Dieu est-il juste s'il prédestine certains au salut ?
28 août 2017

Le titre original de cet article Ă©tait « Romains 9 parle-t-il de nations ou d’individus ? » et rĂ©pond donc premièrement Ă  cette question. Mais au cours du dĂ©veloppement, nous expliquons comment la justice de Dieu se manifeste dans l’Ă©lection.


Romains 9 parle-t-il de nations ou d’individus ? C’est la question qui revient souvent dans les discussions sur la double prĂ©destination puisque le dĂ©bat se centralise assez vite sur ce chapitre. Toutefois, Ă  la suite de John Piper, je suggère que cette question passe complètement Ă  cĂ´tĂ© du sens du chapitre, comme s’il y avait une opposition entre le plan de Dieu pour IsraĂ«l et son Ă©lection en tant que nation, et le plan de Dieu pour l’humanitĂ© et le salut des individus. Comme si Dieu avait deux plans.

Ainsi, avant de répondre à la question, nous ferons une rapide exégèse de Romains 9:1-29.

Romains 9:1-5

Je vais me contenter ici de donner ma compréhension des 5 premiers versets de Romains 9, dont je reproduis le texte ci-dessous :

Je dis la vĂ©ritĂ© en Christ, je ne mens point, ma conscience m’en rend tĂ©moignage par le Saint-Esprit: J’Ă©prouve une grande tristesse, et j’ai dans le coeur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-mĂªme Ăªtre anathème et sĂ©parĂ© de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont IsraĂ©lites, Ă  qui appartiennent l’adoption, et la gloire, et les alliances, et la loi, et le culte, et les promesses, et les patriarches, et de qui est issu, selon la chair, le Christ, qui est au-dessus de toutes choses, Dieu bĂ©ni Ă©ternellement. Amen!

Ici, Paul exprime sa tristesse et introduit un paradoxe Ă©tonnant : ses concitoyens ne croient pas. Pourquoi est-ce un paradoxe ? Car ces concitoyens sont les juifs, ceux qui ont tant reçu : le Messie lui-mĂªme est nĂ© dans ce peuple.

Ainsi, dès le dĂ©but de Romains 9, Paul parle d’IsraĂ«l, mais il ne le fait pas ici en parlant de la nation d’IsraĂ«l comme s’il parlait de sa destinĂ©e terrestre. Non, ici Paul est attristĂ© car des individus sont perdus, incrĂ©dules et destinĂ©s Ă  la perdition, Ă  « l’anathème » (malĂ©diction). Anathème que Paul prĂ©fèrerait subir Ă  leur place.

Ainsi, le thème du chapitre 9 est dans la continuitĂ© avec les 8 chapitres qui prĂ©cèdent parce qu’il est question de salut individuel et il est en continuitĂ© avec les chapitres 10 et 11 parce qu’il est question du paradoxe d’IsraĂ«l.

Mais ce paradoxe, comme tous les paradoxes, soulève une question que Paul a du entendre souvent dans la bouche de ses opposants : Si ton Évangile est vrai, pourquoi les Juifs ne croient pas ? La Parole de Dieu aurait-elle menti ?

Romains 9:6-13

 

Nous allons voir ici comment Paul commence Ă  rĂ©pondre Ă  ce paradoxe, ce qu’il va continuer Ă  faire jusqu’au chapitre 11. LĂ  encore, je tiens Ă  ce que mes lecteurs se remĂ©morent le texte :

Ce n’est point Ă  dire que la parole de Dieu soit restĂ©e sans effet. Car tous ceux qui descendent d’IsraĂ«l ne sont pas IsraĂ«l, et, pour Ăªtre la postĂ©ritĂ© d’Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants; mais il est dit: En Isaac sera nommĂ©e pour toi une postĂ©ritĂ©, c’est-Ă -dire que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont regardĂ©s comme la postĂ©ritĂ©. Voici, en effet, la parole de la promesse: Je reviendrai Ă  cette mĂªme Ă©poque, et Sara aura un fils. Et, de plus, il en fut ainsi de RĂ©becca, qui conçut du seul Isaac notre père; car, quoique les enfants ne fussent pas encore nĂ©s et qu’ils n’eussent fait ni bien ni mal, -afin que le dessein d’Ă©lection de Dieu subsistĂ¢t, sans dĂ©pendre des oeuvres, et par la seule volontĂ© de celui qui appelle, – il fut dit Ă  RĂ©becca: L’aĂ®nĂ© sera assujetti au plus jeune; selon qu’il est Ă©crit: J’ai aimĂ© Jacob Et j’ai haĂ¯ EsaĂ¼.

