Une présentation calviniste de la prédestination
23 mars 2021

Voici le texte de la visioconférence enregistrée le 19 février et diffusée le 20 mars dernier dans le cadre de la séance consacrée à la prédestination de la formation « Points Chauds » organisée par le Centre de Formation du Bienenberg. En plus de ma conférence, une autre conférence pré-enregistrée par Denis Kennel a été diffusée dans laquelle celui-ci a défendu, sur le même sujet, un point de vue qualifié de « collectif ». L’après-midi a été consacré à une discussion sur Zoom entre Denis Kennel et moi-même, avec le concours des participants de la formation « Points Chauds ». Je reproduis ici le texte qui a servi de support à ma conférence pré-enregistrée.

Introduction

Présentation

Actuellement professeur de théologie à la faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence, j’y enseigne les disciplines qu’on appelle théologie symbolique, théologie dogmatique et théologie systématique. Mon travail consiste à dire ce que l’Église croit, ce que l’Église doit croire à la suite de ce qu’en dit l’Écriture et d’essayer de l’articuler théologiquement, c’est-à-dire de découvrir les raisons sous-jacentes qui soutiennent les articles de la foi chrétienne professée par l’Église. Et puisque la faculté dans laquelle j’enseigne est une faculté confessante, ancrée dans une tradition théologique bien spécifique — comme l’est aussi le centre de formation du Bienenberg dans une tradition théologique assez différente — eh bien, j’enseigne ces disciplines avec un angle résolument confessionnel, que l’on peut qualifier de réformé ou de calviniste. Et c’est pourquoi je me tiens devant vous aujourd’hui, pour vous exposer les grandes lignes de la conception dite calviniste de la prédestination.

Ce que je vais vous présenter maintenant est issu de trois sources distinctes :

  1. Un article sur la prédestination que j’ai écrit pour le dictionnaire La foi chrétienne et les défis du monde contemporains (Excelsis, 2013). J’ai écrit trois articles dans ce dictionnaire, dont celui sur la grâce et celui sur l’élection et la prédestination. Vous pourrez retrouver une partie importante – et plus encore – de ce que je vais dire ici dans cet article.
  2. Un cours de huit heures que j’ai donné sur la prédestination en 2016-2017 et en 2018-2019. J’ai donné huit heures de cours ces années-là sur le sujet, et là je ne vais parler qu’une heure : vous voyez que j’ai dû faire une sélection dans ma préparation.
  3. Depuis l’année dernière, je donne un cours sur la pensée de Calvin, en parcourant le premier catéchisme qu’il a écrit en 1537, qui s’appelle l’Instruction chrétienne. Et dans le cadre de ce cours, j’articule en une heure la pensée de Jean Calvin sur la prédestination, puisqu’il évoque cette doctrine dans ce petit document.

Vous pouvez constater que c’est un sujet que j’ai donc un peu travaillé, et je dois vous confesser qu’il m’a été difficile de faire le choix de ce que j’allais vous dire aujourd’hui en une heure seulement !

Sachez enfin que je suis, à mes heures perdues, qui ne sont plus si nombreuses que ça, contributeur du blog réformé évangélique www.parlafoi.fr sur lequel sera publié le texte de cette conférence.

Conception de l’Écriture

Dans ce mot de présentation, il m’a aussi été demandé de dire brièvement ce qu’est la Bible pour moi. Pour le dire de manière brève mais condensée, la Bible est pour moi comme pour toute la tradition réformée évangélique, et à vrai dire pour l’immense majorité du mouvement évangélique, la Parole écrite de Dieu. Dieu s’est révélé de diverses manières, et les Écritures sont la mise par écrit de cette révélation divine, un compte-rendu lui-même inspiré de Dieu, et qui pour cette raison est lui aussi révélation proprement divine. Lorsque l’Écriture dit quelque chose, c’est Dieu qui nous le dit. Et cela signifie que lorsque la Bible dit quelque chose sur la souveraineté divine, nous allons devoir en tenir compte ; et lorsqu’elle dit quelque chose sur la liberté humaine, nous allons devoir en tenir autant compte ; et si la Bible ne voit pas de contradiction entre la liberté humaine et la souveraineté divine, alors nous ne devons pas non plus y voir de contradiction, ni faire jouer l’une contre l’autre.

Sur un sujet comme celui-ci, il est important de ne pas avoir de canon dans le canon, mais de prendre en compte tout le donné scripturaire, et de ne pas le construire théologiquement d’une telle sorte à installer une tension entre des thèmes également bibliques, une tension qui n’existe pas dans l’Écriture. Et respecter ainsi l’équilibre biblique sans faire jouer un thème biblique contre l’autre, parce que les textes du premier groupe sont autant la parole écrite de Dieu que les textes du second groupe ; c’est ce que je vais tenter de faire dans la présentation qui va suivre sur le thème qui nous intéresse aujourd’hui.

