous confirmons la loi. » C’en est au point où l’Évangile est appelé « loi », parce qu’il est la constitution de la nouvelle alliance dans un rôle semblable à la loi sous l’ancienne alliance :
- Romains 8.2 : « la loi de l’Esprit qui donne la vie en Jésus-Christ m’a libéré de la loi du péché et de la mort. »
- Jacques 2.8 : « Si vous accomplissez la loi royale d’après l’Écriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. »
- Jacques 2.12 : « Parlez et agissez comme des personnes appelées à être jugées par une loi de liberté. »
- Galates 2.19 : « c’est la loi qui m’a amené à mourir à la loi afin de vivre pour Dieu. »
Quatrième argument : la loi morale est un droit naturel et immuable (cf La perfection de la loi de Moïse – Turretin (11.3)). Elle s’applique donc à toute nature humaine de façon immuable.
Pourquoi cette loi est nécessaire pour les chrétiens
- À cause de l’alliance de grâce : Elle nous donne accès aux promesses de grâce et de salut sous condition de lui obéir et de l’adorer (Jer 31.33 ; 2 Co 6.16s).
- À cause de Dieu le Père : Il nous adopte en échange de notre hommage et notre adoration (Mal 1.6 ; 1 Pierre 1.15s).
- À cause de Christ : Il est à la fois notre prêtre et notre roi ; en retour, nous devons nous conformer à lui. C’est pour cela que sa mort est un exemple à imiter pour nous (1 Pi 2.21).
- À cause du Saint-Esprit : Il fait de nous des temples de sa présence et nous consacre (1 Cor 3.4).
- À cause de la grâce :
- Tite 2.14 : Il s’est donné pour nous racheter et faire de nous un peuple zélé pour de belles œuvres.
- Ps 116.12 : « Comment pourrais-je rendre à l’Éternel tous ses bienfaits envers moi ? »
- Luc 1.74 : Il nous a délivrés pour que nous le servions sans crainte.
- Ephésiens 1.4 : Choisis pour être saints et sans défaut devant lui.
- 1 Pierre 2.9 : Un peuple racheté afin de proclamer les louanges de celui qui nous a appelés.
Réponses aux objections (§§7-15)
Objection : Il est écrit que nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce (Rom 6.14).
C’est une chose d’être sous la loi en tant qu’alliance pour acquérir la vie par elle (comme le fut Adam) ou comme un pédagogue et une prison pour garder les hommes jusqu’à l’avènement de Christ ; c’en est une autre d’être sous la loi comme règle de vie, pour régler nos mœurs de manière pieuse et sainte. Il est une chose d’être sous la loi en ce qu’elle s’oppose à l’Évangile par l’exigence rigide d’une obéissance parfaite et la terrible malédiction dont elle menace les pécheurs ; c’en est une autre d’être sous la loi en tant qu’elle est subordonnée à l’Évangile, comme une douce direction. Dans le premier sens, Paul dit : « Nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce » (Rom 6.14) quant à la relation fédérale, à la malédiction et à la rigueur, parce que Christ, par son mérite, nous en a libérés. Mais dans le second sens, nous y restons toujours liés, bien que pour une fin différente. Dans la première alliance, l’homme était tenu de faire cela pour vivre (mériter la vie) ; mais dans celle-ci, il est tenu de faire de même (non pour vivre, mais parce qu’il vit) pour la possession de la vie acquise par Christ et comme témoignage d’un esprit reconnaissant.
Objection : Il est écrit que la lettre de la loi tue, alors que l’esprit vivifie (2 Co 3.6-9).
Quand la loi est appelée « la lettre qui tue » ou « le ministère de la mort », cela doit se comprendre non pas en soi et par sa propre nature, mais accidentellement à cause de la corruption de l’homme. Ce n’est pas de manière absolue, mais relative, lorsqu’on la considère comme alliance des œuvres par opposition à l’alliance de grâce. Dans ce sens, elle peut être appelée « la lettre » parce qu’elle montre le devoir mais ne l’accomplit pas ; elle ordonne mais n’aide pas. Elle est dite « abolie » quant à cette économie légale, car l’ancienne alliance devait être abrogée. Pourtant, elle ne peut être appelée ainsi de manière absolue sous le rapport d’une règle et d’un standard.
Objection : Jésus nous a libérés de la malédiction de la loi.
La liberté en Christ nous libère du joug de la loi qui maudit, de la tyrannie du Diable et de l’esclavage du péché. Elle ne dispense pas de la nécessité de rendre obéissance à Dieu, ce qui est indispensable pour toute créature, et spécialement pour les fils rachetés. Au contraire, la chaîne de notre devoir nous lie d’autant plus fortement que nous sommes rattachés à Dieu par des titres plus nombreux. Ainsi, la liberté vis-à-vis du péché implique nécessairement le service de la grâce. La vraie liberté consiste en ceci : être soumis à Dieu, car « le servir, c’est régner ». La « liberté de l’esprit » diffère donc de la « licence de la chair ». Cette dernière est incompatible avec la loi, mais la première lui est hautement conforme et inséparable d’elle (1 Pi 2.16 ; Gal 5.13).
Objection : La loi est pour les Juifs, et la grâce est pour les nations. Donc la grâce est l’absence de toute loi.
Ce qui a été donné aux Juifs en tant que Juifs peut être à l’usage des seuls Juifs ; mais ce qui a été donné aux Juifs en tant que membres de l’alliance (ou simplement comme peuple de Dieu) ne se rapporte pas à eux seuls, mais à tous ceux qui occupent cette même position de peuple de Dieu. La loi n’a pas été donnée aux Juifs seulement dans le premier sens, mais aussi dans le second ; car aujourd’hui encore, elle nous parle (Rom 7.7 ; 1 Cor 9.8). Ce n’est pas parce qu’elle a été donnée par Moïse (Jn 1.17) qu’elle n’a pas de place sous l’Évangile de Christ. Moïse n’est pas opposé à Christ, il lui est subordonné (comme le serviteur au maître).




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