Et si le confinement offrait à l'Église l'occasion de faire mieux encore que du streaming ?
25 mars 2020

Cela fait maintenant plusieurs dimanches qu’un bon nombre d’Églises sont passées “on line”. Les réunions en semaine se font par Skype ou Zoom, les cultes sont streamés sur Facebook ou YouTube.

J’éprouve personnellement beaucoup de joie à voir mes frères et soeurs de l’Église locale par ces moyens alors que nous ne pouvons pas nous voir autrement. Je n’écris donc pas ces choses pour appeler à cesser d’utiliser ces moyens et je préfère le dire dès maintenant pour ne pas être incompris dans la suite de l’article.

Je préfère aussi énoncer clairement mon propos et le détailler ensuite : le confinement est une occasion unique d’enseigner aux familles à recouvrer la sainte discipline d’un culte de famille.

La famille est le cadre le plus naturel pour faire des disciples

Dans son ouvrage Faire des disciples, Mark Dever nous rappelle qu’un tel processus, auquel tous les chrétiens sont appelés, demande du temps et de l’amour. Eh bien, avec qui passons-nous le plus de temps ? Quelles personnes vous sont les plus chères si ce n’est votre famille ?

“Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, nous dit Paul, il a renié la foi, il est pire qu’un infidèle” (1 Tim 5:8).

Si nous devons nous soucier de nos familles, le soin de leur âme sera notre préoccupation principale. Dans la famille, Dieu établit des relations qui durent du berceau au tombeau. Des souvenirs nombreux, des occasions multiples d’apprendre le pardon, de se véhiculer le message de l’Evangile et de l’appliquer à nos vies.

Ces considérations semblent justifier l’intérêt pour le culte de famille dans l’histoire de l’Église. Dans certaines Églises par le passé, on avertissait les pères qui ne veillaient pas à avoir un culte de famille régulier. Pensons encore à Augustin, Wesley ou tant d’autres qui ne seraient devenus ces monuments du christianisme sans la patience d’une mère les enseignant ou priant pour eux.

Le culte de famille comme rempart à la “religion d’initiés”

Plusieurs auteurs font le constat d’une disparition relative, d’un oubli de cette sainte tradition. Parallèlement, on observe, il me semble, la diffusion d’une conception nouvelle du pastorat. Le pasteur serait l’expert tenant une conférence à la TED pour son public. Associé à cette idée vient naturellement celle que la foi chrétienne nécessite une certaine initiation pour être transmise.

Alors, les cultes en live, bien ou mal ? Là n’est pas la question, à mon avis. Cela peut être mal si l’idée véhiculée est “attention, nos fidèles n’ont aucune idée de comment s’encourager mutuellement, transmettre la foi à leurs enfants, étudier un texte biblique nous devons donc le faire pour eux”. En disant cela, je ne vise aucune Église en particulier puisque j’estime être membre d’une Église qui encourage le discipulat et que je ne me permets pas d’évaluer les autres Églises que je connais peu.

Beaucoup d’entre nous sommes confinés avec des membres de notre famille. Et si nous commencions notre mission de discipulat là où nous sommes ? Alors que nos pasteurs sont loin de nous, prenons conscience de nos responsabilités dans la formation de disciples. Quand fut la dernière fois que vous avez eu une conversation avec votre fils sur sa compréhension d’un texte biblique ? Avec votre femme sur la santé de son âme ? Avez-vous questionné votre mari sur telle doctrine qui vous semble encore floue avant de demander à “pasteur Google” ? Cela peut être un bon moyen pour que ce dernier soit rappelé que c’est aussi son rôle. Peut-être que la situation n’est pas propice ou conflictuelle, priez-vous pour cela ? Si c’est le cas, je vous félicite et vous encourage à continuer : cela est agréable à Dieu.

Et si on se lançait ? Une suggestion

C’est le moment de suggérer concrètement ce qui me tient à coeur dans cet article. Il s’agit d’une suggestion : je suis donc avide de corrections, de remarques, d’idées complémentaires.

Pourquoi ne pas concentrer l’énergie de nos pasteurs en cette période dans la formation des pères à diriger un culte de famille, des mères à enseigner leurs enfants, de tous à lire et étudier la Bible ?

Je suis admiratif de toutes les formations, tous les podcasts et études produits par l’Église en si peu de temps durant ce confinement. En plus de ces précieuses ressources à consommer, pourquoi ne pas équiper les chrétiens à agir ? La mention de consommation ne se veut pas absolument péjorative mais veut souligner les limites de ces ressources.

On pourrait, par exemple, proposer des temps de prière par visio-conférence en Église, une prédication vidéo plus courte qu’un sermon habituel pour laisser le temps ensuite aux familles de chanter et prier ensemble. On pourrait proposer des petits canevas pdf avec 30 chants parmi lesquels choisir, un passage biblique du dimanche à lire en famille et sur lequel méditer avec quelques rappels sur les bonnes manières d’interpréter un texte. Pourquoi ne pas diffuser un court document recensant les sujets de prière de l’Église ? On pourrait proposer de suivre tel catéchisme que l’on peut trouver en ligne, lire en famille la question du premier dimanche, échanger, expliquer aux enfants. Qui sait, peut-être que des pères viendront dire aux pasteurs “je n’ai aucune idée de comment étudier un texte et l’expliquer à ma famille” ? Ce serait alors une belle occasion de discipulat, de formation de disciples qui formeront des disciples dans leurs familles. Les possibilités sont infinies, je laisse le soin aux pasteurs qui connaissent leurs assemblées de choisir !

L’idée, bien-sûr, serait que cette sainte habitude d’un culte familial survive à cette épidémie et que, lorsque les cultes publics reprendront, chaque famille puisse garder cette habitude de lire ensemble la Parole, chanter ensemble, prier ensemble, s’exhorter de manière intentionnelle et régulière. J’insiste sur l’intentionnalité car, connaissant notre faiblesse et notre péché, je doute que l’on puisse vivre ces choses durablement sans s’y astreindre. N’oublions pas que le diable est intentionnel dans la lutte qu’il mène contre notre âme, celle de nos épouses et de nos enfants.

Alors, on se lance ?

>> Cet article peut vous intéresser : Le catéchisme selon… Moïse !

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine en 4ème année (FASM1) à la Faculté de Médecine et Maïeutique de l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde avec laquelle il vit sur Lille.

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