Paul montre clairement dès le début le but de ce paragraphe, il cherche à répondre au paradoxe énoncé dans les 5 premiers versets. Ce paradoxe qui pouvait nous laisser croire que la Parole de Dieu soit devenue invalide. Voyons donc comment Paul répond à cela.

Paul commence Ă  rĂ©pondre en montrant que le fait qu’une partie d’IsraĂ«l soit incrĂ©dule n’est pas quelque chose de nouveau. Et il nous montre qu’il ne faut pas confondre l’IsraĂ«l selon la chair et l’IsraĂ«l choisi par Dieu.

Il introduit ainsi une première catĂ©gorie de personne « ceux qui descendent d’IsraĂ«l » qu’il appelle aussi « la postĂ©ritĂ© d’Abraham » et il nous dit que ces personnes ne sont pas tous IsraĂ«l. Il y a donc 2 IsraĂ«l pour Paul, un IsraĂ«l selon la chair et parmi cet IsraĂ«l un IsraĂ«l selon la promesse, croyant et Ă©lu.

Que Paul ensuite rĂ©ponde Ă  cette question en parlant de personnes qui deviendront les pères de nations entières et dĂ©signe par cela ces nations ne change pas son objectif : expliquer comment cela se fait que beaucoup de Juifs ne croient pas. Sa rĂ©ponse est dans un premier temps de montrer que cela n’est pas une nouveautĂ© dans l’histoire de ce peuple. Puis, dans un deuxième temps de souligner qu’il y a une raison thĂ©ologique Ă  cela : Dieu choisit, selon sa volontĂ© et non selon nos oeuvres.

Ici, je fais une pause pour souligner que dans la thĂ©ologie calviniste, il est important de distinguer la justification qui ne se fait pas par les oeuvres mais par la foi et l’Ă©lection qui ne se fait pas par les oeuvres mais par la volontĂ© de Dieu.

Reprenons, Paul a donc donnĂ© une première rĂ©ponse. Mais cette rĂ©ponse soulève a elle seule une question : Si Dieu gouverne son plan sans tenir compte des oeuvres mais selon sa volontĂ© uniquement et si c’est la raison pour laquelle beaucoup de Juifs ne croient pas aujourd’hui, Dieu n’est-il pas injuste ?

Romains 9:14-18… ou la justification de Dieu

 

Une fois de plus, je tiens Ă  ce que le lecteur prenne le temps de relire la suite de notre texte :

Que dirons-nous donc? Y a-t-il en Dieu de l’injustice? Loin de lĂ ! Car il dit Ă  MoĂ¯se: Je ferai misĂ©ricorde Ă  qui je fais misĂ©ricorde, et j’aurai compassion de qui j’ai compassion. Ainsi donc, cela ne dĂ©pend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait misĂ©ricorde. Car l’Ecriture dit Ă  Pharaon: Je t’ai suscitĂ© Ă  dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publiĂ© par toute la terre. Ainsi, il fait misĂ©ricorde Ă  qui il veut, et il endurcit qui il veut.

Le passage commence donc par la question soulevĂ©e par le passage prĂ©cĂ©dent, Ă  savoir : Si Dieu se base sur sa seule volontĂ© pour choisir IsraĂ«l parmi les nations et si c’est encore par sa volontĂ© seulement et non par les oeuvres que Celui-ci choisit, au sein d’IsraĂ«l, un peuple qui est le vĂ©ritable IsraĂ«l selon la promesse, n’est-il pas injuste ?

Evidemment, Paul rejette cette possibilité mais il ne nous laisse pas sans réponse. Il répond à deux reprises et en reprenant deux fois sa conclusion. Ses deux réponses sont introduites par « Car » et ses deux conclusions par « Ainsi ».

