Nous avons perdu l’image de Dieu – Turretin (9.8)
4 août 2025

Adam a-t-il perdu l’image de Dieu par sa chute ? Nous l’affirmons.

La tradition réformée enseigne depuis les premières générations que l’image de Dieu s’est perdue en l’homme. Les remontrants (arminiens du XVIIe siècle) et les sociniens s’y opposaient.

Formulation de la question (§§3-5)

Nous ne nions pas qu’il reste des dons créationnels dans l’homme, qui subsistent même après la chute (cf. Genèse 9:6 ; Jacques 3:9). Mais ce qui disparaît, c’est l’image de Dieu en son sens étroit : la sainteté et la sagesse (dit aussi justice originelle).

Les sociniens considéraient que rien n’était perdu à la chute, et les remontrants pinaillent en disant que l’homme a acquis le mérite de perdre l’image de Dieu, mais en nie l’acte lui-même. L’idée est qu’il est possible après la chute que l’on ait gardé notre justice originelle, de telle sorte que certains ont toujours un libre-arbitre capable de choisir Dieu.

De notre côté, nous maintenons que la perte de l’image divine (ou de la justice originelle) a suivi la chute d’Adam doublement – à la fois de façon méritoire et morale, et de façon efficace et réelle. – François Turretin, Instituts de Théologie Élenctique, 9.8.5

Argumentation (§§6-12)

Premier argument : la chute est un abandon complet de celui qui faisait le principe de notre être et une reprogrammation de l’être humain pour vivre (abusément) loin de Dieu. Un tel processus est si grave qu’il ne peut pas être restauré sans une grâce particulière de Dieu.

Deuxième argument : le péché d’Adam n’est pas un péché particulier, mais un péché universel contre la loi de Dieu tout entière. Il ne peut pas avoir d’autre conséquence que de dévaster notre nature humaine toute entière, laissant ce qui reste à l’état de ruines incendiées.

Troisième argument : le sens de la nudité ressentie par Adam et Ève après la chute ne fait pas référence à leur nudité corporelle (qui est neutre et sans problème à ce moment-là) mais à une nudité spirituelle, parce qu’ils ont perdu quelque chose.

Quatrième argument : Dieu avait menacé de priver l’homme de son image. La mort qui a saisi l’homme n’est pas seulement la mort éternelle et finale, mais aussi une mort plus temporelle (la perte de la justice originelle).

Cinquième argument : Nous naissons tous à l’image d’Adam. Or nous ne naissons pas seulement avec un manque de bien, une quantité qui nous manquerait, mais une inclination positive et irrépressible vers le mal. C’est donc qu’il y a quelque chose qui n’est pas seulement atténué après la chute, mais carrément disparu : notre justice originelle.

Objection : Un acte ne suffit pas à détruire une habitude. Réponse :

  1. Il y a des exceptions : un seul parricide détruit l’amour paternel par exemple ; un seul inceste détruit toute chasteté.
  2. Par le péché d’Adam, toute communion avec Dieu est rompue, et on ne peut donc maintenir notre justice originelle sans communion avec la Justice.
  3. Ce n’est pas un péché ordinaire mais la rupture d’une alliance, qui amène ses conséquences.
  4. Par un seul péché, les anges ont perdu leur statut de bonté.
  5. Nos opposants eux-mêmes admettent que l’on peut perdre le Saint-Esprit par un seul acte.

Quant à nous, régénérés, si un seul péché ne nous enlève pas notre sainteté, ce n’est pas parce que notre péché n’a pas d’effet, mais à cause de la grâce de persévérance. Nous avons cette promesse de persévérance qu’Adam n’avait pas.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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