Une (nouvelle) réponse à Ethan Muse sur Lanciano
27 mars 2026

Mon article sur le miracle de Lanciano paru il y a quelques temps était, entre chose, destiné à répondre à l’argumentaire d’un certain Ethan Muse. Celui-ci a entrepris une réponse sur son site que je vous invite à lire et qui sera traitée ici dans l’ordre des objections qu’il formule. L’article qui suit a peu d’intérêt si vous n’avez pas lu sa réponse. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à saluer les efforts et l’énergie investie dans ce sujet, puissent-ils servir au progrès de la vérité.

Cet article sera complété dans les jours à venir.

Le biais de Linoli

Ethan Muse commence par rappeler mon affirmation selon laquelle Linoli croyait déjà à la nature miraculeuse de l’objet qu’il s’apprêtait à examiner, un élément que je relève comme relevant d’un possible biais de prévarication. Il entend contester cela en produisant une citation qui ne réfute en rien mon affirmation, puisqu’elle se contente de dire que Linoli craignait de ne pas parvenir à trouver grand chose alors qu’il débutait son investigation. Ces deux choses peuvent être vraies en même temps : il peut avoir cru que ce qu’il s’apprêtait à examiner était miraculeux et cru tout à la fois qu’il serait difficile de tirer une information valable à partir des échantillons.

Son deuxième argument est que l’analyse de Linoli aurait été corroborée par un autre docteur, qui, selon le Dr Serafini qui aurait parlé au petit-fils dudit docteur, serait athée. L’avis de cet autre docteur ne figure pas dans le protocole de l’étude de Linoli mais dans une lettre qui est adjointe à celle-ci. Cet avis, comme je l’ai relevé dans mon article, dépend entièrement des sélections de coupe que Linoli a bien voulu envoyer à son collègue.

En bref, cette première section de mon article n’apporte aucun élément significatif pour contredire mon affirmation : Linoli croyait bien que ce qu’il allait examiner était miraculeux, et cela présente un risque de prévarication. Mon affirmation est simple et ne contient aucune accusation formelle à ce stade. Cela relève simplement de l’énonciation des faits. Si un étudiant en médecine est interrogé sur une telle étude dans la matière que l’on nomme Lecture Critique d’Articles, il doit cocher la case, sur son QCM, « biais de prévarication ». Je rappelle que le Dr Serafini, défenseur des miracles eucharistiques, signale lui aussi cette faiblesse :

L’ensemble de l’enquête a été mené par le professeur Linoli seul. Il n’y avait aucun comité de supervision : il a prélevé les échantillons, et ceux-ci ont été analysés par lui, et par lui seul1.

Le faux rapport de l’OMS

Comme je l’ai rappelé dans mon premier article, à partir de 2005 au moins et jusqu’à nos jours circule la fausse information qu’un rapport de l’OMS aurait confirmé le miracle de Lanciano. Ce rapport est faux. Dans mon article, je me questionne sur l’origine possible de ce rapport et relève qu’il a commencé à circuler dans des articles écrits à l’occasion d’une conférence que donnait le Dr Linoli avec d’autres. Étant donné que Linoli a conduit l’étude à la demande du couvent, je déclare dans mon article que l’existence d’une fraude stockée pendant des années jusque dans le couvent soulève des questions quant à l’intégrité des personnes impliquées et je suggère que Linoli est, avec le couvent, l’un des suspects dans la confection de cette affaire. Dans mon article, je vais jusqu’à dire « suspect numéro 1 » pour ce qui est de Linoli. Il serait utile que ce faux rapport soit rendu intégralement public par ailleurs.

Ethan Muse répond que le couvent peut très bien avoir stocké de bonne foi ce document. Je lui accorde. Mon article n’est pas une accusation formelle, je me contente de dire que cela rend suspect, pas que cela rend coupable.

Deuxièmement, il dit que l’article du ZENIT de 2005 n’établit pas formellement que Linoli est à l’origine des informations relatives à ce rapport. Je lui accorde encore. Mon article n’est toujours pas une accusation formelle. Je m’étonne simplement que Linoli n’ait pas communiqué de manière publique à propos de cette fraude, alors qu’elle s’est diffusée dans des articles relatant des entretiens avec lui.

