"Augustin a dit" ou l'argument d'autorité en théologie
14 juin 2018

Plus d’une fois, au cours d’un débat en théologie, j’ai pu entendre, en réponse à un argument, le nom de tel théologien apporté sur la table. Bien que j’ai pu utiliser cette façon d’argumenter par le passé, je pense désormais qu’elle est irresponsable, qu’elle ne conduit pas au consensus mais à la division et que poussé à son aboutissement logique elle est même idolâtre.

Je me souviens de la frustration que j’ai pu ressentir au cours de débats quand on répond à des arguments par « oui mais un tel pense comme moi », comme si cela constituait un argument. Ou, encore plus irresponsable « oui mais je ne suis pas le seul à penser ainsi ». Plutôt que d’admettre que sur le moment nous n’avons pas de réponse à un argument, ce qui est déstabilisant, nous nous réfugions en tapant du poing sur la table dans des autorités dont le nom doit susciter respect et crainte : « tu ne vas tout de même pas contredire Augustin ! ».

Respecte l’autorité des pères !

Je tiens tout d’abord à donner 2 raisons pour lesquelles il s’agit en fait d’un manque de respect pour ces auteurs que de les utiliser comme des noms-massues censés écraser l’argument de l’autre puis je proposerai une méthode plus appropriée pour faire de la théologie, qui rend gloire à Dieu et qui aboutit idéalement au consensus.

Un grand théologien et un grand philosophe sont devenus grands non pas en raison de l’autorité intrinsèque contenu dans leur nom. Augustin est devenu Augustin parce que sa pensée est excellente et que ses arguments sont puissants. Autrement dit, si nous nous contentons de citer ces auteurs, nous ne faisons pas honneur à leur personne. Ils sont capables de défendre leurs opinions, apportons leurs arguments sur la table et examinons-les plutôt que de lister pieusement leurs noms.

Oui, il y a de la place pour la théologie historique, qui cherche à examiner la pensée de tel ou tel auteur. Mais il ne faut pas en rester là en théologie, il faut examiner les arguments et trancher pour atteindre un consensus le plus loin possible. Ainsi, si nous pensons vraiment que ces penseurs sont grands, faisons leur honneur en avançant leurs arguments et en écoutant leurs raisonnements. Si ces penseurs sont excellents, nous avons mieux à faire que de lister leurs noms.

Mais la deuxième raison pour laquelle il faut lister des arguments bien plus que des noms, c’est que ces auteurs aussi, bien souvent, exigent que l’on traite ainsi leurs écrits et traitaient ainsi les écrits des autres. Augustin, que nous mentionnons dans cet article, dit par exemple :

J’ai appris à ne donner ce respect et cet honneur uniquement aux livres canoniques de l’Écriture sainte: de ceux-ci, je crois fermement que les auteurs étaient totalement exempts d’erreur. Et si, dans ces écrits, je suis perplexe devant tout ce qui me paraît contraire à la vérité, je n’hésite pas à supposer que le manuscrit est erroné, ou que le traducteur n’a pas saisi le sens de ce qui a été dit, ou que moi-même je ne l’ai pas compris. Quant à tous les autres écrits, en les lisant, aussi grande que soit la supériorité des auteurs sur moi-même en matière de sainteté et d’apprentissage, je n’accepte pas leur enseignement comme vrai sur la seule base de l’opinion qu’ils ont; mais seulement parce qu’ils ont réussi à convaincre mon jugement de sa vérité soit par ces écrits canoniques eux-mêmes, soit par des arguments adressés à ma raison.

>Lisez :  Augustin, l’autorité des Écritures

Origène, quant à lui, dit :

Si quelqu’un a de meilleures idées à proposer et peut confirmer ses dires par des affirmations plus claires des Saintes Écritures, qu’on les accepte à la place de nos écrits.

Origène, Des principes, XI, vi, 7.

Ainsi, s’il y a une apparence de piété et de respect dans le fait de dire « je me range derrière l’opinion d’un tel » ou « je ne veux pas contredire un tel », il y a en fait un double manque de respect car (1) nous n’écoutons pas ce que ces auteurs eux-mêmes disent à ce sujet et (2) nous considérons leur personne plus que leurs arguments et leurs raisonnements, là où c’est précisément leur pensée qui a fait d’eux des penseurs renommés.

>>Lisez : Quelle autorité accorder aux pères de l’Église ?