I. L’enjeu pratique et pastoral de la question de la prédestination

1. Certains reçoivent l’Évangile, d’autres non

Au moment de commencer à proprement parler cet exposé sur la prédestination telle qu’elle est conçue par l’école de pensée théologique qu’on a pris l’habitude d’appeler « calvinisme », j’aimerais tout d’abord attirer votre attention sur l’aspect pratique et pastoral qui anime entièrement la formulation de cette doctrine, telle que le proposent les calvinistes.

Deux frères grandissent dans une famille évangélique et y reçoivent les rudiments de la foi, grandissent dans l’Église, passent par des expériences spirituelles similaires. Pourtant, arrivé à l’âge adulte, l’un de ses deux frères se maintient dans la foi, l’autre non. Pourquoi cette différence ?

Deux personnes non-chrétiennes sont assises dans votre Église évangélique et écoutent le même prédicateur qui prêche la croix de Jésus-Christ. L’une de ces deux personnes est très touchée par ce message et répond à cet appel par la repentance et par la foi. L’autre personne, assise à côté d’elle, y reste insensible. En fait, non : elle est irritée ! Elle sort du culte sans rien dire, mais en colère. Elle ne remettra plus jamais les pieds dans une Église. Pourquoi cette différence ?

Considérez encore ceci : un beau jour de mars, en 29 ap. J.-C., sur une rive du lac de Tibériade, en Galilée, un certain Jésus de Nazareth accomplit un miracle extraordinaire : il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons.  Ce miracle, qui conduit ceux qui l’ont vu faire à le suivre sur l’autre rive, est accompagné dès le lendemain par une déclaration choquante pour beaucoup d’entre eux : Jésus déclare qu’il n’est pas seulement capable de les nourrir physiquement, mais qu’il est lui-même le pain descendu du ciel, la manne spirituelle dont ils ont besoin, et que ce peuple doit apprendre à se nourrir de lui, c’est-à-dire à croire en lui. Cette déclaration suscite l’incompréhension puis l’irritation de ses auditeurs.

Jésus leur répondit : Ne maugréez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

Jn 6,43-44

La réaction de ceux qui suivaient Jésus, ses disciples donc, est double. Il y en a une partie importante qui réagit mal :

Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : Cette parole est dure ; qui peut l’entendre ? Jésus, sachant que ses disciples maugréaient à ce sujet, leur dit : Est-ce là pour vous une cause de chute ? Et si vous voyiez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ? C’est l’Esprit qui fait vivre. La chair ne sert de rien. Les paroles que, moi, je vous ai dites sont Esprit et sont vie. Mais il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient pas. Car Jésus savait depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait. Et il disait : C’est pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père. Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent ; ils ne marchaient plus avec lui.

Jn 6,60-66

Mais il y en a d’autres qui ne réagissent pas de la même manière :

Jésus dit donc aux Douze : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle. Nous, nous sommes convaincus, nous savons que c’est toi qui es le Saint de Dieu.

Jn 6,67-69

Voilà une autre réaction bien différente au même discours. Pourquoi une telle différence ?

Le constat pastoral dans le cadre duquel est élaborée la doctrine calviniste de la prédestination est donc le suivant : certains reçoivent l’Évangile, d’autres le rejettent. Pourquoi cette différence ?

C’est cette question pratique et pastorale qui conduit les calvinistes à discuter la doctrine de la prédestination, dans le cadre du débat plus large sur la foi qu’il nous faut pour être sauvés en Christ de la condamnation qui pèse sur nous. Pourquoi une personne répond-elle favorablement à l’Évangile, et l’autre non ? Comment cela se fait-il que certaines personnes croient ?

Sont-elles plus intelligentes ? Sont-elles plus sages ? Sont-elles plus justes pour mettre leur foi en Jésus, tandis que les autres ne le font pas ?

2. Le soulignement du caractère absolument gratuit du salut

Calvin, et les calvinistes – et Jésus lui-même, je le crois – répondent par la négative à ce questionnement. L’homme est perdu, incapable d’aucun bien spirituel, aveugle et mort en ce qui concerne les choses célestes. Et donc, si certains croient, expliquent Calvin et les calvinistes, c’est seulement parce que Dieu leur donne miraculeusement de croire en l’Évangile, ce dont ils sont bien incapables par eux-mêmes.