Troisièmement, il dit que le suspect numéro 1 devrait être le professeur Giuseppe Biondini plutôt que Linoli, car le nom de Biondini apparaît sur le rapport. C’est une remarque valide. Il se trouve simplement qu’après pas mal de recherche, lors de la rédaction de mon article, je n’ai été en mesure de ne trouver aucune mention d’un Giuseppe Biondini ailleurs. Je ne savais donc même pas que l’existence d’un tel homme était avérée. Ethan Muse mentionne alors sans fournir de source que de la littérature à propos du saint Suaire contiendrait ce même nom. J’ai pu retrouver à l’aide de ces informations un document traitant du suaire qui remercie un Giuseppe Biondini. Je ne suis pas en mesure de dire s’il s’agit du même que celui qui est mentionné par le rapport ni s’il a un quelconque lien avec l’OMS, ce que Serafini semble supposer plutôt que savoir. Si Ethan Muse a plus d’informations permettant d’établir ce lien, cela serait utile de les rendre publiques.

Ethan Muse ajoute alors deux éléments pour défendre l’intégrité de Linoli, le premier est la déclaration du Dr Serafini que Linoli n’a jamais mentionné entre 1970 et 2006 ce rapport dans ses échanges avec le couvent. Cette observation ne devrait pas étonner puisqu’il semble que c’est seulement à partir de 2005 que ce rapport a commencé d’être mentionné. Le deuxième élément est le fait que dans une lettre de 1977, Linoli a pris soin de demander au couvent de corriger un livret qui qualifiait de vivant le sang et la chair et qui rapportait la légende du poids égal entre les caillots de sang, cela dénote un certain soin de la part de Linoli que ses recherches ne soient pas associées à des prétentions fumeuses. Ces deux éléments proviennent en réalité d’un récent article de Franco Serafini, auquel le Dr Trasancos avait répondu en ces termes sur son blog :

Il semble que Serafini contrôle sa propre version des faits concernant le rapport de l’OMS, car il a découvert la supercherie, ce dont je lui suis reconnaissant. Il a réagi à ma suggestion selon laquelle le Dr Edoardo Linoli aurait pu avoir connaissance du rapport de l’OMS sans en avoir fait mention publiquement. En réponse, il a publié une lettre montrant que Linoli était au courant des graves exagérations qui circulaient au sujet de Lanciano, sans pour autant mentionner spécifiquement le rapport de l’OMS, et qu’il n’avait toujours pas cherché à les corriger publiquement. J’ai donc ajouté une note à mon article pour clarifier ce point, en précisant qu’il n’existe qu’un seul document à ce sujet : une lettre photographiée de Serafini, dont je n’ai pas vérifié l’authenticité indépendamment de l’image qu’il a partagée. Serafini affirme qu’il va consacrer son compte Substack à réfuter mes critiques pendant les prochains mois.

Affaire à suivre, donc !

Au delà de la question de savoir qui est le coupable, il demeure une conclusion qui est la plus importante : l’étude a été réalisée sans contrôle autre que celui que Linoli lui-même a bien voulu exercer sur sa recherche, sachant qu’il était mandaté par le couvent et déjà convaincu de la nature miraculeuse de ce qu’il examinait. Qu’il soit très suspect ou peu suspect d’être impliqué dans la production du rapport frauduleux stocké dans le couvent est un débat pertinent, mais qui n’atteint pas cette conclusion.

Anatomie macroscopique

Ethan Muse saute ensuite à mon résumé de l’analyse du professeur Budetta. Ce professeur n’a précisément pas cherché à examiner les données chimiques et immunologiques ni les coupes histologiques sur lesquelles il n’offre aucun commentaire mais qu’il s’accorde à préssupposer. On ne peut donc pas, comme le fait Ethan Muse, affirmer que ce professeur aurait, après examen, conclu que l’origine humaine avait été prouvée au-delà de tout doute raisonnable. Du reste, dans la façon dont le paragraphe de Ethan Muse est construit, il semble que ce serait la conclusion atteinte par ce professeur après examen des données, alors que ce n’est précisément pas ce que dit la phrase de Budetta. Je vous mets ci-après la citation d’Ethan Muse puis celle de l’article original de Budetta :

Il convient tout d’abord de noter qu’après avoir « écouté les explications scientifiques du professeur Odoardo Linoli », le professeur Budetta a écrit : « la science a établi que [les reliques] sont bien un morceau de cœur humain et du sang humain coagulé. »

  • Ethan Muse

Mes doutes sont apparus en écoutant les explications scientifiques du professeur Odoardo Linoli, qui, entre autres, affirmait la présence d’une portion du septum interventriculaire dans la cavité cardiaque.

