Parmi les miracles eucharistiques les plus fameux, il est un nom qui revient fréquemment, c’est celui du Dr Ricardo Castañón Gómez. Gómez et son équipe, au service de son association, le Groupe international pour la paix, sont en effet ceux qui ont été en charge de plusieurs enquêtes sur des miracles eucharistiques, notamment les prétendus miracles de Buenos Aires et de Tixtla, sur lesquels nous reviendrons à l’avenir. Plusieurs éléments clés de ces enquêtes, desquels dépendent toute prétention au miracle, reposent directement sur la probité de Gómez. Aussi, il semble nécessaire de porter à la connaissance de ceux qui s’intéressent aux miracles eucharistiques certains faits étonnants relatifs à son parcours.
Mais avant cela, je vous rappelle que cet article s’inscrit à la suite d’autres articles déjà publiés sur le sujet :
- Considérations générales sur les miracles eucharistiques ;
- Le groupe sanguin AB et les miracles eucharistiques ;
- Le miracle eucharistique de Lanciano – réfutation complète.
Gómez et son CV
Ricardo Castañón Gómez a donné dans sa vie des milliers d’interviews et conférences sur les miracles eucharistiques, a écrit des livres et parcouru le globe pour diffuser ces récits. En bref, ces miracles constituent une bonne partie de son gagne-pain. Il se présente comme docteur en psychologie clinique, une qualification qui ne lui procure aucune compétence particulière pour enquêter sur ces miracles. Il est en effet possible de retrouver un article publié dans une revue locale et signé d’un Ricardo Castañón. L’auteur y est présenté comme président de l’International Institute for Psychotherapeutical Research à Cologne en Allemagne, institut dont je ne retrouve aucune trace par ailleurs et du Consejo mundial para el estudio del comportamiento (EE. UU. de NA) c’est-à-dire du Conseil mondial pour l’étude du comportement (États-Unis d’Amérique du Nord) dont on ne retrouve également aucune trace. Il semble que toutes les institutions où il participe doivent porter le qualificatif d’international ou de mondial.
Sur son CV, il semble accumuler les diplômes dans des facultés américaine, belge, allemande, française, anglaise. Mais les indications données sont trop vagues pour vérifier quoi que ce soit : aucune année d’obtention du diplôme, aucune nature du diplôme et parfois aucune faculté n’est même donnée. Il dit avoir étudié la biochimie à Weil, en Allemagne, ville qui n’a jamais eu d’université de biochimie. Pas grand chose à se mettre sous la dent, pour l’instant.
Mais voilà que Ricardo Castañón Gómez ajoute encore à ce CV qu’il aurait reçu la « médaille d’Esculape d’argent du comité de défense civile des Nations Unies. » Le problème, c’est qu’une telle distinction n’existe pas plus que ce comité.
En outre, Ricardo Castañón Gómez prétend être membre de la Légion d’Or de l’Académie Tibérine de Rome. Il ne figure pourtant pas dans ses membres actuels ou anciens selon leur site. Lorsque l’on contacte cette académie, celle-ci répond qu’il n’est pas parmi leurs membres1.
Le CV de Ricardo Castañón Gómez, qui est avancé sur son site comme une preuve de ses compétences, laisse en fait son lecteur plus perplexe qu’autre chose. Selon toute vraisemblance, il contient de nombreuses zones d’ombre et au moins deux mensonges, que l’on peut difficilement considérer comme de simples imprécisions, à savoir une fausse distinction par l’ONU et une membriété fantasmée dans une Académie italienne.
Son histoire
Ricardo Castañón Gómez affirme qu’il aurait été athée : dans son livre Beyond Reason, il dit que le premier élément qui l’a fait douter de son athéisme est son enquête en juin 1992 sur une statue en pleurs en Amérique du Sud. Cependant, sa conversion ne survint qu’après son enquête sur les apparitions rapportées par une certaine Nancy Fowler aux États-Unis, enquête commencée en septembre de la même année et conclue en 19932.