Quelques principes

Dieu nous a créé comme des êtres rationnels. Il s’est révélé à nous sur-naturellement  par sa Parole et naturellement par… la Nature justement, que nous analysons par la Raison et la Science. Ainsi, puisque la révélation de Dieu est, en quelque sorte, immédiate (sans intermédiaire) et que nous vivons Coram Deo (face à Dieu) en devant lui rendre des comptes directement, nous ne pouvons pas nous contenter des autorités médiatrices, fussent-elles même établies par Dieu (et certaines le sont !). Si nous croyons vraiment que l’être humain est rationnel (et Augustin l’a dit !), alors nous nous devons de s’adresser à sa raison et non taper du poing sur la table en exigeant qu’il se soumette à telle ou telle autorité. Cela marchera peut-être chez certains qui se laisseront impressionnés, mais chez d’autres cela ne fera que les braquer dans leur position. C’est exactement ce qu’il s’est passé dans la vie de Martin Luther. Il avançait des arguments rationnels et scripturaires et demandait qu’on lui réponde de la même manière, et il est affligeant de constater à quel point on faisait violence à sa raison en exigeant de lui, 1001 fois, une rétractation sans avoir répondu en rien à ses propositions. Même ceux qui ont tenté de répondre, voyant leurs arguments réfutés, se sont finalement réfugié dans l’argument de la soumission à telle ou telle autorité et ont prétendu qu’il faisait preuve d’orgueil.

Aimer Dieu… de toute sa pensée

Venons-en à la soumission en elle-même, justement. Si Dieu est la source de toute vérité et de toute autorité et qu’il s’est révélé par sa Parole et par la Nature, alors chercher la vérité dans ces sources est en fait un culte rendu à Dieu. Nous rendons gloire à Dieu quand nous acceptons son autorité et cherchons à nous y soumettre. Certes, Dieu n’a pas donné une révélation exempte de toute ambiguïté. Mais cela ne nous autorise pas à chercher d’autres autorités qui ôterai les ambiguïtés. Dieu a pu tout simplement choisir de laisser planer quelques doutes. Et puis, si nous étions moins influencé par le postmodernisme, au lieu de dire que la majorité de la Bible est floue et que certaines parties sont claires, nous dirions, avec Pierre, que « certains passages sont difficiles à comprendre ». Écoutons bien ce qu’il dit : la révélation est claire, seulement certains passages sont difficiles (et non impossibles) à comprendre et ce sont « les personnes ignorantes (non pas les étudiants scrupuleux) et mal affermies » qui en « tordent le sens » (2 Pierre 3:16). Ainsi donc, ne reconnaître comme argument d’autorité que la Parole et la Raison (avec la Science), c’est en fait reconnaître l’autorité de Dieu, qui a établi ces moyens pour se faire connaître. La Parole enseigne des choses que la Raison ne peut pas atteindre et la dépasse, et la Raison enseigne des choses que la Parole ne contient pas mais qui ne la contredisent pas. Dans tous les cas, si nous voulons rendre un culte véritable à Dieu, nous devons nous soumettre à lui Seul de façon absolue et aux autres dans la mesure de leur mandat. Ces autres autorités ne s’imposent à notre conscience et à celle de l’Église que dans la mesure où elles avancent des vérités appuyées par la Parole et la Raison. Cela n’est pas du rationalisme car (1) la Raison est transcendée par l’Écriture, (2) la Raison est une propriété commune, une règle par laquelle nous pouvons tous examiner les arguments et (3) elle n’est pas une idole mais un moyen établi par Dieu. Comme tout moyen, c’est son utilisation qui détermine si elle est bonne ou non.

Encore et toujours des idoles

Puisque nous parlons d’idole, abordons le point mentionné en début d’article : l’argument d’autorité est une forme d’idolâtrie. Récemment, un catholique romain me reprochait de ne pas accorder d’autorité intrinsèque aux pères mais seulement une autorité relative. Ce qu’il veut dire par là, c’est, pour reprendre Augustin, que je n’acceptais pas l’opinion de quelqu’un simplement parce que c’était son opinion ni que j’accordais du crédit à une position simplement parce que « les pères » l’ont tenue mais que j’acceptais une opinion, de qui que ce soit, seulement si l’on me la prouve par les Écritures ou par des raisons suffisantes. Ces arguments sont souvent très fallacieux, en particulier ceux qui s’appuient sur un prétendu consensus général ou global des pères. Ces arguments, comme nous l’avons dit aussi, ne respectent pas les pères. Mais surtout, ces arguments sont idolâtres. Ils ravissent à Dieu leur place. Seul Dieu a une autorité intrinsèque, les autres dérivent leur autorité de Dieu. Seul Dieu doit être cru sur la simple raison qu’il est Dieu (voilà pourquoi l’Écriture fait autorité : c’est Dieu qui parle). Ainsi, si se soumettre à l’Ecriture et la Raison c’est rendre un culte à Dieu, se soumettre (je parle dans un sens absolu, non pas relatif) aux hommes c’est leur rendre un culte. Voilà pourquoi la Bible nous dit qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, car quand les hommes contredisent Dieu, ils perdent leur autorité sur nos consciences. Cela ne revient pas à annuler toute autorité humaine, mais à préciser leur mission : nous administrer l’autorité divine en veillant à se conformer à la volonté de Dieu.

