Justin Martyr et l'Eucharistie.
4 août 2017

Le sacrifice offert partout en son nom est celui que Jésus-Christ a institué et prescrit d’offrir, je veux dire le sacrifice de reconnaissance du pain et du vin, que les Chrétiens offrent en tous lieux ; aussi lui sont-ils tous agréables, ainsi qu’il le déclare, tandis qu’il rejette vos sacrifices et ceux de vos prêtres; témoins ses propres paroles :

« Je ne recevrai plus d’offrandes de votre main ; depuis le lever du soleil jusqu’au coucher, mon nom est glorifié chez les nations, et vous, vous le profanez. » (Malachie 1:11)

 Toujours poussés par l’esprit de contention, vous dites qu’à la vérité le Seigneur ne reçoit plus de sacrifices à Jérusalem de la part de ceux qui l’habitèrent autrefois sons le nom d’Israélites, mais que, dans leur dispersion chez les peuples, leurs prières ne laissent pas de lui être agréables, et que ces prières sont ici désignées sous le nom de sacrifices. Je conviens que les prières et les actions de grâce faites par des cœurs purs sont les seuls sacrifices parfaits et agréables au Seigneur ; et voilà ceux en effet que les Chrétiens ont appris à lui offrir en reconnaissance des aliments qu’ils reçoivent de lui, et en mémoire de la passion que le fils de Dieu a soufferte pour eux.

Vous et vos maîtres, vous vous abusez par votre manière d’entendre l’Ecriture et de vous persuader qu’il s’agit ici de votre dispersion chez les autres peuples, et de vos prières, et de vos sacrifices comme s’ils étaient purs et agréables au Seigneur en tous lieux.

Reconnaissez d’abord que votre interprétation est un mensonge, et que vous ne cherchez en toute chose qu’à vous tromper vous-mêmes; car enfin, votre nation n’est pas encore répandue du couchant à l’aurore : combien de contrées où personne d’entre vous n’a pu encore pénétrer ! Mais il n’y a pas un seul peuple, ou grec ou barbare, de quel nom on l’appelle ; soit chez les Scythes, qui passent leur vie dans des chariots, soit chez les nomades, qui n’habitent point de maisons; soit chez les pâtres, qui logent sous des tentes ; oui, dis-je, il n’est pas un seul peuple où l’on n’adresse à Dieu le père des prières et des actions de grâces, au nom de Jésus crucifié. D’ailleurs remontons à l’époque de la prophétie : étiez-vous, au temps de Malachie, dispersés comme vous l’êtes aujourd’hui? Non sans doute, ainsi qu’on peut s’en convaincre d’après les Ecritures.

 Justin Martyr, Dialogue avec le juif Tryphon, Chapitre 117.

Ne croyez pas qu’il nous ait été recommandé par Isaïe et par les autres prophètes, de nous préparer à son second avènement par des sacrifices de sang et des libations; il faut maintenant des sacrifices, non plus figuratifs, mais véritables et spirituels : la louange et l’action de grâces.

Justin Martyr, Dialogue avec le juif Tryphon, Chapitre 118

Ces deux citations de Justin le Martyr nous révèle le sens qu’il donnait au repas du Seigneur, l’Eucharistie, sens que lui donnent aussi beaucoup d’autres pères. L’Eucharistie est un sacrifice. Mais contrairement à ce qu’affirment aujourd’hui les catholiques, il s’agit ici d’un sacrifice de reconnaissance offert à Dieu et non d’un sacrifice propitiatoire. C’est-à-dire de prières et d’action de grâces qui sont les sacrifices de la Nouvelle Alliance.

Remarquons aussi que pour Justin, ce ne sont pas le pain et le vin qui sont offerts à Dieu mais les prières des croyants. Ainsi le “sacrifice de reconnaissance du pain et du vin” désigne “les prières et actions de grâces (…) en reconnaissance des aliments qu’ils reçoivent de lui” et non une offrande des éléments du Repas.

Cela s’accorde avec la prophétie de Malachie qui rejette les offrandes offertes par les mains des Juifs pour accepter le sacrifice pur des nations décrit ainsi : “mon nom est glorifié chez les nations”. Il est glorifié en ce que nous reconnaissons que Dieu est l’Auteur et le généreux donateur du pain que nous mangeons.

Et c’est bien le sens du mot Eucharistie : Reconnaissance.

Il est glorifié aussi par le souvenir que nous voulons avoir du véritable sacrifice que son Fils a offert : “en mémoire de la passion que le Fils de Dieu a offerte pour eux”.

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Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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