Il est important de souligner que, bien que Ricardo Castañón ait conclu à l’authenticité de ces apparitions de la Vierge et maintienne cette conclusion à ce jour, en s’appuyant sur des arguments extravagants concernant les rayonnements gamma ou les ondes delta, le simple passage du temps a démontré leur fausseté sans l’ombre d’un doute. Il suffit de considérer les prédictions de Nancy dans ses visions, qui annonçaient notamment une grande guerre impliquant la Chine, la Corée et la Russie, et qui allait inéluctablement se produire dans les années 19903. Comme le dit Deutéronome 18:21-22, « Si vous vous dites en votre cœur : “Comment puis-je reconnaître une parole que l’Éternel n’a pas prononcée ?”, sachez que lorsqu’un prophète parle au nom de l’Éternel, si sa parole ne s’accomplit pas, c’est une parole que l’Éternel n’a pas prononcée. Ce prophète parle avec présomption ; ne le craignez pas. »
Dans un entretien avec une fondation qui fait la promotion des apparitions mariales de Medjugorje, il déclare pourtant que c’est suite à la lecture d’un livre sur ces apparitions qu’il s’est converti : « Pour moi, la clé de ma conversion a été le livre sur les apparitions de la Vierge Marie à Medjugorje. Je me sens comme un converti de Medjugorje, car Elle m’a adoucie. » Ceux qui connaissent un peu ces apparitions savent combien même dans le catholicisme contemporain elles suscitent l’incompréhension. Mais si l’on en revient à l’histoire de Ricardo Castañón, cette mention de Medjugorje peut être lue comme n’impliquant pas de contradiction, simplement un récit fragmentaire. Après tout, une conversion peut être rapportée à plusieurs facteurs.
La suite du récit est plus problématique : il dit que suite à la lecture d’un livre sur Medjugorje en mai 1992, il est allé voir sa mère pour dire qu’il voulait prier. Il insiste sur le fait que cela a eu lieu en mai 1992 et que sa mère lui a dit « c’est la Pentecôte aujourd’hui ». Or, la Pentecôte en 1992 est tombée le 7 juin. On pourrait penser qu’il s’agit simplement d’une erreur d’année, car l’année suivante, en 1993, Pentecôte tombe en mai. Dans une autre source, il situe toutefois sa conversion au 7 juin 19924.
Il me semble que ces récits peuvent être réconciliés ainsi :
- En juin 1992, il lit un livre reçu d’un prêtre sur Medjugorje. Il ne se convertit pas à l’époque mais, rétrospectivement, il va parfois qualifier cet épisode de conversion parce qu’il va prier pour la première fois à ce moment ;
- Toujours en juin 1992, il enquête sur une statue qui pleure (cette enquête a bien eu lieu en 1992, et son entretien avec la fondation pour Medjugorje précise bien que l’enquête eu lieu après la lecture du livre, ce qui confirme la date de 1992 pour cet épisode), il présente cet élément comme la première chose qui ébranle son athéisme. Puis, en septembre 1992 il débute son enquête sur Nancy Fowler. Il se convertit, selon ses propres dires, après cette enquête, au catholicisme. Ron Tesoriero, son acolyte dans l’étude de cette fumeuse mystique et dans les enquêtes sur les miracles eucharistiques, publie en 1994 le compte-rendu de cette enquête ;
- Castañón Gómez a simplement confondu mai et juin.
C’est alors qu’un problème majeur dans son récit demeure : l’association de promotion du catholicisme qu’il a fondé l’a été le 16 juillet 19925. Or, on sait qu’il a enquêté sur Nancy Fowler à partir de septembre 1992 et le livre sur cette enquête le présente comme un sceptique qui aurait été converti en examinant ces « preuves ». Castañón Gómez aurait donc fondé une association de promotion du catholicisme avant même de devenir catholique… Il semble que ces discordances puissent se rapporter à un procédé récurrent chez lui : l’histoire saisissante d’un scientifique sceptique athée qui se convertit est multipliée à l’infini pour les miracles eucharistiques, pour Nancy Fowler ou pour Medjugorje. Ce récit est présenté de manière emphatique : « il disait ouvertement être athée, sans hésitation » ; « je me suis toujours considéré comme un complet rationnaliste », peut-on lire dans son livre.