Comme première rĂ©ponse, Paul cite Exode 33:19. Dans le contexte, MoĂ¯se a fait sortir le peuple d’Egypte et il dialogue avec Dieu. MoĂ¯se, pour Ăªtre certain d’avoir reçu la faveur de Dieu lui demande quelque chose d’Ă©tonnant : que Dieu lui montre sa gloire. Et Dieu lui rĂ©pond alors en lui disant qu’il fera passer devant lui sa bontĂ©, qu’il proclamera son Nom et qu’il fera grĂ¢ce Ă  qui il fera grĂ¢ce, qu’il aura compassion de qui il aura compassion.

Ainsi, le contexte nous rappelle qu’il est avant tout question de gloire et de Nom de Dieu ici. De plus, John Piper, dans The Justification of God, fait remarquer que la formule « je fais grĂ¢ce Ă  qui je fais grĂ¢ce » ou « j’aurai compassion de qui j’aurai compassion » est une formule dite « idem per idem », oĂ¹ un Ă©lĂ©ment est repris de chaque cĂ´tĂ© de la formule. Ce type de formule est prĂ©cisĂ©ment utilisĂ© en Exode quand il s’agit du Nom de Dieu « Je suis celui qui suis ».

Le Nom de Dieu dĂ©signe Ă  la fois sa gloire, sa renommĂ©e et son identitĂ©. Et la formule je ferai grĂ¢ce Ă  qui je ferai grĂ¢ce signifie tout simplement : je ferai grĂ¢ce Ă  qui je veux.

Ainsi, en gardant le contexte d’Exode en tĂªte, une rĂ©ponse semble Ă©merger Ă  la question « Dieu est-il injuste ? ». C’est une rĂ©ponse Ă©tonnante et profondĂ©ment centrĂ©e sur Dieu : Dieu n’est pas injuste quand il choisit librement car cela fait partie de sa gloire, de son Nom. Autrement dit, pour Paul, la justice de Dieu ne se mesure pas selon nos standards humains mais selon la nature de Dieu lui-mĂªme. Dieu, en faisant grĂ¢ce librement, Ă  qui il veut, agit pour sa gloire, il est donc juste.

Prenons du recul. Dieu est comme le soleil de notre système : tout tourne autour de lui et face Ă  lui nous sommes insignifiants. Ainsi, quand Dieu agit pour Lui, pour son Nom, pour sa gloire, Dieu est profondĂ©ment juste. Dieu serait au contraire injuste s’il agissait d’une manière qui ne le glorifie pas premièrement. C’est donc la gloire de Dieu que Dieu recherche premièrement.

Et (quel mystère !) Dieu a choisi de se glorifier en faisant grĂ¢ce Ă  son peuple :

A cause de mon Nom, je suspends ma colère ; a cause de la louange qui m’est due, je me contiens envers toi, pour ne pas te retrancher. (…) C’est pour l’amour de Moi, pour l’amour de Moi que je veux agir; Car comment mon Nom serait-il profanĂ© ? Je ne donnerai pas ma gloire Ă  un autre.
Esaie 48:9,11

Et maintenant, Seigneur, notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple du pays d’Egypte par ta main puissante et qui t’es fais une renommĂ©e comme elle l’est aujourd’hui (…) pour l’amour du Seigneur, fais briller ta face sur ton sanctuaire dĂ©vastĂ© ! (…) Ouvre les yeux et regarde nos ruines et la ville sur laquelle ton nom est invoquĂ© ! (…) Seigneur, Ă©coute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif ! Agis et ne tarde pas, par amour pour toi, Ă´ mon Dieu ! Car ton Nom est invoquĂ© sur ta ville et sur ton peuple.
Daniel 9:15-19

Il me conduit dans les sentiers de la justice, Ă  cause de son Nom.
Psaume 23:3

C’est Ă  cause de ton Nom, Éternel, que tu pardonneras ma faute, car elle est grave.
Psaume 25:11

Mais revenons Ă  notre texte. Dieu n’est pas injuste dans l’Ă©lection car il agit pour sa gloire, ce qui est la justice mĂªme. Cela permet Ă  Paul de conclure : « ainsi donc, cela ne dĂ©pend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait misĂ©ricorde. » (9:16).