Le salut est par grâce. Pour les calvinistes, la doctrine de l’élection, ce n’est rien d’autre que la logique de la grâce poussée jusqu’au bout, systématisée. L’homme ne contribue en rien en son salut : même la foi par laquelle l’homme est sauvé est un don de Dieu qu’il reçoit en vertu d’une décision divine éternelle. Jésus l’a déclaré ainsi dans notre texte : « Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6,44) Et de nouveau : « personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père. » (Jn 6,65) La foi qu’il nous faut mettre en Jésus-Christ pour ressusciter au dernier jour et dont parle l’apôtre Jean est l’œuvre du Père qui nous attire à son Fils, et si cela ne nous est donné par lui, nous ne venons pas au Fils.

En soulignant ce fait, Calvin et les calvinistes magnifient le caractère absolument gratuit du salut. Calvin l’explique ainsi : « Jamais nous ne serons clairement persuadés, comme il est requis, que la source de notre salut soit la miséricorde gratuite de Dieu, jusqu’à ce que son élection éternelle nous soit claire elle aussi, parce qu’elle nous éclaire par comparaison la grâce de Dieu. » Paul lui-même fait ce lien entre élection et grâce en Rm 11,5-6 : « Le reste a été sauvé en ce temps selon l’élection gratuite. Si c’est par grâce ce n’est plus par les œuvres : car la grâce ne serait plus grâce », et Calvin commente ce passage de la manière suivante : « il faut que nous soyons ramenés à l’élection de Dieu pour savoir que nous n’obtenons le salut que par la pure libéralité de Dieu. »

Pour les calvinistes, donc, la doctrine de la prédestination est élaborée dans le contexte pratique et pastoral des réponses différentes, opposées, qu’ont ceux qui entendent la proclamation de l’Évangile : certains prêtent foi au Christ, d’autres le rejettent. Et, se demandant pourquoi les uns croient tandis que d’autres non, ils remontent au fait que la foi est donnée à l’homme par Dieu, que le salut s’opère tellement par la grâce que même la condition que l’homme doit remplir pour être sauvé – à savoir croire – est donnée par Dieu lui-même à l’homme. Et en poursuivant cette remontée, nous allons le voir, les calvinistes situent dans son conseil éternel, avant la fondation du monde, cette décision de Dieu de donner la foi à certains hommes, lesquels ne sont ni meilleurs ni plus dignes que les autres. C’est ce que je vais essayer de vous expliquer dans les minutes qui viennent…

II. Les différents cercles de l’élection

Avant d’en venir au dossier biblique, aux données scripturaires et à l’articulation calviniste de ces données, j’aimerais d’abord signaler que pour être au clair sur ce dont on parle, il faut souvent accepter de poser quelques distinctions précieuses. C’est le cas ici. Lorsqu’on parle d’élection ou de prédestination, il faut en effet bien se rendre compte que ce langage peut désigner plusieurs choses. Mon collègue Donald Cobb, professeur de Nouveau Testament à la Faculté Jean Calvin, distingue ainsi très utilement trois cercles concentriques de l’élection. Je le cite intégralement à ce sujet :

Il y a un premier « cercle », le plus large, à savoir l’élection du sein des nations : l’Ancien Testament souligne à plusieurs reprises qu’Abraham et ses descendants ont été pris parmi les nations, et choisis — ou élus — par Dieu. C’est pour cette raison que le comportement d’Israël doit être caractérisé par la sainteté. Cette élection d’un peuple (souvent rétif, d’ailleurs) souligne la gratuité imméritée du choix, mais elle n’est pas synonyme d’une élection éternelle (c’est-à-dire du salut).

Il existe ensuite un deuxième « cercle », à l’intérieur du premier : au sein de la lignée d’Abraham, certains ont été choisis de façon plus particulière, tandis que d’autres ont été rejetés. Calvin cite, comme exemples de ceux que Dieu a écartés, Ismaël, Ésaü et, surtout, les dix tribus d’Éphraïm. Il souligne que ceux qui ont été rejetés l’ont été à cause de leur désobéissance, mais aussi parce que Dieu a voulu montrer la gratuité totale de son choix dans l’élection (cf. Ml 1,2-3).

Il y a, enfin, un dernier degré dans l’élection, une sorte d’épicentre autour duquel les deux autres « cercles » se coordonnent, à savoir l’élection à la vie éternelle. Au sein de la descendance d’Abraham, Dieu choisit un certain nombre d’hommes et de femmes, de telle façon qu’ils ne peuvent déchoir de leur vocation ou être rejetés.