Son implication dans des fraudes
Le monde enchanté de Ricardo Gómez
Comme nous l’avons vu, Castañón Gómez a été impliqué dans la promotion de Nancy Fowler et de ses fausses prophéties. Il ne s’agit toutefois pas d’un élément isolé dans son parcours. Plutôt qu’un scientifique, Castañón Gómez est mieux qualifié d’enquêteur à sensation sur les phénomènes paranormaux.
Le Dr Serafini lui-même, défenseur des miracles eucharistiques, fait la remarque euphémique qui suit à propos de notre protagoniste et de ses enquêtes :
Dans une interview accordée à Fox en 1999, il déclara avoir étudié cinquante cas, mais n’avoir pu exclure une origine surnaturelle que dans six d’entre eux. Malheureusement, en parcourant la liste des voyants les plus célèbres qu’il a examinés (Nancy Fowler, Patricia Talbot, Julia Kim, Catalina Rivas), j’aurais personnellement tendance à inverser sa proportion entre les cas authentiques et les cas frauduleux. Cette question des phénomènes mystiques factices, ou véritablement inexplicables — dont les origines peuvent être, et sont probablement, diaboliques — est assurément intéressante, bien qu’elle mériterait une discussion approfondie que je n’entreprendrai pas ici6.
Ainsi, au lieu de 44 miracles authentiques et 6 fraudes selon les conclusions du Dr Gómez, Serafini inverserait à 44 fraudes et 6 miracles. Cela nous donne une petite idée de la propension de Gómez à diffuser comme miraculeux des fraudes. Outre Nancy Fowler, disons justement quelques mots de Patricia Talbot, Julia Kim et Catalina Rivas, dont Gómez et son équipe se font les chantres, prétendant apporter des preuves scientifiques de l’exactitude de leurs visions. Rivas a d’ailleurs un lien direct avec les miracles eucharistiques.
Julia Kim et Patricia Talbot
Talbot est une mystique d’Équateur qui prétend avoir reçu à partir de ses 16 ans des visions de la Vierge, demandant à ce que l’on se consacre à son Sacré-Cœur. Julia Kim est une mystique de Corée, qui prétend également avoir reçu des visions, revivre la passion du Christ ou transformer des hosties en chair sanglante dans sa bouche. Elle aurait également chez elle des statues de Marie versant des larmes véritables. Depuis, un sanctuaire à Naju, devenu un lieu de pélerinage (c’est-à-dire de tourisme religieux), a été ouvert. Après des années de polémique autour de ce sanctuaire, le Vatican a fini par frapper d’excommunication automatique ceux qui s’y rendraient.
Malgré cela, le site du sanctuaire marial continue de prétendre avoir le soutient du pape dans un document intitulé pompeusement « La position officielle du Vatican sur Naju. »
Le point commun entre ces deux mystiques, c’est bien entendu Gómez. Dans un protocole de science-fiction, ce charlatan a soumis ces deux mystiques à des électro-encéphalogrammes (EEG) dans un état éveillé puis dans un état de transe ou de méditation. Si l’EEG montrait des ondes delta (couramment observées en cas de sommeil profond ou de prise de drogues), Castanón concluait à l’origine miraculeuse. Selon les mots de son acolyte, à propos de Talbot :
Une fois encore, les résultats des enregistrements EEG se révélèrent profondément déconcertants. Le sujet était pleinement éveillé et physiquement actif, et pourtant, au moment précis où l’hostie toucha sa langue, les relevés du moniteur indiquèrent un état d’ondes delta dans son cerveau. « Qu’en pensez-vous ? », insistai-je. Il soupira. Je pressai davantage pour obtenir une réponse. « Vos résultats pourraient-ils s’expliquer par une sorte de pouvoir psychique, l’esprit agissant sur la matière, ou la puissance mentale combinée de plusieurs personnes ? »
Secouant la tête, et d’une manière calme et réfléchie, il conclut : « Je ne pense pas que nous puissions expliquer ces choses. Nous pensons que l’homme est très intelligent et que nous savons tout. Parfois, nous devons être humbles et dire : voici un autre type de puissance que nous ne comprenons pas. Et cela pourrait être, je dis bien pourrait être Dieu. »
Encore une fois, la posture du sceptique rendu à l’évidence face à une démonstration incontestable est tissée dans le récit, alors que l’on se trouve cette fois-ci des mois après la conversion alléguée de Gómez. Toujours selon le rapport de son acolyte, le 7 janvier 2002, ils soumirent Julia Kim au même protocole « scientifique » :
Un autre cas encore nous conduisit auprès d’un sujet, Julia Kim, en Corée du Sud. Elle affirmait avoir des visions de Jésus et de la Vierge Marie. Un neurologue coréen était présent, et la question posée avant les tests était familière :
« Est-il possible qu’un être humain pleinement conscient présente des ondes cérébrales delta à l’EEG ? »
Sa réponse fut à la fois simple et catégorique :
« Non. »
On demanda au sujet de prier, et les résultats montrèrent des formations d’ondes delta sans équivoque (jusqu’à 2 à 3 Hz observés).