Mais comme nous l’avons dit, Paul rĂ©itère sa rĂ©ponse et sa conclusion aux versets 17 et 18. La rĂ©ponse du verset 17 souligne encore ce que nous avons dit. Paul conclut au verset 18 que Dieu, non seulement fait grĂ¢ce Ă  qui il veut mais endurcit qui il veut (lĂ  encore un vocabulaire qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  des individus). Mais pour prouver son point, Paul aurait pu citer de nombreux textes oĂ¹ il est dit explicitement que Dieu endurcit le coeur de pharaon ou il aurait pu citer ce texte oĂ¹ Dieu annonce qu’il endurcira le coeur de pharaon quand MoĂ¯se commencera Ă  lui parler. Mais non, Paul cite encore un passage oĂ¹ la gloire et le Nom de Dieu sont centraux : « Je t’ai suscitĂ© tout exprès pour montrer en toi ma puissance et pour que mon Nom soit publiĂ© par toute la terre. »

MĂªme l’endurcissement est fait pour la gloire de Dieu et le Nom de Dieu. Nous pouvons conclure avec Paul que Dieu est juste aussi quand il endurcit, « Ainsi, il fait misĂ©ricorde Ă  qui il veut et il endurcit qui il veut. »

Mais, lĂ  encore, une question demeure : Si Dieu est juste quand il se glorifie et que Dieu est glorifiĂ© par l’endurcissement du pĂ©cheur, pourquoi Dieu fait-il des reproches au pĂ©cheur ? Pourquoi condamner un pĂ©cheur qui finalement, lui aussi, glorifie Dieu et qui ne peut rĂ©sister Ă  la volontĂ© de Dieu ?

 

Romains 9:19-23

 

Avant d’analyser le passage et quitte Ă  lasser le lecteur, je dĂ©sire encore que l’on relise celui-ci :

Tu me diras: Pourquoi blĂ¢me-t-il encore? Car qui est-ce qui rĂ©siste Ă  sa volontĂ©? O homme, toi plutĂ´t, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d’argile dira-t-il Ă  celui qui l’a formĂ©: Pourquoi m’as-tu fait ainsi? Le potier n’est-il pas maĂ®tre de l’argile, pour faire avec la mĂªme masse un vase d’honneur et un vase d’un usage vil? Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaĂ®tre sa puissance, a supportĂ© avec une grande patience des vases de colère formĂ©s pour la perdition, et s’il a voulu faire connaĂ®tre la richesse de sa gloire envers des vases de misĂ©ricorde qu’il a d’avance prĂ©parĂ©s pour la gloire? 

Encore une fois, Paul dĂ©marre cette nouvelle section en Ă©nonçant la question Ă  laquelle il veut rĂ©pondre. Cette fois-ci encore, il s’agit d’une question que des opposants pourraient lui poser suite Ă  ce qu’il vient de dire. Si Dieu agit pour sa gloire seule, et si mĂªme mes pĂ©chĂ©s glorifient Dieu, pourquoi me fait-Il des reproches ?

C’est une question que Paul avait dĂ©jĂ  abordĂ© en Romains 3 :

Mais si notre injustice manifeste la justice de Dieu, que dirons-nous donc ? Dieu est-il injuste quand il donne cours Ă  sa colère ? (…) Et si par mon mensonge, la vĂ©ritĂ© de Dieu abonde pour sa gloire, pourquoi suis-je moi-mĂªme encore jugĂ© comme pĂ©cheur ?
Romains 3:5,7

La rĂ©ponse de Paul consiste Ă  remettre l’homme Ă  sa place : il n’est qu’un vase et Dieu est le potier. Si nous acceptons qu’un potier fasse ce qu’il veut de son vase, Ă  combien plus forte raison Dieu est libre de faire ce qu’il veut avec nous ! Tous les vases du potier lui sont utiles mais certains sont des vases d’honneur et d’autres des vases de mĂ©pris. Ainsi, Dieu est libre de faire d’un homme un vase « de colère formĂ© pour la perdition ». Mais il peut aussi en faire un vase « prĂ©parĂ© d’avance pour la gloire ».

L’Éternel a tout fait pour un but, mĂªme le mĂ©chant pour le jour du malheur.
Proverbes 16:4 cf. Esaie 43:7,21

Piper fait remarquer que dans les lettres de Paul, les mots gloire et perdition désignent toujours le salut éternel et la perdition éternelle.