Ce troisième et dernier cercle de l’élection concerne le salut des individus. Il est celui des prédestinés au salut. Vous avez donc trois cercles de l’élection que l’on peut distinguer, avec l’idée d’élection qui peut s’appliquer à la fois de manière collective à un peuple, à la fois de manière plus restreinte à une lignée choisie au sein de ce peuple, et à la fois à des individus. Cela signifie que ce n’est pas parce que, dans certains passages, le langage de l’élection a une visée parfois collective qu’il n’a pas parfois aussi une visée principalement ou uniquement individuelle : il y a différents cercles de l’élection, et il n’est pas bon de faire comme s’il n’y en avait qu’un seul, que ce soit le cercle de l’élection individuelle ou le cercle de l’élection collective — dans les deux cas, on en viendrait à maltraiter les données bibliques.

Toutefois, lorsqu’on parle de l’élection sans plus de précision, c’est généralement de ce troisième et dernier cercle dont il est question. C’est le cas, par exemple, dans ce document confessionnel calviniste qu’on appelle les Canons de Dordrecht, qui définit ainsi cette notion d’élection :

Or, l’élection est le propos immuable de Dieu, par lequel, selon le très libre et bon plaisir de sa volonté, par pure grâce, il a, en Jésus-Christ, élu au salut avant la fondation du monde — d’entre tout le genre humain déchu par sa propre faute de sa première intégrité dans le péché et la perdition — une certaine multitude d’hommes, ni meilleurs ni plus dignes que les autres, mais qui, avec ceux-ci, gisaient dans une même misère. Ce même Christ, Dieu l’a aussi constitué de toute éternité Médiateur et Chef de tous les élus, et fondement du salut. Ainsi, Dieu a décidé de les donner au Christ pour les sauver, de les appeler et tirer efficacement à la communion du Christ et par sa Parole et par son Esprit ; autrement dit, de leur donner la vraie foi en lui, de les justifier et sanctifier, et, après les avoir puissamment conservés dans la communion de son Fils, de les glorifier finalement, pour la démonstration de sa miséricorde, et à la louange des richesses de la gloire de sa grâce, selon qu’il est écrit : Dieu nous a élus en Christ avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui. Dans son amour, il nous a prédestinés par Jésus-Christ à être adoptés, selon le dessein bienveillant de sa volonté, pour célébrer la gloire de sa grâce, qu’il nous a accordée en son Bien-Aimé (Ép 1,4-6). Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés (Rm 8,30).

III. La perspective calviniste sur la prédestination

Si les deux premiers cercles de l’élection ne posent en général pas de problème aux chrétiens (il en va autrement pour des non-chrétiens qui se demandent de quel droit Dieu choisit un peuple parmi tant d’autres, et au sein de ce peuple une lignée parmi tant d’autres…), il n’en va pas de même de ce troisième cercle de l’élection individuelle, tel qu’il est circonscrit par le calvinisme. L’exposé de mon estimé confrère Denis Kennel indiquera certainement les objections que suscite la compréhension calviniste de l’élection chez ceux qui n’y adhèrent pas, et donc je ne m’y attarde pas.

1. Respecter les accents bibliques sur la souveraineté divine et la responsabilité humaine

Signalons plutôt d’abord que la doctrine calviniste cherche à prendre en compte toutes les données bibliques, et à ne pas faire jouer les textes bibliques qui parlent de la liberté humaine contre ceux qui parlent de la prédestination divine. Les deux thèmes, dans l’Écriture, ne sont pas présentées comme contradictoires, et il ne faut donc pas que nous voyions une incompatibilité entre la liberté de l’homme et la souveraineté de Dieu. Le calvinisme n’est pas une tentative pour agrandir la souveraineté de Dieu au détriment de la liberté humaine, mais plutôt d’inscrire cette liberté humaine, créaturelle, dans le cadre d’une souveraineté divine englobante, qui n’est en rien diminuée ou rétrécie par la liberté humaine, liberté humaine qui n’est elle-même en rien diminuée ou rétrécie par la souveraineté divine – une souveraineté qui est donc conçue comme le cadre d’interprétation de ce qu’est notre liberté humaine créaturelle.

2. Le cadre d’une souveraineté divine englobante

a. Dieu est souverain sur toutes choses

Comme Henri Blocher l’a écrit : « L’Écriture martèle l’affirmation de la souveraineté de Dieu ». C’est donc qu’il nous faut la marteler aussi. Dieu fait advenir « toutes choses » selon le conseil de sa volonté (Ép 1,11), « Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu’il veut » (Ps 115,3). Tous les chrétiens, bien sûr, affirment ensemble la souveraineté de Dieu sur les phénomènes naturels, et même sur l’histoire humaine.