Consensus

Le consensus. C’est certainement la partie la difficile à saisir de cet article pour nos contemporains. Nous qui baignons dans le postmodernisme et le relativisme, nous ne croyons plus au consensus : « Tomber d’accord ?! Si c’était possible, à quoi cela servirait puisqu’il n’y a pas de vérité objective ? ». Cette façon de penser s’accentue encore si l’on est membre du courant évangélique : celui-ci s’est divisé en 1001 dénominations, croire au consensus relève de l’utopie. Mais même les membres d’une confession plus unie extérieurement comme les catholiques romains n’y croient plus. La plupart des catholiques modernes ont aussi baigné dans le post-modernisme et ne pensent plus que l’unité de pensée puisse s’atteindre ou se manifester par l’argumentation raisonnée. Il nous faut une autorité infaillible, pensent-ils. Autrement dit, leur unité n’est plus basée sur Dieu lui-même mais sur une idole. Je sais qu’il reste encore quelques catholiques romains qui, heureusement, pensent autrement et voient la folie de croire que l’unité est le fruit d’une autorité humaine, même de droit divin.

Mais si nous croyons véritablement que la Bible est claire et que nous pouvons en connaître le sens, si nous croyons aussi que la Raison n’est pas la possession de quelques diplômés mais une possession commune de l’humanité, ancrée dans la nature même de la création et de l’humanité, alors il doit être possible de discuter de façon raisonnée, chacun à notre niveau, et d’aboutir à un consensus. Certes, il demeurera les zones d’ombre dont parle Pierre. Le but du consensus n’est pas d’être exhaustif. Dieu lui-même n’a pas jugé bon de nous donner une révélation qui soit absolument sans ambiguïté, n’ayons pas le fol orgueil d’espérer prendre ce que Dieu ne nous a pas donné. Mais n’ayons pas non plus l’ingratitude de ne pas prendre ce que ses mains nous tendent.

Aujourd’hui, il paraît révolutionnaire de croire à la clarté de la Bible et de dire « la Bible dit ». Il faut, dit-on, toujours nuancer ses opinions de « je crois », « à mon avis » et « je pense ». Aujourd’hui, avoir une conviction c’est être orgueilleux. Cela se comprend facilement : s’il n’y a pas de vérité objective ou, en langage évangélique, si la Bible n’est pas claire, il est orgueilleux de prétendre avoir trouvé cette vérité ou de déterminer le sens de quelque chose de flou. Mais la vérité est objective et la Bible est claire, gloire à Dieu. Au lieu de débattre d’opinions donc, avançons des arguments. Il ne s’agit pas d’être buté ou de ne pas reconnaître ses erreurs. Mais il s’agit d’avancer des raisons et d’examiner ensemble leur validité. Encore une fois, il n’y a ici aucun orgueil puisque la Raison n’est pas la propriété personnelle de quelqu’un, ni l’Écriture. Il s’agit de critères pour examiner la validité d’une affirmation. Si une personne avance une contradiction, alors ce qu’il dit est faux car cela viole les lois de la Raison. Si une personne contredit la Bible, alors cela est faux car cela viole aussi une loi rationnelle : la Bible est vraie, donc la contradiction de la Bible est une contradiction de la vérité.

Ces critères sont extérieurs à nous-mêmes et permettent ainsi d’examiner nos propres raisonnements. Je ne sais pas si vous êtes doués en mathématiques, mais il est toujours possible de se tromper dans un calcul. Par contre, cela ne veut pas dire que les mathématiques ont tort, ni que notre erreur de calcul doit nous faire perdre espoir de trouver le bon résultat : il est toujours possible de vérifier les règles objectives et extérieures à nous-mêmes des maths pour corriger son calcul. Les règles rationnelles ont la même fonction pour la raison et les règles herméneutiques pour la Bible. Ces règles n’ont pas été inventées par un homme mais découlent de qui Dieu est et de ce que la Bible est. Aristote n’a pas inventé les règles rationnelles, il les a découverte.

