Pas de vénération des icônes au IVe siècle – père Andrew Louth
3 juin 2026

La vénération des icônes est une pratique particulièrement importante dans l’orthodoxie orientale. La « fête de l’orthodoxie » ne célèbre pas chez eux le triomphe de la doctrine trinitaire sur l’arianisme… mais celui de l’iconodulie sur l’iconoclasme. Aussi, il est assez rare qu’un auteur orthodoxe soit disposé à concéder ce que tout le monde académique sait : cette pratique est d’apparition tardive. Pourtant, le très respecté Andrew Louth, professeur de patristique à Oxford et Durham et prêtre orthodoxe, le reconnaît sans difficulté.


Avant de poursuivre, je rappelle que je produis ces derniers temps des articles sur le sujet des icônes en guise de notes préparatoires pour un long dossier vidéo sur le sujet. Ces notes contiennent des articles généraux ainsi que des textes examinant des auteurs en particulier :

Les Pères et les icônes

Plusieurs articles concernent les pères de l’Église des premiers siècles. Dans ce premier article de Steven Wedgeworth, plusieurs textes des Pères opposés à la vénération des icônes sont recensés. Plusieurs Pères ont ensuite été examinés individuellement, en voici la liste : Justin MartyrAthénagore d’AthènesIrénée de Lyonl’auteur des Actes de JeanClément d’AlexandrieTertullien de CarthageOrigène d’AlexandrieMinucius FelixLactance de NicomédiePseudo-ClémentEusèbe de Césaréele synode d’ElvireAstérios d’AmaséeÉpiphane de SalamineAmbroise de MilanBasile de CésaréeGrégoire de NazianzeÉvagre le PontiqueMacaire de MagnésieAugustin d’HipponeJean CassienNil du SinaïZacchée le ChrétienHypatios d’Éphèse et Grégoire le Grand.

Un autre article examine la légende d’une icône peinte par saint Luc. Et un article est consacré aux données de l’archéologie à ce propos.

La crise iconoclaste et le second concile de Nicée

D’autres articles s’intéressent à la crise iconoclaste et au second concile de Nicée qui eut lieu dans ce contexte. Un premier article sur ce sujet rapporte les conclusions des deux plus grands érudits contemporains sur la crise iconoclaste, qui concluent que la vénération des icônes n’existait pas avant le VIIe siècle. Un deuxième article fait le point sur le consensus académique actuel, à savoir que le culte aux icônes était absent des origines du Christianisme jusqu’à la fin du VIe siècle ou la fin du VIIe siècle selon la position adoptée. Un autre article examine les anathèmes du second concile de Nicée et conclut qu’une adhésion sérieuse à ce concile implique de croire que ceux qui rejettent la vénération des icônes sont damnés. Un dernier article répond à l’accusation de déni de l’incarnation à l’encontre des iconoclastes.

Les Francs et les icônes

Plusieurs articles ont été consacré à la façon dont les Francs, au Moyen-Âge, ont considéré les icônes. Cet article propose un survol de la question. Ce deuxième article se concentre sur le concile de Francfort (794) et ce troisième sur le concile de Paris (825). Pour compléter le tableau, cet article étudie le cas de Claude de Turin, chapelain de Louis le Pieux et cet autre article le cas d’Agobard de Lyon.

La théologie des icônes

Un article consacré à la distinction entre dulie et latrie a également été publié dans cette série.


Voici donc, sans plus tarder, ce que Andrew Louth déclare à ce propos dans un texte consacré au développement doctrinal.

Dans des occasions où, pourrait-on penser, il serait utile de recourir à une telle notion de développement, il est frappant de constater que les théologiens orthodoxes ne le font pas. Deux exemples viennent immédiatement à l’esprit : la doctrine des icônes et la distinction entre essence et énergies dans la divinité. Il semblerait évident à un historien que ni la doctrine du VIIIᵉ siècle concernant la nécessité de fabriquer et de vénérer les icônes, ni la distinction palamite du XIVᵉ siècle entre essence et énergies, ne peuvent réellement être trouvées chez les Pères du IVᵉ siècle — en particulier, dans les deux cas, chez saint Basile le Grand, auquel on fait généralement appel. Pourtant, je ne connais aucun théologien orthodoxe qui invoque la catégorie du développement authentique pour justifier la doctrine ultérieure. Le développement ne semble pas être perçu comme une catégorie disponible pour la théologie orthodoxe1.

Comme nous l’avions noté dans notre article sur Basile de Césarée, celui-ci est invoqué (à tort) par le Catéchisme de l’Église catholique qui sort de son contexte une citation à propos du Fils comme image du Père et l’applique aux icônes physiques, sans signaler d’aucune façon à son lecteur le glissement de sens opéré ni tenter de le justifier. De leur côté, divers orthodoxes invoquent quant à eux des textes apocryphes et falsifiés de Basile, que nous avons listés dans l’article en question. Aussi, il est intéressant de recueillir l’avis d’universitaires comme Louth qui maintiennent les conclusions consensuelles du monde académique en dépit de leur confession.


  1. Louth Andrew, Orthodoxy and Western Culture: A Collection of Essays on Orthodoxy and the West. Crestwood, NY : St Vladimir’s Seminary Press, 2005, page 47.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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