L’étrange langage du théisme classique — Keith Mathison
13 octobre 2020

L’article qui suit est une traduction de l’anglais d’un article de Keith Mathison publié sur son blog personnel.


“Ce sont là les bords de ses voies, C’est le bruit léger qui nous en parvient; Mais qui entendra le tonnerre de sa puissance?” (Job 26:14)

Supposons que vous me demandiez de vous parler de ma femme, et que je vous dise : “C’est un être fini, corporel, muable, composé, contingent — un hominidé bipède composé principalement d’oxygène, de carbone, d’hydrogène et d’azote.”

Qu’en penseriez-vous ?

Vous penseriez probablement que c’est incroyable qu’une femme ait accepté de m’épouser.

Pourquoi ? Parce que, bien que toutes les choses mentionnées ci-dessus à propos de ma femme soient vraies, ce n’est pas ainsi qu’un être humain normal parle de quelqu’un qu’il aime. Ce n’est certainement pas le genre de choses que l’on écrit dans une carte de Saint-Valentin. Dans une conversation normale, si vous me posez des questions sur ma femme, je vous parlerai de sa gentillesse et de sa personnalité aimante, de sa façon d’être avec les enfants, et de bien d’autres choses encore. Parler d’elle comme dans l’exemple ci-dessus semblerait, au mieux, profondément étrange à la plupart des gens.

C’est vrai parce que, sur terre, les seuls qui auraient cette conversation sont des êtres humains, et nous partageons tous ces caractéristiques que j’ai utilisées pour décrire ma femme. Il n’est tout simplement pas nécessaire de vous dire ces choses à son sujet, à moins que vous ne soupçonniez que ma femme est une autre sorte d’être. En bref, ce genre de réponse à la question sur ma femme ne serait pertinente que si elle était posée dans un endroit comme la Cantina de Mos Eisley dans Star Wars, un lieu où se rassemblent différentes sortes de créatures de toute la galaxie. Si quelqu’un devait y interroger Han Solo sur son second, il serait pertinent de mentionner quel genre de Chewbacca il est.

Qu’est-ce que tout cela a à voir avec le théisme classique ?

Lorsque les théistes chrétiens classiques parlent de Dieu, ils parlent de Dieu en termes de choses telles que l’être nécessaire, l’existence en soi (aséité), la simplicité, l’infini, l’immatérialité et l’immuabilité. De nombreux chrétiens y rechignent instinctivement. Mais pourquoi ? En partie, parce qu’ils trouvent étrange de parler de notre Père qui nous aime dans les cieux dans un langage aussi impersonnel en apparence. L’Écriture parle de Dieu comme de celui qui interagit avec son peuple, qui l’aime et fait alliance avec lui, qui le discipline et le rachète. Il n’est pas une sorte de force impersonnelle ou d’abstraction métaphysique.

Les théistes chrétiens classiques reconnaissent la façon dont l’Écriture parle de Dieu, et ils insistent sur le fait qu’elle est vraie. Pourquoi, alors, insistent-ils sur le fait que nous devons également parler de Dieu en termes d’aséité, de pure actualité, de simplicité, etc ? Parce que c’est la nature de l’être du Dieu qui se révèle dans l’Écriture. C’est une bonne et nécessaire conséquence du sens de Genèse 1:1.

Une telle terminologie est nécessaire parce que les êtres humains sont enclins à créer un dieu à leur propre image. Les chrétiens lisent souvent le langage biblique sur Dieu et le conçoivent comme un grand vieillard dans le ciel. En d’autres termes, les chrétiens commencent souvent à penser à Dieu de la même façon que les Grecs et les Romains pensaient à leurs dieux. Ils oublient la distinction Créateur–créature qui est une partie si fondamentale de l’enseignement biblique.

La terminologie utilisée dans le théisme classique est nécessaire car il faut nous rappeler que Dieu n’est pas simplement une version plus puissante des êtres humains. Son être et notre être sont totalement différents. Son être existe en soi. Le nôtre est créé et dépend continuellement de lui pour continuer à exister. Son être est nécessaire. Le nôtre est contingent. Son être est infini. Le nôtre est fini. Son être est simple. Le nôtre est composé. Son être est immuable. Le nôtre est mu. Le Dieu qui nous aime et qui s’engage avec nous, qui nous rachète et qui prend soin de nous est ce genre d’être (Créateur), et non cet autre genre d’être (créature).

Le théisme chrétien classique est attaqué aujourd’hui comme il l’a été pendant des générations. La différence aujourd’hui est que l’attaque ne vient pas seulement de l’extérieur de l’Église mais aussi de l’intérieur, par ceux qui prétendent souscrire aux confessions de foi qui enseignent le théisme classique. En rejetant et en attaquant le théisme chrétien classique, ils érodent la distinction entre Créateur et créature, une distinction qui est enseignée explicitement dans les Écritures depuis Genèse 1.

La doctrine biblique de Dieu est liée à toutes les autres doctrines bibliques. Si nous nous trompons sur la doctrine de Dieu, tout le reste sera déformé. En tant que croyants, nous devons rester fidèles et inébranlables à la vérité des Écritures. Nous ne pouvons pas laisser la doctrine biblique de Dieu être compromise par des versions édulcorées de la théologie des processus.

La terminologie utilisée par les théistes chrétiens classiques peut sembler étrange ou rebutante au départ, et elle peut l’être si elle est abstraite de la façon dont les auteurs bibliques parlent de Dieu. Mais si nous nous rappelons que ce qu’elle enseigne est déduit de l’Écriture par une bonne et nécessaire conséquence, et si nous nous rappelons la raison de sa nécessité, elle nous met à genoux devant la gloire et la majesté impressionnantes du Créateur du ciel et de la terre.

Illustration en couverture : Jan Brueghel l’Ancien Le jardin d’Éden, 1615.


Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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