Apprendre à raisonner (5) : La différence entre l’homme, l’animal et la machine
24 juin 2021

Cet article est le cinquième d’une série consacrée à la logique classique (ou aristotélicienne, c’est-à-dire développée par Aristote). Le quatrième expliquait ce qui distingue l’homme des animaux et des ordinateurs. Cet article parle maintenant des concepts, d’où ils viennent et à quoi ils servent. Comme d’habitude, je reprendrai énormément le contenu du livre de Peter Kreeft, Socratic Logic des pages 36 à 37.

I. La différence entre l’homme et les animaux

Qu’est-ce qui différencie l’homme des animaux ? Son envie de connaître et sa capacité à se formuler des questions dans un langage complexe, ainsi que sa capacité à comprendre ce que les choses signifient.

1. L’incapacité à formuler des questions : Les animaux n’ont pas de langage assez complexe pour formuler des questions. Il faut toutefois reconnaître qu’ils sont curieux et qu’ils se posent des questions. Mais ce sont toujours des questions pratiques et jamais théoriques. Par exemple, un orang-outang peut se demander comment ouvrir un durian pour pouvoir le manger. Il ne se demandera pas comment prouver le théorème de Pythagore ou pourquoi, dès qu’il lâche un objet, il tombe (réponse : la gravité).

2. L’absence de connaissances juste pour le plaisir : Nous ne voyons jamais les animaux réfléchir pour réfléchir (juste pour le plaisir ou par simple curiosité), mais tout le temps pour un but pratique. Par exemple pour manger, boire, survivre, séduire une femelle, s’enfuir loin d’un prédateur et ainsi de suite. Les animaux peuvent être curieux et apprendre des compétences pratiques. Par exemple, un singe peut apprendre à utiliser un distributeur de cannettes pour boire du jus de raisin.

Mais tout ce qu’il a appris et développé, c’est une méthode pour résoudre un problème pratique. Et non pas une connaissance abstraite juste pour satisfaire sa soif de connaissances théoriques. Par exemple, en mathématiques, nous savons qu’il y a des théories qui n’auront jamais d’applications pratiques tellement elles sont abstraites.

3. L’absence de théories générales : La connaissance des animaux semble se limiter aux habitudes et savoir-faire particuliers. Par contre, nous ne les voyons pas développer de théories générales : ce qui semble montrer qu’ils ne comprennent pas les essences. Par théories générales, je pense à des théories scientifiques ou mathématiques qui s’appliquent à beaucoup de choses. Par exemple, la loi de Newton qui s’applique à tous les corps.

Nous, les hommes, nous sommes capables de découvrir des théories tellement générales qu’elles s’appliqueront même à des animaux (ou des objets pour changer un peu) que nous ne rencontrerons jamais. Par exemple, la loi de la gravité. Les animaux eux, apprennent des choses par habitude en fonction des autres animaux qu’ils croisent (prédateurs ou proies), mais ils ne pourront jamais imaginer de principes qui dépassent ce qu’ils rencontrent grâce à leur cinq sens.

II. La différence entre l’homme et les ordinateurs

Qu’est-ce qui différencie l’homme des animaux et des ordinateurs ? Encore une fois : la capacité à formuler des questions et la capacité à comprendre ce que les choses signifient (leurs “essences” ou leurs “natures”).

1. L’incapacité à formuler de questions : Les ordinateurs, eux, ne peuvent pas se remettre en cause, « désobéir » au programmeur. Leurs programmes exécuteront toujours les instructions qu’aura entrées le codeur et jamais rien d’autre.

2. L’incapacité à comprendre les essences : De plus, un ordinateur n’est qu’une machine qui ne comprend pas ce que les données signifient (le mot compliqué c’est leurs « essences »). Elle les traite de manière automatique. Elle ne fait que réaliser des calculs avec des nombres, car au final elle réduit toute son information au binaire, un langage uniquement composé de 0 et de 1.

La preuve, c’est que toutes les instructions d’un programme (pourtant écrites en anglais) sont converties par l’ordinateur en opérations mathématiques sur des nombres. Par exemple, dans l’image ci-dessus, pour l’ordinateur, l’instruction « afficher Hello world » n’est rien d’autre qu’un calcul.

Résumé

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

1 Commentaire

  1. Jérôme Delon

    Bonsoir
    Merci encore pour cette article.

    Réponse

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