La distinction entre volonté antécédente et conséquente a une longue histoire. Prenant son origine chez Damascène, elle passe par Thomas d’Aquin et se retrouve dans la tradition réformée chez Pierre Du Moulin, Walaeus, Perkins, Twisse, etc1. Mais cette distinction n’a pas un sens uniforme et univoque chez tous les auteurs chez qui elle se produit. Parfois, elle a été utilisée en un sens pélagien, afin de dire que Dieu aurait souhaité qu’une chose se produise (de volonté antécédente), mais qu’empêché par la créature libre, il n’a pu vouloir qu’autre chose (de volonté conséquente). Cette façon de distinguer est rejetée à juste titre des réformés. François Turretin et Petrus Van Maastricht, en raison de cette connotation pélagienne, préfèrent ne pas employer du tout la distinction. Il m’a semblé intéressant, néanmoins, de relever comme le père Serge-Thomas Bonino, formulait cette distinction :
Dans notre ad 1, saint Thomas, reprenant le vocabulaire du Damascène, explique que la distinction entre ces deux volontés ne se prend pas du côté de la volonté divine elle-même, comme s’il y avait en Dieu deux volontés ou deux actes de volonté (Dieu voudrait d’abord A en vertu d’un acte de la volonté antécédente puis B en vertu d’un autre acte relevant de la volonté conséquente). Elle se prend de l’objet sur lequel porte la volonté. Un objet, en effet, peut être bon lorsqu’il est considéré en lui-même mais mauvais d’un autre point de vue, lorsqu’il est considéré en lien avec autre chose. Par exemple, la survie de ce saumon est un bien en soi, mais elle est un mal pour moi dans les circonstances présentes si elle doit me priver d’un repas nécessaire à mon équilibre psychosomatique et à l’efficacité de ma haute mission d’enseignement de la théologie. Dans l’abstrait — nous disons « de volonté antécédente » — j’aime les plantes et les animaux et je voudrais bien que tous les saumons vivent et soient heureux. Mais, concrètement — nous disons « de volonté conséquente » — je veux sa mort, ou plutôt je veux ce bien supérieur, un bon repas, dont la capture et l’immolation du saumon sont la condition. Il est aisé de comprendre que la « vraie » volonté est la volonté conséquente et non pas la volonté antécédente qui est souvent une pure velléité (« Je voudrais bien… »). En effet, l’acte volontaire ne porte pas sur des abstractions mais sur les choses dans leur réalité concrète, c’est-à-dire les choses engagées dans tout un réseau de circonstance2.




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