 

Romains 9:24-29

 
Les choses vont Ăªtre tout-Ă -fait claires dans ce passage et les objections tomberont, lisons- le :

Ainsi nous a-t-il appelĂ©s, non seulement d’entre les Juifs, mais encore d’entre les paĂ¯ens, selon qu’il le dit dans OsĂ©e: J’appellerai mon peuple celui qui n’Ă©tait pas mon peuple, et bien-aimĂ©e celle qui n’Ă©tait pas la bien-aimĂ©e; et lĂ  oĂ¹ on leur disait: Vous n’Ăªtes pas mon peuple! ils seront appelĂ©s fils du Dieu vivant. EsaĂ¯e, de son cĂ´tĂ©, s’Ă©crie au sujet d’IsraĂ«l: Quand le nombre des fils d’IsraĂ«l serait comme le sable de la mer, Un reste seulement sera sauvĂ©. Car le Seigneur exĂ©cutera pleinement et promptement sur la terre ce qu’il a rĂ©solu. Et, comme EsaĂ¯e l’avait dit auparavant: Si le Seigneur des armĂ©es Ne nous eĂ»t laissĂ© une postĂ©ritĂ©, Nous serions devenus comme Sodome, Nous aurions Ă©tĂ© semblables Ă  Gomorrhe.

Paul nous dit que Dieu nous a appelĂ©s « Ainsi ». Il se rĂ©fère ici Ă  ce qu’il vient de dire. Comment Dieu nous a-t-il appelĂ© ? « Ainsi » c’est Ă  dire « avant que nous soyons nĂ©s » (verset 11), selon sa volontĂ© et non selon nos oeuvres (verset 12), librement (verset 16 et 18), pour sa gloire (versets 15 et 17), comme des vases dont il est le potier (verset 22 et 23). Il se rĂ©fère en particulier Ă  ce qu’il vient de dire sur les vases.

Ainsi, la Segond Ă  la Colombe traduit le verset 23 « Et si Dieu a voulu faire connaitre la richesse de sa gloire Ă  des vases de misĂ©ricorde… » et le verset 24 « C’est-Ă -dire Ă  nous etc. » Les vases de misĂ©ricorde dĂ©signe donc des individus.

Le verset 24 nous apprend alors que ces individus sont appelĂ©s non seulement du milieu des Juifs mais aussi du milieu des paĂ¯ens. Il y a donc une Ă©lection qui sĂ©pare des personnes Ă  l’intĂ©rieur d’IsraĂ«l des autres IsraĂ©lites et qui sĂ©pare aussi des paĂ¯ens des autres paĂ¯ens.

Et le fait que Dieu choisisse son peuple du milieu mĂªme des paĂ¯ens avait Ă©tĂ© prĂ©dit par OsĂ©e, que Paul cite au verset 25. De mĂªme, Esaie, citĂ© aux versets 26 et 29, avait annoncĂ© que Dieu faisait Ă©lection au milieu mĂªme d’IsraĂ«l. LĂ  encore, il s’agit de salut comme le dit explicitement le verset 27.

C’est alors que Paul poursuit au verset 30, toujours en parlant de salut individuel « la justice qui vient de la foi », en se demandant donc en quoi IsraĂ«l cherchait la justice de façon inadĂ©quate.

Romains 9, 10 et 11

 

Un article ne suffit pas pour faire une exĂ©gèse complète de cette section, mais je chercherai ici Ă  montrer rapidement en quoi la comprĂ©hension de Romains 9 prĂ©sentĂ© dans l’article s’inscrit harmonieusement dans cette section. En effet, il est notoire qu’une des questions Ă  laquelle cette section cherche Ă  rĂ©pondre est « Dieu aurait-il rejetĂ© son peuple (la nation d’IsraĂ«l) ? » (Romains 11:1).

Or, notre comprĂ©hension de Romains 9 permet d’apporter une première rĂ©ponse Ă  cette question : Dieu n’a pas rejetĂ© IsraĂ«l totalement car encore aujourd’hui il choisit des vases de misĂ©ricorde destinĂ©s Ă  la gloire parmi les IsraĂ©lites. Paul en est un exemple, n’est-il pas Juif ?

Et c’est prĂ©cisĂ©ment la rĂ©ponse que Paul commence Ă  donner : « Certes non ! Car moi aussi, je suis IsraĂ©lite, de la descendance d’Abraham, de la tribu de Benjamin ». Moi aussi, dit-il je suis Juifs, et pourtant Dieu m’a choisi, Il n’a donc pas rejetĂ© son peuple.