  • Budetta

Autrement dit, la phrase relative à l’écoute des explications de Linoli ne se rapporte pas à la conclusion que la science aurait établi l’origine humaine des reliques mais à l’origine des doutes du Pr Budetta !

Ethan Muse entend ensuite répondre au professeur Budetta en affirmant qu’il s’agirait d’un ventricule gauche uniquement plutôt que d’un cœur entier, ce qui ne correspond pas à l’avis final de Linoli (ce qu’il signale). Il ajoute que même si la relique a grosso modo une apparence de cœur cela conserve de la valeur car il ne voit pas pourquoi un faussaire pré-moderne aurait tenté de reproduire un cœur : il s’agirait d’une manœuvre difficile à réaliser et sans plus value. Je laisse chacun peser la force de cette considération. Il réitère un argument relatif au caractère laminaire supposé de la coupe, auquel nous avons déjà répondu et sur lequel je reviendrai dans la section qui suit.

Histologie

Ethan Muse passe ensuite à la partie la plus importante de mon article, à savoir l’avis de mon professeur d’histologie à propos des coupes et offrent plusieurs remarques qui méritent qu’on s’y arrête :

  1. Premièrement, il signale que cet avis est anonyme. Cela signifie donc qu’il dépend entièrement de mon témoignage. Je ne peux en effet pas diffuser sans son consentement l’avis d’un professeur qui se retrouverait de facto embarqué dans une controverse religieuse. J’ai néanmoins une solution assez simple à cet inconvénient : Ethan Muse comme moi-même connaissons Matthieu Lavagna. Je rencontre ce dernier ponctuellement dans l’année lorsqu’il passe dans la métropole lilloise et lui propose donc de consulter librement à son prochain passage mon échange de mail avec mon professeur, que j’ai de toute façon reproduit dans mon article. Une autre solution plus simple encore serait que je transfère ces mails à l’intégralité de l’équipe Par la foi, ce que j’ai fait par captures d’écran au fur et à mesure de mon échange et que je peux réitérer. Après tout, il est moins vraisemblable qu’une équipe de près de 10 personnes s’accorde à tous mentir ;
  2. Deuxièmement, il avance que mon professeur avait des images de moins bonne qualité que ce que Linoli pouvait observer sous son microscope. C’est exact, mais j’avais anticipé cette remarque en rappelant que Linoli considérait que : « Les illustrations qui accompagnent ce texte suffisent en elles-mêmes à confirmer ce diagnostic, irréfutable en dépit des limitations de la coloration du tissu2. » Ainsi, les images sont censées, malgré leurs limites, suffire de manière irréfutable à confirmer le diagnostic.
  3. Troisièmement, Ethan Muse rapporte la remarque déconcertante du Dr Serafini selon lequel l’analyse de ces images sans savoir qu’elles proviennent du même millimètre cube fausserait toute l’analyse. Cette affirmation est gratuite et ne mérite pas de réponse. Il signale que mon professeur ne connaissait pas le trichrome d’Ignesti. Ce point a déjà été abordé dans mon article car j’ai envoyé à mon professeur une notice sur ce trichrome dont il a pris connaissance avant son analyse finale. J’ai d’ailleurs écrit à cette occasion : « Avant de vous livrer sa réponse, je précise que j’ai aussi cherché à savoir pourquoi la méthode d’Ignesti lui était inconnue : cette méthode ne figure que dans des sources italiennes, elle semble assez ancienne et désuète, possiblement en raison d’un manque de spécificité. Elle serait nommée d’après Ugo Ignesti et était un trichrome utilisé pour les pathologies musculaires. » Il serait bon que Serafini (qui est cardiologue, et n’est donc pas amené à observer quotidiennement des coupes comme un anathomopathologiste) nous explique ce que mon professeur aurait immanquablement remarqué s’il avait été familier avec ce trichrome (que Serafini orthographie mal, au passage).
  4. Ethan Muse revient donc sur le caractère longitudinal de la coupe. J’ai objecté à cela que Linoli lui-même signale que certaines fibres sont d’orientation variées. Ethan Muse réplique qu’elles demeurent longitudinales de manière prédominante. Ici, c’est à Ethan Muse que j’aimerai rappeler que ces remarques portent sur un échantillon d’un millimètre cube, et ne permettent en aucun cas de dire que nous avons à faire à une coupe longitudinale de qualité chirurgicale sur l’ensemble de la relique.