Comment débattre ?

Ici, nous sommes donc maintenant capables d’énoncer quelques règles qui peuvent être utiles pour débattre en théologie. Je suppose que nous parlons ici des grands débats sur des sujets centraux ou importants et non pas sur des sujets tertiaires (Cf. cet article pour comprendre la division entre sujets primaires, secondaires et tertiaires).

  1. Viser le consensus. Quand nous listons des noms, la tendance naturelle est de se ranger derrière ces noms, qu’ils soient des noms d’auteurs ou de partis : « je suis calviniste »,  » je vote à gauche », « je suis scotiste », « je suis rationaliste » ou « tu as une vision du monde panthéiste », etc. Ces catégories ont une certaine utilité, mais elle cache parfois une paresse intellectuelle qui ne prend plus le temps de définir les mots et de débattre d’arguments mais qui prend des termes larges pour acquis et qui débat grossièrement, comme nos politiques savent bien le faire. Quand il est question de vérifier la validité d’un argument, il n’est plus question de parti-pris, la question est objective et on peut, ensemble, faire ce travail. L’erreur est humaine, mais la vérité est objective et nous pouvons la connaître et corriger nos erreurs. Il n’est plus question de savoir dans quel camp l’on se range, il est question de trouver un consensus, trouver la vérité.
  2. Être vertueux. Pendant longtemps, j’ai cru que le théologien devait d’un côté étudier pour trouver la vérité et de l’autre travailler à sa sanctification. Aujourd’hui je comprends pourquoi ces deux choses ne doivent pas être séparées. Comme je l’ai dit, la question de l’autorité intellectuelle est une question d’adoration. D’autre part, si ce que nous avançons dans cet article est vrai (et si quelque chose vous semble faux, montrez-le moi par les Écriture ou des raisons suffisantes !), alors la seule barrière entre nous et la vérité révélée est notre péché (encore une fois, je parle des sujets centraux et non tertiaires). La seule chose qui peut nous retenir de connaître la vérité est soit notre paresse à la chercher, soit notre orgueil à reconnaître nos torts et à plier devant les arguments rationnels. C’est pour cette raison que Paul liste le « schisme » ou la division dans la liste des péchés. Se diviser sur une question théologique n’est pas quelque chose d’anodin. Pour Paul, celui qui ne reconnaît pas la vérité pèche, car il ne se soumet pas à l’autorité de Dieu qui s’est révélé par sa Parole, mais aussi par les lumières naturelles (Rom 1:18-21). Ce que dit Paul dans Romains 1 est crucial : le problème des incrédules n’est pas l’ignorance innocente mais l’ignorance coupable. L’homme a reçu par la Nature une révélation suffisante pour connaître la « divinité de Dieu et sa puissance éternelle » ainsi que « ses perfections invisibles », c’est-à-dire ses attributs. La révélation surnaturelle qui s’y ajoute ne fait qu’amplifier notre péché si nous refusons la vérité. Bien-sûr, il y a aussi de la place pour l’ignorance innocente : il y a des sujets théologiques sur lesquels je n’ai pas d’avis tout simplement parce que je ne les ai pas étudié assez. Il faut du temps et de la persévérance. Ainsi, persévérance, humilité, sainteté, adoration de Dieu ne sont pas séparées de la recherche théologique, bien au contraire. Refuser un argument dont la validité rationnelle a été prouvée est un péché contre l’autorité de Dieu manifestée par la Nature et la Raison. Théologien, si tu veux être un meilleur théologien et trouver la vérité, poursuit la sainteté ! Et fait de la théologie avec prière : l’hérésie et la division sont les péchés mignons des théologiens, se cachant sous le pieux nom de recherche de la vérité, que Dieu nous en garde.
  3. Ne pas avoir peur de la philosophie. Ici, peut-être que les évangéliques ont besoin de se rappeler que Sola Scriptura ne veut pas dire que la Bible est la seule source de connaissance sur Dieu ni que la Tradition, la Raison ou la Science n’ont aucune autorité. Sola Scriptura signifie que l’Écriture est notre autorité suprême par laquelle nous jugeons les traditions, y compris la nôtre. Et l’Écriture nous enseigne, en Romains 1 mais en bien d’autres endroits aussi, que la création nous apprend des choses sur Dieu : son existence, sa divinité, ses attributs. Par la Raison, nous pouvons savoir des choses sur Dieu et sur un tas de choses. Il ne faut donc pas craindre la philosophie et les sciences, mais s’y engager pleinement avec reconnaissance pour ces moyens que Dieu a indiqué pour nous instruire, sachant qu’ils ne contredisent jamais l’Écriture, quoiqu’en disent certains.
  4. Citer des auteurs, mais aller plus loin. Je ne découragerai jamais de lire les pères, les médiévaux, les réformateurs et les contemporains. Leurs écrits sont riches, réfléchis, s’inscrivent dans un logique de consensus (les conciles), souvent profonds philosophiquement. Mais si ces écrits sont si riches, ne nous arrêtons pas à les mentionner : exposons leurs arguments, vulgarisons-les, résumons-les et débattons-en.
  5. Reconnaître que nous sommes tous théologiens. Si l’être humain est rationnel, si la Raison est une propriété commune et que l’Écriture est donné à l’ensemble du peuple de Dieu, alors ce que j’ai dit est valable pour tous les chrétiens. Chacun à notre niveau, bien entendu, nous sommes tenus de ne pas suivre les opinions des hommes de façon absolue mais d’être soumis à Dieu lui-même, tel qu’il se révèle dans sa Parole et par la Nature. Cela ne renverse pas les autorités intermédiaires comme ceux qui enseignent dans l’Eglise. Au contraire, cela les établit dans leur rôle : leur fonction est d’exposer au peuple de Dieu sa Révélation et non pas d’étaler leurs opinions. Quand ils exposent la Parole, ils font autorité. Ils ont même une autorité divine pleine quand ils accomplissent ce ministère. Que nous soyons tous théologiens (ou, comme on le dirait en langage de la Réforme, que nous soyons tous prêtres) implique aussi que ceux qui se dédient à la théologie se doivent de vulgariser leurs savoirs et de ne pas mépriser leurs frères : ils sont aussi rationnels et ont aussi le droit, non pas de se soumettre à nous, mais d’entendre nos arguments et de les questionner. Exiger une soumission sans persuasion raisonnée et raisonnable n’est pas avoir une autorité, c’est être tyrannique. Ainsi, la théologie est pour tous, c’est à la fois un privilège et une responsabilité du chrétien et un appel pour le docteur en théologie à se rendre accessible.