Mais ce n’est pas la seule rĂ©ponse donnĂ©e dans ce chapitre. Selon ma comprĂ©hension, Paul nous explique aussi dans la suite du texte qu’un grand nombre de Juifs seront sauvĂ©s lorsque « la plĂ©nitude des paĂ¯ens sera entrĂ©e », c’est-Ă -dire quand l’ensemble des Ă©lus paĂ¯ens auront cru. Et lĂ  encore, il s’agit de foi (Rom. 11:20), de salut (11:26,27), de misĂ©ricorde (11:32). La fidĂ©litĂ© de Dieu envers IsraĂ«l se manifestera par le salut d’un grand nombre d’individu au sein de ce peuple.

Conclusion

 

Maintenant que notre interprĂ©tation de Romains 9 a Ă©tĂ© donnĂ©e ainsi que son lien avec les questionnements de Romains 11, nous pouvons conclure qu’il est artificiel d’opposer Ă©lection d’IsraĂ«l et Ă©lection individuelle. Les promesses dont Ă©tait dĂ©positaire IsraĂ«l comportaient le Messie et le salut et le principe d’Ă©lection selon lequel Dieu a choisi IsraĂ«l d’entre les nations est le mĂªme que celui que Dieu a utilisĂ© pour Ă©lire, au sein mĂªme d’IsraĂ«l et du milieu des paĂ¯ens, un peuple qui aura part Ă  la gloire, selon sa misĂ©ricorde.

Dieu a donc choisi librement, selon sa seule volonté et pour sa gloire un peuple à qui il va faire « connaitre les richesses de sa gloire ».

Dans son Temple, tout s’Ă©crit : Gloire !
Psaume 29:9

Nous n’avons pas abordĂ© ici toutes les questions que soulève cette interprĂ©tation d’un point de vue philosophique et thĂ©ologique, le but ici Ă©tait simplement de prĂ©senter le sens de Romains 9:1-29. Pour ce qui est des difficultĂ©s exĂ©gĂ©tiques, nous renvoyons le lecteur Ă  l’ouvrage prĂ©cĂ©demment citĂ© : The Justification of God.

Illustration en couverture : Allégorie de la Justice, Bernadino Mei, 1656.

Maxime Georgel

Maxime est mĂ©decin Ă  Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la thĂ©ologie systĂ©matique, l'histoire du dogme et la philosophie rĂ©aliste. Il affirme Ăªtre mariĂ© Ă  la meilleure Ă©pouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la TrinitĂ© (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la mĂ©thode Billings.

2 Commentaires

  1. david

    il me semble plus raisonnable d interpreter Romain comme une explication concernant la transition du peuple de Dieu (qui est elu de Dieu) passant des israelites par descendance (bien que cette position faisant foi dans la mentalité juive est deja criticable comme le montre paul) aux paiens par la foi. Cela pour 2 raisons :
    – me semble plus en cohĂ©rence avec l ensemble de Romains
    – evite la position de dĂ©terminisme dur (ou double prĂ©destination) qui me semble inconciliable avec 97% (chiffre arbitraire pour dire la tres grande majoritĂ© đŸ™‚ ) du message biblique.
    malgré tout merci pour l article tres bien rédigé
    soyez bénis

    Réponse
    • Maxime Georgel

      Plusieurs problèmes avec cette interprétation :
      1. Paul ne parle pas de l’Ă©lection des descendants d’Abraham comme un tout mais de ceux qui, au sein mĂªme de sa descendance, sont Ă©lus.
      2. Cela ne répond pas à la question que Paul se pose qui est « pourquoi les Israélites rejettent en grande partie Jésus ».
      3. Vous parlez d’Ă©lection « par la foi ». La Bible ne dit JAMAIS que l’on est Ă©lu par la foi. La Bible utilise deux couples d’opposition : « justifiĂ©s par la foi vs. par les oeuvres » et « élus par la volontĂ© de Dieu vs. par les oeuvres ». Autrement dit, dans le domaine de l’Ă©lection, ce n’est jamais la foi la cause mais la volontĂ© de Dieu.
      4. Romains 8 au contraire appuie mon argumentation.
      5. Montrez-moi donc ces 97% (peut-Ăªtre que les 3% manquant indique que votre interprĂ©tation est dĂ©fectueuse, je revendique 100% de mon cĂ´te đŸ˜‰ )

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