Cette section de son article est particulièrement faible, alors qu’il s’agit du point le plus capital, sur lequel une grande partie de l’argumentation repose.

Le test de Uhlenhuth

Mon article rappelle que l’on ne peut pas affirmer que le test réalisé établit de manière indubitable qu’il s’agit de sang de l’espèce humaine. Il fournit alors des extraits d’un échange privé qu’il a eu avec le Dr Kelly Kearse, qui affirme exactement cela, à savoir que le test réalisé ne permet pas de conclure qu’il s’agit indubitablement de sang humain. Dans ces échanges Kearse précise qu’il aurait souhaité des tests contrôles supplémentaires pour pouvoir être catégorique.

Il produit ensuite des sources censées établir que le test est spécifique. Ici, il semble y avoir un quiproquo : quand je dis que le test de Uhlenhuth n’est pas absolument spécifique, je ne dis pas qu’il n’est pas conçu pour distinguer une espèce d’une autre mais que des réactions croisées existent. Ethan Muse n’interagit pas avec la source que Linoli cite et qui mentionne par exemple des réactivités croisées avec le raton-laveur. Il juge que les sources (et non pas une seule source, comme il le prétend) que je produis relatives à des tests fondés sur les précipitines en guise d’illustration dans mon article ne peuvent pas être extrapolées au test de Uhlenhuth en particulier. Cette remarque s’entend.

Il produit encore deux extraits d’un manuel que mon article référençait. Le chapitre en question est un résumé de l’évolution des techniques d’identification. L’ensemble de l’article est bien plus nuancé que le résumé des premières découvertes qu’évoque le paragraphe cité par Ethan Muse. Par exemple, il rapporte les avis suivants :

Stonesco (1902) a déclaré qu’en raison des réactions croisées connues des antisérums, il serait préférable d’utiliser le terme « probablement » pour attester de l’origine des taches de sang ayant donné un résultat positif au test de dépistage du sang humain. Schulze (1903) partageait plus ou moins cet avis, estimant que le tribunal devait être informé des limites du test autant que de sa grande valeur3.

Otto et Somogyi (1974) ont déclaré que la plupart des réactions croisées des sérums anti-humains avec des sérums d’animaux non humains s’expliquaient par la présence d’anticorps dirigés contre les IgG et contre les α-globulines4.

Et pour ce qui est de la sensibilité du test, il signale également :

En 1917, Hunt et Mills rapportèrent un cas dans lequel le test de précipitation ne réagit pas avec plusieurs objets tachés de sang dans une affaire criminelle. Deux sérums anti-humains furent utilisés, l’un préparé par eux-mêmes et l’autre préparé à l’étranger. Ces taches de sang furent par la suite identifiées comme étant d’origine humaine grâce à la technique de fixation du complément. Ils avertirent, par conséquent, qu’un test de précipitation négatif n’exclut pas nécessairement la présence d’un antigène homologue (sang) dans une tache5.

Ainsi, la source qu’il produit n’ignore pas que la spécificité du test n’est pas absolue, ce qui est tout l’objet de ma remarque et tout l’intérêt des contrôles. Il demeure donc que la conclusion du Dr Kearse tient, je la rappelle :

Dans un récent ouvrage consacré à la nature scientifique des miracles eucharistiques, A Cardiologist Examines Jesus, Serafini affirme qu’« il est qualitativement indiscutable que le miracle de Lanciano contient du sang humain véritable ». Toutefois, il ne peut malheureusement pas être déclaré que les résultats sont spécifiques au sang humain, car très peu d’éléments sont fournis concernant la possible réactivité croisée des antisérums utilisés, seulement deux autres espèces ayant été testées : bovine et lapin. En effet, cette étude repose sur une préparation d’anticorps polyclonaux obtenus par une immunisation relativement peu raffinée utilisant du sang humain entier ; de telles préparations peuvent raisonnablement présenter des réactivités croisées avec le sang d’autres espèces6.