b. Cette souveraineté divine concerne aussi les décisions humaines

Il faut aussitôt affirmer que cette souveraineté divine s’étend aux décisions mêmes des hommes. Car que resterait-il à contrôler pour Dieu dans l’histoire humaine si les décisions humaines lui échappaient ? L’Écriture prouve d’ailleurs à plusieurs reprises qu’il en est bien ainsi : « Le cœur du roi est un courant d’eau dans la main de l’Éternel ; il l’incline partout où il veut » (Prov 21,1). « Le cœur de l’homme médite sa voie, mais c’est l’Éternel qui dirige ses pas » (Pr 16,9). « C’est l’Éternel qui dirige les pas de l’homme, Mais l’homme peut-il comprendre sa voie ? » (Pr 20,24) « La voie de l’homme n’est pas en son pouvoir ; ce n’est pas à l’homme, quand il marche, à diriger ses pas » (Jr 10,23). Et encore :

À vous maintenant, qui dites : Aujourd’hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous trafiquerons, et nous gagnerons ! Vous qui ne savez pas ce qui arrivera demain ! Car, qu’est-ce que votre vie ? Vous êtes une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite disparaît. Vous devriez dire, au contraire : Si Dieu le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou cela.

Jc 4,13-15

Excursus herméneutique

Puisque j’ai le temps pour un excursus, je vais signaler la raison pour laquelle je vous dis ces choses, alors qu’elles ne concernent pas encore directement le thème précis de la prédestination. Comme je l’ai déjà brièvement indiqué lors du temps de présentation, il faut refuser de constituer sur cette question (comme sur d’autres !) un canon dans le canon biblique, c’est-à-dire (ici) de faire jouer les textes bibliques qui évoquent la souveraineté divine contre ceux qui évoquent la liberté et la responsabilité humaine ; ou inversement de faire jouer les textes qui évoquent la liberté et la responsabilité humaine contre ceux qui évoquent la souveraineté divine.

Si la Bible n’énonce pas de contradiction entre ces deux thèmes également bibliques, alors nous ne devons pas non plus y voir de contradiction. Il nous faut dès lors chercher à construire notre doctrine non en imaginant que la souveraineté divine serait une menace pour la liberté humaine, ou que la liberté humaine, pour exister, doit exister indépendamment de la souveraineté divine – car ce ne serait pas respecter l’ensemble du donné biblique.

Alors, comment articuler ce donné biblique ? Refuser de constituer un canon au sein du canon, ce n’est pas dire qu’il n’y a pas de priorisation dans l’articulation systématique. Seulement, cette priorisation doit tenir compte de l’ensemble des données scripturaires, et si possible trouver son fondement dans l’Écriture elle-même.

Je pense qu’on trouve un élément de ce fondement dans le passage du poète grec que Paul cite à Athènes : « en lui nous avons la vie, le mouvement et l’être. » Paul dit que le poète a vu juste ici. Remarquez que le poète ne dit pas : « en-dehors de lui, nous avons la liberté », ni que « pour que nous puissions avoir la vie, le mouvement et l’être, Dieu se retire en quelque sorte un peu du monde pour nous créer un espace de liberté dans lequel nous serions à un certain niveau indépendant de lui ». Ce n’est pas cette idée que Paul cite, mais bien plutôt celle selon laquelle c’est « en lui » que « nous avons la vie, le mouvement et l’être ». Oui, nous avons la vie ! Oui, nous avons le mouvement, y compris des mouvements intérieurs, de pensée, de réflexion, de délibération, d’autodétermination, de décision ! Mais ce mouvement que nous avons bel et bien, nous l’avons « en lui », en Dieu !

Nos décisions ne sont pas un espace neutre duquel Dieu serait absent : non, tous nos mouvements sont dépendants d’une certaine manière (qui est à préciser) de lui. Et donc lorsque nous abordons la question de la souveraineté divine et de la liberté humaine, il ne faut pas jouer un thème biblique contre l’autre comme s’ils étaient en tension, mais comprendre que la liberté humaine s’appréhende dans le cadre de la souveraineté divine englobante, parce qu’il est celui qui accomplit toutes choses selon le conseil de sa volonté, et que de notre côté, c’est en lui que nous avons le mouvement, la vie et l’être !

Je referme cette parenthèse pour en revenir aux exemples bibliques de décisions humaines responsables pourtant divinement déterminées par avance.

c. Quelques illustrations bibliques de ce que les décisions des hommes sont dans la main de Dieu

L’Écriture donne de nombreux exemples qui illustrent cette idée biblique que les décisions des hommes sont dans la main de Dieu. Considérez les frères de Joseph qui ont vendu leur frère par un acte libre dont ils étaient responsables. Considérez le roi Cyrus qui a librement choisi d’édicter le retour d’exil. Considérez Judas qui s’est lui-même tenu pour responsable de la trahison qui a conduit à la crucifixion de Jésus. Ces trois actes libres, ces trois décisions qui étaient bel et bien les leurs, et qu’ils ont accomplis sans contraintes extérieures, sont décrits dans les Écritures non seulement comme des actes libres et responsables de la part des hommes, mais qui ne se sont pas accomplis sans être en même temps déterminés par avance par Dieu.