Puisqu’il était impossible d’expliquer ce phénomène, le Dr Ricardo, transporté de joie au point de bondir, déclara : « Désormais, personne au monde ne pourra traiter Mama Julia de malade mentale ! »

Catalina Rivas
Faut-il vraiment se répéter ? Vous l’aurez deviné : Catalina Rivas était une mystique prétendant recevoir des communications directes de la part de Dieu (et prétendant avoir été la fiancée secrète d’un président sud-américain). Cette fois-ci, en revanche, le rapport entre notre enquêteur fantasque, son équipe et la mystique semble avoir été plus étroit encore. En effet, dans des extraits vidéos nous les voyons en présence de celle-ci déclarer qu’ils sont comme à côté de Moïse, entendant Dieu leur parler en direct. Rivas prétendait encore écrire sous inspiration divine. Là encore, la fraude n’a pas tardé à être découverte : des sections entières de ses écrits inspirés étaient en réalité copiés mot à mot de livres déjà publiés, en voici un exemple. Catalina, bien entendu, prétend que l’auteur du livre (publié pourtant des années avant), lui aurait volé ses visions.
Quel rapport avec les miracles eucharistiques ? Eh bien c’est précisément à la demande de Catalina (enfin, de l’entité qui parle à travers elle), que notre docteur et son équipe ont entrepris leur « enquête » sur le miracle de Buenos Aires, pour « redorer l’honneur de mes autels », disait la voix. On est loin du scientifique sceptique menant une enquête en toute impartialité et disposé à recevoir la conclusion quelle qu’elle soit.
Conclusion
L’équipe derrière 2 des plus célèbres miracles eucharistiques est en réalité constituée d’enquêteurs fantasques du paranormal, mandatés par une mystique plagiariste, au CV grandiloquent mensonger et au narratif de conversion douteux et sensationnel. Il n’est dès lors pas étonnant de retrouver des éléments troublants dans les pseudo-enquêtes au vernis scientifique qu’ils ont produit. Comme nous le verrons, les éléments du dossier Tixtla montrent des signes d’édition tronquée, des discordances de dates. Pour Buenos Aires, nous retrouverons des propos imputés à des scientifiques qu’ils n’ont jamais tenu, une dénonciation comme fraude par les proches d’un scientifique impliqué dans l’enquête, une méthodologie inexplicable, et des interprétations discordantes d’avec ce que les résultats présentés démontrent.
- C’est cette démarche qu’a entrepris cet auteur hispanophone alors qu’il a enquêté sur les miracles eucharistiques.[↩]
- Ricardo Castañón Gómez, Au-delà de la raison, p. 11-15.[↩]
- Ron Tesoriero, Why Do You Test Me ? : Does the Virgin Mary Appear to Nancy Fowler at Conyers, Georgia USA ?, Gosford, Australia : Autopublicado, 1994, p.107-110.[↩]
- Ricardo Castañón Gómez, Cita en el Jordán, Grupo Internacional para la Paz, 2018, page 396.[↩]
- Castañón Gómez, Más allá de la razón, page 4.[↩]
- Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jésus, version Kindle.[↩]




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