Le groupe sanguin

Le sujet du groupe sanguin a été traité de manière plus exhaustive dans un article dédié sur notre site, j’y réfère donc le lecteur. Ethan Muse n’interagit pas directement avec les études les plus récentes sur le sujet que mon article cite, à savoir les deux articles de Kearse datant de 2025, il n’interagit pas avec ce que dit Al Adler à ce propos (qui affirme que le groupe AB est fréquent sur les artéfacts anciens), il écarte d’un revers de la main les tableaux de proportion des groupes sanguins auxquels se réfère Kearse en 2023.

Par ailleurs il déclare que je cite l’étude de Gosh (2022) comme si elle était pertinente pour mon paragraphe sur les erreurs dans les artéfacts anciens et déclare que celle-ci se contente de dire que la méthode utilisée par Linoli n’exclut pas totalement la possibilité de faux résultats. Ce résumé est on ne peut plus inexact, l’étude dit précisément que cette méthode n’est pas fiable pour les échantillons âgés, je vous laisse en juger par cette citation :

La méthode d’absorption-inhibition a été par la suite remplacée par la méthode d’absorption-élution [22], puis encore améliorée par la méthode développée par Kind (1960), qui a été majoritairement utilisée par la plupart des laboratoires en raison de sa grande sensibilité.

Bien que la détection des antigènes ABH ait été rapportée même pour des échantillons âgés de 42 semaines par la méthode d’absorption-élution [4], certaines divergences ont également été observées [12]. Dans ce contexte, une étude comparative entre les méthodes d’agglutination directe et d’absorption-élution a été réalisée, mettant en évidence une certaine réactivité croisée avec la méthode d’absorption-élution pour du sang conservé à température ambiante pendant 60 jours [28]. Ce résultat n’a pas permis d’exclure de manière complète la possibilité d’erreurs de typage pour des taches anciennes et desséchées [31], même avec la méthode d’absorption-élution. L’hémolyse peut également entraîner des résultats négatifs [32].

Bien que les antigènes ABH aient été montrés comme étant stables [3] à des températures élevées, des variations d’activité ont été rapportées pour des taches de sang séchées au cours du temps [4]. La nature du support (coton, tissus synthétiques, surface en bois) s’est également révélée influencer l’efficacité de cette méthode avec l’âge des échantillons [33]. La grande sensibilité de cette méthode peut aussi constituer un inconvénient, car d’autres sécrétions corporelles telles que le sperme ou la salive, qui sont également des sources d’antigènes ABH, peuvent interférer avec le résultat.

Cependant, toutes les méthodes de typage ABO appliquées aux taches de sang anciennes et desséchées étaient complexes, laborieuses, chronophages et à faible débit, ce qui rendait leur automatisation difficile. Elles impliquaient une manipulation importante des échantillons et des techniques complexes, dépendantes des compétences et de l’expérience humaines, ce qui entraînait de nombreuses divergences ainsi que des résultats faux positifs ou faux négatifs [12]. La méthode devenait également vulnérable lors de la détermination du groupe sanguin à partir de taches humides et/ou de corps en décomposition [12], et des erreurs de typage pouvaient survenir dans les échantillons sanguins anciens [4].

Ces échecs peuvent être attribués à une perte d’antigénicité, à une acquisition d’antigénicité due à une contamination bactérienne [34], et/ou à une digestion partielle de la membrane érythrocytaire par des enzymes protéolytiques [35]. L’ensemble de ces limitations a rendu la plupart de ces méthodes peu fiables en pratique.

La dernière phrase de l’étude est textuellement :

Ce n’est qu’une question de temps avant que les experts en médecine légale ne s’appuient sur des méthodes de génotypage, et que le typage ABO soit soit abandonné, soit relégué à un simple dépistage de première intention.

Ethan Muse s’est contenté de citer la phrase en rouge, passant sous silence le paragraphe pertinent où la contamination bactérienne est évoquée. Cette étude figure donc à bon droit dans mon article.

La chromatographie sur couche mince

Les remarques que Ethan Muse offre relativement à l’homogénéité après un traitement par alcalin me semblent décisives et me convainquent : il est improbable que des composés non héminiques exposés à un tel traitement se comportent comme l’hème.