Il y aurait encore beaucoup à dire à ce sujet. Sachez que ces vérités sont ce qui a fondé la Réforme protestante. C’est, à mon avis, la grande différence entre protestants et papistes. Les papistes s’appellent ainsi car, pour reprendre les mots des Réformateurs, ils se soumettent avec idolâtrie à la tyrannie du pape et non à l’autorité de Dieu dans l’Écriture. Bien-sûr, ils le font en prétextant que l’autorité du pape est de Dieu. Et, face à l’Écriture, la stratégie des papistes fut double dans l’histoire : certains, pour reprendre les mots de Saint Irénée, « se retournent contre les Ecritures, les accusant comme fautives et sans autorité, et ambiguës de telle sorte que par celles-ci, la vérité ne peut être trouvée de ceux qui ignorent la Tradition »; d’autres, plus intelligents, tentent de montrer que la doctrine romaine ne contredit pas l’Écriture. Quoi qu’il en soit, je prie que les protestants retrouvent « l’esprit des conciles », c’est-à-dire l’esprit du consensus et que Dieu nous donnera de nous repentir de nos divisions.

 

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

2 Commentaires

  1. Etienne Omnès

    Il y a peut être un domaine encore où nous pouvons utiliser la simple mention d’un père: c’est pour retracer le lignage intellectuel d’une idée, et notamment souligner son ancrage historique.
    Je l’utilise par exemple parfois pour contrer l’idée: « la prédestination n’a pas été enseignée avant Calvin » ou « le salut par la grâce seule est sortie de nulle part chez Luther ».
    Là, c’est très utile de pouvoir citer la flopée de théologiens médiévaux qui ont soutenu ces positions, ne serait-ce que pour l’effet réthorique. En revanche, jamais je ne considère cette énumération comme un argument. C’est juste une manoeuvre réthorique tant qu’on ne rentre pas dans le détail de leurs arguments.
    Après, je me donne pour règle de ne pas être plus sophistiqué que l’interlocuteur: s’il balance un slogan sans substance, je lui réponds par un slogan et m’embête pas à faire une étude patristique croisée de la doctrine. S’il est disposé à entendre des justifications et qu’il en demande, alors mon devoir est de donner de la substance au propos en vulgarisant, présentant etc…

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    • Maxime Georgel

      Oui oui, c’est ce que je dis quand je dis « il y a de la place pour la théologie historique ». Mais ça n’est pas une fin en soi.

      Réponse

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