Joseph le déclare ainsi : « Maintenant, ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m’avoir vendu pour être conduit ici, car c’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé devant vous. » (Gn 45,5) L’Éternel, par la bouche d’Ésaïe, le déclare ainsi : « Je dis de Cyrus : Il est mon berger, et il accomplira toute ma volonté ; il dira de Jérusalem : Qu’elle soit rebâtie ! et du temple : Qu’il soit fondé ! » (És 44,28) Et Jésus déclare ainsi : « Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est déterminé. Mais malheur à l’homme par qui il est livré ! » (Lc 22,22) On pourrait d’ailleurs ajouter à ce sujet ce qu’en dit Pierre au jour de la Pentecôte : « cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies. » (Ac 2,23)

d. Dieu nous donne le vouloir et le faire

Il n’y a pas seulement dans l’Écriture ce genre d’exemple, il y a aussi des affirmations dogmatiques. Dieu donne le vouloir et le faire (Ph 2,13).

e. Dieu nous donne la repentance

Il accorde aussi la repentance (Ac 11,18), il donne la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité (2 Ti 2,25).

f. Dieu nous donne la foi

Croire en Christ est aussi une grâce donnée par Dieu (Ph 1,29), c’est un don de Dieu (Ép 2,8)

3. Quelques textes bibliques sur la prédestination

a. Jean 6 et Jean 10

Ce don de la foi, Dieu le fait à ceux qu’il attire à son Fils (Jn 6,37), et sans ce don, personne ne vient à lui (Jn 6,65). C’est pourquoi Jésus lui-même s’exprime ainsi : « ce sont mes brebis qui entendent ma voix » (Jn 10,27). On pourrait penser que les brebis, dans ce texte, ce sont ceux qui croient en Jésus. On deviendrait donc une brebis lorsqu’on croit en Jésus. Mais à y regarder de plus près, il faut en fait conclure que les brebis ne désignent pas ceux qui croient déjà, et qu’il faut donc croire pour devenir une brebis, mais que les brebis sont les élus, les prédestinés, et qu’il faut être une brebis pour croire. Car que dit Jésus ? « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là, il faut que je les amène ; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger. » (Jn 6,16) Jésus dit qu’il a d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie. Les personnes dont ils parlent, même si elles ne sont pas pour l’instant dans le troupeau, sont déjà ses brebis. « J’ai d’autres brebis. » Ces autres brebis ne sont pas encore venues à la foi, mais Jésus les appelle déjà ses brebis. Et qu’annonce Jésus à propos de ses brebis, qui lui appartiennent déjà ? « Elles entendront ma voix » (v. 16) et encore : « mes brebis entendent ma voix et elles me suivent. » (v. 27)

Jésus fait entendre sa voix et, ceux qui lui appartiennent reconnaissent sa voix et viennent à lui. Le texte ne dit pas que ce sont ceux qui entendent sa voix qui sont ses brebis, comme si le fait d’entendre conférait le statut de brebis du Christ, mais le texte dit : « ce sont mes brebis qui entendent ma voix. » Il y a quelque chose chez ceux qui viennent à Christ qui précède leur venue à Christ, et ce quelque chose, c’est le fait d’être déjà ses brebis — c’est le fait d’être un élu !

Vous voyez que le mot brebis correspond au statut de l’élection. Ce sont des personnes choisies pour qu’au temps venu elles répondent à l’appel de Jésus quand elles l’entendront. À l’inverse, aux pharisiens qui entendent la voix de Jésus mais qui refusent de le suivre, Jésus leur dit : « Vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis » (v. 26). Parce qu’ils ne sont pas ses brebis, ils ne croient pas !

b. Actes 13,48

On a exactement la même logique en Actes 13,48 : « Les païens se réjouissaient en entendant cela, ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. » Luc ne dit pas : « ceux qui crurent furent destinés à la vie éternelle », mais bien : « ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ». La prédestination se tient donc derrière la foi : l’élection divine éternelle donne lieu au temps voulu par Dieu à la foi chez ceux que Dieu s’est déterminé d’avance à sauver. L’élection divine s’avère être la raison pour laquelle Dieu amollit par grâce le cœur des élus, quelques durs qu’ils soient, et les fléchit à croire.

c. Éphésiens 1 et Jean 17,9-10

Certains refusent cette perspective calviniste en évoquant Éphésiens 1,4 (« En Christ, Dieu nous a élus… »). Ils soutiennent qu’il n’est question que de préparer par avance les bénédictions dont parle le reste du passage pour les accorder à ceux qui croiront. Dieu se serait ainsi choisi l’Église du Christ pour le salut, mais sans choisir les individus qui la composeraient. D’autres avancent que ce passage enseigne que Dieu a élu le Christ comme moyen de salut pour son peuple sans déterminer par avance quels individus lui seraient incorporés.