L’électrophorèse

Les remarques offertes ici ne me semblent en revanche pas décisives. Ethan Muse cite l’avis de Trasancos de manière tronquée néanmoins, produisant la phrase en gras qui suit sans les réserves qui l’accompagnent (et qui ne sont pas de nature philosophiques, contrairement à ce qu’il prétend) :

Il est indéniablement remarquable que les contrôles et les tests correspondent d’aussi près. Tout comme dans le test de groupage sanguin, l’électrophorèse constitue un test de première intention qui doit être suivi d’analyses complémentaires afin de déterminer s’il existe d’autres macromolécules qui migrent de la même manière que les molécules témoins. Les résultats du test indiquent la présence, dans l’échantillon, de macromolécules de la taille de l’albumine.

L’histoire de Lanciano

Ethan Muse débute par rappeler un élément essentiel de mon article, à savoir que toute prétention au miracle dépend de la fiabilité du témoignage historique sur l’origine des reliques observées, il répond alors :

Il n’est tout simplement pas vrai que « l’on doive » accepter « l’exactitude » du récit traditionnel « pour conclure qu’un miracle a eu lieu ». Il est tout à fait possible que la mémoire historique du miracle originel ait été altérée au fil du temps. Peut-être n’impliquait-il pas un prêtre incrédule. Peut-être s’est-il produit au Xe ou au XIe siècle plutôt qu’au VIIIe siècle. Peut-être a-t-il eu lieu lors d’une adoration eucharistique plutôt que pendant la messe. L’argument en faveur du miracle ne repose pas sur la crédibilité intrinsèque des sources historiques qui témoignent du récit traditionnel du miracle ; il ne dépend donc ni de la fiabilité de ces sources ni des détails spécifiques qu’elles rapportent.

C’est une incompréhension grossière de mon propos que révèle cette réponse. Ce en quoi nous devons avoir confiance pour croire au miracle, ce n’est pas tel détail (le siècle ou le moment du ) mais bien le fait que ce que l’on observe aujourd’hui était jadis une hostie. Cette remarque de bon sens est offerte par de nombreux commentateurs de la relique, dont le Dr Fuso :

D’un point de vue scientifique, il est clair que toute investigation sur la prétendue transformation de l’hostie et du vin en chair et en sang est impossible. Croire en une telle transformation relève donc de la pure foi. Les seules analyses possibles concernent l’état actuel de la relique, sa véritable nature et les méthodes de sa conservation7.

Ou le Dr Trasancos :

Aucune des investigations scientifiques ne peut prouver que le pain s’est réellement transformé en chair. Elles se contentent d’analyser la substance qui leur est présentée. Les données ne valent jamais mieux que leur maillon le plus faible ; or, en l’absence de témoins oculaires vérifiables et d’une chaîne de transmission indiscutable, les tests scientifiques restent non concluants sur la question d’un changement physique et chimique réel. Tout repose, au bout du compte, sur le témoignage auquel on choisit de croire8.

Il relève que j’affirme qu’il n’y a pas de trace formelle de Lanciano avant le XVIe siècle. Ce n’est pas moi qui l’affirme premièrement, mais le docteur Serafini. Ethan Muse cite ensuite un témoignage du XIe siècle à propos d’un miracle eucharistique en Italie. Ce témoignage semble assez différent de ce que j’avais consulté ou retenu à l’occasion de la rédaction de mon article et aucune source première n’est fournie par Ethan Muse. Il serait intéressant de savoir ce que dit la source première. Il demeure que l’extrait qu’il fournit n’est pas plus précis concernant la localité que l’Italie. Les autres éléments qu’il avance ne contiennent rien de décisif au-delà du XVIe siècle.

L’anachronisme

Ethan Muse rappelle l’épisode bien connu de la transformation d’un pain dans une hagiographie de saint Grégoire. Cela n’annule pas ma remarque sur le fait que les épisodes de ce genre n’étaient pas de manière évidente interprétée comme Lanciano l’est. Il avance encore un texte issu de l’Apophthegmata Patrum, qui ne parle nullement d’un miracle eucharistique mais qui relate une vision d’un ange nourrissant un homme d’une chair ensanglantée.

Ethan Muse offre ensuite un argument tout à fait spécieux. Premièrement il prétend qu’un graphique qu’il présente ensuite montre que le thème de la personne qui doute était plus fréquent dans l’antiquité qu’au Moyen-Âge. Le graphique montre l’exact inverse : il y a seulement deux cas dans l’antiquité contre une bonne dizaine au Moyen-Âge. Du reste, il faut bien comprendre que ce graphique ne répertorie pas les premières mentions des dits miracles mais leur date alléguée. Ainsi, Lanciano va être placé au VIIIe siècle sur le graphique alors que nous n’en avons aucun trace à cette époque. Cela rend son analyse complètement invalide puisque mon propos est qu’il y avait un intérêt particulier au XVIe pour ce genre de miracle, et cela indépendamment de la présence d’un « sujet au doute ».

