Les pères et les icônes – une autre voix
13 avril 2018

Article de Steven Wedgeworth, publié sur le Calvinist International, traduction française.


L’usage liturgique des icônes est l’un des points litigieux qui a une origine mixte dans l’église primitive. La plupart des gens connaissent le Deuxième Concile de Nicée, qui exigeait la vénération des icônes et revendiquait la pratique comme apostolique. Cependant, peu de gens connaissent les voix patristiques opposées. Pour aider à contrebalancer cela, j’en donnerai quelques-unes ici.

Tertullien explique comment le serpent de bronze et la décoration de l’arche de l’alliance ne violent pas le Second Commandement. Il est intéressant de noter ce qu’il ne dit pas. Il ne dit pas que le Second Commandement n’est plus obligatoire. Il ne dit pas non plus qu’il n’interdisait que les icônes païennes. En fait, il explique que les Juifs n’utilisaient pas leurs images d’une manière idolâtre. Tertullien écrit:

De même, en interdisant la similitude à faire de toutes choses qui sont dans les cieux, sur la terre et dans les mers, Il en déclarait aussi les raisons, comme interdisant toute démonstration matérielle d’une idolâtrie latente. Car Il ajoute: « Tu ne t’inclineras pas devant eux, et tu ne les serviras point. » Cependant, la forme du serpent d’airain que le Seigneur a ensuite ordonné à Moïse de faire, n’offrait aucun prétexte pour l’idolâtrie, mais était destinée à guérir ceux qui étaient tourmentés par les serpents ardents. Je ne m’arrête pas ici sur ce que le remède figurait. Ainsi, les chérubins et séraphins d’or étaient aussi un pur ornement à la manière figurée de l’arche; adaptés à l’ornementation pour des raisons totalement éloignées de toute condition idolâtrique, en raison de laquelle la fabrication d’une icône est interdite; et ils ne sont évidemment pas en contradiction avec cette loi d’interdiction, car ils ne se trouvent pas dans cette forme de représentation, en référence à laquelle l’interdiction est donnée.

Il y a aussi le Synode d’Elvire en 305, dont le 36e canon dit:

Les images ne doivent pas être placées dans les églises, afin qu’elles ne deviennent pas des objets de culte et d’adoration.

Grégoire le Grand a écrit à l’évêque Serenus de Marseille,

De plus, nous vous informons qu’il est venu à nos oreilles que votre Fraternité, voyant certains adorateurs d’images, a brisé et jeté ces mêmes images dans les Églises. Et nous vous louons certes pour votre zèle contre tout ce qui est fait avec les mains comme objet d’adoration, mais nous vous disons que vous n’auriez pas dû briser ces images. C’est pour cette raison que l’on utilise la représentation picturale dans les Églises, afin que ceux qui ignorent les lettres puissent au moins lire, en regardant les murs, ce qu’ils ne peuvent pas lire dans les livres. Votre Fraternité aurait donc dû à la fois préserver les images et interdire au peuple de les adorer, afin que ceux qui ignorent les lettres puissent avoir les moyens d’acquérir une connaissance de l’histoire, et que le peuple ne puisse en aucun cas pécher par l’adoration d’une représentation picturale.

Remarquez qu’il dit que les images servent à « lire ».

Epiphanius dit, en 394,

J’ai d’ailleurs entendu dire que certaines personnes ont cette plainte contre moi: Quand je vous ai accompagnés au lieu saint appelé Béthel, là pour célébrer avec vous la collecte, selon la coutume de l’Église, je suis venu dans une villa appelée Anablatha et, comme je passais, j’ai vu une lampe qui y brûlait. Demandant quel était son emplacement, et apprenant que c’était une église, je suis entré pour prier, et j’y ai trouvé un rideau suspendu aux portes de ladite église, teint et brodé. Elle portait une image du Christ ou d’un des saints; je ne me souviens pas, à juste titre, de qui était cette image. En voyant cela, et en détestant qu’une image d’un homme soit accrochée dans l’église du Christ, contrairement à l’enseignement des Écritures, je l’ai déchirée et j’ai conseillé aux gardiens du lieu de l’utiliser comme un drap enroulé pour un pauvre. Ils murmurèrent cependant, et dirent que si je décidais de le déchirer, il était juste que je leur donne un autre rideau à sa place. Dès que j’ai entendu cela, j’ai promis d’en donner un, et j’ai dit que je l’enverrais tout de suite. Depuis lors, il y a eu peu de retard, en raison du fait que j’ai cherché un rideau de la meilleure qualité à leur donner au lieu de l’ancien, et j’ai pensé qu’il était juste de leur envoyer à Chypre pour une fois. J’ai envoyé le meilleur que j’ai pu trouver, et je vous prie d’ordonner au presbytre du lieu de prendre le rideau que j’ai envoyé des mains du lecteur, et de lui donner par la suite des directives selon lesquelles les rideaux de l’autre espèce – opposés à notre religion – ne seront pas suspendus dans aucune église du Christ. Un homme de votre droiture devrait veiller à retirer une occasion d’offense indigne aussi bien de l’Église du Christ que des chrétiens qui sont attachés à votre charge.

Ce que ces citations montrent, c’est que la controverse autour des icônes était intra-chrétienne. Peter Brown a montré que le conflit autour du septième concile était une affaire entièrement byzantine. Les Réformateurs n’étaient pas, par leur rejet de la vénération des icônes, nécessairement anti-patristiques. En effet, c’est parce qu’ils connaissaient la complexité de la tradition antique qu’ils pouvaient interagir en toute confiance avec elle, en revendiquer des parties, pour finalement aller au-delà jusqu’au témoignage biblique (Exode 20:4-6, Actes 17:29).

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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