Cette vision des choses reconnaît à juste titre que Dieu appelle à lui un peuple et elle met l’accent sur le fait que les élus sont choisis en Christ. Cependant, la tentative de séparer l’élection collective de l’élection individuelle est infructueuse. En effet, le verset d’Éphésiens 1.4 précise que Dieu nous a choisis, et non qu’il a choisi le Christ sans déterminer qui serait en lui. Et le Christ lui-même distingue au sein de l’humanité ceux que le Père lui a donnés : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi ; et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,9-10). Vous voyez que Jésus distingue très fortement au sein de l’humanité : il y a ceux que Dieu lui donne et qui sont à lui, et il y a les autres — le monde ! Et donc, lorsque nous lisons en Éphésiens 1,4 et 11 qu’en Christ nous avons été élus avant la fondation de ce monde, ce « nous » correspond à ceux que le Père a donnés au Fils selon le langage de Jean 17, à ceux à qui le Père donne de venir au Fils selon le langage de Jean 6, aux brebis qui entendent déjà la voix du bon berger mais aussi à celles qu’il n’est pas encore allé chercher mais qui entendront sa voix quand il sera allé les prendre, selon le langage de Jean 10. Ce « nous » collectif d’Éphésiens 1,4 est donc bel et bien composé d’individus, et on ne peut pas jouer l’élection collective contre l’élection individuelle : Dieu a prédestiné certaines personnes, ni meilleures ni plus dignes que les autres, à faire partie de l’Église qu’il s’est acquise par son propre sang.

4. Le grand texte de Romains 9

a. Le contexte de la discussion : le passage à côté du salut d’individus israélites

Cette remarque nous conduit à notre texte final, Romains 9, le texte le plus controversé dans cette discussion. Certains considèrent à nouveau que le texte s’applique au plan collectif et non au plan individuel, qu’il concerne la destinée temporelle des peuples de l’Ancien Testament et non la destinée éternelle des individus.

S’il nous faut reconnaître que, dans ce passage, l’apôtre se penche sur le sort d’Israël en tant que peuple, remarquez immédiatement que c’est précisément parce que des individus israélites passent en masse à côté du salut que Paul introduit la notion d’élection dans la discussion.

Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit : J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont les Israélites, à qui appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses. (Rm 9,1-4)

Les Israélites dont Paul parle, ce sont des individus ! Et c’est cela qui déclenche sa grande discussion de la prédestination dans les versets qui suivent.  De même au début du chapitre 10 : « Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. » Ce dont il vient d’être question en Romains 9, c’est bien du salut individuel des Israélites individuels qui passent pour l’instant à côté du salut !

b. Les différents cercles de l’élection

Il est vrai que Paul parle entretemps aussi du peuple élu, et pas seulement du sort des individus, et il évoque aussi le thème de la lignée élue au sein du peuple élu. Vous reconnaissez là les différents cercles concentriques de l’élection dont nous avons parlé plus tôt. Il ne faut pas perdre de vue un de ces cercles (l’individuel par exemple), parce que l’on perçoit que les autres sont présents (les cercles collectifs par exemple).

Paul articule ici les différents cercles de l’élection pour expliquer comment, malgré le fait qu’Israël soit le peuple élu, des Israélites individuels passent pourtant en masse à côté du salut. La réponse de Paul à ce problème, c’est qu’il y a un principe d’élection selon lequel tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël (v. 6). Il y a des individus élus au sein du peuple élu, et des individus qui ne le sont pas au sein de ce même peuple élu. Et les v. 11-13 sont les plus centraux pour comprendre la doctrine de l’élection :

Car, quoique les enfants ne fussent pas encore nés et ils n’eussent fait ni bien ni mal — afin que le dessein d’élection de Dieu subsiste, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle — il fut dit à Rébecca : L’aîné sera assujetti au plus jeune ; selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü.