Dans mon article, je signale qu’au VIIIe siècle le pain levé était encore largement utilisé, avant d’être remplacé par de larges galettes de pain azyme. Ethan Muse néglige complètement dans sa réponse les sources que je présente, dont le père Jungmann qui commente précisément le texte qu’il évoque en ces termes :

Étroitement liée à cette disparition progressive du sacrement à travers toutes les phases de la vie quotidienne, se produisit une transformation dans le type de pain utilisé, à savoir le passage au pain azyme. Alcuin et son élève Rabanus Maurus sont les premiers témoins incontestables de cette nouvelle pratique, qui se diffusa ensuite très lentement. L’accent accru mis sur le sacrement favorisa probablement l’introduction des hosties pures, qui pouvaient être beaucoup plus facilement rompues sans avoir à se soucier des miettes.

Du reste, Ethan ne fournit absolument aucune source contestant l’apparition avant le XIe siècle de fines hosties et se contente d’affirmer que la relique de Lanciano est considérablement plus large qu’une hostie du XIe. Cette affirmation est gratuite. Voici, pour rappel, ce que dit l’Encyclopédie catholique référencée dans mon article :

La plus ancienne preuve documentaire attestant que les pains d’autel étaient confectionnés sous forme de fines hosties est la réponse que le cardinal Humbert de Moyenmoutier, légat de Léon IX, adressa, au milieu du XIe siècle, à Michel Cérulaire.

L’analogie des prophéties

Ethan aborde alors les 3 prophéties que je donne comme exemple de documentation de faits miraculeux plus proches des évènements relatés. Il se lance alors dans une longue prose qui repose entièrement sur une incompréhension de la nature de mon propos. Mon argument était fort simple : il ne consistait pas à prétendre que nous avions là de plus solides miracles que le prétendu miracle de Lanciano, mais à discuter la solidité du témoignage uniquement sur une base documentaire. Extrapolant complètement mon argument, il le présente ensuite comme une erreur catégorielle. Il me semble vraiment invraisemblable qu’un telle incompréhension ait pu avoir lieu.

L’origine de la relique

Les arguments contre le caractère vraisemblable d’une fraude que Ethan présente n’ont rien de neuf et supposent le reste de l’argumentaire, il n’est donc pas utile de commenter plus avant que ce qui a déjà été fait dans mon article.

La préservation

Tout au long de l’examen de la relique de Lanciano, lorsqu’un résultat paraît étonnant à nos apologètes, ils le présentent comme une preuve de préservation miraculeuse. Et lorsqu’un résultat que l’on serait en droit d’attendre ne figure pas, ils invoquent l’âge de la relique. Ethan pense alors trouver une analogie à cette conservation partielle dans le fait que le corps glorifié de notre Seigneur ait conservé des marques de ses blessures ou que Lazare soit à nouveau mort après être ressuscité. Je laisse chacun peser la force de ces considérations. Pour ma part, je maintiens que pour évoquer une relique miraculeusement conservée, il ne suffit pas que tel composé du sang le soit et que tel autre ne le soit pas. S’il permet que je file son analogie, le miracle qu’il allègue serait comparable à une personne présentant une maladie de peau sur l’ensemble du corps et qui aurait soudainement guéri à quelques endroits, tout en conservant un piètre état général. Cela ne correspond pas aux critères retenus pour les guérisons miraculeuses.

Tout son argument ensuite repose sur l’exploration des possibles moyens d’expliquer une préservation miraculeuse… que je ne vois pas de raison d’évoquer en premier lieu.

Il relève alors qu’une citation de Silvano Fuso est mal représentée dans mon article. Cette remarque est exacte et mon article sera modifié en conséquence, voici la citation complète (et en gras les parties omises dans mon article) :

Bien sûr, la conservation des protéines et des minéraux observée dans la chair et le sang de Lanciano n’est ni impossible ni exceptionnelle : des analyses répétées ont permis de retrouver des protéines dans des momies égyptiennes âgées de 4 000 à 5 000 ans. Mais il convient de souligner que le cas d’un corps momifié selon des procédés connus est très différent de celui d’un fragment de myocarde, laissé dans son état naturel pendant des siècles, exposé aux agents physiques et biochimiques de l’atmosphère.

