Ceux qui ne vénèrent pas les icônes iront en enfer
2 août 2025

La phrase en en-tête de cet article pourrait vous paraître étonnante. Elle n’a évidemment aucun fondement biblique dans la mesure où la Bible ne parle pas des icônes et que son langage sur l’usage cultuel d’images est essentiellement prohibitif ou décoratif. Elle ne correspond pas non plus à la piété des premiers chrétiens. Pourtant, elle correspond à l’enseignement du second concile de Nicée, qui est reconnu comme œcuménique par les catholiques romains comme les orthodoxes.

Mais avant de poursuivre, je rappelle que cet article participe d’une série de notes que je publie en ce moment sur les icônes et qui constitue un travail préparatoire à un dossier sous forme de vidéo sur le sujet. Voici les articles déjà publiés :

  1. Dans ce premier article de Steven Wedgeworth, plusieurs textes des Pères opposés à la vénération des icônes sont recensés ;
  2. Dans ce second article, nous relevions la façon dont les Francs s’étaient opposés pendant plusieurs siècles au second concile de Nicée ;
  3. Dans ce troisième article, le cas de Claude de Turin, chapelain de Louis le Pieux, est présenté ;
  4. Dans ce quatrième article, la réception occidentale du second concile de Nicée est discutée, étudiant les textes autour du concile de Francfort (794) ;
  5. Un cinquième article rapporte les conclusions des deux plus grands érudits contemporains sur la crise iconoclaste, qui concluent que la vénération des icônes n’existait pas avant le VIIe siècle.

Anathème !

À la fin du second concile de Nicée, les évêques orientaux formulèrent une liste d’anathèmes, c’est-à-dire de malédictions, à propos de ceux qui refusent la vénération des icônes. En voici quelques-uns :

À ceux qui appliquent aux icônes sacrées les paroles de l’Écriture divine contre les idoles, anathème !

À ceux qui n’embrassent pas les saintes et vénérables icônes, anathème !

À ceux qui appellent les icônes des idoles, anathème !

À ceux qui disent que les chrétiens ont recourt aux icônes comme des dieux, anathème ! À ceux qui communiquent volontairement avec ceux qui insultent et déshonorent les icônes sacrées, anathème1 !

Récemment, après avoir partagé l’un de mes récents articles sur les icônes sur les réseaux sociaux, un catholique m’a reproché de faire « tout un plat », d’un sujet secondaire. Force est de constater que ce sujet n’était pas secondaire pour les évêques présents à ce concile que son Église considère comme infaillible. Mais que signifiait précisément un anathème pour ces évêques ?

Tarasios, patriarche de Constantinople qui présida au second concile de Nicée, délivra 3 années avant ce concile un discours dans lequel il déclara : 

Un anathème est une chose terrible : il conduit ceux qui y sont sujets loin de Dieu, les expulse du royaume des cieux, les traînant dans les ténèbres du dehors2.

Traitant de la division dans l’Église de son temps, il exprima son désir qu’un concile vienne y remédier et déclara alors : 

À moins que je ne sois sujet à un anathème et soit trouvé condamné au jour du Seigneur3.

Après le concile, il écrivit avec les évêques présents une lettre à l’impératrice iconodule Irène résumant les conclusions du concile dans laquelle on peut lire :

Un anathème n’est rien d’autre qu’une séparation de Dieu4.

Dans une autre lettre, ils associent ceux qui s’opposent à la vénération des icônes à Arius, Nestorius, Eutyches, Honorius (le pape de Rome !) et d’autres hérétiques antiques5.

Ainsi, ce ne sont pas les protestants qui font « tout un plat » de cette affaire. Si l’on veut être un sérieux disciple du second concile de Nicée, on doit considérer que ceux qui rejettent la vénération des icônes sont anathèmes et cela ne signifie « rien de moins que la séparation d’avec Dieu ».

Il est donc particulièrement pertinent d’étudier ce sujet lorsque l’on se consacre au débat inter-confessionnel ou au sain dialogue œcuménique.


  1. Richard Price, The Acts of the Second Council of Nicaea (787), Translated Texts for Historians, vol. 68, Liverpool, Liverpool University Press, 2020, page 577.[]
  2. Richard Price, The Acts of the Second Council of Nicaea (787), Translated Texts for Historians, vol. 68, Liverpool, Liverpool University Press, 2020, page 89.[]
  3. Richard Price, The Acts of the Second Council of Nicaea (787), Translated Texts for Historians, vol. 68, Liverpool, Liverpool University Press, 2020, page 90.[]
  4. Richard Price, The Acts of the Second Council of Nicaea (787), Translated Texts for Historians, vol. 68, Liverpool, Liverpool University Press, 2020, page 585.[]
  5. Richard Price, The Acts of the Second Council of Nicaea (787), Translated Texts for Historians, vol. 68, Liverpool, Liverpool University Press, 2020, pages 588-589.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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