Rm 9,11-13

L’apôtre est ici sans détour : le principe de l’élection, c’est que Dieu en choisit certains plutôt que d’autres avant leur naissance, alors qu’ils n’ont encore fait ni bien, ni mal !

c. Une doctrine choquante et humiliante pour l’homme

Cette doctrine — je le reconnais, les calvinistes le reconnaissent, Calvin le reconnaît — est choquante et humiliante pour l’homme. Remarquez que Paul lui-même en a bien conscience puisqu’il s’attend à susciter, par sa doctrine, l’objection suivante : « Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? » (Rm 9,14) Lorsque Paul développe sa doctrine de la prédestination, il s’attend à susciter ce genre de questionnement.

La perspective biblique sur l’élection et la prédestination choque notre humanisme, elle relativise notre prétention à maîtriser notre destinée, elle nous remet à notre place de créatures devant le Créateur.

« Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? Certainement pas ! », s’exclame l’apôtre. Il ne nous dit toutefois pas en quoi Dieu n’est pas injuste. Il souligne simplement à cet instant que la nature de Dieu est d’accorder « librement sa grâce à qui il le veut » (Rm 9,15) : il fait grâce à qui il décide de faire grâce, sans que nous sachions pourquoi il fait miséricorde à cette personne et non à cette autre. « Ainsi, le salut ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu, qui a compassion. » (Rm 9,16) L’accent est placé sur la compassion divine. Remarquez le contraste avec nos propres réactions à cette question : Paul, en discutant prédestination, veut nous conduire à contempler la compassion divine, mais au lieu de cela, comme les disciples en Jean 6, nous maugréons, nous nous interrogeons sur la justice du comportement divin : « Comment peut-il encore faire des reproches ? En effet, qui peut s’opposer à sa décision ? » (Rm 9,19) La doctrine biblique de l’élection suscite ce genre de réaction.

Et la réponse de Paul à cela continue de nous remettre à notre place : « Mais le potier n’a-t-il pas le droit de faire ce qu’il veut de l’argile qu’il façonne ? » (Rm 9,21) « N’a-t-il pas le droit d’endurcir Pharaon, et n’importe qui d’autre, s’il le veut ? » (Rm 9,17-18) Nous ne sommes que de l’argile dans les mains de Dieu qui, de la même masse, « forme des vases d’usage noble, préparés d’avance pour la gloire », et « des vases d’usage vil formés pour la destruction » (Rm 9,21-23) : une même masse de pécheurs, ni meilleurs ni plus dignes que les autres, au sein duquel il distingue ceux qu’il choisit, sans que la raison en soit en nous, mais par une décision qui relève de la grâce seule de Dieu.

Cette doctrine, je le sais bien, est choquante. Je vous rappelle toutefois, mes amis, que la grâce de Dieu est choquante : elle dit aux hommes qu’ils ne peuvent se sauver eux-mêmes. Proclamer la grâce, c’est risquer de susciter des réactions hostiles. Et la doctrine calviniste de l’élection fait exactement cela, elle suscite des objections, des objections qui, fondamentalement, sont les mêmes que l’on peut faire au salut par la grâce seule sans la contribution de l’homme.

En guise de conclusion, une interpellation : votre doctrine de la grâce et de la prédestination suscite-t-elle les mêmes effets que ce que l’on trouve en Jean 6 et Romains 9 ?

Je termine cette présentation avec cette question pour vous : votre doctrine de l’élection suscite-elle le genre de réactions hostiles que nous voyons que Paul anticipe qu’elle va produire ? Votre doctrine de l’élection suscite-elle le même genre de réactions que la doctrine biblique de l’élection ? Si votre doctrine de l’élection, lorsque vous l’expliquez dans l’Église, ne suscite pas cette objection (« Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? »), c’est que votre doctrine n’est pas la même que celle de l’apôtre Paul. Si votre doctrine de l’élection ne suscite chez aucun de vos auditeurs la réaction qu’on trouve en Jean 6,60 lorsque beaucoup des disciples de Jésus dirent « cette parole est dure, qui peut l’entendre ? », c’est que votre doctrine de l’élection n’est pas celle du Maître !

Je vous invite à y réfléchir et, le cas échéant, à réaligner votre doctrine de l’élection sur celle des auteurs bibliques, et du Christ lui-même. Que Dieu nous soit en aide !


Illustration : Le Tintoret, Allégorie de la vie humaine. Le labyrinthe de l’Amour, huile sur toile, 1538-1552 (Londres, Royal Collection).

Pierre-Sovann Chauny

Pierre-Sovann est professeur de théologie systématique à la Faculté Jean Calvin, à Aix-en-Provence. Il s'intéresse particulièrement à la doctrine des alliances, à l'interprétation des textes eschatologiques, à la scolastique réformée, aux prolégomènes théologiques et aux bons vins. Il est un époux et un père heureux.

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