Dans ses Traités sur Jean, saint Augustin commente la façon dont Jésus affirme à certains « Vous n’êtes pas de mes brebis ». Ce faisant, il offre une exégèse dont la proximité avec la pensée dite calviniste est évidente :
Comment donc leur dit-il : « Vous n’êtes pas de mes brebis ? » Parce qu’il les voyait prédestinés à la mort éternelle, et non pas rachetés au prix de son sang pour la vie éternelle. « Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et moi je leur donne la vie éternelle». Voilà les pâturages. Si vous vous le rappelez, il avait dit plus haut : « Et il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages». Nous sommes entrés en croyant, nous sortons en mourant. Mais comme nous sommes entrés par la porte de la foi, de même soyons pleins de foi en sortant de notre corps. C’est ainsi qu’il nous faut sortir par la porte même, pour trouver les pâturages. Ces bons pâturages, c’est la vie éternelle. Là, aucune herbe ne sèche ; tout y est vert, tout y est vigoureux. Il est une herbe qu’on appelle toujours vivante ; mais là seulement se trouve la vraie vie. « Je leur donnerai », dit-il, « la vie éternelle », à mes brebis. Pour vous, vous cherchez une occasion de me calomnier , parce que vous ne pensez qu’à la vie présente. « Et elles ne périront pas à jamais ». C’est comme s’il leur eût dit : Mais vous, vous périrez à toujours , parce que vous n’êtes pas de mes brebis. « Personne ne les a arrachera de ma main ». Ecoutez encore plus attentivement : « Ce que mon Père m’a donné est plus grand que toutes choses». Que peut le loup ? que peuvent le voleur et le larron ? Ils ne perdent que les prédestinés à la mort. Mais pour les brebis dont l’Apôtre dit : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui » ; et encore: « Ceux qu’il a connus d’avance, ceux-là il les a aussi prédestinés; ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés »; pour ces brebis, le loup ne peut les ravir, ni le voleur les enlever, ni le larron les mettre à mort. Il est assuré de leur nombre, Celui qui sait ce qu’il a donné pour elles, et c’est ce qu’il dit : « Nul ne les arrachera de ma main1. »
En quelques lignes, on retrouve chez Augustin les doctrines de l’élection inconditionnelle et de la réprobation (« prédestinés » vs. « prédestinés à la mort »), de l’expiation définie (« non pas rachetés au prix de son sang ») et de la persévérance des saints (« Que peut le loup ? que peuvent le voleur et le larron ? Ils ne perdent que les prédestinés à la mort »).
- Augustin, Traité 48 sur Jean, 4-6.[↩]




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