Une accusation fort ancienne contre les opposants aux icรดnes est que cette position impliquerait une nรฉgation de l’incarnation. En effet, le Christ s’รฉtant rendu visible en s’incarnant, il s’est nรฉcessairement rendu reprรฉsentable. Ainsi, refuser qu’il soit reprรฉsentรฉ c’est refuser son incarnation. L’argument suppose que ce qui est possible (รชtre reprรฉsentable) est admis dans le culte (รชtre reprรฉsentรฉ dans un objectif cultuel), ce qui mรฉrite d’รชtre prouvรฉ autrement l’argument est un non sequitur. Comme nous le disions, cette accusation est fort ancienne et les iconodules (serviteurs des icรดnes) ont d’emblรฉe tentรฉ d’affirmer que les monophysites s’รฉtaient opposรฉs รฉgalement aux icรดnes afin d’รฉtablir un lien historique entre les iconoclastes et des hรฉrรฉtiques antiques.
Cette accusation se retourne involontairement contre les Pรจres des cinq premiers siรจcles puisque non seulement ils ne pratiquaient pas de culte aux icรดnes mais รฉtaient รฉgalement pour une bonne partie d’entre eux opposรฉs aux images religieuses. Par ailleurs, une accusation similaire pourrait รชtre lancรฉe contre les iconodules : lorsque l’interdiction de reprรฉsenter Dieu leur est avancรฉe, ils prรฉtendent ne reprรฉsenter que la nature humaine du Christ. Mais en prรฉtendant reprรฉsenter uniquement la nature humaine du Christ, ne risque-t-il pas pareillement de s’associer aux nestoriens, qui sรฉparent les deux natures ?
Je rappelle que cet article fait partie d’une sรฉrie de notes prรฉparatoires ร un dossier sous format vidรฉo en cours de prรฉparation :
- Dans ce premier article de Steven Wedgeworth, plusieurs textes des Pรจres opposรฉs ร la vรฉnรฉration des icรดnes sont recensรฉs ;
- Dans ce second article, nous relevons la faรงon dont les Francs s’รฉtaient opposรฉs pendant plusieurs siรจcles au second concile de Nicรฉe ;
- Dans ce troisiรจme article, le cas de Claude de Turin, chapelain de Louis le Pieux, est prรฉsentรฉ ;
- Dans ce quatriรจme article, la rรฉception occidentale du second concile de Nicรฉe est discutรฉe, รฉtudiant les textes autour du concile de Francfort (794) ;
- Un cinquiรจme article rapporte les conclusions des deux plus grands รฉrudits contemporains sur la crise iconoclaste, qui concluent que la vรฉnรฉration des icรดnes nโexistait pas avant le VIIe siรจcle ;
- Un sixiรจme article examine les anathรจmes du second concile de Nicรฉe et conclut quโune adhรฉsion sรฉrieuse ร ce concile implique de croire que ceux qui rejettent la vรฉnรฉration des icรดnes sont damnรฉs ;
- Un septiรจme article fait le point sur le consensus acadรฉmique actuel, ร savoir que le culte aux icรดnes รฉtait absent des origines du Christianisme jusqu’ร la fin du VIe siรจcle ou la fin du VIIe siรจcle selon la position adoptรฉe.
Dans cet article, nous voulons simplement signaler que, quoi qu’il en soit du lien logique entre iconoclasme et monophysique, le lien historique entre ces positions est purement fictif et calomnieux. Voici ce qu’en dit par exemple un rรฉcent ouvrage collectif sur l’histoire du Christianisme :
Les iconoclastes ont toujours professรฉ la plus stricte orthodoxie chalcรฉdonienne, et les monophysites nโont jamais liรฉ ร leur doctrine une condamnation des images ; lโaffirmation iconodule de 787, que ยซย ni les Thรฉopaschites, ni les impies Sรฉvรจres, Pierre Le Foulon, Philoxรจne de Mabbougโฆ nโacceptent les imagesย ยป est contredite ร la fois par les textes et par lโarchรฉologie1.
Conclusion
L’accusation de liens historiques entre iconoclasme et hรฉrรฉsie christologique doit รชtre abandonnรฉ, parce qu’il ne correspond tout simplement pas ร la rรฉalitรฉ. Si argumentaire contre l’iconoclasme il doit y avoir, il doit รชtre d’une autre nature.
- Mayeur J.-M., Histoire du Christianisme, volume 4 : รฉvรชques, moines et empereurs, รditions Desclรฉe, 1993, page 132.[↩]





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