Mais, à son tour, Ethan Muse omet de citer ce qui suit dans la citation et qui figurait dans mon article :

Malheureusement, les études du professeur Linoli laissent encore de nombreuses questions sans réponse. Par exemple, elles ne fournissent aucune information sur l’âge de la relique et n’excluent pas totalement la possibilité qu’un spécimen anatomique ait été conservé naturellement dans ces conditions, même sans ajout de conservateurs7.

Ainsi, bien qu’il ait tout à fait raison de relever que la nuance qui ne figurait pas dans mon article est d’importance, il faut rappeler que cette nuance vient qualifier une conclusion que je n’ai pas mal représenté : Silvano Fuso n’exclut pas que les reliques de Lanciano aient été conservé naturellement dans ces conditions sans ajout de conservateurs. Les deux remarques du Dr Fuso sont exactement parallèles aux miennes, à savoir qu’il faudrait s’assurer de l’âge de ce qui est examiné avant de conclure à quelque chose sur sa conservation d’une part et, d’autre part, qu’il n’est pas exclu que ce que nous observons puisse être le résultat d’un processus naturel.

Il utilise cette représentation inexacte pour questionner mon intégrité : soit, j’ai déjà proposé un palliatif à cette objection. Il suffit que son ami (et le mien) Matthieu Lavagna passe à mon domicile dont il connaît l’adresse et prenne le temps de lire lui-même l’échange de mail avec mon professeur, dont il gardera le nom pour lui.

Ethan critique alors mon appel à des momies conservée dans des situations très stables. Il évite de commenter la présence de tissu mou dans des os de dinosaures.

Conclusion : ce qu’il faut retenir

La discussion suivie qui précède sur des points précis de l’argumentation risquant de faire perdre de vue le propos général, il me semble utile de réitérer les points les plus importants, que l’argumentaire de Ethan Muse ne parvient pas à renverser :

  • Premièrement, il existe un écart de plusieurs siècles entre la date alléguée du miracle et sa première mention connue. Or, le fait de croire en un miracle dépend du fait que ce que nous observons aujourd’hui ait été un jour une hostie. Plusieurs éléments relatifs à la taille de l’hostie qui constituent mon argument pour l’anachronisme de la relique n’ont pas obtenu une réponse significative de la part d’Ethan.
  • Deuxièmement, l’interprétation histologique de Linoli qui est un argument phare de la thèse miraculeuse n’est pas établie. Il est difficile d’obtenir l’avis d’histologistes, et plus encore d’avoir leur accord pour que leur nom figure au milieu d’une telle controverse. Après en avoir contacté plus de 30, seuls deux m’ont répondu : mon professeur, et un second qui a tout d’abord manifesté son accord puis n’a plus répondu. Je n’ai toutefois pas épuisé mes contacts et ne désespère pas de fournir de nouvelles analyses.
  • Les éléments que nous avons sur Lanciano ne permettent en rien d’exclure une contamination bactérienne à l’origine de certains des résultats que nous avons. Cet avis est relevé par des auteurs plus aptes à conclure dans ce domaine que Ethan ou moi-même.
  • L’étude de Linoli est sujette au biais de prévarication, parce que le protocole est conduit sans contrôle d’une part, que l’avis histologique secondaire est encore sous contrôle de Linoli d’autre part et qu’il croyait avant l’enquête à l’origine miraculeuse de ce qu’il allait observer.
  • Le cas de Lanciano a été mêlé à des fraudes opérées par des personnes proches du couvent.
  • L’origine humaine de ce qui est observée est probable, la certitude n’en est pas absolue.
  • Mon article original mérite une correction significative relativement à une citation de Silvano Fuso.

  1. Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jésus, version Kindle.[]
  2. Voir la traduction de Bruno Sammaciccia.[]
  3. Page 222 de ce document.[]
  4. Page 224 de ce document.[]
  5. Page 223 de ce document.[]
  6. Kearse K, Ligaj F., Scientific Analysis of Eucharistic Miracles: Importance of a Standardization in Evaluation. J Forensic Sci Res. 2024; 8(1): 078-088, page 79.[]
  7. Fuso S, Il miracolo eucaristico di Lanciano, CICAP, 2006.[][]
  8. Trasancos Stacy, Behold it is I.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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