Saint Athanase, dรฉfenseur de l’orthodoxie nicรฉenne, fut aussi biographe. Plein d’admiration pour saint Antoine, il consigna par รฉcrit sa vie. Traitant de la fin de la vie de ce dernier, il rapporte un รฉpisode intรฉressant relativement aux honneurs funรจbres rendus par les premiers chrรฉtiens.
Ayant achevรฉ ces paroles, comme les frรจres voulaient le contraindre par leurs priรจres ร demeurer avec eux pour la fin de sa vie, il refusa pour plusieurs raisons que manifestait mรชme son silence. La principale รฉtait celle-ci : Les รgyptiens ensevelissent et enveloppent de quantitรฉ de linges les corps des personnes qui meurent dans la piรฉtรฉ, particuliรจrement ceux des saints martyrs. Et au lieu de les enterrer, il les mettent sur de petits lits et les conservent ainsi dans leurs maisons, croyant leur rendre beaucoup dโhonneur. Sur ce point, Antoine avait souvent priรฉ les รฉvรชques dโinstruire leurs peuples pour les tirer de cette erreur. Il en avait aussi fait honte ร plusieurs laรฏques et avaient repris sรฉvรจrement quelques femmes, leur montrant que cela nโรฉtait conforme ni aux lois, ni ร la piรฉtรฉ, puisque lโon conserve encore aujourdโhui dans des sรฉpulcres les corps des patriarches et des prophรจtes. Mรชme le corps de notre Seigneur avait รฉtรฉ mis dans un tombeau et une pierre avait รฉtรฉ roulรฉe ร lโentrรฉe pour le fermer jusquโร ce quโil ressuscitรขt le troisiรจme jour. Ainsi il leur fit connaรฎtre quโon ne peut, sans faute, ne pas enterrer le corps des morts, quelque saints quโils puissent รชtre, puisquโil nโy a rien de plus grand ni de plus saint que le corps de notre Seigneur. Et ses discours eurent tant de force que plusieurs de ceux qui les entendirent enterrรจrent depuis leurs morts et rendirent grรขces ร Dieu de lโinstruction quโAntoine leur avait donnรฉe. Ce fut donc principalement ร cause de la crainte que lโon rendรฎt ร son corps des honneurs superstitieux quโil avait vu rendre ร dโautres, quโil se hรขta de sโen retourner aprรจs avoir pris congรฉ des solitaires.
Athanase, Vie de saint Antoine, chapitre XXXI.
On apprend par cet extrait que la pratique de garder des reliques des saints est fort ancienne, puisqu’elle remonte au moins au IVe siรจcle en รgypte. Pour autant, on voit qu’elle semble issue de la piรฉtรฉ populaire, par superstition et que tant saint Antoine que saint Athanase exhortaient les bergers ร faire revenir le troupeau de cette erreur. Notons que les arguments que saint Antoine employait et que saint Athanase rapporte avec approbation correspondent ร plusieurs des arguments classiques des rรฉformรฉs quant aux reliques :
- Ce n’est pas faire honneur aux saints que de les priver de sรฉpulture,
- L’Ancien Testament nous rapporte parfois en dรฉtail les rites funรฉraires des croyants sans mentionner autre chose qu’une mise au tombeau,
- Les premiers chrรฉtiens rendaient des honneurs funรจbres puis enterraient les corps (Calvin cite l’exemple de Polycarpe).
Cette conviction est si forte chez Antoine qu’il prรฉfรฉra quitter l’รgypte, quoiqu’รขgรฉ, afin de ne pas servir cette superstition.
Mais voilร , au XIe siรจcle, les restes de saint Antoine seraient rรฉapparus miraculeusement et sont dรฉsormais l’objet de la vรฉnรฉration des fidรจles (quoiqu’ils soient infidรจles ร la volontรฉ de saint Antoine). Bien entendu, il n’en est pas autrement des reliques (trรจs probablement inauthentiques) de saint Athanase, vรฉnรฉrรฉes pour une partie ร la cathรฉdrale orthodoxe du Caire (quoique contre la volontรฉ du saint dรฉfenseur de l’orthodoxie) et pour le reste ร l’รฉglise catholique romaine Saint-Zacharie de Venise. L’รฉglise orthodoxe Saint-Nectaire d’รgine en Grรจce ainsi que divers monastรจres prรฉtendent aussi possรฉder des reliques de saint Athanase, dont l’authenticitรฉ n’est pas plus รฉtablie.
Qui honore le mieux saint Antoine ? Celui qui respecte ses derniรจres volontรฉs ou celui qui se livre ร une superstition qu’il a combattue en vรฉnรฉrant ses reliques, inauthentiques de surcroรฎt ?
Dรฉcouvrir les PรจresIllustration en couverture : Pieter Brughel, La tentation de saint Antoine, 1600.





Merci Maxime
Contrairement ร vos propos, Saint Athanase et Saint Antoine n’รฉtaient pas du tout contre les reliques mais contre les reliques corporelles spรฉcifiquement. Cela change radicalement votre dรฉmonstration. Ensuite, rappelons que ces deux saints prรดnent nettement le culte des saints et sont pour les reliques-objets :
– ยซ Empressez-vous de vous unir, avant tout au Seigneur, puis aux saints, afin qu’aprรจs votre mort, ils vous reรงoivent dans les tabernacles รฉternels comme des amis et des connaissances. ยป โ Saint Athanase, Vie d’Antoine, 91.
– ยซ Distribuez mes vรชtements. Donnez ร l’รฉvรชque Athanase une de mes mรฉlotes (tunique en peau) et le manteau sur lequel je couche […] ; donnez ร l’รฉvรชque Sรฉrapion l’autre mรฉlote. ยป โ Saint Athanase, Vie d’Antoine, 91.
Ces citations n’impliquent pas de culte aux reliques ni aux saints, mais seulement un grand respect pour eux.
On peut comprendre aussi le texte dans un autre sens: c’est une condamnation non pas de la vรฉnรฉration des reliques en tant que telle, mais dans une forme superstitieuse.
D’autre Pรจres de l’Eglise, comme Augustin ou Chrysostome au contraire dรฉfendent la vรฉnรฉration des reliques, la distinction entre vรฉnรฉration superstitieuse ou non permet de les rรฉconcilier avec Athanase ou Antoine.
Du reste, cette vรฉnรฉration est รฉtablie dans tout le monde chrรฉtien dรจs les premiers siรจcles puisqu’un usage courant faisait que la liturgie รฉtait cรฉlรฉbrรฉe sur les tombeaux des martyrs.
Ainsi, si la critique des abus perpรฉtrรฉs par les catholiques soit par un usage superstitieux, soit par vรฉnรฉration de reliques dont on ne connait pas l’origine, est louable et nรฉcessaire, Il ne s’en suit pas pour autant que la vรฉnรฉration pieuse
du corps d’un saint, pour autant qu’on soit certain de son origine, soit condamnable.